
Le Signe du Cancer
22 Juin – 22 Juillet
par
Sara Sand
La Symbolique du Signe
Le jour le plus long
Le 22 juin, le Soleil entre glorieusement dans l’été, illuminant de toute sa tendresse le signe du Cancer. C’est le solstice de juin, le jour le plus long de l’année ; le Soleil ne se couche qu’à regret, pour une courte nuit, pressé qu’il est de réapparaître à l’aurore. Dans les pays nordiques, il réussit même à ne pas se coucher du tout, et ce sont les fantastiques « nuits blanches » de l’été boréal.
Le 24 juin, on allume les feux de la Saint-Jean autour desquels danseront toute la nuit les amoureux.
Le Cancer n’est plus aujourd’hui dans le Cancer : la constellation ainsi nommée n’est plus dans la section zodiacale que traverse le Soleil entre le 22 juin et le 22 juillet. Au temps des Romains, le signe et la constellation coïncidaient. Mais Rome n’est plus dans Rome ! Aussi pardonnera-t-on au Cancer d’avoir quelque peu gambadé hors de son casier natal !
Ce glissement des constellations, dû à la précession des équinoxes, ne change rien à la valeur de l’astrologie. Car les Anciens, plus intelligents qu’on ne le croit, avaient lié le signe à une époque de l’année et à un animal : ainsi, la disparition de la constellation hors du champ zodiacal, à cette période, ne gêne personne.
Le symbolisme du signe reste donc toujours exact, comme l’est sa place dans le déroulement des saisons. Le Cancer est lié à une certaine qualité de la lumière, à la fraîcheur du début de l’été, à l’épanouissement des fleurs, à la saison des amours… Plus qu’une constellation, c’est un moment des rythmes cosmiques annuels. Le Soleil du Cancer n’est pas encore le feu ardent et écrasant qui brûlera la Terre au mois d’août. Ce n’est pas encore la canicule du Lion : c’est la promesse de l’aube, la joie du premier être créé dans le jardin d’Eden, l’innocence de la première aurore…
Tendre est la nuit
Rien n’est simpliste, en astrologie : le Cancer, qui débute avec le solstice d’été, n’en est pas moins un signe de nuit !
La nuit, il se passe des choses… des choses qu’on ne s’explique plus très bien au grand jour. La nuit, c’est le territoire des sorcières, des farfadets et des fantômes. Le monde invisible reprend ses droits. La nuit est le domaine de la Lune, du rêve, de l’irrationnel. Le Cancer y barbote avec délices ! Avez-vous remarqué comme les Cancériens détestent se coucher tôt ? Ils sont comme les enfants, qui ne veulent jamais aller au lit parce qu’ils ont le sentiment que c’est justement après le dîner que ça devient intéressant…
Sur le cercle du Zodiaque, le Cancer est analogique de la Maison IV : celle-ci, sous la ligne d’horizon Ascendant–Descendant, et sur le Fond-du-Ciel, est au cœur de la nuit. « A minuit, y a les voleurs, à minuit, y a les souris », chantaient les comptines d’autrefois.
Le Cancer vit à l’ombre, au fond de notre ciel. Animal secret, il se cache sous un rocher, dans le noir, au creux d’un trou. Il fréquente l’ombre océanique des fonds sous-marins, et fuit le grand soleil qui le déshydrate !
La Maison IV et le Cancer symbolisent le foyer et la vie domestique. Celle-ci se vit discrètement entre les murs d’une maison, par opposition à la vie publique, laquelle se vit au grand jour. Opposée à la Maison IV est la Maison X, celle des honneurs, de la carrière, de la réussite professionnelle en pleine lumière, qui est l’affaire du Capricorne (ce grand ambitieux qui ne sera content que lorsqu’il sera Mao, Staline ou Adenauer !). Bien entendu, les valeurs opposées sur la ligne du Zodiaque se mêlent et s’échangent : le Capricorne, signe d’hiver – et d’ambition -, veut réussir mais s’y emploie secrètement. Le Cancer, signe d’été – et d’ambition -, veut également réussir et que sa valeur soit reconnue au grand jour.
Les valeurs cancériennes attachées à la Maison IV ont toutes un rapport avec la nuit, l’ombre et le secret : elles renseignent sur la résidence du natif ou celle de ses parents, les héritages et les biens de famille, la vie familiale, la sépulture, la fin de la vie… Le mot clé du Cancer est : « intimité ».
Le premier-né des signes d’eau
La trilogie des signes d’eau commence avec le Cancer : la fécondation de l’oeuf ne peut se faire que dans un milieu humide. L’eau du Cancer est l’Eau-Mère, le liquide amniotique, l’eau originelle d’où est venue toute vie.
« Au commencement, dit la Genèse, la Terre était vague et vide… et l’esprit de Dieu planait sur les eaux »… C’est clair : toute vie a commencé dans l’eau !
Ensuite, au stade du Scorpion, l’être est un mutant : il doit se transformer, passer par les portes de la mort pour aller vers la plénitude de son destin. Pour terminer le cycle, à la troisième et dernière étape, celle des Poissons, l’être enfin accompli est capable d’atteindre l’amour absolu en se donnant totalement.
L’eau du Cancer, c’est la lagune, le rivage hospitalier, tandis que l’eau du Scorpion est le marais, et l’eau des Poissons, le vaste océan. Ces différents domaines ont varié suivant les époques et les pays : certaines traditions ont attribué la mer au Cancer et les rivières aux Poissons. Ceux-ci étant doubles, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’ils aient deux territoires (car ces pauvres chéris ont besoin de place !). Cependant, le crabe est parfaitement adapté au littoral : il peut respirer hors de l’eau, il est amphibie. Certaines espèces tropicales s’enfouissent même dans la Terre pour y retrouver de l’humidité. Le crabe me paraît donc très bien établi sur la lagune et la côte, dans les eaux adoucies par la présence des rivières, eaux bercées par la Lune des marées et grouillantes de vie. Les vivants ont besoin de lumière, c’est pourquoi la plus importante partie de la faune marine habite dans les cent premiers mètres au-dessus de la surface de la mer, souvent près du rivage. Les très grands fonds obscurs sont quasi déserts… L’océanographie donne raison à la tradition astrologique : le Cancer a besoin de l’ombre des rivages, mais il aime aussi la lumière… En résumé :.
- Le Cancer est l’Eau génératrice de vie.
- Le Scorpion est l’Eau purificatrice de la mort.
- Les Poissons sont l’Eau mystique de la survie.
Intense est la vie émotionnelle des signes d’eau. L’eau symbole de fertilité et de tendresse, fluide et mobile, reçoit toutes les ondes qui la traversent. Les Cancers ont un sonar intérieur, sous leur carapace, qui leur permet de capter les échos les plus lointains.
Ils portent en eux des rêves infinis qui viennent d’autres mondes, ils ne sont pas encore tout à fait incarnés sur cette terre ; ils entretiennent encore des conversations avec les êtres éthérés qui peuplent l’astral.
L’eau du Cancer n’est pas sans analogie avec celle du baptême, par laquelle, selon la tradition chrétienne, l’enfant naît à la vie spirituelle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’on fête Jean-Baptiste justement le 24 juin !
Le Cancer, signe fertile
Si le Bélier est le signe de la naissance, de l’éclatement des bourgeons au début de l’année (zodiacale), le Cancer, lui, se place neuf mois auparavant : bébé Bélier a été conçu fin juin de l’année précédente ! Aussi le Cancer est-il le signe de la fécondation.
Dans le sens Bélier Taureau Gémeaux -> Cancer, la progression se fait ainsi :
- le Bélier est le principe masculin,
- le Taureau, le principe féminin,
- les Gémeaux, l’union des deux, mâle et femelle,
- le Cancer, le commencement d’un nouvel être, à l’instant où le spermatozoïde féconde l’oeuf (ou l’ovule) femelle.
Cher petit Cancer, tendre et secret, comme votre symbole vous ressemble : voyez ce dessin
Deux foetus dormant face à face dans le sein de leur mère. Ou encore deux coquillages roses et dorés étroitement enlacés. Ce joli hiéroglyphe suggère un monde clos, abrité, tranquille, un jardin secret où travaille mystérieusement l’alchimie de la vie.
Comme le dit Marcelle Sénard : « L’hiéroglyphe du Cancer est bien l’image du processus de gestation préparant la naissance, celle de la vie dans l’oeuf : deux éléments- germes qu’on peut supposer de polarité opposée, tournant l’un autour de l’autre, s’attirent et finissent par s’absorber pour engendrer les organes de plus en plus différenciés d’un individu. Ces deux germes peuvent se comparer aux principes séminaux, spermatozoïde et ovule, aux rudiments d’une nébuleuse, d’un atome, d’une cellule vivante, ou enfin aux éléments matière-esprit de l’âme humaine. Il s’agit toujours de deux centres primordiaux d’énergie tourbillonnaire qui, par leur action électromagnétique réciproque, s’attirent, s’unissent, se différencient, se multiplient, et finissent par élaborer une entité complète. »
On ne saurait mieux dire !
Dans l’interprétation astrologique d’un thème, la tradition considère que le Cancer sur la Maison V est un indice de fécondité, éventuellement propice aux familles nombreuses (s’il est bien habité, naturellement !).
Le crabe n’est pas seulement fertile en astrologie : l’animal vivant est d’une ahurissante fécondité : il produit des millions d’oeufs qui éclosent sous forme de larves microscopiques dans le vaste océan. Très peu d’entre elles deviendront un jour des crabes à part entière. Du gâchis. Mais la méthode semble avoir une redoutable efficacité, puisque les crabes ont colonisé toutes les mers depuis le Jurassique (où ils étaient relativement peu nombreux).
Aujourd’hui encore, les pêcheurs du littoral ne savent plus comment lutter contre l’invasion du crabe chinois !
Le symbolisme de l’animal : les secrets du tourteau…
Peu importe que certaines étoiles fixes aient flippé hors de leur signe… L’intuition de
génie, c’est d’avoir identifié le Cancer-signe à l’animal-Crabe. A travers les siècles, tous les
natifs du Cancer continuent à se comporter comme l’animal. Cancers, si vous saviez…
Mais voyez plutôt :
Le Crabe est un fossile
Les ancêtres du crabe existaient déjà à l’ère primaire : les premiers crustacés font leur apparition au Cambrien (ce sont, à vrai dire, des « pseudo-crustacés »), il y a de cela cinq cents millions d’années. L’écrevisse, cousine germaine de notre crabe, barbotait voici cent cinquante millions d’années dans les lagunes du Jurassique, quelque part entre la butte Montmartre et la montagne Sainte-Geneviève, et le crabe, tel que nous le connaissons, est apparu peu après.
Ne vous étonnez donc pas qu’il ait une telle mémoire, qu’il adore l’histoire, la généalogie, les vieilles traditions. Nous autres, animaux des signes d’eau, avons assisté en spectateurs émerveillés aux premiers jours du monde, dans les Eaux-Mères de la Téthys, l’océan primordial. Aussi, pour nous, le temps ne compte-t-il pas : nous n’oublions jamais rien, et le passé continue à vivre intact à l’intérieur de nous-mêmes. Nous sommes de jeunes vieillards, ou d’éternels nouveau-nés…
Mais poursuivons en détail le portrait du crabe animal qui symbolise si bien son frère du Zodiaque.
La carapace
C’est la peur d’affronter la dure réalité. Foetus en cours de gestation, petit Cancer se sait vulnérable : il n’est pas mûr pour courir le vaste monde. il se terre sous son trou de roche en attendant d’être grand !
Les pattes
Quatre paires en général, plus les pinces (c’est pour cela que les crabes sont baptisés « décapodes »). Mais avouez que la quantité ne remplace pas la qualité ! Le Crabe ne galope pas bien loin, le pauvre, et son énorme carapace doit lui peser mille tonnes. Vous comprendrez maintenant la passivité et l’immobilité du crustacé zodiacal, son attachement fidèle à sa grotte natale tapissée d’anémones de mer et d’éponges… Le crabe marche en biais, il n’attaque pas de front, voilà pourquoi Mars est en chute dans le signe. Notre Cancer déteste attaquer, il préfère contourner l’obstacle, et il n’agit qu’à l’intérieur de son territoire.
Les pinces
Par contre, quand un bigorneau étourdi vous tombe sous la pince, aïe ! Vous lui faites sa fête, n’est-ce pas, mon crabe ? Ce que vous saisissez, vous ne le lâchez jamais. La persévérance des crustacés est, depuis des millénaires, un sujet de conversation au fond des lagunes…
Les antennes
Oui, mon crabe, vous devinez tout ! Vos antennes symbolisent votre fine intuition et vos dons de médium.
Enfin, vous avez toujours eu une vie bien réglée : au rythme des marées. L’onde lunaire amène le flot et ramène le jusant, et les crabes attendent que ça passe. Ils sortent à marée haute et dorment à marée basse, quand leur trou est à sec. Comprenez, bonnes gens, que votre crabe préféré est entièrement soumis à l’influence de la Lune, c’est ce qui explique son comportement un peu bizarre parfois. Laissez-le vivre à sa fantaisie…
Enfin, ce crabe, il est tout ce qu’il y a de comestible : la chair est tendre et fine sous sa carapace. Quelle sensibilité ! il est habillé de beauté : les demoiselles (ou étrilles) sont bicolores, bleues et orange, chatironnées de noir, avec des cils sur les pattes. Les tourteaux ont d’exquises nuances roses et brunes, et que dire des crabes verts, des crabes-gants, des crabes violonistes, des crabes chinois ?
Infiniment sensitive, tendre, artiste, telle est notre bête-totem, au fond sans défense. Voilà pourquoi elle se retrouve un jour dans nos marmites… Le Cancer est habituellement représenté par un crabe, mais aussi, parfois, par une écrevisse et, dans l’antique Zodiaque égyptien, par un scarabée. (On reste, de toute façon, dans les bêtes à carapace!)
L’oeuf du Cancer
L’idéogramme du signe 9 comme l’explique Marcelle Sénard (ci-dessus) suggère un espace clos, un lieu intérieur où germe la vie : un oeuf ! Objet fragile, infiniment précieux, qui a besoin de chaleur maternelle et de protection pour mener à bien sa métamorphose… Tel est aussi notre Cancer.
Cependant, l’ambivalence fondamentale d’un tel symbole n’a pas échappé à certains : si l’oeuf est le berceau de la vie, il est aussi, dans la tradition alchimiste, une prison hermétiquement fermée, puisque les éléments contenus à l’intérieur ne peuvent en sortir, sinon par une mutation profonde. L’oeuf peut pourrir… Il est essentiellement dépendant, il a besoin d’une source d’énergie extérieure pour évoluer. (C’est ainsi que je m’explique l’attirance des Cancers pour les Lions, les Béliers, les Capricornes, et surtout les Scorpions : le feu martien est cette énergie dont ils ont besoin… au risque de s’y brûler !).
Cette énergie extérieure, chaleur indispensable, provoque à l’intérieur de l’oeuf des
réactions chimiques d’une extrême intensité. Ainsi, l’oeuf est à la fois passif extérieurement et actif intérieurement. L’espace clos entre les pinces de l’idéogramme est le creuset des alchimistes, le cercle magique à l’intérieur duquel naît une nouvelle matière. Un grand mystère…
Étymologie du mot Cancer
En latin, cancer signifie écrevisse, que l’on nomme en grec karkinos. Ces vocables sont proches du sanscrit karkatah qui désigne la cuirasse (mais aussi l’écrevisse).
Le signe du Cancer est karkatakam en sanscrit, qui est également le nom du serpent, symbole de ce qui est caché, de « l’obscurité indispensable à la gestation » (M. Sénard, op. cit.), symbole de mort et de vie éternelle.
Nombreuses sont les correspondances que l’on retrouve dans d’autres cultures : par exemple, selon M. Sénard, « la quatrième lettre de l’alphabet runique est os, qui signifie sein maternel, ou bouche. En allemand, la bouche se dit mund, et la Lune, mond…
Comment ne pas penser au « stade oral » des psychanalystes, stade du nourrisson où les
échanges avec le monde extérieur se font surtout par la bouche ?
Signe féminin et signe négatif
Pour être franche, cela m’ennuie que les signes féminins soient dits par la tradition « négatifs ». Cet adjectif n’est pas sympathique, il évoque une vieille misogynie émergeant du fond de la poussière des siècles. Que le Cancer soit un signe féminin ne pose pas de problème, c’est dans sa logique même : signe d’eau, signe de vie, signe lunaire, tout cela est bien dans le génie féminin.
Mais « signe négatif » ? La tradition entend par là indiquer une certaine passivité attribuée à l’élément féminin : de fait, au moment de la conception, l’ovule est passif et le spermatozoïde actif.
Le Cancer est donc un signe récepteur, sensible aux influences. Il emmagasine ses impressions, il reçoit, il accueille. Les valeurs d’accueil sont bien celles dont nous manquons aujourd’hui, dans une civilisation occidentale qui a privilégié jusqu’ici l’agressivité masculine. (Le jeune loup cadre supérieur, « young executive » aux dents longues, est-il vraiment le seul modèle masculin que nous puissions imaginer ?). Il faudrait réhabiliter les valeurs féminines « négatives », éliminer le préjugé défavorable qui s’y rattache, et repenser le monde dans l’optique chinoise : sur la roue du Tao, alternent les deux symboles antagonistes et complémentaires, le yang, énergie masculine « positive », et le yin, énergie féminine « négative ». Aucune des deux n’a la supériorité sur l’autre, aucune des deux ne peut se passer de l’autre. Et Dieu lui-même est yang et yin à la fois.
Dans la symbolique chinoise, le yang culmine au solstice d’été tandis que le yin culmine au solstice d’hiver : le pôle masculin est lumière, et le pôle féminin, ombre. Le Cancer est yin, puisque c’est un signe nocturne, signe d’eau, signe d’ombre, signe féminin ; mais il porte en lui un élément yang, puisqu’il correspond au solstice d’été. On ne peut pas ne pas évoquer la théorie de Jung, selon laquelle nous sommes tous animus et anima, chacun de nous portant en lui les deux principes mâle et femelle, aucun de nous n’étant exclusivement tout l’un ou tout l’autre. Le Cancer est anima, mais son subconscient est animus. Il est d’abord sous la maîtrise de la Lune, féminine, mais Jupiter, astre masculin, est chez lui en exaltation.
Pour en revenir à notre Cancer, signe féminin et négatif, la tradition lui a donc attribué un lot de défauts et de qualités : inertie, obstination, apathie, indolence, crainte, inactivité (nous avons vu que c’était une inactivité « extérieure » seulement). Mais aussi : magnétisme, bonté, intuition, prescience des lois secrètes de la vie. Le Cancer sait des choses que les autres ignorent. Le Cancer a la sagesse des vieux et la lucidité des jeunes. « Ces choses sont cachées aux savants et aux puissants, mais sont révélées aux petits ! »
Petit Cancer, sourcier du Zodiaque, vous serrez entre vos pinces la clé des songes. Mais n’est-ce pas vous aussi qui avez ramassé au fond de la mer la clé perdue de la ville d’Ys ?
La pourpre cardinalice
Oui, le tourteau est cardinal. Vous avez vu sa cappa magna du plus beau rouge ?
Un signe cardinal est un signe-charnière (du latin cardo : gond ou pivot), un signe qui ferme une saison pour en ouvrir une autre. Quelles sont les caractéristiques des signes cardinaux ? Mouvement, activité, énergie, action rapide, ambition, impatience, changement brusque de buts, anxiété, désir d’attirer l’attention du public. Ces traits de caractère considérés comme masculins, correspondant en tout cas à l’énergie yang, sont tout à fait opposés à ceux des signes féminins ou négatifs décrits plus haut.
Comment peut-on être à la fois passif et actif, inerte et porté à l’action rapide ?
Et l’on voit ici combien la tradition astrologique est intelligente, comme l’inconscient collectif des peuples anciens a su traduire la réalité de la vie, complexe, contradictoire, ondoyante et diverse.
Si le Cancer est sous une dominante lunaire féminine, la notion de signe cardinal vient nous rappeler qu’il ne faudrait pas pour autant occulter la composante masculine du signe. Elle est symbolisée par Jupiter, roi des dieux et personnage tellement masculin qu’il en est presque caricatural dans la mythologie, avec ses colères théâtrales, sa vanité, son activité, son donjuanisme olympien. L’énergie du signe cardinal jupitérien se manifeste assez visiblement chez certains Cancers dont l’activité et l’ambition débordantes justifieraient la pourpre cardinalice… Voyez Mazarin : un modèle du genre !
Signe muet, signe de faible constitution, signe de difformité
La tradition classe notre petit décapode dans les « Signes muets ». Ce n’est pas sans raison : le Cancer n’est bavard qu’à ses heures, seulement quand il trouve une oreille accueillante (Scorpionne ou Poissonne de préférence). Sinon, il passe beaucoup de temps « dans la Lune« , à rêver le nez en l’air, à faire des bulles (offrez-lui des bandes dessinées…).
Il aurait tant de choses à dire ! Mais il ne peut en extérioriser qu’une faible partie : les langues humaines sont si pauvres en mots pour traduire les intuitions, les rêves, la vision des autres mondes auxquels accède le Cancer. S’il s’exprime, c’est dans la meilleure tradition des icebergs : le volume émergé n’est guère qu’un dixième du volume total. Il ne peut d’ailleurs émerger sans risquer de fondre…
« Signe de faible constitution » : c’est le cas aussi des deux autres signes d’Eau. Notre Cancer est facilement geignard et dolent. Cela agace les signes de Feu. Il est si émotif que la moindre angoisse ou contrariété se matérialise en maladie diffuse, impossible parfois à diagnostiquer avec précision (souvent dans la région ‘de l’estomac). Mais si Jupiter est puissant chez un individu, l’optimisme qu’il lui prête contribue à le faire vivre finalement aussi bien qu’un autre… en lui permettant de surmonter les dépressions nerveuses qui sont souvent le lot des signes d’Eau.
« Signe de difformité » : les Anciens assuraient que les signes « à visage humain » (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Verseau) prêtaient au natif des traits réguliers ; c’étaient, avec la Balance, des « signes de beauté ». Le pauvre Cancer, lui, était carrément classé dans les « signes de difformité », autant dire dans les signes de laideur !
Certes, le Jupitérien a tendance à être gros et rougeaud, et le Lunarien trop arrondi pour les canons esthétiques de notre siècle. Cependant le Cancer porte toujours en lui quelque chose de l’enfance, qui lui donne du charme.
La Mythologie du signe
En Egypte
Sur le Zodiaque égyptien connu sous le nom de « Zodiaque du second Hermès » et étudié par le père Kircher au XVIIe siècle, le Cancer est occupé par Hermanubis-Thot, divinité à tête d’Ibis, que les Grecs ont appelé Hermès.
Thot est un dieu lunaire, auquel est attribué le calendrier, avec la division du temps en jours, mois, saisons ; il est le dieu des nombres, celui de la science, et c’est lui qui aurait inventé l’écriture. Dans cet antique Zodiaque égyptien, Thot est accompagné par le crocodile « dont le nom en sanskrit, makara, est celui du signe du Capricorne, complémentaire du Cancer« .
« Dans le Zodiaque représentant les constellations australes (toujours d’après le même père Kircher) Thot est représenté dans le Cancer par sa tête d’Ibis, mais c’est le dieu Anubis à tête de chacal qui occupe la place principale. Il tient une lance avec laquelle il transperce un chien qui représente sans doute Seth, le principe des ténèbres. Or Anubis était l’ensevelisseur d’Osiris, le Soleil mort, (…) qui devait renaître sous le nom d’Horus. Osiris était non seulement le Soleil disparu, mais chaque homme qui doit retourner en la sombre demeure d’Anubis pour recouvrer les forces nécessaires à une vie ultérieure (…) Anubis symbolise donc l’énergie de conservation de la vie (…) antérieure à une nouvelle période de manifestation. (C’est) la vie cachée, la gestation préparatoire à la naissance, ou à la renaissance.
« Enfin, dans le Zodiaque des constellations boréales selon Kircher, c’est Horus (…) à tête d’épervier, le Soleil renaissant, qui occupe le Cancer, avec Osiris, le Soleil mort (…). Horus à tête d’épervier est le dieu vengeur de son père Osiris tué par Seth, dieu des ténèbres qu’il chasse et détruit ; comme tel, il est le dieu de la lumière renaissante, et est représenté sous la figure d’un enfanta. »
Que le lecteur me pardonne cette longue citation de Marcelle Sénard, avec cette histoire un peu embrouillée. Elle permet, malgré la complexité des personnages, de comprendre quelle idée les Egyptiens se faisaient du signe du Cancer. Ils voyaient la vie comme une trajectoire vers l’éternité, rythmée par une série d’étapes successives où la mort n’était qu’un passage entre deux vies, et toute naissance, en fait, une re-naissance. Pour les Egyptiens, tout vivant parcourt un cycle à deux temps : vie, mort, renaissance, mort, etc. Le Cancer était déjà, il y a des millénaires, la nuit qui prépare le lever du jour, l’obscure gestation qui précède la vie.
Conception un peu différente de la nôtre, puisque, dans notre tradition occidentale, l’idée de la réincarnation n’est pas explicite. Aussi avons-nous l’habitude de penser qu’une naissance se produit à partir du néant.
Dans la tradition égyptienne, le Cancer est plus un re-commencement qu’un commencement, et la génération spontanée n’existe pas.
D’autre part, sur les bords du Nil, l’énergie cancérienne a souvent été représentée par le scarabée. « Dans le Zodiaque de Dendérah, l’animal représentatif du Cancer n’est pas le crabe ou l’écrevisse, mais le scarabée, vénéré en Egypte (…) et assimilé au Soleil levant’. »
Dans la tradition astrologique hindoue
Le quatrième signe symbolise les quatre états de Brâhma le Créateur. Il est :
- Le seigneur suprême : Ishwara, et le bienfaisant Sadashiva.
- La causalité suprême : Prajnâ ou Maheswara.
- Celui qui est la vraie réalité au milieu de la diversité de l’univers : Brâhma.
- Celui qui illumine et fait vivre toutes choses : Vishnou.
Le quatrième signe symbolise encore les quatre états par lesquels passe la conscience, ainsi que les étapes de la Création : connaissance directe et sensorielle, état de réceptivité précédant les phénomènes de perception (ou conscience de veille), perception extra- sensorielle, et enfin l’objet même de la perception.
La constellation dans la tradition gréco-arabe
Le Cancer, représenté dans l’Antiquité par ‘une écrevisse ou un crabe, est une constellation boréale qui comprend 83 étoiles, assez petites. La plus brillante, aujourd’hui dans le signe du Lion, est Acubens, dans laquelle les Arabes voyaient les pinces du Crabe, lieu secret où l’on peut se cacher, où l’on est protégé (El Zubanah : les pinces).
Au centre de la constellation, se trouve un amas d’étoiles appelé la « crèche » (Proesoepe), ou la « Ruche », parce que, selon la tradition antique, les âmes progressaient sous forme d’abeilles sur la Voie lactée pour arriver au « portail » du Cancer (toujours cette idée, attachée au signe, d’entrée dans une nouvelle vie). La constellation du Cancer est encore appelée, en latin, Ardens : la borne de la course du ciel.
Dans cette constellation (mais actuellement dans le Lion), se trouvent aussi les Anons : Anon nord – ou boréal – et Anon sud – ou austral (qui, d’ailleurs, est réputé être une ânesse !). Quant à l’amas Proesoepe, il s’appelle en arabe Al-Malaf : le sac à avoine que l’on suspend au cou des chevaux et des ânes… Cette histoire de crèche et d’âne ne vous dit rien ?
Pour les chrétiens, c’est Noël. La Nativité, c’est-à-dire la naissance du Christ. Étrange coincidence des vieux mythes autour de la Méditerranée.
Hercule/Héraclès et l’Hydre de Lerne
Vous pouvez toujours dire à vos amis Cancer que le mythe d’Hercule a quelque chose à voir avec leur signe : cela leur fera plaisir ! Hercule a une assez bonne réputation depuis l’Antiquité, c’était le Superman des Grecs...
On sait qu’Hercule (en grec, Héraclès) dut, pour réparer les crimes qu’il avait commis dans un instant de folie, accomplir douze travaux au service d’Eurysthée, roi d’Argos.
Le deuxième de ces travaux, la victoire sur l’hydre de Lerne, fait intervenir un crabe très cancérien… Voici l’histoire.
L’Hydre était une sale bête, une espèce de pieuvre à corps de chien, de forme in- définissable – certains disent qu’elle avait sept têtes, d’autres cinquante, ou même cent… Quoi qu’il en soit, cette horreur habitait au fond d’un marécage dans le lac de Lerne, « lieu-dit » situé en Grèce dans la province d’Argolide, près de la mer. L’endroit, sinistre à souhait, était, croyait-on, une entrée des Enfers. (Notez bien l’élément souterrain qui se rattache toujours aux mythes cancériens : le Cancer est signe de nuit et de secret !
Notez aussi que l’hydre, comme l’indique son nom en grec, est une bête aquatique et amphibie, comme notre cher vieux crabe !).
Selon la tradition antique, le lac de Lerne était sans fond. L’empereur Néron, qui fit procéder à des sondages, ne réussit pas plus que ses prédécesseurs à atteindre le fond.
D’innombrables voyageurs imprudents s’enlisaient dans les marais autour du lac, dont les chenaux mouvants se modifiaient à chaque crue des rivières souterraines.
Bref, dans cet endroit maléfique, le monstre à têtes multiples attirait ses victimes en provoquant des mirages. Ainsi, les troupeaux de bovins croyaient-ils apercevoir au loin de verts pâturages, genre irlandais ; humant déjà l’herbe savoureuse, les pauvres bêtes se précipitaient dans le marais où elles s’enlisaient alors dans la vase putride. Les voyageurs – ou les boeufs – qui échappaient aux vases mouvantes n’avaient aucune chance de sur- vivre, car ils étaient bientôt asphyxiés par les vapeurs pestilentielles émanant du marais… l’haleine empoisonnée de la bête !
Héraclès, pressenti pour délivrer la Grèce de cet hôte indésirable, arriva à Lerne devant le repaire de l’hydre, accompagné de son neveu Iolaos. Pour obliger le monstre à sortir, il lui lança des flèches enflammées – en respirant le moins possible pour ne pas être asphyxié ! La pieuvre géante sortit et enroula ses tentacules autour des jambes du héros pour l’immobiliser. Héraclès frappait, frappait, avec sa célèbre massue en bois d’olivier, pourtant magique… mais chaque fois qu’il avait réussi à écraser une tête, elle repoussait immédiate- ment ! C’était désespérant…
Puis la situation s’aggrava : un crabe géant sortit du marécage pour attaquer le héros, qu’il mordit méchamment au pied. Héraclès, rendu furieux par la douleur, sentit ses forces décupler sous l’effet de la colère : il écrasa vigoureusement le crabe, puis appela Iolaos à la rescousse. Celui-ci alluma un incendie dans le bois de Lerne, qui borde le lac. En effet, pour éviter que les têtes de l’hydre ne repoussent aussitôt, il fallait brûler la chair à l’endroit où elles avaient été coupées. C’est ce que fit Iolaos avec des branches enflammées.
Ensuite Héraclès s’arma d’une faucille d’or (en forme de croissant, symbole lunaire !) et décapita la tête centrale de l’hydre (laquelle était, dit-on, en partie du même métal).
Il enterra cette tête encore vivante, secouée d’épouvantables soubresauts et sifflant toujours, sous un amas de rochers près de Lerne. Il préleva la poche à venin dans les entrailles de l’hydre et y trempa la. pointe de ses flèches : ainsi « curarisées », elles devenaient mortelles à la moindre égratignure 1.
Héra, c’est-à-dire Junon, femme de Jupiter, qui détestait Héraclès et avait provoqué l’apparition du crabe, voulut récompenser cet allié malheureux : elle le transforma en constellation pour l’éternité, en lui assignant une place parmi les douze signes du Zodiaque. Quant à Eurysthée, il estima qu’Hercule n’avait pas vraiment fait son travail, puisqu’il n’aurait jamais réussi sans l’aide d’Iolaos.
Ce mythe, très intéressant à étudier, appelle plusieurs commentaires. Il y a d’abord une menace de l’invasion des eaux : selon certains auteurs antiques, l’hydre aurait été la source de rivières souterraines dont le débordement inondait dramatiquement la région, noyant gens et troupeaux. Voilà pourquoi Héraclès devait assécher le terrain par le feu et drainer (ou obstruer) les canaux, probablement symbolisés par les tentacules de la pieuvre. Certains historiens pensent que les sept têtes de l’hydre correspondent aux sept chenaux de l’embouchure du fleuve Amymoné, qui se jette dans la mer près de Lerne.
Quoi qu’il en soit, nous pataugeons ici dans un monde amphibie, dans les eaux grouillantes de vie qui précèdent la naissance du monde. Mais la naissance ne peut se faire qu’au prix d’un grand effort : il faut arracher la Terre aux Eaux-Mères, arracher le Cancer à ses eaux maternelles pour l’amener à devenir un être autonome.
Si les eaux stagnent, elles deviennent putrides, l’oeuf pourrit, l’enfant ne peut naître.
Héraclès/Hercule représente l’énergie extérieure qui permet à la vie d’éclore. Il arrache le pays de Lerne à sa nuit marécageuse et lui permet de vivre enfin. Le Cancer a besoin de l’énergie solaire, et c’est ici que le mythe de l’hydre de Lerne est vraiment très cancérien, et la personnalité même d’Héraclès très significative. Fils de Jupiter, maître des dieux (exalté dans le signe du Cancer !), Héraclès apporte donc l’énergie jupitérienne pour drainer le marécage. On sait que Jupiter est un astre « de feu », un « soleil en petit », bénéfique et lumineux.
La nature jupitérienne d’Héraclès est indiquée assez clairement par le feu : les flèches embrasées qu’il lance d’abord sur l’hydre pour l’obliger à sortir de son trou, et ensuite l’incendie qu’il allume avec l’aide d’Iolaos pour brûler les blessures de la bête. Le dynamisme jupitérien est indispensable au Cancer : ce feu l’aide à sortir du marécage intérieur, dans lequel il croupit passivement.
L’hydre à multiples têtes, qui évoque une pieuvre, laisse penser que la légende est d’origine crétoise ou, du moins, qu’il y aurait eu à Lerne (et certains indices le confirment) à une époque reculée, des « prêtresses de l’eau » qui rendaient un culte sacré à cet élément et à la pieuvre. L’eau ici est maléfique/bénéfique, ombre et lumière, toujours cette dialectique du jour et de la nuit, du solstice d’été brillant au-dessus de l’eau primordiale.
Vie et mort d’Héraclès
Le venin de l’hydre finit par causer la mort du héros. Celui-ci, d’après la prédiction de Zeus, « ne pourra jamais être tué par aucun homme vivant. Seul un ennemi déjà mort pourra le faire périr ».
Or Déjanire, femme d’Héraclès, souffrait des infidélités de son mari. Cherchant un philtre d’amour pour s’assurer l’attachement éternel de celui-ci, elle eut l’idée d’utiliser le venin de l’hydre, enfermé par Hercule dans un vase scellé. A vrai dire, elle n’avait pas une idée bien précise de ce que c’était… Elle imprégna de venin une chemise de cérémonie neuve (en pure laine vierge) qu’elle fit porter à son époux, lequel devait célébrer les fêtes du solstice en grande tenue. Héraclès la mit sans méfiance. Mais au cours de la cérémonie, il commença à ressentir d’intolérables brûlures sur tout le corps et comprit qu’il allait en mourir. Il se fit porter sur un bûcher pour abréger ses souffrances (toujours le feu, lié à ce personnage jupitérien), pardonna à Déjanire qui avait été plus bête que méchante, et mourut avec dignité.
Son père Zeus/Jupiter l’accueillit triomphalement parmi les immortels de l’Olympe, et lui attribua les fonctions de « Portier du Ciel », parce que sa mort avait eu lieu au solstice d’été.
Pour, les Anciens, l’année était une porte de bois de chêne tournant sur un gond (en latin, cardo, d’où les signes cardinaux, comme le Cancer, qui ouvrent une saison). Au solstice d’été, le 21 juin, cette porte est ouverte au maximum. Ensuite, au fur et à mesure que les jours raccourcissent et que l’année s’avance, la porte se referme peu à peu, jusqu’au solstice d’hiver en Capricorne.
Remarquons aussi qu’Héraclès fut, durant sa vie terrestre, le protégé d’Athéna/Minerve.
Elle lui avait indiqué où trouver le repaire de l’hydre. Or Athéna est la déesse de la sagesse, des sciences, des arts, des lettres, des mathématiques. Ceci rappelle les attributs du dieu Thot, lequel règne sur le Cancer dans le Zodiaque égyptien dont nous avons parlé plus haut. Le Cancer est signe de sagesse, il sait ce qui est caché à d’autres. Voilà pourquoi le natif marqué par ce signe manifeste une si vive curiosité de tout ; il est souvent cultivé, voire extrêmement érudit.
Bien d’autres éléments de la légende d’Hercule en font le « saint patron » du Cancer. Par exemple, sa célèbre massue en bois d’olivier sauvage, lequel était l’arbre de l’année nouvelle, symbole de renaissance et de renouveau.
L’enfance d’Héraclès est semée d’allusions cancériennes. Par exemple, l’origine de la Voie lactée : Alcmène, mère de notre héros, le cache dans un buisson aux environs de Thèbes, parce qu’elle craint la jalousie de Héra/Junon (femme légitime de Zeus). Justement, voilà Héra qui passe par là. En voyant ce bel enfant affamé, elle ne peut s’empêcher de lui donner le sein ; mais l’enfant se jette dessus avec tant de vigueur qu’il lui fait mal. Héra, de douleur, laisse tomber le jeune glouton, et le lait répandu deviendra la Voie lactée… Rappel du thème cancérien de l’allaitement, de la difficulté du servage. Et la Voie lactée est le chemin qu’empruntent les âmes pour arriver à la Porte du Cancer. Cette légende de la Voie lactée rend un son très « oedipien », au sens qu’a donné Freud à ce mot. J’en parlerai plus loin.
Il y a aussi l’épisode des serpents : on se souvient qu’Héra/Junon, toujours folle de jalousie, avait une nuit envoyé deux serpents « à raies bleues et au venin mortel » dans la chambre où le petit Héraclès dormait avec son frère jumeau. Mais Jupiter/Zeus, averti de la chose, illumina la chambre, ce qui réveilla les enfants et permit à notre héros d’étrangler purement et simplement les deux serpents, manifestant pour la première fois cette force « herculéenne » qui sera la sienne. On peut voir dans cette histoire un thème très cancérien : la victoire de la lumière solaire et jupitérienne sur la nuit et la mort.
Œdipe et son complexe
Enfin, on ne saurait survoler les mythes grecs rattachés au Cancer sans parler d’Œdipe.
Pour ceux qui l’ont oublié, voici le récit de ses malheurs, avant Freud :
Un oracle avait prédit à Laïus et à Jocaste, parents d’Œdipe, que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. Laïus et Jocaste, affolés, « exposent » le nouveau-né, c’est-à-dire l’abandonnent dans la nature pour qu’il y soit la proie des bêtes sauvages. Un berger passe par là, recueille l’enfant, et vient l’apporter à Polybe, roi de Corinthe, qui l’adopte et le fait élever princièrement.
Or, voilà qu’Œdipe, ayant atteint l’âge adulte, apprend l’oracle fatal, tout en croyant que Polybe est son vrai père. Pour ne pas risquer de lui nuire, il s’éloigne du palais, et s’en va à l’aventure sur les chemins creux de la Grèce antique. Un jour, il rencontre un inconnu avec lequel il se prend de querelle : ils se battent, et Œdipe le tue…
C’était Laïus, mais Œdipe ne se doute pas de la chose ! Puis il arrive devant la ville de Thèbes, très assombrie par la présence du Sphinx : Œdipe devine l’énigme que lui propose le monstre qui, par dépit d’avoir trouvé un humain plus malin que lui, se jette dans la mer toute proche. Les Thébains font un triomphe à l’inconnu qui les a débarrassés de la sale bête. Ils proclament Œdipe roi, et lui font épouser la reine Jocaste… toujours sans savoir qui il est réellement !
Pendant longtemps, Œdipe ignore la vérité et profite de son bonheur avec innocence.
De ce mariage incestueux naissent même quatre enfants. Puis un jour, il apprend tout.
De désespoir, il se crève les yeux, cherche plus ou moins à se suicider, et se cache au fond de son palais dont ses fils le chasseront.
Freud a longuement parlé de ce mythe qui éclaire le « stade oedipien » de l’enfance : tout jeune garçon éprouve, un jour ou l’autre, le désir « d’épouser sa mère » et de se débarrasser- de son gêneur de père ! La légende grecque évoque le cas douloureux d’un homme qui n’a pas pu « tuer son père » fictivement alors qu’il était enfant, ce qui l’amène à le tuer réellement une fois adulte, pour ensuite épouser sa propre mère (dont il n’a pu se détacher affectivement).
On retrouve ici le problème fondamental de tout cancérien : l’attachement à la mère, la rivalité avec le père s’il s’agit d’un garçon. Dans le cas du Cancer, le respect filial empêche l’enfant de s’opposer à son père pour affirmer son autonomie, tandis qu’une trop forte influence lunaire l’empêche de se détacher de sa mère. Le Cancer dépasse difficilement, ou tardivement, le stade oedipien. Tout a été dit sur ce sujet par les élèves de Freud, et les autres, mais on a omis de remarquer quelques détails, sous une lumière « astrologique » :
Œdipe résout l’énigme du Sphinx, car il devine tout – il sait ce que les autres ignorent, – sauf en ce qui le concerne : le Cancer, extraordinairement sagace pour ce qui regarde autrui, est aveugle sur son propre destin (d’ailleurs, Œdipe se crève les yeux !) Cependant, il passe brillamment l’examen du Sphinx : quelle étrange combinaison, dans un même être, de maturité intellectuelle et de flagrante immaturité affective ! Voilà bien un vrai Cancer, enfant attardé, mais cependant d’une si grande curiosité qu’il emmagasine un vaste savoir.
Œdipe devient roi : cela est tout à fait dans la nature jupitérienne du crabe, chanceux et ambitieux. On n’en attendait pas moins de lui !
Œdipe finit misérablement, en s’auto-punissant, en se culpabilisant totalement : c’est aussi dans la ligne du Cancer, lequel a très souvent tendance à retourner son agressivité contre lui-même. Il est, plus qu’un autre signe, accessible à la dépression nerveuse. Il se tourmente, se torture même, des mois durant et des années, en se culpabilisant vis-à-vis de ses parents. S’il s’en sort, la dépression nerveuse lui permet de mûrir. Sinon, il se noie. Ainsi Œdipe devient-il une épave…
Le Cancer est un signe d’eau prolifique : ainsi, Œdipe a quatre enfants de Jocaste, ce qui est beaucoup, vu la différence d’âge entre sa mère et lui ! Il vit longtemps heureux en famille, ce qui est bien dans son génie du bonheur intime et familial. Il est extrêmement populaire dans Thèbes : la Lune, maîtresse du signe, est symbole de la foule, et de la popularité.
La Lune étant, dans un thème masculin, symbole à la fois de la mère et de la femme, le mythe oedipien illustre de façon frappante cette confusion, « noeud » de la condition Cancérienne.
Le Symbolisme lunaire
Les valeurs lunaires et cancériennes coïncident si bien qu’il est difficile de les différencier les unes des autres. On peut dire que l’action lunaire actualise les virtualités cancériennes.
Ce qui frappe d’abord l’observateur, dans le rythme lunaire, c’est la rapidité de son évolution. La lune, « planète » la plus rapide, symbolise la mobilité, la fluidité, les états d’âme changeants. C’est pourquoi, elle préside aux activités quotidiennes humaines.
Par exemple, toute la vie agricole depuis la préhistoire a utilisé les phases de la Lune.
De nombreux textes anciens en parlent, et notamment le poète grec Hésiode, dans les Travaux et les Jours (VIIIe siècle avant Jésus-Christ), ou le poète latin Virgile, contemporain d’Auguste, dans les Géorgiques :
« La Lune elle-même a rangé les différents jours favorables aux différents travaux.
Evite le cinquième : les Euménides naquirent ce jour-là;(…). Le dix-septième jour est favorable à la plantation de la vigne, au dressage des boeufs capturés et au travail des lisses qu’on attache au métier ; le neuvième est plus propice aux évasions, contraire aux larcins. » (Géorgiques, Livre I.)
Pendant la première moitié du XXe siècle, on s’est moqué de ce souci qu’avaient les paysans d’antan de faire coïncider le calendrier agricole avec le calendrier lunaire : la Lune régnait alors sur des civilisations à prédominance paysanne et nul ne songeait à discuter son influence. Or, on s’aperçoit aujourd’hui, à la faveur de récentes expériences en laboratoire, que ces traditions avaient un fondement et que les rythmes lunaires semblent agir réellement sur l’évolution des êtres vivants. C’est peut-être par ce biais, d’ailleurs, que la recherche scientifique redécouvrira l’astrologie : si l’influence de la Lune entre dans le cadre des « certitudes scientifiques », pourquoi ne pas admettre, de façon générale, l’influence des autres astres ? Selon Henri Gouchon, la Lune symbolise « la fécondation, l’absorption, la passivité, le reflet, la nuit, l’humidité, les liquides, le caprice, le changement, la fantaisie, la périodicité, l’imagination, la rêverie, le sexe féminin, l’épouse, la mère, la foule, la vie intime ».
La Lune, symbole féminin
La Lune est symbole féminin, et il est vrai qu’à la regarder, on a l’impression de voir un oeuf, tout rond, tout lisse et tout blanc, ou un ventre maternel, gonflé et tendu par une promesse de vie.
Dans un thème féminin, la Lune revêt une grande importance, peut-être même plus grande que le Soleil, symbole masculin. Elle est d’abord symbole de la mère du sujet, et l’on peut tracer un portrait assez précis de celle-ci en analysant l’état de la Lune dans le thème du natif. Elle donne, soit le portrait objectif de la mère, soit le portrait subjectif, c’est-à-dire la façon dont le natif la perçoit et vit sa relation avec elle.
Pour un homme, la Lune est aussi l’épouse. Et l’on n’a pas attendu la psychanalyse pour apprendre que l’homme recherchait inconsciemment une image de sa mère dans la femme choisie (ou subie). Ainsi, par exemple, un homme dont la Lune est en signe double.
L’interprétation, selon l’état du thème, pourra en être : ce natif a eu deux mères (légales ou affectives, peut-être une mère et une belle-mère, ou une mère et une grand-mère) et il risque aussi d’avoir deux femmes (épouse et maîtresse, ou deux épouses légitimes successives, puisque la polygamie n’est pas admise en Occident).
La Lune serait l’anima de tout homme et correspondrait à son inconscient féminin.
Cette remarque peut aller très loin : les relations que tout homme entretient d’abord avec sa mère, puis avec la femme aimée, sont à l’image des relations qu’il entretient avec Dieu lui-même. Il y a là un mystère très profond. Pour Jean Guitton, l’amour humain « est une initiation à l’amour divin… Les flammes de l’amour, comme dit l’épouse du Cantique des Cantiques, sont les flammes de Yahvé ».
Teilhard de Chardin a écrit : « Le féminin est le Christ transposé dans la Vierge« , et un mystique russe, Merejkovski : « La pudeur cache le sexe, mais le sexe cache Dieu. »
Tout homme, inconsciemment, vit ses relations avec la divinité sur le mode de ses relations avec la femme.
Mais que ceux qui ont une Lune mal aspectée ne se désespèrent pas, une Vénus en très bon état permet de dépasser les obstacles intérieurs. Il ne faudrait jamais oublier que la femme est le dernier être vivant créé, le chef-d’oeuvre final (après que Yahvé-Dieu se soit exercé sur les plantes, les animaux et l’homme). La femme est donc la dépositaire d’un certain nombre de secrets divins (c’est ce qui a motivé la révolte de Lucifer, jaloux des pouvoirs de la femme). La qualité et l’état de la Lune dans un thème indiquent les possibilités spirituelles d’un homme.
A la Lune ont donc été attribuées toutes les qualités ou dispositions que l’inconscient collectif désignait comme « féminines » : l’inspiration, l’intuition, l’imagination, la mémoire, le rêve, la poésie. Mais la Lune maléficiée disposerait au caprice infantile, à l’anxiété, au repli sur soi, à la passivité, à « l’hystérie » (personne ne sait très bien ce que c’est…mais c’est très grave !).
La Lune symbolise la foule, la popularité. On a toujours su que « la foule était femme », et c’est bien ainsi que l’entendent les dictateurs… On parle du « viol des foules » tant il est vrai qu’une assemblée d’hommes (et de femmes) ressemble à la mer, avec ses vagues mouvantes, ses réactions imprévues, sa mobilité… comme la Lune ! Celle-ci indique donc dans un thème la popularité du natif, ses possibilités de contact avec le public, ses talents éventuels de « passer » à la radio ou à la télé, de se faire connaître. Les êtres marqués par une grande impopularité (telle Marie-Antoinette) ont souvent dans leur thème une Lune exilée, dissonante, ou isolée.
Conformément à l’image que se fait l’inconscient populaire de la féminité, la Lune est passive et n’a pas d’agressivité. Amour du changement et mobilité, plasticité, suggestibilité, mais, comme nous l’avons dit dans la symbolique du signe, la Lune n’a pas en elle un véritable dynamisme, elle a besoin de celui de Mars pour la tirer hors de sa passivité. La Lune n’est pas autonome. Image bien conforme d’ailleurs à la réalité astronomique, puisque l’astre est notre satellite, il gravite autour de la Terre, à laquelle il est attaché par les lois de l’attraction universelle.
La Lune, symbole de vie, symbole de mort
Le symbolisme lunaire « colle » parfaitement à celui du Cancer, avec sa passivité et, en même temps, son ambivalence mort/vie.
Il existe toute une tradition sur les relations que les vivants peuvent avoir avec les morts dans les différentes sphères de l' »astral ». Les religions anciennes, et plus près de nous, les spirites, avaient très bien perçu un fait curieux : le contact avec les disparus s’établit mieux par les nuits de pleine lune. D’ailleurs, ces nuits-là, toute personne un peu sensible se sent dans un état second, inconfortable ou euphorique, mais on perçoit très bien qu’il se passe quelque chose à un niveau inconscient. Les meilleurs médiums sont en majorité des femmes et tout lunarien a des pouvoirs parapsychologiques latents, des rêves prémonitoires, une faculté de se relier à l’Invisible, qui déconcerte les rationalistes. La Lune est la planète de l’irrationnel.
La Lune est un astre mort, ce qu’ont confirmé les différentes expéditions lunaires.
Notre petit satellite n’est qu’un caillou sec et nu, d’où la vie telle que nous la connaissons est totalement absente. Mais (et c’est là que nous retrouvons l’ambivalence cancérienne, la Lune, vue d’en bas, d’un point de vue de terrien, préside au cycle de vie : la fécondation, les marées, les biorythmes féminins et ceux que l’on commence seulement à découvrir, les rythmes circadiens…), le développement des bourgeons et des fleurs, la pousse des cheveux. Bref, la Lune régit nos cycles biochimiques.
Astre de vie/astre de mort, la Lune, comme le Cancer, est une porte entre deux mondes. Symbole de la femme qui, elle aussi, est perçue comme donatrice de vie et dispensatrice de mort (histoire de la chute du Paradis terrestre, mythologies orientales et moyen-orientales). La Lune est Eve, mère des vivants ; elle est aussi Lilith (symbolisée par la Lune Noire), créature déviée et porteuse de mort pour les vivants.
La Lune serait un miroir : de même qu’elle nous renvoie la lumière du soleil, elle réfléchirait également sur nous des ondes invisibles venues d’ailleurs, des présences appartenant à d’autres mondes…
Petit « guide bleu » de la Lune
Il me paraît urgent de donner ici au lecteur quelques notions succinctes de la géographie lunaire. On ne sait jamais : si d’aventure on vous propose un voyage sur la Lune, il faut absolument que vous ayez une idée de sa topographie, sinon vous allez vous perdre ! Les « mers » lunaires sont des espaces plus ou moins plats que les astronomes ont baptisés :.mer du Nectar, mer de la Fécondité, mer de la Tranquillité, mer des Crises, mer de la Sérénité, mer du Froid, mer des Pluies, mer des Humeurs, mer des Vapeurs…
N’est-ce pas joli ? Ma préférée est la mer des Nuages.
Il y a aussi l’océan des Tempêtes, et puis quelques petites criques où s’abriter, tout de même : baie des Arc-en-Ciel, baie du Milieu (l’imagination des astronomes, ici, était un peu à sec… probablement à cause du golfe Torride, tout proche). La baie de la Rosée m’enchante, et que dire du lac des Songes ? Quelques autres mers ont des noms plus ennuyeux, pieusement donnés en souvenir de savants illustres (mer de Humboldt, mer de Smyth ou, platement, par manque d’imagination, mer Australe, mer Marginale).
Les volcans éteints, ramonés périodiquement par le Petit Prince (enfant symbole du Cancer !) portent aussi beaucoup de noms illustres : le plus beau est le cratère de Copernic, mais rien ne vous empêche de faire du tourisme lunaire dans les cratères de Platon, Aristote, Képler, Ptolémée, Piccolomini, Condorcet, Firmicus, Joliot-Curie, Edison, Maxwell, Jules Verne (à tout seigneur, tout honneur : ce dernier avait la Lune en Scorpion, extrêmement puissante dans son thème ; il a dû l’exorciser en écrivant : De la Terre à la Lune), etc. Je ne vais tout de même pas vous nommer tous les petits et grands cratères ; à la rigueur encore celui de Tsu-Chun-Chii, parce qu’il est chinois, pays lunaire par excellence (la Chine, pays des ancêtres et Empire du Milieu, est Cancer ascendant Balance).
Il faut que vous sachiez qu’il y a aussi des montagnes sur la Lune : Apennins, monts du Caucase, montagnes du Jura, monts Leibnitz, monts des Soviets, monts Altaï, etc. Pas beaucoup de fantaisie dans ces appellations tout ce qu’il y a de plagiaires : c’est clair, la Lune n’a rien à voir avec la symbolique des montagnes (air, froid sec… alors qu’elle est eau et humidité). Visiblement, les astronomes ont été plus inspirés quand il s’est agi de baptiser des mers. Quoi d’étonnant ? Leur nomenclature est un catalogue des symboles lunaires !
Bon voyage sur la Lune, chers amis lecteurs !
Les marées
Elles nous intéressent à double titre : influence de la Lune et analogie avec le signe du Cancer, signe d’eau amphibie. Une connaissance du phénomène de la marée éclaire beaucoup nos connaissances astrologiques.
Toutes les mers du monde connaissent ces mouvements périodiques. On les remarque particulièrement dans la Manche, mais n’allez pas croire pour autant qu’il n’y a jamais de marée en Méditerranée : à Venise, elle est très sensible, et en Tunisie, au fond du golfe des Syrtes, elle peut atteindre deux mètres d’amplitude. Ainsi, l’influence lunaire règne sur les eaux de toute la Terre, et nulle partie du monde ne lui échappe.
Sur les côtes françaises de la Manche, par exemple, la mer monte durant six heures environ, c’est le flux ou flot. Elle reste quelques minutes au même niveau, on dit alors que la mer est étale. Puis elle se retire peu à peu, c’est ce qu’on appelle le reflux ou jusant qui dure également six heures. Arrivée au point le plus bas, la mer est étale quelques minutes puis recommence à grimper.
Dans notre pays, la mer met un peu plus de douze heures à monter, puis à redescendre : c’est une marée semi-diurne, c’est-à-dire qu’en vingt-quatre heures, on compte deux flots et deux jusants. On voit aussi à quel point la Lune est un astre mobile. Tous les pays du monde, d’ailleurs, n’ont pas une telle mobilité dans leur marée : certains ont des marées diurnes, avec seulement une basse mer et une haute mer par jour (golfe du Mexique). Un troisième type de marées est la marée mixte : deux hautes mers et deux basses mers par jour, mais tantôt ce sont les basses mers qui ont des durées inégales, tantôt les hautes mers, tantôt les unes et les autres. La fantaisie et le caprice lunaires règnent ici, avec une régularité faite de rythmes irréguliers…
A cette pulsation quotidienne, s’en superpose une autre, qui correspond au mois lunaire. Lorsque le Soleil et la Lune sont en conjonction (sizygie), ou en opposition, leurs influences s’additionnent pour donner de très forts déplacements des eaux : on a ainsi les grandes marées tous les quatorze jours environ (ou marées de vive eau). Entre ces grandes marées, se placent les marées de morte eau, où le marnage, c’est-à-dire l’écart entre le niveau des hautes mers et celui des basses mers, est très faible.
A vrai dire, si ce phénomène est connu depuis toujours, on ne l’a jamais complètement expliqué. Il semble que, non seulement l’influence lunaire soit en jeu, mais encore l’onde solaire. La marée est donc due à la combinaison des ondes lunaires, solaires et luni-solaires. Cela nous replonge tout à fait dans le symbolisme cancérien, signe lunaire au solstice lumineux de l’été, signe où le jour et la nuit jouent sans arrêt à cache-cache, où la lune tire la langue au Soleil, signe-charnière entre les deux…
La théorie des marées, due à Newton, comporte beaucoup de points d’interrogation et
d’exceptions inexplicables. En particulier, on se demande toujours pourquoi certaines côtes ont un marnage de quatorze mètres (un vrai mur d’eau) et d’autres de seulement quelques centimètres. Mystères de la Lune, « caprices » de celle-ci, c’est-à-dire influences biophysiques inexplicables pour notre science trop rationnelle.
Le résultat de l’attraction de la Lune se manifeste, lorsque l’astre passe au zénith, par la formation d’un « bourrelet d’eau » (haute mer), qui se déplace avec l’astre. A l’opposé, les eaux sont déprimées en « creux », et ce « creux » (basse mer) se déplace symétriquement.
La Lune et le Soleil ne sont peut-être pas les seuls astres à influer sur la marée, celle-ci est probablement le résultat d’une série d’ondes très complexes. Peut-être d’autres planètes ont-elles leur mot à dire là-dedans… On ne sait.
Les marées provoquent des courants violents, parfois irrésistibles, et qui changent de sens brusquement avec le « renversement de la marée ». Ainsi, l’influence lunaire sur un être est-elle souvent irrésistible, comme la vie même ; c’est un courant qui l’emporte, et le Lunarien passif ne peut que se laisser flotter au fil de l’eau. La Lune est symbole d’instinct, instinct sauvage et puissant qui anime l’homme comme l’animal ou la plante.
Les marées construisent ou démolissent le profil des côtes. Elles déterminent parfois des « marées de vent », et règlent la vie de tout le petit monde des rivages, celui où habite notre crabe préféré. Il n’est pas très facile pour une plante ou un animal côtier (en océanographie, on dit : benthique) de s’adapter à ces perpétuels changements du niveau de l’eau.
Les êtres marins que nous découvrons à marée basse doivent affronter un dramatique problème de survie. Lorsque la marée se retire, grand est le risque d’être désséché par le Soleil : voilà pourquoi le crabe a une carapace, et pourquoi il se cache au fond d’un trou humide de rocher ; il est dans sa nature même d’être secret, d’aimer l’ombre. La vie présente une succession de conjonctures sèches ou humides, comme la marée, et la carapace du crabe lui assure la survie. Crabes, coquillages, algues, poissons, etc. ne peuvent plus respirer à marée basse comme à marée haute. Aussi s’enfouissent-ils dans le sable, ou bien ont-ils un système respiratoire adapté (comme le crabe) à cette double vie : ils se ferment hermétiquement pour retenir leur eau et leur oxygène. C’est ainsi que s’explique la mémoire extraordinaire du Cancer, mais aussi de tous les Lunariens. Voilà pourquoi la Lune est aussi symbole d’adaptation, de souplesse plastique, symbole à la fois de la vie quotidienne et de l’imagination. Lorsqu’on observe ces êtres vivants du rivage, on est émerveillé de découvrir leur richesse d’invention pour survivre dans leur vie quotidienne.
La révolution synodique, ou lunaison, à l’intérieur de laquelle se situent les phases lunaires, s’accomplit en 29,5 jours. On peut en suivre les phases sur les éphémérides, les annuaires de la marée et aussi sur le calendrier des P. et T.
La néoménie ou nouvelle lune correspond à la conjonction des luminaires. C’est le moment où l’astre est invisible. Passant au méridien, en même temps que le Soleil, la Lune ne peut en réfléchir la lumière. Puis, au fur et à mesure qu’elle s’en éloigne, le croissant lumineux apparaît, se précise et croît, jusqu’au premier quartier, 7 jours après la néoménie. Cela correspond, dans le thème natal, au premier carré des luminaires.
La croissance se poursuit jusqu’à la phase d’opposition avec le Soleil, ou pleine lune.
L’opposition des luminaires se situe les 14e et 15e jours après la néoménie. La phase décroissante commence avec le dépassement de l’opposition, jusqu’à la nouvelle lune suivante.
Quelques précisions
Symboliquement, la Lune décroissante faciliterait l’assimilation de tout ce qui a été acquis pendant la Lune croissante. A la Lune décroissante, on abattait autrefois les arbres dont on voulait travailler le bois, afin qu’il ne joue pas, ne se déforme pas. On cueillait, on moissonnait, on engrangeait…
Actuellement, les disciples de Rudolf Steiner éditent un « calendrier planétaire » à l’usage des agriculteurs dans lequel sont indiqués les travaux qu’il convient de faire selon les phases de la lune.
La Lune et le corps humain
La Lune est symbole de l’instinct, de la vie végétative, de tout ce qu’il y a en nous de plus végétal et animal. Certains astrologues disent que la Lune représente le « schéma corporel », c’est-à-dire notre corps physique.
L’influence de la Lune se fait plus marquante pendant la petite enfance (remarquez le visage « lunaire » des enfants, avec de grands yeux et des joues rondes, peu de traits anguleux, et un aspect « humide »).
La Lune régit d’abord l’estomac, l’appareil digestif en général, et ce n’est pas sans relation avec le « stade oral » des psychanalystes, l’enfant étant sous une bien plus grande dépendance de la nourriture que l’adulte. La Lune gouverne aussi la lymphe, le grand sympathique, la vision (mais plus particulièrement l’œil gauche !). Bien entendu, elle préside au fonctionnement de l’appareil génital féminin, à la grossesse, à la naissance.
Le cervelet, la vessie, les tissus adipeux et séreux paraissent dépendre de cette planète, ainsi que, d’après certains, les voies respiratoires.
La Lune mal aspectée rend vulnérable aux maladies de l’appareil digestif : et l’on sait qu’une diarrhée peut être mortelle chez un bébé (alors que chez l’adulte, elle n’entraîne pas la mort). Indigestion, gastralgie, dyspepsie, aérophagie, empoisonnement ou infection d’origine alimentaire proviennent de la Lune et d’ailleurs affectent plus particulièrement la région du corps désignée par le signe dans lequel habite la Lune (par exemple la Lune en Vierge affecte l’appareil digestif au niveau des intestins).
Les troubles de la vue relèvent aussi d’une Lune mal aspectée.
L’influence lunaire se conjugue avec celle de Jupiter pour provoquer l’obésité, la cellulite, les maladies d’engorgement et de pléthore.
Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, le Lunarien ayant peu d’agressivité, il risque, sous une influence extérieure sadique, de tourner sa faible agressivité contre lui-même : aussi est-il extrêmement vulnérable aux dépressions nerveuses, aux troubles mentaux, à tout ce que les siècles passés appelaient la « mélancolie ». L’imagination se transforme en folle du logis chez le Lunarien dissonant, et le mysticisme peu éclairé en obsessions plus étranges les unes que les autres ! On ne peut s’empêcher de penser à Guy Trébert, « l’assassin de la pleine lune » et à tant d’autres que la folie reprend en synchronisation avec le cycle lunaire.
La Mythologie lunaire
Chez les peuples du « Croissant fertile », l’ancienne Mésopotamie, le cycle lunaire représentait symboliquement la puissance de la vie : conception naissance –> maturité – dégénérescence mort.
D’après la tradition babylonienne, la création de l’homme eut lieu à la nouvelle Lune.
Celle-ci était identifiée à la force de régénération perpétuelle du principe de vie. Si la nouvelle Lune termine un cycle, elle annonce aussi le cycle suivant, dont elle amorce la gestation : nous rejoignons le symbole cancérien de l’éternel recommencement : le Cancer, origine, mais aussi fin de toutes choses.
Dans le domaine spirituel, la Lune était significatrice de l’âme humaine en route sur le chemin de son destin. L’âme devait progresser à travers la répétition inlassable du cycle lunaire, qui s’ouvre ainsi sur l’idée d’éternité.
La Lune chez les Sumériens
L’histoire commence à Sumer, tel est le titre du célèbre ouvrage de l’archéologue S. Kramer. L’astrologie aussi, vraisemblablement, puisque l’idéogramme désignant la Lune apparaît à Sumer dès 2600 avant notre ère, avec des significations religieuses, astronomiques et déjà astrologiques.
Chez les Sumériens, le dieu-Lune est familièrement appelé « la Barque ». C’est l’image qu’évoque le croissant lunaire qui, à cette latitude, se présente presque horizontalement.
Cette barque céleste transporte les dieux d’un bord à l’autre du ciel, sous les yeux émerveillés des habitants d’Ur, grands observateurs des astres. Pourquoi les dieux éprouvent-ils le besoin de naviguer ainsi ? C’est pour se préserver du contact impur de la Terre, qui les souillerait. Référence aussi à la géographie du pays mésopotamien, « pays d’entre les fleuves », où l’on se déplace en barque, de marais en marais, dans les innombrables chenaux entre le Tigre et l’Euphrate.
Sin, le dieu lunaire protecteur d’Ur, habite son temple, appelé « Maison de lumière ».
C’est de là qu’il prend le départ pour sa croisière céleste. Ce temple est une « ziggourat », c’est-à-dire une pyramide à étage comme le fut peut-être la Tour de Babel ! Le dernier étage, accessible seulement aux prêtres, est surmonté d’un petit temple d’une blancheur argentée : là est la demeure du dieu Sin. Les officiants, les prêtres, le peuple entonnent avec ferveur les hymnes au dieu-Lune :
« Navire sacré du ciel, grandeur qui s’est faite elle-même, Père dieu-Lune, seigneur de la ville d’Ur,
….Quand tu navigues,
Quand tu grandis, ô navire qui navigues vers le sanctuaire saint, Père dieu-Lune, quand tu navigues comme une barque sur les pleines eaux,
…Quand tu voyages vers Ur dans ton navire sacré,
O seigneur, qui te dépasse ? Qui même t’égale ?…
Que ton nom s’étende sur la mer, et la mer a peur….
Que ton nom s’étende sur les marais, et ils gémissent
Et les pleines eaux, jour et nuit, se calment.
Alors la nef lunaire, « le Grand coureur blanc », vient accoster
A l’embarcadère céleste, et le dieu prend place à bord… »
Ce beau mythe sumérien est le plus ancien mythe lunaire qui soit parvenu jusqu’à nous. Tous les grands thèmes lunaires, ceux du rapport entre la Lune et l’eau, y sont déjà. Mais le thème de la navigation céleste est propre à Sumer et on ne le retrouve guère ailleurs, si ce n’est en Egypte. Sin est à Sumer le dieu de la Sagesse, créatrice du monde (et la syllabe « ur », d’après Marcelle Sénard, est toujours associée à l’idée d’origine).
Ce n’est que tardivement que Mardouk, dieu solaire, évincera l’antique dieu Sin.
La Lune en Egypte : l’œil d’Horus
Dès les premières dynasties, vers 2800 avant Jésus-Christ, Horus est le dieu du ciel.
Il règne sur le ciel et les astres. Le Soleil est son œil droit, la Lune son œil gauche. On le représente sous l’apparence du faucon, oiseau royal dont la larme caractéristique ne sera ajoutée que plus tard, sous le Nouvel Empire.
Horus est le protecteur du pharaon, protection qui s’étend plus spécialement sur le nord du royaume, tandis que le sud est placé sous le patronage de son divin rival, Seth (affreux personnage, à vrai dire, comme vous allez le voir par la suite).
Sous le Nouvel Empire, une refonte des mythes anciens intégrera les nouvelles valeurs représentées par le dieu Osiris. Le pharaon, dès son couronnement, sera identifié à Horus, comme par le passé, mais il est censé succéder à son père Osiris. « C’est Horus incarné, il succède à son père Osiris », dit-on lors de son couronnement.
Horus est donc doté d’une famille : fils d’Osiris et d’Isis, neveu de Seth, il a quelques démêlés avec ce dernier (Seth est le meurtrier de son propre frère, Osiris).
Après le meurtre d’Osiris, la déesse Isis, symbole de la maternité, conçoit miraculeusement, de son époux assassiné, un enfant qui doit venger son père. Pour dérober l’espoir du monde, qu’elle porte dans son sein, à la jalousie meurtrière de Seth, Isis se cache dans un marais pour accoucher. Ainsi, Horus passera sa première enfance dans la clandestinité (référence aux périodes où la Lune est invisible).
Adolescent, Horus sort de son refuge et, avec sa mère, vient prendre sa place parmi les autres dieux. Seth, toujours animé des mêmes mauvais sentiments, ne cesse de tendre à son neveu des pièges pour le faire mourir ou le déshonorer.
Un jour, en se battant avec lui, Seth lance par traîtrise des ordures dans l’œil gauche d’Horus (l’œil symbole de Lune !). L’œil est perdu et s’écoule hors de son orbite : comme la Lune, cet œil du ciel se réduit peu à peu après la pleine Lune, jusqu’à la disparition totale avant la nouvelle Lune. C’est le dieu Thot, dieu des Nombres et du Temps, lié au signe du Cancer, que le tribunal des dieux charge de rechercher l’œil d’Horus. D’après certaines versions, l’œil fut retrouvé dans un filet de pêche (oublié par quelque pêcheur de lune à marée basse...). Selon d’autres sources, quinze dieux s’engagent à reconstituer l’œil sous la surveillance très stricte de Thot : chacun doit ajouter à son tour un produit végétal ou animal relevant de sa compétence divine particulière. Ces quinze dieux, vous l’avez compris, correspondent aux quinze jours qui vont de la néoménie à la pleine lune, après quoi l’œil blessé est complètement reconstitué.
Drame divin de la lutte d’Horus contre Seth, que les Egyptiens voyaient quotidiennement se dérouler sous leurs yeux sur la scène céleste. La phase décroissante de la Lune correspond à la victoire des forces du mal qu’incarne Seth. Elle est la fatalité contre laquelle on ne peut rien (toujours cette idée de fatalité attachée à la Lune). Aussi, aucun rituel particulier n’accompagnait-il cette « descente aux enfers ».
Mais la nécessité de rétablir l’harmonie universelle donnait lieu à la célébration de rites destinés à aider la restauration de l’œil céleste, pendant la phase ascendante de la Lune.
A Edfou, une représentation d’époque tardive (ptolémaïque) montre un escalier de quatorze marches menant à une terrasse sur laquelle une barque en forme de croissant lunaire porte le disque entier, c’est-à-dire l’œil sain. Toute l’opération se déroule sous la houlette du dieu Thot, lequel est associé à la Lune, astre régulateur du temps, donc des nombres, donc des sciences… donc de l’écriture !
Le quinzième jour de la Lune, le grand jour de la pleine Lune, correspond au triomphe d’Horus sur l’abominable Seth ; aussi était-ce le « jour de la fête d’Horus », quelque chose comme un dimanche.
Quant au célèbre « œil Oudjat », c’est l’autre œil d’Horus, celui qui est resté sain !
Il est fardé et marqué de cette larme caractéristique, au coin de la paupière de l’oiseau.
La faveur de cette amulette s’est toujours maintenue au cours des siècles, et on la trouve encore aujourd’hui comme bijou porte-bonheur.
Si en Babylonie, le dieu Sin était solaire, l’Horus égyptien est luni-solaire. En Egypte, contrairement à ce qui se passait à Babylone, la Lune est une divinité souterraine, nocturne.
A Sumer comme en Egypte, la Lune est une divinité masculine, et c’est le cas aussi chez certains peuples d’Amérique centrale. Isis, divinité essentiellement féMinine et maternelle, n’est liée à la Lune qu’indirectement.
La Lune dans la Perse ancienne
Elle était médiatrice entre le monde humain et le monde divin, et, par son intermédiaire, s’établissait la communication entre les sphères célestes et la Terre. Selon les Litanies à la Lune, qui nous viennent de la Perse ancienne (avant l’Islam) :
« Pendant quinze jours, la Lune reçoit des êtres terrestres leurs bonnes actions, et des êtres célestes la récompense [phase croissante]. Pendant les quinze jours suivants [phase décroissante], elle transmet, au contraire, aux êtres célestes, les bonnes actions, et aux êtres terrestres, la récompense... »
Plus tardivement, un poème intitulé les Satisfactions de la Lune reprendra le même thème : « Quand tu croîs, tu fais croître le monde entier créé par Ohrmuzd : de façon la plus visible, l’eau des mers et des lacs, des fleuves et des canaux, et les plantes les plus vertes de nombreuses espèces. La bonne création tout entière jouit d’un bonheur plus grand, tandis que toutes les actions sont mieux accomplies. Car en croissant, tu reçois des divinités célestes la grâce, et en décroissant, tu la distribues à la création d’Ohrmuzd, sur cette terre créée par lui. »
Dans l’Iran ancien (ainsi que chez certains gnostiques de l’ère chrétienne qui ont repris la tradition), la Lune servait de relais à la transmigration des âmes. On croyait que celles-ci migraient dans les sphères célestes après un séjour plus ou moins long dans la mer ; leur purification s’opérait au rythme lunaire du flux et du reflux des marées.
La Lune dans la tradition indienne
Les Upanishad de la tradition védique indienne croient à la métempsycose : les hommes justes, qui n’ont pu échapper au cycle des réincarnations et intégrer le monde du brahmane, dans le Soleil, doivent revenir se réincarner sur la Terre, afin de pouvoir progresser. C’est par l’intermédiaire de la Lune, le dieu Soma, qu’ils pourront le faire. Après la mort, la fumée des bûchers funéraires porte leur âme vers la Lune décroissante, période sombre du cycle lunaire. Puis, après le solstice d’été (0° Cancer), alors que les jours solaires eux-mêmes décroissent, les âmes atteignent le monde des Mânes. De là, elles seront conduites dans la Lune, où elles se fondront dans le dieu Soma en devenant la nourriture de ce dernier. L’appétit du dieu Soma règle la croissance et la décroissance de la Lune.
Ensuite, les âmes redescendent sur la Terre, par l’intermédiaire de la pluie, la mousson surtout, la divine mousson qui vient féconder l’argile et permettre à la vie de renaître.
La pluie donne la sève aux plantes qui nourrissent les animaux, lesquels nourriront les humains (encore qu’en Inde, on soit plutôt végétarien !).
En communiquant sa force à l’homme et à la femme, le végétal animera leur ardeur créatrice et procréatrice et la vie pourra s’incarner de nouveau. Tandis qu’un maillon de la chaîne des transmigrations se ferme, un autre s’ouvre avec l’annonce d’une nouvelle vie. (C’est pourquoi la contraception semble tout à fait aberrante aux croyants indiens : la mort est si peu importante !).
La Lune dans la roue du Tao
Nous en avons précédemment parlé, à propos de l’alternance jour/nuit dans le signe du Cancer. Les rapports de la Lune et du Soleil en cours de lunaison rentrent, bien entendu, dans le cycle chinois de la roue du Tao.
Le Soleil est le yang, le Feu, le Roi.
La Lune est le yin, l’Eau, la Reine.
Au cours de la lunaison, le Roi reçoit, la nuit, un nombre croissant de concubines (au fur et à mesure que croît la Lune). La quinzième nuit, celle de la pleine Lune, est un grand moment.
Cette nuit-là, le roi ne reçoit que la Reine, et leur union symbolise l’accord parfait du yin et du yang. Chacun d’eux trouve cette nuit-là sa parfaite expression, et réalise le Tout. Ensuite, le Roi reçoit de nouveau ses concubines, mais en nombre décroissant durant la phase descendante, jusqu’à la nouvelle Lune.
Personnellement, je trouve ce mythe odieux, parce qu’il dévalorise la Reine et peut laisser croire que le yin est inférieur au yang, la femme à l’homme, etc.
La Lune dans la mythologie gréco-romaine
Chez les Grecs, la Lune n’était pas exactement personnifiée par une seule déesse, mais elle avait trois visages : Séléné, Lune pleine et lumineuse ; Artémis, Lune croissante ou décroissante ; Hécate, enfin, Lune sombre, obscure, absente, qui est là, mais qu’on ne voit pas, la Lune maléfique.
La pleine Lune, la très belle Séléné
Elle représente une plénitude, l’accomplissement de la réalité spirituelle de l’être.
A Séléné sont rattachés le nom propre et le personnage d’Hélène, idée de femme parfaitement belle et lumineuse mais changeante ! « Phaetusa la rayonnante », ou « Euryphaesa, celle qui brille au loin », dit Homère dans l’Iliade. Cependant, Hélène-Séléné, la pleine Lune brillante, est un miracle fragile et de faible durée. Demain sera le premier jour sur la voie du déclin, vers l’obscurité de la nouvelle Lune.
La Lune-Séléné n’occupe qu’une place secondaire parmi les grands dieux de la mythologie grecque, mais plusieurs dieux importants ont des résonances lunaires.
Séléné dérive de sélas, signifiant lumière. Soeur d’Hélios/Apollon, le Soleil, elle est la sage déesse des nuits calmes. Elle parcourt le ciel dans un char attelé de boeufs blancs placides, ou de deux chevaux blancs. (Tandis que son frère Hélios a droit, lui, à quatre fringants coursiers ! Décidément, la misogynie des Grecs était sans bornes !)
Aussi sage et régulière que sa course céleste, l’histoire de Séléné compte cependant quelques aventures amoureuses. Homère rapporte que son charme aurait séduit le roi des dieux, Jupiter/Zeus (ces deux-là, naturellement, étaient faits pour s’entendre, dans la mythologie, comme dans le signe du Cancer !). Le maître de l’Olympe ira même jusqu’à épouser Séléné, par lassitude, sans doute des scènes de jalousie de Junon/Héra. Séléné lui aurait donné une fille : Pandia, la « toute claire ».
Par contre, la passion que Séléné inspira à Pan, dieu barbu, cornu et pattu, fourchu comme un bouc, est assez mouvementée. Comme son nom l’indique, Pan (« tous »), s’était attiré la faveur de tous les habitants de l’Olympe, tous… sauf Séléné. Il était vraiment trop laid, trop -noir. A ses déclarations enflammées, la belle opposait la plus totale indifférence. Mais rien ne pouvait arrêter Pan, qui n’était pas pour rien le fils de l’astucieux Hermès. Couvert de peaux de moutons blancs (ce qui faisait tout de même plus propre), il réussit à s’approcher de Séléné qui ne fit pas, cette fois, la difficile : elle se laissa enlever au fond des bois d’Arcadie.
Ce n’est pas la seule aventure de la calme Séléné, par ailleurs modèle de fidélité.
Du temps où les rois étaient bergers, un simple mortel pouvait épouser une déesse.
C’est ce que fit Endymion, roi d’Elide. La légende ne dit pas si c’est le souvenir de la toison dont s’était revêtu Pan pour la séduire qui décida Séléné à suivre ce charmant berger. Sa mission céleste remplie chaque matin, Séléné retournait dans la grotte derrière le mont Latmos, pour retrouver son bien-aimé Endymion endormi, qui n’attendait qu’elle pour s’éveiller. Il est certain qu’ils ne jouèrent pas seulement à compter les moutons, puisqu’ils eurent cinquante filles, pas moins… Ce mythe attire notre attention sur la fertilité de la Lune et ce n’est pas un hasard si Séléné est déesse de la pleine Lune, donc du milieu du cycle lunaire. Chacun sait, depuis les travaux d’Ogino, que l’ovulation chez les femmes, moment fertile, se produit vers le quatorzième jour du cycle. Prescience des Grecs... Notez que Séléné et Endymion abritent leurs amours dans une caverne : le Cancer aime l’ombre ; la gestation et la naissance se font en secret.
Le sommeil du roi-berger, présenté par certains comme une faveur spéciale de Zeus/ Jupiter, serait, dans d’autres versions, un cadeau de Séléné elle-même, qui y trouve bien son compte : dès qu’elle s’absente, Endymion plonge dans le sommeil, pour ne se réveiller qu’à son retour ; ainsi, pas de tromperie possible avec d’autres femmes… Ce mythe met l’accent sur un certain type de maternité abusive, qui étouffe l’être aimé et le prive de toute autonomie. Endymion, prisonnier de cette possessivité maternelle, vit à travers celle-ci, par procuration, sans jamais pouvoir parvenir à l’état adulte. Thème extrêmement cancérien, illustré de façon frappante par Marcel Proust. Endymion, d’ailleurs, n’était pas un quelconque petit roi-berger de l’époque des pasteurs : il était tout de même fils de Zeus/Jupiter et d’une nymphe, donc à moitié jupitérien (toujours les affinités de cette planète avec la Lune).
Endymion passait pour très beau, et l’idée de vieillir lui était insupportable. Refus de la vie exprimé par le mythe de son sommeil, refus d’entrer dans le monde des adultes, qui enlaidit. Endymion est l’enfant qui ne veut pas grandir, l’éternel Petit Prince d’un monde de rêves où il se réfugie, à l’abri des murs de sa grotte. Il ne se réveille jamais, évitant ainsi la mort.
Certains mythologues pensent que ses cinquante filles perpétuent le souvenir des cinquante « prêtresses de l’eau », vouées à un culte des sources anciennement pratiqué en Elide.
Artémis/Diane :
la Lune croissante et décroissante, belle et froide divinité
Ses attributs ordinaires sont le fameux croissant lunaire qui orne sa chevelure, l’arc de chasseresse et les chiens qui l’accompagnent.
Comme le chasseur-centaure du Sagittaire, l’Artémis de la Lune croissante est en quête d’un idéal, d’un dépassement de sa condition terrestre par le désir. Correspondance, ici encore, entre l’astrologie et la mythologie : le Sagittaire est le signe de Jupiter, exalté en Cancer. Jupiter, personnage à la fois matérialiste, adonné aux jouissances terrestres, mais aussi personnage idéaliste, épris de foi, de bonté, d’idéal.
Dans sa phase descendante, Artémis traduit la tristesse de l’âme qui n’a pas pu se maintenir sur les sommets divins et qui retombe dans sa destinée mortelle.
Artémis (comme tout Lunarien) possède de redoutables pouvoirs occultes : elle sait déclencher les épidémies, et fait mourir qui lui déplaît avec une de ses flèches acérées qui ne manquent jamais leur but.
Ici, la Lune est clairement ambivalente ; symbole de mort autant que de vie : Artémis est chasseresse, et la chasse est oeuvre de mort. Mais elle protège les petits des animaux et les jeunes enfants : ainsi, elle favorise la vie. Comme la mère d’Artémis, Léto, avait accouché sans douleur, les jeunes femmes grecques invoquaient la mère et la fille pendant leur grossesse.
Un jour, dans l’Olympe, assise sur les genoux de son père Zeus/Jupiter, la petite Artémis lui demanda toute une liste de faveurs, parmi lesquelles : une « éternelle virginité », un arc et des flèches, une suite de nymphettes pour la servir, des chiens… Ainsi, la mythologie grecque exprime-t-elle clairement que la Lune n’est pas une planète érotique.
De la tendresse, ô combien ! Mais de la passion physique, non ! Ce sont Vénus et Mars qui incarnent les feux de l’amour. Les Lunariens ne sont pas portés vers les grandes passions brûlantes. Et s’ils le sont, c’est que Mars, Vénus, Jupiter, Pluton, parlent haut dans leur thème.
Artémis, la jeune fille à l’arc d’argent, méprise l’amour et se place d’emblée sur un pied d’égalité avec son frère Apollon, symbole solaire. Son personnage de femme sportive et virile rappelle que certains peuples de l’Antiquité ont perçu la Lune comme masculine (le dieu-Lune des Sumériens, et le dieu luni-solaire des Egyptiens, lesquels étaient sans conteste masculins). En fait, Artémis/Apollon forment un tout luni-solaire, où la Lune affirme son importance égale à celle du Soleil.
L’arc d’argent représente la nouvelle Lune. L’âge des fidèles nymphettes qui suivent Artémis est symbolique : neuf ans. Lo, Lola, Lolita...! Mais neuf ans, c’est 3 fois 9 = 27 jours, durée approximative du cycle lunaire.
Notre déesse exigeait des nymphes de sa cour une chasteté absolue. Et quand j’y repense, je me dis que, vraiment, le Cancer lunaire n’est pas un signe de grands amoureux.
De grands rêveurs, de grands tendres, certes, mais ils ne comprennent rien à ce feu dévorant des passions physiques!
Un jour, l’une des nymphes, la pauvre Callisto, se trouva enceinte. Fureur d’Artémis, qui n’hésite pas et la change sur l’heure en ourse pour la livrer à la meute hurlante de ses chiens. Mais Zeus, pris de pitié, sauva Callisto et la mit au nombre des constellations.
C’est elle que vous voyez brilley là-haut dans les ciels clairs d’été, et que vous appelez « la Grande Ourse » !
Artémis, belle et fidèle comme l’eau, n’était pas tendre non plus avec ses prétendants.
Un jour, Actéon l’aperçut, tout à fait par hasard, en train de se baigner nue dans un étang. Fasciné, il restait là à regarder la déesse qui avait, bien sûr, une réputation de grande beauté. Mal lui en prit : l’impitoyable chasseresse le changea en cerf qu’elle fit courir par ses chiens : il fut dévoré (pour un si mince péché !).
La mythologie raconte encore une autre histoire significative à propos d’Artémis/Diane. Héphaïstos/Vulcain, le dieu forgeron, qui habitait sous les îles Lipari, avait invité notre déesse à visiter sa forge. Tout fier, il lui montra l’oeuvre à laquelle il travaillait : un abreuvoir pour les chevaux marins de Neptune. Artémis fut moyennement enchantée de la visite ; ses nymphettes avaient peur, et puis tous ces Cyclopes étaient si laids, avec leur œil unique sur le front ! Cette caverne noire était si terrifiante que les relations en restèrent là.
Cependant, le mythe souligne ici l’entente, la parenté (on dit aussi la « trigonocratie ») des signes d’Eau. Neptune règne sur les poissons et l’océan, et Vulcain travaille pour lui. Artémis, la Lune, règne sur les rivages (son père, Zeus, l’a nommée gardienne de tous les ports). Quant à Vulcain, établi dans un lieu sombre et secret, à résonance plutonienne, il est lié aux mythes lunaires et certains de ses attributs rappellent ceux du Scorpion (volcan = feu central = Mars, origine érotique rattachée aux mystères des forgerons, domaine à la fois aquatique et souterrain).
Hécate, divinité infernale de la Lune obscure
La nouvelle Lune est assimilée à Hécate, « la lointaine », sombre divinité que l’on représente rôdant la nuit dans le Tartare, accompagnée de chiens hurlants. D’après certaines traditions, elle est la maîtresse de l’affreux chien Cerbère, concierge des Enfers. Elle-même, surnommée « la chienne », ou « la louve », est parfois représentée avec trois corps (ou trois têtes) de chien, de lion, de jument, d’où son nom, Hécate au triple visage. Amie du couple qui règne sur les Enfers, Hadès/Pluton et Proserpine/Perséphone, elle se sent parfaitement à l’aise dans ces lieux sinistres !
Il semble qu’autrefois, chez les tribus préhelléniques, Hécate et Perséphone, liées indissolublement entre elles, aient figuré la mort et la renaissance. De très anciens récits, comme ceux d’Hésiode, tout à fait archaïques, suggèrent qu’Hécate était primitivement honorée comme souveraine suprême du Ciel, de la Terre, des Enfers : d’où sa « maléficiée« .
A une époque reculée, elle n’était donc pas uniquement maléfique. Plus tard, les Hellènes mirent l’accent sur son pouvoir destructeur, et l’on oublia ses attributs créateurs. Peu à peu, Hécate ne fut plus invoquée que la nuit, par les magiciennes de Thessalie ou de Thrace, au cours de séances de magie noire 1. Elle présidait aussi aux rites sanglants des Ménades de Dionysos, et l’on célébrait son culte aux carrefours à trois voies.
La mythologie grecque dit que Zeus avait laissé à Hécate son pouvoir d’accorder à tout mortel la réalisation de son désir. Echo de l’ancien culte de la triple déesse, et du pouvoir redoutable des sorcières de Thessalie. Cette « maléficiée » d’Hécate est peut-être aussi une survivance de l’époque très lointaine où l’année se divisait en trois parties, dont l’une aurait été placée sous l’étoile de Sirius, dans la constellation du Grand Chien.
Toutes les traditions antiques assignent à cette phase de la Lune une réputation maléfique et la réservent aux opérations de sorcellerie, à l’évocation des démons. Il est vrai que cette Lune sombre, invisible, qui est là et que l’on ne voit pas vraiment, dégage une impression de malaise (contrairement à la pleine Lune, qui met bien des gens dans un état d’euphorie). Mais l’aspect démoniaque d’Hécate semble s’être aujourd’hui reporté sur la Lune Noire, qui concentre sur elle tous les aspects négatifs de la Lune.
Les cultes anciens de la déesse-mère
Dans l’Europe préhellénique, les dieux de l’Olympe tels que nous les connaissons étaient inconnus : ils furent importés plus tard, avec les conquérants hellènes.
Avant leur arrivée, le culte le plus répandu était celui de la « Grande-Mère », symbolisée par la Lune, déesse de la fertilité et de la vie végétative. Elle était vénérée autour de la Méditerranée par des sociétés matrilinéaires où régnait le matriarcat.
Les invasions hellènes, en particulier celles des Achéens au mie siècle avant Jésus-Christ, portèrent un coup fatal à cette société matrilinéaire. La Déesse-Mère dut céder peu à peu la place aux dieux grecs, et l’importance de la Lune dans la mythologie régressa.
A l’époque préhellénique, « les trois phases de la Lune – nouvelle, pleine et vieille – rappelaient les trois âges du matriarcat : celui de la jeune fille, de la nymphe (la femme nubile) et de la vieille femme. Ainsi, comme la marche du Soleil au cours de l’année évoquait l’accroissement puis le déclin des forces physiques, jeune fille au printemps, nymphe en été, vieille femme en hiver, la déesse s’identifia aux transformations, selon les saisons, de la vie végétale et animale ; et donc aussi avec la Terre-Mère qui, au début de l’année dans le monde végétal, ne donne que des feuilles et des bourgeons, puis des fleurs et des fruits, et enfin, cesse de produire. Elle fut d’ailleurs plus tard conçue sous forme d’une autre triade : la jeune fille de la sphère de l’air supérieur, la nymphe de la sphère de la terre ou de la mer, la vieille femme du monde souterrain, personnifiées respectivement par Séléné, Aphrodite et Hécate. Ces analogies mystiques renforcèrent le caractère sacré du nombre trois 1″, et la déesse-Lune était toujours adorée sous forme triplice (trois ou multiple de trois).
II semble que les épisodes innombrables de la mythologie grecque, où un dieu de l’Olympe s’unit à une mortelle, traduiraient le souvenir de mariages mixtes entre les envahisseurs, c’est-à-dire les chefs hellènes, et les prêtresses indigènes des cultes lunaires. Les grands dieux de l’Olympe, Junon/Héra en particulier, n’approuvent guère ce métissage, ou ces « amours ancillaires », ce qui traduirait aussi la désapprobation sociale entraînée par de tels mariages entre conquérants et populations locales.
La famille patrilinéaire (celle que nous connaissons encore) gagna peu à peu du, terrain en Grèce, et l’importance de la Lune disparut avec l’ancienne société matrilinéaire.
Comme le dit Robert Graves : « Ainsi, la monarchie mâle gagnait du terrain ; mais bien que le Soleil fût devenu un symbole de fertilité mâle dès le moment où la vie du roi eut été identifiée avec son voyage à travers les saisons, il demeura encore sous la dépendance de la reine, du moins théoriquement, longtemps après que le stade matriarcal eut été dépassé. Ainsi les sorcières de Thessalie, région où l’on était conservateur, avaient coutume de menacer le Soleil, au nom de la Lune, d’être englouti dans la nuit éternelle »
La préhistoire a relevé de nombreuses traces, dans cette période, de la suprématie religieuse des femmes. Des chefs mâles étaient choisis pour la guerre, mais toujours en fonction des règles de la matriarchie : l’oncle maternel de la reine, ou son fils, ou son frère ou encore le fils de sa tante maternelle. Dans une société matrilinéaire, c’est la famille de la femme qui a priorité en matière de succession, de droit, de nom, etc. (Dans notre société, patrilinéaire, c’est le contraire : la lignée mâle prend le pas sur la famille de la mère.)
Cependant, peu à peu, l’aristocratie mâle prit le pas sur la théocratie féminine, et le roi devint le représentant de Zeus sur terre, favorisant le culte solaire.
Les préhistoriens et ethnologues qui se penchent sur l’évolution des sociétés, tant anciennes qu’actuelles, ont relevé de nombreux exemples similaires. L’antique Sumer, qui adorait le dieu-Lune Sin, vivait également sous une société matrilinéaire. Plus tard, Sin s’effaça au profit de Mardouk, dieu solaire. L’ancienne Egypte, à l’époque archaïque, avait connu également des dynasties matrilinéaires. Les Carthaginois adoraient la déesse Tanit, certainement lunaire. Et le Sahara primitif, où la tradition matrilinéaire est restée vivace, rendait un culte à la Lune, déesse-mère. La société targuie (les Touaregs), au moment où les Européens l’ont découverte, avait conservé ce matriarcat qui remonte à la nuit des temps, et grand fut l’étonnement des militaires français de découvrir une société où les femmes participaient de façon si officielle aux décisions importantes.
Le calendrier lunaire
La disparition des cultes lunaires est liée à l’évolution du calendrier. Répandu autrefois dans toute l’Europe préhistorique, le calendrier lunaire comptait 13 mois de 28 jours (c’est-à-dire la durée d’une révolution lunaire). L’année était tripartite, par analogie avec les trois phases de la Lune, dont nous venons de parler. Le calcul du temps selon les rythmes lunaires était certainement plus facile pour les peuples primitifs. La fertilité de la terre et des troupeaux était plus immédiatement, plus visiblement liée aux phases de la Lune, plus tangibles que celle du Soleil.
Dans le calendrier lunaire, la durée du mois, coïncidant avec la durée du cycle féminin, repose sur une identification étroite de la femme avec la Lune. Résumé de l’équation : Lune = Femme = Fécondité = Vie = Terre = Eau...
L’année de 364 jours se divise exactement par 28 : c’était donc un calendrier très pratique, où les fêtes populaires s’articulaient très bien avec la pleine Lune. Un jour supplémentaire, gagné par la Terre en tournant autour du Soleil, était ajouté à la fin du troisième mois (c’est peut-être l’origine de la Chandeleur). Ce jour était consacré à une grande fête, au cours de laquelle la prêtresse de la Lune choisissait un roi, ou un chef militaire, pour l’année qui commençait.
Le grand problème fut longtemps de faire coïncider le calendrier lunaire avec le calendrier solaire (12 mois et 4 saisons). Il semble que l’on y soit parvenu vendant le premier millénaire avant Jésus-Christ.
Pendant des siècles, bien après la généralisation officielle du calendrier julien (solaire), les paysans des régions isolées continuèrent à compter l’année en mois de 28 jours, et en 13 mois… On en trouve encore des échos dans l’Angleterre du mie siècle !
Les trois Parques
Les trois Parques en robe blanche, chantées par Orphée, sont appelées aussi « Moires » chez les Grecs. Elles sont filles de Nyx, la nuit, et devant elles, tous les vivants sont saisis d’une terreur sacrée. Elles représentent les puissantes forces naturelles devant lesquelles l’homme est complètement désarmé, et la fatalité du destin.
Les trois Parques, ou Moires (moira : quartier ou phase) symboles lunaires, correspondent aux trois phases de la Lune. Il s’agit là certainement d’un mythe très ancien, datant de l’époque préhellénique.
La première Parque est Clotho, « la fileuse ». C’est la Lune croissante, la jeune Parque qui tisse les événements de la vie. C’est aussi la moins terrible des trois sœurs.
La seconde, Lachésis, « la dispensatrice », celle qui mesure le fil, est l’image de la pleine Lune. C’est elle qui, en détournant la tête, tire au sort le lot de hasard et de chance qui reviendra à tout humain. Cette « part de fortune » est inaliénable, il peut en jouir en toute sécurité ! Mais malheur au mortel qui essaie d’obtenir plus qu’il ne lui a été dévolu par le sort, car il empiète sur les prérogatives des dieux ! Il se désigne ainsi à la vindicte des Parques. Ce thème sera l’un des ressorts-clés de la tragédie grecque antique.
Nous avons été programmés pour un destin, nous ne devons pas chercher à lui échapper, telle est la morale qui se dégage du mythe des Parques. (Le nom « Lachésis » a été donné à un serpent sud-américain très venimeux, dont la morsure donne la mort. « Lachesis mutus », c’est-à-dire la dilution de ce venin, est un remède très utilisé en homéopathie !) La troisième Parque, Atropos, l’ « inévitable », celle à qui l’on ne peut échapper, est la plus puissante et la plus redoutée des trois sœurs. C’est la plus petite et la plus méchante.
Elle correspond à la phase descendante de la Lune, qui s’obscurcit peu à peu jusqu’à la néoménie, et que nous avons déjà vue personnifiée par la terrible Hécate. A l’heure de la naissance, Atropos grave sur une pierre l’heure de la mort. L’échéance arrivée, elle tranche inexorablement le fil de la vie, et nul ne peut la faire fléchir. (Mais il y a des exceptions, voir plus loin !)
Les trois sœurs habitent dans une caverne (symbole de nuit et d’obscurité), auprès d’un étang (la Lune liée à l’eau) dont le trop-plein s’écoule par l’ouverture de la grotte. On re- connaît là l’image de la clarté lunaire filtrant entre les nuages, dans la description poétique qu’en firent Orphée et ses disciples. A cette clarté lunaire se réfère aussi la blancheur de la robe des trois sœurs.
Le passage de la société matriarcale, préhellénique et adoratrice de la Lune, à une société grecque patriarcale, se marque dans les relations entre Zeus et les Parques. Le mythe hésite visiblement, et l’enjeu est important : il s’agit de savoir qui, de Zeus ou des Parques, détient le pouvoir suprême, celui de décider de la vie et de la mort.
Dans les versions les plus anciennes, les Parques ont un pouvoir absolu sur la vie des hommes. Dans les versions plus récentes, coïncidant avec la conquête hellène et l’effacement du culte lunaire, Zeus domine les Parques. Il les informe de ses décisions, certes, mais il a aussi le pouvoir de les obliger à changer d’avis ; il intervient pour leur imposer ses décisions.
Si les versions anciennes disent que Zeus lui-même tremble devant les Parques, il est dit ailleurs que les Parques s’inclinent devant lui. Zeus s’appelle parfois « le maître des Parques », puisqu’il prétend au pouvoir suprême sur les destinées humaines.
Une autre légende concernant les Parques est très significative. Il s’agit de l’épisode d’Apollon, venu rendre visite aux trois sœurs dans leur caverne. Il veut obtenir la grâce de son bienfaiteur et ami, le roi Admète, qui a eu la révélation de sa fin prochaine.
On sent qu’il s’agit d’un duel Soleil (Apollon) – Lune (les Parques) que la mythologie règle au profit du premier. Ce qui rappelle tout ce dont nous avons parlé plus haut, à propos de l’effacement des cultes lunaires de la Grande-Mère au profit d’un culte solaire. Face aux intraitables sœurs, Apollon a recours à la ruse : il leur fait boire du vin.
L’ivresse aidant, elles acceptent de retarder un peu le coup de ciseaux fatal qui doit trancher le fil de la vie d’Admète. Elles y mettent toutefois une condition : que l’un des proches du roi accepte de se substituer à lui, car la mort réclame son tribut.
Bien entendu, personne ne veut se sacrifier. Seule Alceste, l’épouse d’Admète, s’offre par amour, à le remplacer. Après avoir fait des adieux touchants à sa famille, à son mari, à la lumière du jour, Alceste avale un poison et s’abandonne à la mort. Mais aussitôt qu’elle a rendu le dernier souffle, Admète regrette d’avoir accepté son sacrifice. Car sans une telle épouse, la vie a perdu tout goût et toute couleur, et ne vaut plus la peine d’être vécue.
Perséphone, reine des Enfers, très choquée (dans son féminisme) qu’une femme se sacrifie à la place de son mari, renvoie Alceste vers la lumière du jour.
Dans d’autres versions du mythe, Admète fait appel à un ami, Héraclès/Hercule.
Toujours prêt à en découdre pour la bonne cause – et bon prince puisque c’est un jupitérien – le héros se fait le champion d’Admète. Le jour où Hadès vient chercher Alceste, c’est-à-dire le jour des funérailles, Héraclès survient avec sa célèbre massue (en bois d’olivier sauvage : détail important puisque l’olivier est sacré). Il s’attaque à Hadès en combat singulier et finit par en triompher, arrachant Alceste à la mort, et du même coup, Admète.
Notez l’intervention d’Héraclès, personnage très cancérien, comme nous l’avions vu plus haut. Les cycles lunaires et cancériens sont si étroitement imbriqués les uns dans les autres qu’ils ne sont pas facilement dissociables.
Les versions successives du mythe trahissent, ici encore, l’évolution de la société : dans la version ancienne, Perséphone refuse le courageux sacrifice d’Alceste. Nous sommes encore dans une société matriarcale où Perséphone, comme la Grande Prêtresse, a tous les pouvoirs.
Dans une version plus tardive, intervient Héraclès, qui incarne la volonté de Zeus; Héraclès est un symbole jupitérien, et nous sommes cette fois dans une société patriarcale où règne Jupiter/Zeus/le Soleil, tandis que la Grande-Mère lunaire est tombée dans l’oubli.
Je dois dire que ces histoires très pittoresques de dieux et de déesses sont infiniment plus amusantes que les mythes de la Déesse-Mère, dont les statues retrouvées ici et là ne sont guère affriolantes avec leur gros ventre et leurs multiples seins…
Il semble que, dans les mythologies, tout ce qui est triple (ou multiple de trois) se rattache à cette période des cultes lunaires. Triple Hécate, trois Parques, neuf têtes de l’hydre de Lerne, etc., en référence aux trois phases de la Lune.
Le culte lunaire de la Déesse-Mère, symbole de fertilité et de vie végétative, correspond à un stade culturel « primitif » de l’humanité. Si les peuples évoluent ensuite, les uns après les autres, vers un culte solaire et une société patriarcale, c’est tout à fait dans la logique de l’astrologie : le mois du Cancer, signe de la Lune et de la gestation, précède le mois du Lion, signe du Soleil et de la maturité 1. Tout se passe comme s’il existait un ordre naturel et astrologique des choses, auquel les individus, tout comme les sociétés, ne peuvent échapper. On ne peut s’attarder éternellement au stade du Cancer : il est fait pour être dépassé, et chacun doit parvenir à la pleine lumière solaire, à l’autonomie, à l’affirmation de soi.
La Lune et la Bible
La Lune apparaît dès les premières pages de la Genèse, comme l’un des deux luminaires qui « servent de signes pour compter tant les fêtes que les jours et les années ». L’éclipse de Lune est interprétée comme une manifestation de la colère divine, et sera l’un des signes du Jugement dernier. Plusieurs passages des Ecritures parlent de la Lune qui perdra « le tiers » de sa clarté, et se transformera en sang. La Lune est donc associée ici aussi, comme dans le signe du Cancer, à la fin de toutes choses.
Selon Isaïe, lorsque Jérusalem sera rétablie, la Lune sera aussi brillante que le Soleil, mais aucun des deux luminaires ne sera vraiment nécessaire pour éclairer la Jérusalem éternelle, puisque la lumière de l’Agneau divin y suffira.
L’Ancien Testament interdit les cultes lunaires (Deutéronome, IV/19 et XVII/3), considérés comme une épouvantable idôlatrie.
Encore actuellement, la date de Pâques dépend de la première pleine Lune de printemps, et l’on pense que cette fête chrétienne majeure a pris le relais d’une fête lunaire bien plus ancienne.
Pour les catholiques et orthodoxes d’aujourd’hui, la Vierge Marie, Mère de Dieu, résume en elle tous les symboles antiques ayant trait à la Grande-Mère et à la Déesse-Lune.
Dans les litanies, elle est appelée « Etoile du matin » et « Porte du Ciel ». Nous avons vu plus haut que c’était également l’une des significations du signe du Cancer. Un très grand nombre de sanctuaires mariaux actuels, tel celui de Chartres, ont pris le relais d’anciens sanctuaires consacrés à la Déesse-Mère lunaire, ainsi que l’attestent d’innombrables fouilles.
La Vierge-Mère, comme l’ont souligné les exégètes, réunit en elle les trois visages de la Lune : la brillance de Séléné, la virginité d’Artémis, les pouvoirs mystérieux d’Hécate sur le monde invisible (mais de cette figure n’est retenue que l’aspect bénéfique et positif).
La prière des chrétiens Ave Maria se réfère explicitement à ce pouvoir de Marie sur l’Hadès : « Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort… »
Mais les textes les plus frappants à cet égard sont certainement ceux de l’Apocalypse de Jean.
Au chapitre mi : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une femme ! Le Soleil l’enveloppe, la Lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête. »
Devant la Femme apparaît un énorme Dragon rouge feu, à dix cornes (symbole lunaire très classique, attribut de toutes les divinités lunaires anciennes, attribut également du Taureau où la Lune est exaltée… Cette mention des cornes revient plusieurs fois dans l’Apocalypse). La queue du Dragon « balaie le tiers des étoiles » (notez la référence au chiffre trois). Suit un duel fantastique entre la Femme et le Dragon, la Femme symbole de vie, qui enfante, et le Dragon, symbole de mort, qui cherche à dévorer l’enfant nouveau-né.
Le Dragon transmet ensuite son pouvoir à la Bête, qui a deux cornes. Dragon et Bête ont visiblement repris l’héritage de la terrible Hécate. D’après Jean, la Bête et le Dragon sévissent au bord de la mer, et le récit est rempli de références à l’eau, tant mer que rivières et fleuves, élément lunaire et cancérien. On peut le voir aussi comme un gigantesque combat entre les éléments, entre le Feu et l’Eau… Les deux monstres fabuleux sont porteurs d’un feu maléfique, qui détruit l’ordonnance de la Création en perturbant dramatiquement l’équilibre des eaux, en brûlant tout sur leur passage – car leur domaine d’origine est l' »abîme n, r « étang de soufre et de feu ».
De la gueule du Dragon et de celle de la Bête surgissent trois esprits démoniaques : on pense aux Parques.
Vient ensuite la frappante description de la ruine de Babylone : « Babylone la Grande, la Mère des prostituées, portée par la Bête à cornes… »
Je résume : il semble que la Femme, image de Marie, Mère de Dieu, concentre en elle toutes les puissances bénéfiques de la Déesse-Mère lunaire et du signe du Cancer (gestation, naissance, vie éternelle) tandis que la Bête et le Dragon héritent de toutes les puissances maléfiques d’Hécate, de Lilith, des Parques.
Dans la théologie chrétienne, trèsoptimiste, la Vierge-Mère abattra définitivement le Dragon : « La Mort et l’Hadés sero,t jetés dans l’étang de Feu pour les siècles des siècles ». Tandis que « la mer rendra les morts qu’elle gardait, ainsi que l’Hadès ». (XX,13).
Caractérologie générale du Signe
Clair de Lune
« Il y a un peu de la folie de la Lune dans tout Cancérien« , a dit Linda Goodman, remarquable astrologue anglaise. Sans doute est-ce par là qu’il faut commencer, pour parler de ce personnage controversé qu’est le natif du Cancer. Le coup de Lune. S’est-il trop longtemps exposé, originellement, aux clairs étranges de cet astre, troué de cratères noirs ? Porte-t-il un peu du déchirement que l’on ressent au moment où explose l’été, lorsque l’automne est si proche, avec ses retombées de lumières ? La contradiction du signe apparaît aussitôt : signe d’été, mais de nuit. Signe de chaleur, de lumière, de rayonnement, mais enfermé sous sa carapace, protégé et limité par ses énormes pinces qui entravent son mouvement, vivant dans l’ombre des rochers ou des océans : il en existe même qui sont aveugles, dans les grands fonds abyssaux. J’ai souvenir d’une petite fille hurlant de terreur devant un crabe impressionnant qui s’était caché dans sa chaussure (il a honte de lui-même, le crabe, il essaie de ne pas se montrer) ; lorsque j’ai extrait de sa cachette, à l’aide d’une petite branche, cette bête aux pinces énormes, à l’allure réellement effrayante, elle s’est arrêtée courageusement devant ma branche, qui la titillait sadiquement, et a fait quelques mouvements pathétiques, pitoyables et sans aucune efficacité, pour défendre sa peau. Toute la psychologie du Cancérien est résumée là : en permanence sur la défensive, mais totalement démuni et désarmé face à l’attaque directe de l’adversaire. Outre que le pauvre crabe n’attaque lui-même jamais que par malentendu : il avait cru trouver un abri sûr dans la chaussure de la petite fille !
Seule victoire : l’échappée
Mais revenons à la Lune qui gouverne, dit-on, notre Cancer. Il est probable que, comme cet astre à l’éclat inquiétant, le Cancérien ait une face cachée qui n’apparaît jamais en même temps que la face visible. J’irai même au-delà de cette image : plus il fait briller sa face visible, plus il cache l’autre. C’est pourquoi les êtres du Cancer apparaissent comme des gens imprévisibles, aux actes et aux réactions inattendus, voire surprenants. Leur seule défense est de se soustraire à la compréhension et au regard d’autrui. N’oubliez pas que l’attaque leur est inconnue. Leur personnalité, entièrement construite sur un mode défensif, se trouve affaiblie par la protection même dont ils s’entourent : comment aller de l’avant avec toutes ces entraves ? De fait, ils ne vont pas de l’avant. Ils vont de biais. Ils ne connaissent que les transversales pour se rendre d’un point à un autre. D’où l’impression qu’ils donnent d’échapper. C’est leur force, leur seule arme, et leur salut dans bien des cas : l’échappée. La fuite de côté. La disparition vers le rêve, le sommeil, la création, l’enfantement, l’autre monde, en quelque sorte. Ce n’est pas, comme on l’a dit, un refus du réel : c’est la seule défense du Cancer attaqué. Le Scorpion agressé va élaborer une stratégie raffinée, complexe, quasi perverse, qui utilise les armes de l’agresseur plus son intelligence et son intuition supranaturelle pour répondre à l’agression. Le Cancer, en revanche, est démuni devant une offensive. Il ne sait pas comment répliquer, il ne sait même pas qu’il peut répliquer. Il cherche seulement à se protéger des coups, puis à éviter que les coups ne se reproduisent. Or, comment mieux se protéger des coups, éviter de les voir se reproduire, qu’en disparaissant, corps et biens ? Sur ce terrain, le Cancérien est à l’aise. Il connaît toutes les gammes de la non-présence, il en joue avec virtuosité, il fait même preuve d’une invention et d’une ingéniosité rares en ce domaine car il ne disparaîtra jamais deux fois de la même façon, il ne se dérobera jamais par les mêmes sorties, il ne fuira jamais aux mêmes moments. Il y a la fuite classique dans le sommeil. Le Cancérien, qui dort beaucoup, se défend ainsi des agressions du jour (chauffards en voiture, mauvais caractère du patron, collègues désagréables, etc.). Il y a la dérobade par l’oubli. Le « Ah ! j’ai oublié », caractéristique du Cancer, représente une vigoureuse protestation, sachez-le. Et sachez découvrir contre quoi, car il ne vous le dira jamais, lui.
Il y a l’absence présente. Je suis là mais je ne vous vois ni ne vous entends, semble dire le Cancérien lorsqu’il est contraint, mais vraiment contraint, d’assister à un -dîner qui l’ennuie, par exemple. « Il est dans la lune », commentent ses proches. Et rien n’est plus faux. Il est là, bien là, mais il refuse par tous ses pores d’y être. C’est le champion de la résistance passive. Et s’il ne veut vraiment pas faire quelque chose, rien au monde ne le fera changer d’avis. Il échappe à toute manipulation avec une obstination que je qualifierais de sereine. Mais il sait vouloir – et obtenir – avec la même obstination. Sereine. Tenace.
Tout ce qu’on invente est vrai
(Flaubert)
Revenons aux fuites du Cancer. Le sommeil, le rêve, l’absence sont ses fuites de tous les jours, ses petits écarts de langage à lui. Mais sa grande force, son véritable pouvoir, son atout majeur dans l’existence résident dans sa faculté de créer. Connaissez-vous de plus belles échappées que celles de l’imagination ? Il crée – ou recrée – tout ce qui l’environne.
Par la parole, d’abord. Ce qu’il raconte avoir vu, entendu, correspond peu ou mal avec ce que le vulgum pecus aura vu et entendu au même moment. Le Cancer exagère toujours, avec foi. « Exagérer, disait d’ailleurs un poète, c’est commencer d’inventer. » Il invente par la parole, donc. Mais aussi par le geste, (pour remplacer simplement un objet dans un tiroir, il peut avoir des mouvements totalement farfelus), par le regard (il voit toujours, dans un dessin, sur une photo ou dans le noir, des figures d’une richesse et d’une complication rares, ce qui est extrêmement frustrant pour le non-Cancérien se trouvant à proximité), par l’écoute (au cours d’un dîner où un charmant écrivain projetait de donner « une ou deux petites conférences en province, peut-être dans une grande librairie », une jeune voisine, à l’ouïe parfaite au demeurant, répondit avec une réelle ferveur : « Une ou deux conférences dans une grande prairie, c’est une bonne idée, mais au printemps, alors ? » Elle était bien née sous le signe du Cancer…)
Qu’ils soient employés de bureau, femmes au foyer ou conducteurs d’autobus, nos Cancériens sont profondément, fondamentalement créatifs. Vous ne vous en rendez pas nécessairement compte sur-le-champ, mais observez-les un moment et vous comprendrez ce que je veux dire. L’employé de bureau va s’installer, un beau matin, dans le fauteuil réservé au visiteur, parce que « ça lui donne l’impression de ne pas être •là », la femme au foyer vous servira une salade de concombres à la crème car « elle n’avait pas assez de fromage pour faire un soufflé » (inutile de chercher le rapport de cause à effet) ; quant au conducteur d’autobus, vous ne me croirez pas, mais il changeait ses itinéraires en fonction des nécessités de ses usagers ! « Alors que la majorité des humains redoute le chaos, le désordre d’un monde intérieur écroulé, sans repères, le créatif supporte cet état de choses insécurisant entre tous… Il choisit le doute, il choisit le défi… La traversée du désordre ressemble souvent à une traversée du désert. »
Ferme les yeux, et tu verras
(Joubert, « Pensées »)
On a trop parlé de la rigidité défensive du Cancer, on ne parle pas assez de la richesse de son univers intérieur, richesse inversement proportionnelle à la « pauvreté » de sa présence. S’il parle peu et mal en société, s’il a l’esprit d’escalier, s’il apparaît souvent comme quelqu’un de « doux et transparent », c’est que toute son énergie est utilisée, intérieurement, à élaborer son monde personnel. On dit aisément qu’il refuse le réel.
Or il s’agit, beaucoup plus souvent, d’une orientation de l’intelligence : la sienne choisit de créer plutôt que d’administrer. Dans une certaine mesure, le réel est chose acquise, sûre, stable, pour le Cancérien. Il a, plus vite qu’un autre, décelé les tendances psychologiques fondamentales de son entourage ; mais une paresse naturelle l’incline à ne pas en faire état. Il sait mais ne laisse pas apparaître qu’il sait. Curieux d’autrui, attentif à toute singularité, il semble glisser d’un air bonhomme et distrait sur les êtres et les choses.
La boutade délicieuse de Woody Allen : « La réponse est oui. Mais rappelez-moi donc la question ? » paraît avoir été spécialement inventée pour éclairer la psychologie du Cancer. Affable et apparemment absent, il gagne du temps dans le dialogue pour observer, comprendre, définir la personne qui lui parle. D’où sa rapidité à saisir ce qui l’intéresse de la réalité. Pour pouvoir, bien sûr, s’échapper à nouveau. Comprenez-le : il y a tant de secrets à déchiffrer, tant d’inconnu à saisir, à maîtriser, à absorber dans l’occulte, la nuit, la face cachée de toute chose vivante ! « Il serait très imprudent d’assimiler sa fuite devant les mondanités à l’introversion du misanthrope ou à celle de certains névrosés. Ses relations et ses échanges avec le réel sont tout à fait excellents et actifs lorsqu’il s’agit d’y rencontrer quelque chose de piquant pour l’esprit, d’en recevoir des messages susceptibles d’alimenter une recherche. »
Comme le Sagittaire est un aventurier de la terre, comme le Verseau est un aventurier de l’espace, le Cancer est un aventurier de l’esprit. « Pas de vision privilégiée, pas de certitude enclose, de murs définitifs, mais une forme d’accueil, d’ouverture qui va accorder un droit d’entrée à ce qui peut devenir perturbant.' » Ce droit d’entrée à ce qui dérange explique en grande partie le succès qu’ont rencontré les « Radioscopies » de Jacques Chancel (forte signature cancérienne avec le Soleil, Lune et Mercure en Cancer) : ne s’est- il pas appliqué à rechercher, à détecter, à transmettre l’aspect inattendu, singulier, fragile d’une image publique, jusque-là figée sous son aura ? N’a-t-il pas inventé un nouveau journalisme par ses questions fouillées, intimistes et foncièrement originales ? En un mot, n’a-t-il pas dérangé l’ordre établi, dans son métier ? Car personne, avant lui, n’avait songé à « déplacer » un invité, à le sortir des conventionnels pourquoi, à solliciter l’envers de la médaille.
Cette notion de dérangement psychique est capitale, chez le Cancer. Comme il accepte que « son système de pensée se fissure, se délabre, s’effondre », comme il est prêt à remettre en cause toutes ses convictions intellectuelles, ses certitudes mentales – d’où l’impression de flottement qu’il donne souvent – si une nouvelle information vient détruire son organisation cérébrale, il compense cette extraordinaire disponibilité psychologique par des barrières physiques notoires. Très sélectif affectivement, il se refuse aux « relations », aux contacts superficiels et ne fait aucun effort de concession aux exigences sociales. Là se retrouve la notion de fermeture souvent mentionnée à son endroit : il s’économise, il réserve ses forces vives à ce qui l’intéresse, lui.
Car il s’est constitué sa propre échelle de valeurs, hautement définie, avec ce qui mérite son attention, son temps, son énergie, et qui ne le mérite pas. Il préfère être seul qu’avec « des gens » indifférenciés, interchangeables. Cette sélectivité fait qu’il est très aimé de ses amis et très critiqué de tous les autres. S’il était vrai que le Cancer soit si avide de sécurité, comme l’affirme l’astrologie traditionnelle, je doute qu’il ait aussi fortement ancrée en lui cette capacité d’exclusion. Car exclure, c’est directement s’exposer à être abandonné.
Or, sous des apparences douces, accortes, c’est la personne la plus sauvagement individualiste du Zodiaque. C’est dans cet isolement que notre natif récupère ses forces vives. En effet, comme il se dépense beaucoup plus qu’un autre dans l’absorption de toutes les informations insolites que lui prodigue sa journée, ou qu’il sollicite lui-même avec insistance, il est littéralement épuisé, la nuit venue. Et la digestion spirituelle de ce qu’il a stocké, pour sa re-création, son alchimie inventive, se fait dans le sommeil. « Rêver et révéler, disait Queneau, c’est à peu près le même mot. » Ah ! le sommeil du Cancérien. C’est un puits sans fond, des dizaines et des dizaines d’heures, perdues pour les autres, gagnées pour lui.
Car le sommeil est porteur de rêve, aliment précieux entre tous, denrée complexe, richissime, sève des jours : le rêve est sa preuve qu’il existe un autre monde, un autre temps qui ne connaît ni montres ni réveils, un autre espace, bien plus grand, bien plus fou. « [Dans le rêve], le territoire d’exploration n’a plus de haies, il devient aussi libre qu’un continent sauvage sans frontières. Le chercheur balaie ainsi un champ de mémoire infiniment plus étendu que celui qu’il parcourt à l’état de veille.] » La folie ou ses confins, l’immensité étrange et pleine d’ombres du champ de conscience, l’existence pressentie d’une vraie image derrière les apparences des apparences, tout cela porte le natif du Cancer à voyager de plus en plus loin dans sa nuit, de plus en plus profond dans ses fantasmagories.
On peut expliquer la fascination qu’exerce sur lui l’univers de l’inconscient par la sensation qu’il a d’approcher, ainsi, la mort. Car la mort suscite en lui une obsédante angoisse qui pourrait bien expliquer, d’ailleurs, son éternel besoin de créer. En créant, peut-être annulera-t-il les siècles, donc la mort de l’âme ? C’est une hypothèse. N’oublions pas qu’à l’origine, ce signe était considéré comme le plus fécond du Zodiaque, et pour les femmes, il symbolise la maternité. Or, qu’est-ce que la fécondité, sinon le refus de la mort ? Quant au passé, que l’on attribue de façon privilégiée au Cancer, je crois, comme l’a dit Jean-Paul Sartre, que « c’est un luxe de propriétaire » : peu de natifs du Cancer se l’offrent pour la simple raison que l’aventure, même si ce n’est qu’une aventure de l’esprit, ne s’accommode guère du mouvement rétrograde que demande le souvenir.
A la recherche du temps échappé
Or je me permettrai de citer ici, dans le désordre, un certain nombre d’affirmations qui me choquent, moi, native du Cancer : « Intellectuellement, l’inhibition blocage suggère la mémoire comme faculté dominante du signe. » (J.P. Nicola, La Condition solaire.). « L’émotivité encourage la subjectivité, fait naître dans le cœur inquiet des poussées anti-intellectualistes, des croyances-refuges, des vérités qui n’aboutissent à rien. » (André Barbault, Cancer.) « Sa personnalité se développe dans un monde d’imagination, de rêves, de souvenirs qui parviennent à dénaturer la réalité objective. » (Paul Colombet, Initiation à l’astrologie.) Etc.
Cette façon de limiter mon fantasque signe du Cancer au souvenir, au passé, à la mémoire me choque, disais-je, et voici pourquoi : si le passé peut l’intéresser, et cela arrive beaucoup moins qu’on ne le dit, c’est seulement dans la mesure où il lui échappe. Tout ce qui échappe au Cancer requiert son attention particulière. Le passé en général ou son passé à lui, dans ce qu’ils ont de définitivement incompréhensible, inexplicable, inclassable (il faudrait remonter le temps pour comprendre les mécanismes de l’histoire, et qui peut y parvenir ?) l’attirent : parce que la clé de l’énigme ne lui sera jamais fournie.
Le Cancérien est un grand interrogateur. A la différence des Gémeaux qui questionnent sur la surface des choses, le Cancer interroge et s’interroge en profondeur. D’apparence indifférente, c’est un être passionnément curieux qui, au lieu de demander pourquoi, cherchera comment. Tout se passe souvent à l’intérieur de lui-même jusqu’à ce qu’il trouve seul des réponses aux problèmes qu’il se pose. Son instinct le pousse à ne retenir des autres que ce qu’ils ne disent pas, à n’enregistrer que leurs silences, à ne tenir compte que de leurs actes et non de leurs intentions. (« Il n’y a pas d’amour, disait le Cancer Cocteau, il n’y a que des preuves d’amour. ») Tout cela fait une personne aux relations difficiles, qui manque de complaisance, et qui est souvent maladroite. Le vrai Cancer ne sait pas parler, parle peu et de travers, utilisant juste les mots qu’il ne faut pas utiliser. C’est pourquoi il écrit si bien. Il compense cette réelle impuissance relationnelle par une très forte attirance pour l’écriture. Le papier ne le regarde pas dans les yeux, ne le trouble pas, ne lui parle pas, et surtout, le papier a tout son temps, ce qui n’est pas toujours vrai des gens qui l’entourent. Et notre pauvre Cancer est un lent. Un curieux, profond mais lent. Trop lent pour les dialogues, les échanges oraux, les reparties fusantes. Le temps de comprendre le deuxième, le troisième et le quatrième sens de ce qu’on vient de lui dire, l’autre est reparti pour Saint-Petersbourg.
Avoir, être ou paraître ?
Si l’on appliquait les deux modes d’existence proposés par Erich Fromm : Avoir ou Etre ? 1 aux douze signes du Zodiaque, on découvrirait que quatre signes seulement peuvent entrer dans le mode du pur être : le Bélier, par action, le Cancer, par intériorisation, le Verseau par projection et les Poissons par oblation. Les huit autres signes participent soit du mode avoir : Taureau, Vierge, Scorpion, Capricorne, soit d’un dérivé de l’être que j’appellerais le paraître : Gémeaux, Balance, Lion, Sagittaire (or, pour paraître, il faut tout de même avoir).
Le Cancer donc, après le Bélier, cherche à exister. Il ne possède rien et posséder ne l’intéresse d’ailleurs pas. Un vrai Cancérien ne gagne pas beaucoup d’argent et n’en dépense pas non plus. Ses rapports avec ce qu’il est convenu d’appeler les biens matériels sont à base d’indifférence notoire. Vous ne verrez que des objets utiles ou affectifs dans l’environnement du Cancérien, et s’il arrive qu’ils aient de la valeur, c’est un hasard.
De surcroît, il l’ignorait. Le Cancer vit souvent dans le désordre – n’oubliez pas que pour lui, le paraître n’existe pas – ou bien, l’univers dans lequel il vit est aménagé pour les autres, sa famille ou ses amis, mais pas pour lui. Le Cancer pur n’investit jamais vraiment un lieu, ni un pays, ni une maison, ni des choses. Son territoire intérieur est trop immense pour lui permettre de voir l’accessoire, c’est-à-dire l’extérieur. Il vit une maison, il n’y vit pas. Autrement dit, la maison ne lui apparaît pas en tant que maison (avec des portes, des couloirs, des murs, que sais-je ?) mais en tant que réceptacle de ses pensées, de ses impressions, de son affectivité. S’il n’a pas la sensation psychique d’être reçu, enveloppé, conforté, inconditionnellement accepté par le lieu qu’il occupe, il ne s’y trouve déjà plus.
Et c’est irrémédiable, car il peut rester des années à l’endroit où il ne se trouve pas en y étant. Sans l’habiter. Cette sensation horrible que donne le Cancérien d’être absent du lieu même qu’il occupe, je ne souhaite à personne de la vivre : dans ce domaine comme dans bien d’autres, il est impossible d’entamer son être profond. Il est le plus fort puisqu’il ne cherche pas à l’être. C’est lui qui a le plus, du fait qu’il ne cherche pas à avoir.
Le pur Cancérien s’adapte à toutes les transformations, adversités de l’existence sans dommage réel du moment que son univers affectif n’est pas menacé. Comme la tortue ou l’escargot, il transporte avec lui l’essentiel de son monde. Les hommes du Cancer, souvent mal habillés (refus du paraître) ont des poches bourrées, mais bourrées d’ingrédients indispensables à leur autonomie morale : stylos, petits carnets, pinceaux, tubes de gouache, pipes, cure-pipes, épingles de nourrice, crayons de couleur, cartouches d’encre, lettres d’amour, vis rouillées, poignées de portes et boulons de voiture sont les plus courants.
Leur point commun : la création artistique qu’ils vont autoriser. Car si le Cancérien n’aime pas jeter les choses, mêmes vieilles, même usées, c’est qu’il voit, lui, comment il va retransformer quelque chose d’ordinaire en quelque chose de beau. C’est le spécialiste des collages spectaculaires, des montages insolites, des vieilles boîtes métamorphosées en vases de fleurs, en sucriers, en lampes de chevet, des bouts de chiffon et de laine devenus poupées, des rogatons de jouets arrangés en porte-manteaux, des patchworks, mélis-mélos pleins d’invention, d’esprit et de surréalisme. Les objets acquièrent alors une toute petite valeur : celle d’être passés par leurs mains et de s’être laissés recomposer selon leur fantaisie.
La vie est un progrès de désir en désir et non de jouissance en jouissance
(Samuel Johnson)
Cette incapacité simultanée d’avoir et de paraître donne aux signes de l’être, par compensation, une beaucoup plus grande faculté de désir. C’est par le désir qu’ils alimentent l’être. Le désir se rapproche de l’attente et de l’espoir, mais il les limite dans le temps et les rend plus impératifs. Le désir du Cancérien se porte principalement sur autrui : c’est le désir de connaître, de comprendre, d’intégrer sa différence. C’est le désir de déchiffrer ce qui est, en tout être, étranger à lui-même. D’en pénétrer le secret. On pourrait assimiler ce désir à l’intérêt glacé de l’entomologiste, s’il n’y entrait pas une intime adhésion à l’autre, une vraie chaleur qu’il ne sait d’ailleurs pas exprimer. Là est tout son drame : ce désir un peu fou, extrême et sélectif d’autrui, qui porte en lui d’une certaine manière, la chaleur, la brûlure de l’été proche, le blesse constamment parce qu’il est impuissant à l’extérioriser. A la différence du Bélier, qui embrasse trop, trop vite, trop fort (et parfois mal étreint), le Cancer bride le geste, le mot de son désir. Il se croit alors incompris quand il n’est que mal entendu. Il arrive que, le barrage sautant, les eaux du désir Cancérien noient dans un tourbillon de vagues folles les êtres qui l’avaient suscité. C’est une expérience très dure pour notre crabe. Car le désespoir est plus intensément, plus silencieusement destructeur pour lui – qui ne sait pas dire – que pour un signe de l’avoir ou du paraître, qui trouvent des dérivatifs puissants à leur détresse.
Là où vibrent des ondes aux longueurs non répertoriées…
De la même façon, le désir du Cancer à l’égard de ce qu’il ne saisit pas dans l’être humain présente toujours quelque chose de délirant ; mais il faut découvrir l’indice du délire, qui n’est ni verbal, ni gestuel. Lorsqu’il veut savoir pourquoi ou comment se passe quelque chose qu’il ignore chez une personne qui l’intéresse, sa quête de l’explication, de la cause authentique – autrement dit la vérité – peut se manifester par un comportement inhabituel, fébrile, absolument excessif : il en perd l’appétit, le sommeil, le rêve même.
C’est pourquoi je suis amenée à penser qu’il y a, dans tout Cancer et à tout moment de sa vie, une violence faite d’exclusivité, de condensation de la volonté, d’action ou de non- action perturbatrices, qui peut prendre soudain la place de sa raison. Cette violence dérailleuse, qui déboule sans crier gare dans la vie calme et apparemment sans heurts du Cancérien, est amoureuse. On trouve ainsi du désordre et des bouleversements passionnels dans toute relation du Cancer, dans tout intérêt qu’il porte à quelqu’un d’autre. Ami, professeur, frère ou sœur, relation de travail, père ou mère, compagnon de sport (ou de danse ou de yoga), partenaire d’échecs, peu importent le lieu, les circonstances de la rencontre. Elle s’est faite. Et le travail en souterrain a commencé. Passion sans éclat, comme l’eau qui dort. Rarement, cette passion se voit, rarement elle s’exprime, mais elle existe et se perçoit, en partie. Le Cancer ne montre pas ce qu’il ressent, comme on sait, mais il peut irradier, diffuser, transmettre par ondes vibratoires, par transfusion de chaleur, des bribes de son émotion. Ce sensoriel arrive à faire passer par le corps, en langage codé, empreint de maladresse et d’extrême attention, le trouble qui l’a touché. (Cf. article de Matthieu Galey sur Nathalie Sarraute.)
Cela dit, seuls les signes du mode être sont aptes à vraiment recevoir et exalter la fébrilité passionnée du Cancer. Je ne parle pas ici de l’amour et de ses prolongements, mais de la compréhension immédiate, instinctive, de ce que l’autre vit à un moment donné. Le Bélier, le Verseau et les Poissons saisissent sur-le-champ – sans l’intervention du raisonnement – l’émotion du Cancer. C’est simplement parce que ces signes sont plus attentifs aux messages de l’intérieur qu’à ceux de l’apparence, et qu’ils savent mieux y répondre. Tout se trouve encore dans le domaine du non-dit, non-agi : n’oublions pas que ces quatre signes privilégient l’existence en faveur de l’acquisition ou de l’apparence. Il est donc logique qu’ils aient un langage à eux, comme savent se parler d’emblée un Taureau et un Capricorne, un Lion et une Balance.
Ce n’est pas un hasard si nos quatre signes de l’être vivent plus douloureusement une relation déçue ou déchue. Le désespoir s’infiltre à la mesure de l’espoir, du désir. Mais ceux-là n’ont pas de relais ni de transfuges possibles. Quand c’est l’être profond qui s’est exposé au désir (d’une relation nouvelle, productive, prospective), c’est lui qui prend tous les coups. Il ne peut pas les partager avec son double, son apparence (comme les Gémeaux ou le Sagittaire), ni avec les amis qu’il aurait s’il était Taureau, ni avec le pouvoir qu’il garderait, envers et contre tous, s’il était né sous le signe du Scorpion.
Fascination pour l’aisance, mépris pour la complaisance
Le titre même d’un roman écrit par une jeune fille du Cancer, il y a quelques années (et qui avait eu un certain succès), révèle son signe et une de ses préoccupations essentielles : L’Homme facile 1. Il s’agissait non pas seulement de l’homme facile à prendre et à laisser, mais aussi de l’homme aux relations faciles, à la séduction facile, l’homme facile à aborder. Cette facilité, cette aisance sans valeur et galvaudée, le Cancer l’admire en même temps qu’il la méprise : c’est la complaisance qu’il n’aura jamais, puisqu’elle est portée par une profonde indifférence.
Le Cancer est habituellement reconnu comme un être hypersensible, maladivement susceptible et subjectif. Mais je n’ai jamais vu nulle part qu’on ait livré ses bases profondes : c’est un être excessivement passionné. II y a toujours quelque chose d’extravagant dans un attachement cancérien. Je veux dire qu’il extravague dans l’amour qu’il porte à un ami, à une sœur, à un professeur, comme s’il délirait de fièvre. « Sa grâce, comme dirait Saint- John Perse, est dans la combustion. » Ce sauvage protégé, enfermé dans ses espaces intérieurs, d’abord difficile et distant, perd le sens commun lorsqu’une personne le touche.
A la différence de la plupart des êtres « qui ont davantage peur de devenir des hors-la-loi que de mourir 2 », les Cancériens peuvent mourir de ne pas exprimer leurs sentiments hors-la-loi. A ce titre, ils sont purs. Aucun intérêt, aucun calcul, aucune considération sociale ne se mêlera aux sentiments profondément violents qui les habitent. Mais que de difficultés ils se préparent dès qu’il faut que les choses durent ! Car plus un sentiment s’étale dans le temps, plus il s’expose à y être dilué, amoindri. Et notre Cancer ne supporte que les changements évolutifs, productifs, dynamisants, il ne veut pas de l’usure des choses.
Son exigence ne faiblit pas avec le temps, elle s’aiguise. Comme pour le Bélier. Comme le Verseau et le Poissons. Il lui faut alors anesthésier sa blessure et c’est dans la création qu’il s’enivre. Sa solitude initiale est revenue. Plus à vif, plus immunisée que jamais. On imagine qu’elle lui est naturelle, alors qu’elle est acquise comme une sauvegarde contre la souffrance. Le Cancer est un solitaire par défaut et non par goût. Il s’isole, paradoxalement, parce qu’il attend trop des quelques rares personnes qui ont suscité son désir, et qu’il ne s’adapte pas à leur approximative qualité. A la différence du Bélier qui veut tout, tout de suite, le Cancer veut tout, mais pas tout de suite (c’est suspect) : il prend le temps de tout vouloir. « Ne perds pas de temps à te hâter », la devise de Lanza del Vasto pourrait être celle du Cancer. Et il donne à l’autre, reconnaissons-le, le temps de devenir « parfait », c’est-à-dire présent. Son exigence se porte exclusivement sur la qualité des sentiments et sur la volonté que l’on a de les enrichir, de les réchauffer, de les mûrir. Mais alors, quelle exigence !
L’avancée du crabe
De cette demande affective, combinée à un manque réel de confiance en soi, naît ce que j’appellerai l’avancée du crabe. Ce n’est pas une marche, ni une course, ni un cheminement, ni une flânerie : le crabe sait où il va, jusqu’à la fin, même s’il n’en a pas du tout l’air, et il s’y dirige avec obstination. Mais il avance de biais en biais, semblant s’éloigner de son objectif, puis s’en rapprocher, puis s’en éloigner à nouveau. Il faut lui reconnaître un certain sens de l’orientation, car n’importe qui à sa place se perdrait dans les zigzags. Lui, non. Il retrouve son but initial avec une sûreté instinctive étonnante. Mais observez la rapidité inquiète, sur le qui-vive, de ce crustacé lorsqu’il s’est mis en route vers sa dernière découverte (une miette de pain, par exemple) ; notez la culpabilité foncière qu’il porte dans sa démarche, où qu’il aille, quoi qu’il médite d’entreprendre. Il se dépêche d’avancer – ce faisant, il ressemble à un objet déplacé sur un territoire inadéquat, comme les gros bateaux aéro-glisseurs – et si on l’arrête dans sa trajectoire, il stoppe ses moteurs et rien ne le fera bouger d’où il est tant qu’il sentira l’ennemi proche.
J.-P. Nicola remarquait avec finesse cet aspect fondamental de la psychologie des Cancériens : « Les natifs du Cancer, en dépit de leurs incessants retours sur eux-mêmes, sont tenaces par nature. Ils changent la forme de leurs projets plus que le fond et n’abandonnent que pour revenir à la charge ».
Inutile de préciser que les retours sur eux-mêmes sont provoqués par la peur d’autrui.
Les Cancériens protègent, finalement, tout ce qui leur tient à cœur, comme ils protégeraient leur enfant. Leurs projets d’ensemble sont rarement dévoilés. On ne voit d’eux, on ne sait d’eux que des anecdotes, des fibrilles, des billevesées. Là, attention au contresens : ils font semblant de s’intéresser aux petites choses pour mener, dans le secret, leurs grands desseins à terme. Ils savent pertinemment dévier la conversation vers le fait divers, attirer l’attention sur un détail pour éviter de rendre compte de leur vérité : c’est qu’ils refusent sauvagement l’idée qu’on puisse, étant informé de ce qu’ils trament, les empêcher d’atteindre leur but.
D’ailleurs, informer, mettre au courant, prévenir, rapporter, sont des activités anti-Cancériennes par excellence. Secrets ils sont, secrets ils restent. Ne comptez pas sur eux pour divulguer une nouvelle, bonne ou mauvaise. Ni pour répandre un bruit, quel qu’il soit. Si le Cancer enregistre tout avec minutie, il ne restitue rien. Sciemment. Les informations qu’il absorbe lui servent, à lui personnellement, et à personne d’autre. Il emmagasine, comme un pélican, cette nourriture cérébrale, mais il pousse la grâce jusqu’à laisser ignorer même qu’il sait. Il apparaît comme quelqu’un d’un peu débonnaire et ignorant, alors qu’il est un abîme d’observation silencieuse, un puits de renseignements inemployés – et pour cause : utiliser une information vis-à-vis d’autrui, c’est chercher à paraître, ou à gagner quelque chose, pouvoir, argent, etc. Cette attitude, volontairement verrouillée, le met à l’abri de toute indiscrétion, de tout mensonge, du moindre cancan, dont il a horreur. On le dit cachottier, il est seulement honnête. On le dit aussi hypocrite, or il se défie des mots. Il déteste qu’on parle à tort et à travers, qu’on dise n’importe quoi pour converser en société, qu’on émette un avis sur quelqu’un ou quelque chose d’imparfaitement appréhendé. L’à-peu-près, en paroles comme en actes, le révulse. Il réserve son jugement par probité, par souci d’authenticité. La plupart des gens jettent le caillou qu’on leur lance, lui il le regarde, le tourne dans tous les sens, le tâte, l’ausculte, le gratte et finit par découvrir que c’est une pièce très ancienne.
On ne peut, hélas, ignorer les défauts de ces qualités. Manque de souplesse et d’aisance (ou alors, aisance feinte, clinquante, affichée, pour masquer l’excès de scrupule intérieur), rigidité morale, sinon affective, incapacité à se mouvoir et surtout à s’exprimer en société – l’attitude est soit silencieuse et empruntée, avec tentatives pour se cacher, soit maladroitement interventionniste, du style : « Non, il ne fait pas beau du tout, il y a des nuages qui s’amoncellent et la météo prévoit des giboulées terribles. Où est-ce que vous avez eu du soleil, vous, aujourd’hui ? » Il sème la perturbation et le silence autour de lui, ce qui le rend positivement malade car, à l’inverse du Bélier chez qui il entre une part de provocation, le Cancer aimerait non pas plaire, ni charmer, ni séduire, mais être agréé, s’il le pouvait. Et cela ne marche jamais, dans une assemblée. On le rejette, on l’exclut aussi naturellement et instinctivement qu’on adopte et qu’on entoure une Balance – construite autour de la justesse, qui sait dire le mot juste au moment juste.
Le Cancer, enfin, devant l’adversité, se comporte avec courage. Contrairement à ce que laisserait supposer son attitude relativement inquiète et toujours défensive, dans la vie il fait promptement face au malheur. S’il est vulnérable aux petites misères et embûches de la vie quotidienne, il résiste de toutes ses forces à une grande disgrâce : il y répond, il s’y oppose, il y survit la plupart du temps. L’énergie du désespoir s’en mêle, c’est-à-dire, au fond, le refus de se résigner, d’accepter une fatalité, de subir un sort. Sa maison cassée, il récupère tous les matériaux pour en faire un train à hélices, ou un hangar à bateaux (même s’il n’a pas de bateau), ou un grand cadran lunaire… L’objet détruit, dans un univers cancérien, n’est jamais reconstruit de la même manière : Sisyphe, le Cancer ignore.
Je me permettrai de citer l’Encyclopedia Universalis sur la capacité étonnante du crabe à évoluer avec son milieu : « Les araignées de mer, elles, déguisent littéralement leur carapace avec des algues, des cailloux, des morceaux de coquilles. Si on les débarrasse de leur revêtement, elles s’en recouvrent aussitôt. Le crabe saisit l’éponge ou l’algue, la porte à sa bouche, non pour la manger mais pour y déposer un liquide agglutinant, et à l’aide de ses longues pattes, l’accroche sur son dos […] Mais le fait le plus remarquable chez ces crabes [.. 1, c’est qu’ils sont capables de changer de déguisement lorsque leur camouflage ne correspond plus à la couleur du milieu […] Et, encore à propos de leur habitat et de leur mode de vie : « Présents dans toutes les mers, ils sont adaptés à tous les modes de vie. »
Souvent, le Cancer force les événements par sa résistance aux influx négatifs, aux fortunes contraires. Il est « réactif » plutôt qu’actif, car sa tendance fondamentale de comportement est faite de neutralité bienveillante et de serviabilité. Poussé dans ses derniers retranchements par une conjoncture inopinée, il se révolte et devient Bélier, toutes pinces dehors. La vie et les circonstances ne doivent pas ignorer jusqu’où elles peuvent « aller trop loin », avec un Cancer. Car il se rebiffe contre ce qu’il est convenu d’appeler la destinée lorsqu’elle lui paraît injuste, et il refuse la maladie, les graves ennuis affectifs, matériels, professionnels, avec une force insoupçonnée. Il sait alors dire non. Sans fioritures.
Vous ne verrez pas un Cancer rester longtemps au chômage, ni prolonger une maladie quand il peut en guérir vite, ni traîner un retard d’impôts deux années de suite. Il se met en règle avec lui-même, avec son désir de paix intérieure, le plus vite possible. Sous ses dehors enveloppés, nonchalants, voire désinvoltes, le Cancérien cache un esprit de décision tout à fait énergique, une ferme détermination et, pourquoi ne pas le mentionner, une certaine volonté. Il la dirige principalement sur lui-même, (« Imposer sa volonté aux autres, c’est force ; se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure ». Lao-Tseu) pour s’améliorer, se parfaire, se perfectionner. Gommer ses défauts. Accentuer ses qualités. Cela dit, il est très délicat de signaler à un Cancérien ses insuffisances – qui sont nombreuses – car il bloque alors tous ses mécanismes progressifs. Il faut l’amener à les découvrir de lui- même. Là, il se modifiera en profondeur, calmement.
On peut l’amener à devenir un maniaque de l’ordre, s’il vivait dans la pagaille la plus absolue, en lui démontrant qu’il perd du temps ou des papiers importants, dans son désordre, mais pas en lui disant que c’est un monstrueux défaut. On peut l’amener à prendre des douches glacées, lui qui n’aime que les bains chauds, par simple évocation du bien-être qu’il éprouverait, ce faisant, et non en soulignant la nocivité de ses pratiques. On peut lui faire descendre une piste à quatre-vingts à l’heure, à skis, alors qu’il déteste la montagne, en lui décrivant l’ivresse qu’il éprouvera.
C’est l’être qui abrite en lui les plus forts contraires. La grâce et la maladresse. La sensibilité et l’interdit. L’élan et la froideur. Le silence et le volubile. Le courage et le repli.
La douceur et la détermination. L’enfance et la sagesse. Il est facile à approcher, à protéger, à envelopper, et très difficile à apprivoiser. Il donne beaucoup et pourtant il se réserve fondamentalement. Il ne dit que la vérité, mais il occulte constamment une partie de lui-même. Comment sa pudeur, son extrême retenue s’accommodent-elles du besoin qu’il a d’être reconnu, célébré par un vrai public ? Et comment fait-il pour graviter autour des êtres qu’il aime sans vraiment les entourer, sans vraiment les contenir ? On ne le saura jamais.
La Femme Cancer
C’est la personne la plus douce, la plus flexible, la plus exquisement féminine du Zodiaque : c’est la féminité pure, sans accessoires, sans véritable artifice, qui se dégage du fond et non des apparences. Elle tend un charme ténu comme d’autres tendent un piège. C’est une musique enveloppante, toujours un peu précieuse par la manière dont elle échappe. Je voudrais pouvoir vous la décrire, mais elle n’a jamais de caractéristiques vraiment définies. Elle peut se présenter tour à tour comme une femme fatale ou une toute petite fille, une maman fragile, attentive, inquiète ou une vieille âme sage, silencieuse, observatrice.
On dit que sa caractéristique fondamentale est d’aimer et de fabriquer des petits d’homme mais ce peut être exactement le contraire : c’est elle-même, alors, l’enfant qu’elle choie.
Si elle est mère, c’est une mère divine, délicate, délicieuse ; la mère idéale pour un enfant. Protectrice et tolérante. Si elle est enfant, elle arrange pour vous faire participer inconditionnellement à l’amour qu’elle se porte. C’est quelqu’un de désarmant : elle n’a pas d’armes. Plus exactement, elle ignore les armes classiques que suggère « la vraie femme » érotisée : super-maquillage, super-coiffure, talons-aiguilles, taille de guêpe, ongles vernis, que sais-je ? En somme rien d’érotique, en elle, aucun message à l’instinct, aucune provocation sensuelle. En revanche, une extrême sensibilité à tout ce qui l’environne – le Cancer est un sensoriel exacerbé, à l’acuité olfactive, tactile, auditive exceptionnelle -, une réceptivité psychique importante (qui alimente en priorité son sens créateur), une curiosité secrète et presque animale, une intelligence intériorisée, une intuition scrutatrice la rendent fée.
Mais c’est une fée mal dans son corps, qui se protège des regards. Vous reconnaîtrez souvent une femme du Cancer à la manière asociale dont elle s’habille : le débraillé quatre fois trop grand, le style vagabond – clochard ou romano – c’est elle. Le but essentiel est de cacher son corps. Souvent son hyper-féminité s’abrite derrière des allures complètement garçonnières. Vous voyez alors un visage plein de charme, attentif, enveloppant ou délicatement ciselé se dégager d’un vieux costume militaire ou d’un sac de bure dont ne voudraient même pas des pommes de terre.
Il semble d’ailleurs qu’il y ait un effet recherché dans ces contrastes car, Isabelle Adjani, par exemple, au joli visage typiquement cancérien, est souvent vêtue, pour les besoins de ses films, en jeune homme : dans Violette et François elle se marie en smoking, dans l’histoire des Soeurs Brontë elle se promène à travers les landes en costume de garçon. Plus récemment, on l’a vue porter avec bonheur pour Dior des tenues inspirées du plus pur dandysme lorsqu’elle présidait le Cinquantième Festival de Cannes. Mais quelle que soit sa vêture, qu’elle soit Reine Margot ou Camille Claudel, qu’elle hante les couloirs de Subway ou les âmes de Toxic Affair, qu’elle joue les garces dans L’Été meurtrier et les épouses vénéneuses dans Les Diaboliques, elle incarne l’angélisme cancérien : ambigu et plein de secret. Est-ce un hasard si elle porte si souvent des lunettes de soleil ? Est-ce pour protéger ses beaux yeux bleus ou pour se protéger elle-même, se dissimuler derrière cette sorte de « masque » bien utile à une Cancérienne pour qui le regard a tant d’importance… Elle ne pense pas poursuivre une carrière cinématographique toute sa vie, rêve de se consacrer à de grandes causes (et à ses deux enfants). L’ombre – qu’elle recherche souvent – convient bien à sa nature typiquement Cancer.
Car il y a tout de même deux choses qui distinguent une femme Cancer des autres femmes du Zodiaque. La première, c’est le regard. Non pas les yeux : le regard. C’est un regard qui sollicite toujours son interlocuteur par une expression à la fois interrogatrice et insistante. C’est un regard d’incitation informulée, un regard éveilleur : il déclenche souvent des réactions d’intérêt ou d’hostilité car notre Cancérienne n’a pas vraiment conscience de sa portée « émettrice ». Elle qui contrôle tout ce qu’elle ressent, elle qui réserve le moindre de ses gestes, le moindre mot, la moindre exclamation, elle laisse échapper par le regard l’intensité de ses émotions, son trouble, son inclination affective. D’où les passions profondes qu’elle suscite sans avoir prononcé une parole (ou les haines profondes d’ailleurs).
La deuxième chose qui distingue la femme Cancer, c’est son sac. Elle y met, en résumé et en miniature, toute sa maison. Sa nature inquiète, qu’on ne remarque pas autrement, apparaît dans le volume de cet accessoire ; à ce stade, on ne peut même plus parler de sac.
Elle porte souvent, pour aller à la droguerie du coin de la rue, un véritable fourre-tout, rempli d’objets et de papiers parfaitement inutiles. Quelquefois, elle prend même une valise, sous le prétexte de transporter ses livres ou ses dossiers. Ne vous méprenez pas : c’est dans la mesure même où elle a peur d’être abandonnée qu’elle est toujours prête à partir. Ce « sac » dont elle se charge en permanence représente la certitude symbolique qu’elle peut partir. Car le drame de la Cancérienne est de se sentir ancrée dans son port affectif, lourdement attachée à ceux qu’elle aime, sans modulation possible. Si on ne la secouait pas, elle ne sortirait jamais, elle ne rencontrerait jamais personne, elle ne s’aventurerait dans aucun nouveau paysage. A cause de l’excès qui caractérise tout Cancer, elle pourrait, à la limite, faire le tour du monde en bateau sans sortir de sa cabine, comme Raymond Roussel (qui, lui, écrivit Impressions d’Afrique sans ouvrir une seule fois les rideaux de sa cabine : signature Cancer sûrement importante). Et au fond, la grande, la seule aventure de Proust, sa recherche du temps perdu (de tout ce qui lui a échappé), ne s’est-elle pas faite à l’ombre de persiennes toujours closes ?
Pour la femme Cancer, cette condensation psychique en un seul point du globe – c’est- à-dire en un seul être, ou presque – peut devenir maladive. Si la maternité, par l’obligation de stabilité qu’elle impose, ne l’a pas équilibrée, c’est une personne facilement angoissée, en état de siège affectif et très solitaire. Sa mère, comme modèle mais aussi comme amie, comme symbole de pérennité dans l’existence, compte infiniment pour la femme Cancer.
J’ai été frappée de constater, par parenthèse, qu’une grande proportion de femmes nées sous ce signe reconnu fertile refuse totalement l’expérience de la maternité. S’il est vrai que « le contraire porte l’empreinte indélébile de ce qu’il nie », comme le dit Ferenczi, il faut alors admettre qu’il y a, dans ce rejet déterminé, définitif et têtu d’enfanter, une caractéristique Cancérienne tout aussi remarquable que son besoin inné d’engendrer les bébés. Mais pourquoi ce refus, chez un signe traditionnellement marqué par le cycle lunaire et considéré comme très fécond ? La seule explication que je puisse tenter ici est d’ordre général. Une femme du Cancer porte, plus longtemps qu’une autre, la petite fille qu’elle a été parce que, née fragile, son enfance représente un passage protégé dans l’existence. Elle peut en déduire, alors, que, si elle n’a pas d’enfant, elle ne devient pas adulte, et que si elle ne devient pas adulte, elle reste protégée. C’est une hypothèse.
Quoi qu’il en soit, adulte ou pas, elle demeure fragile. C’est d’ailleurs un adjectif qui convient totalement à la femme de ce signe : c’est une femme fragile du dedans, sous des dehors parfois rudes, solides, volontaires. (Voir l’article de Matthieu Galey sur Nathalie Sarraute – Cancer – et noter que la pièce montée par Anny Duperrey – Cancer – et Bernard Giraudeau au théâtre Saint-Georges, est intitulée : Attention, fragile !)
A force d’être vulnérable, à force d’être blessée et de laisser ouvrir les mêmes blessures, elle peut apprendre à prévenir lés coups en attaquant ; c’est rare, mais j’ai vu des femmes Cancer provocatrices. De vraies guerrières, rageuses, courageuses, violentes. Cela passe en trente secondes et, l’offensive neutralisée, on trouve le plus souvent une terreur d’enfant : la crainte de n’être plus aimée. Alors, elle prévient la crise d’angoisse par un assaut militaire avec artillerie et chars blindés. Il faut le savoir : ce signe dit passif est capable de manifester des crises d’agressivité d’autant plus fortes qu’elles sont imprévisibles.
Comment elle se nourrit
Reste un point délicat de la personnalité cancérienne que je n’ose aborder : la façon dont elle s’alimente. Les comportements paraissent, à cet endroit, tellement contradictoires, excentriques et déraisonnables qu’il est difficile de trancher.
Reconnaissons deux catégories de femmes Cancer : la première a plutôt tendance à être ronde. Elle est gourmande de tout, mange n’importe quoi pour le plaisir de manger, et ne supporte absolument pas la restriction. Psychologiquement, il se peut que ce besoin oral (ce besoin d’être nourrie) soit relié à la nécessité pour la mère en puissance de nourrir son enfant. Mieux elle se nourrit, mieux elle nourrira son bébé. Car ce type « plein » de Cancérien est, en effet, une mère en puissance : souvent, elle aime et désire procréer ; souvent aussi, elle fait très bien la cuisine et y passe beaucoup de temps. Cette Cancérienne aime nourrir son monde.
Mais pour la deuxième catégorie de femmes Cancer – longilignes et, fait étrange, rarement maigres – admirablement représentées par les portraits de Modigliani, la relation à l’aliment est aussi très anormale : elles ne mangent que le strict nécessaire – pour survivre et sans le moindre plaisir -, elles ignorent absolument toute notion de gastronomie et, précision délicate, considèrent que « faire à manger » est une activité dégradante, inutile et démodée.
Ce blocage ne ressemble en rien à la sélectivité dégoûtée du Scorpion gourmet ; il prend ses racines dans une protestation qui, chez le Cancer, comme on sait, ne s’exprime jamais par voies directes ; peut-être l’a-t-on simplement forcée à manger quand elle était petite ? Parfois, les deux attitudes (mangeuse et rejeteuse) alternent dans la même femme ; cela donne des passages d’intense famine : elle oublie de manger, et d’insolente abondance : comme l’autruche, elle avale tout ce qui lui passe sous les yeux.
« Le comportement de ce crustacé (le crabe) est révélateur : dès qu’une proie passe à sa portée, il s’en saisit et aucune puissance au monde ne le déciderait à relâcher sa pince. Ce n’est pas, pourtant, l’avidité qui le détermine, mais plutôt l’inquiétude du lendemain »… écrit Jean-Louis Brau. Inutile de dire que je n’adhère pas à cette explication. Je pense qu’il y a toujours danger, chez les gens du crabe, dès qu’ils approchent un aliment : danger de boulimie ou danger d’anorexie. Mais ce danger réside dans le report symbolique d’une demande affective très importante, ou d’une violente interdiction de cette demande. « Le comportement ascétique, dit Erich Fromm, […] peut n’être que la négation de puissants désirs ».
En fait, il est essentiel de ne jamais intervenir dans l’alimentation d’un Cancer, femme ou homme. On touche là des rouages trop à vif, des frustrations exacerbées, des refoulements de l’enfance.
Si elle se sent aimée, la Cancérienne s’auto-régulera d’elle-même.
Comment elle vit
Elle se crée un univers où tout a préalablement été habité par elle. Elle est personnelle dans ce qui l’environne et personnalise ce qui l’entoure. Un parfum bien à elle imprègne l’atmosphère, les murs ont ses couleurs, les meubles ont été décorés par elle, ses livres sont annotés de son écriture ; ses neveux, nièces, cousins, oncles, frères ont été découpés, sur les photos, suivant sa fantaisie et recollés sur un immense panneau, en une composition artistique notoire. La dame du Cancer se comporte de manière très autonome à l’intérieur d’une réelle dépendance à son milieu affectif. Comment vit-elle cette contradiction ?
Mystère. Il faut tout de même remarquer que, lorsqu’elle perd ses bases affectives, tout son harmonieux équilibre s’écroule. Or elle vivait jusque-là comme une femme libre, indépendante, paraissant presque se suffire à elle-même. Fausse impression : elle arrivait à être autonome, à s’aimer et à se plaire dans des activités à elle, mais seulement parce que l’autre l’aimait (son mari ou son amant, sa mère ou sa sœur). Dès lors que son amour fait défaut ou meurt, elle ne s’aime plus, à nouveau.
Voilà pourquoi la Cancérienne a une grande autonomie, mais très précaire : cette indépendance est tributaire de l’amour qu’on lui porte.
Si vous aimez une femme de ce signe, sachez que sa liberté, son équilibre dans la solitude, son invention, son attitude désinvolte, sereine, libérale, toutes ses qualités d’indépendance psychologique s’effritent devant la plus petite menace à ses certitudes affectives. Peut-être à cause de sa très grande réceptivité intellectuelle, de sa capacité à bouleverser ses idées reçues, peut-être à cause de sa disponibilité cérébrale aussi, qui lui permet d’accepter toute modification psychique et de s’y adapter, elle est, physiquement, de nature sédentaire. Son corps étant le reflet de son affectivité, elle s’y sent bien si on l’aime, et le martyrise si l’on cesse de l’aimer.
Quelques particularités de l’Homme Cancer
Le Cancer au masculin mérite une mention spéciale. Vous allez tout de suite comprendre pourquoi : qu’une femme soit sous l’influence de la Lune, symbole féminin, quoi de plus normal ? Mais un homme… C’est plus dur à porter.
Notre crabe-monsieur est à la fois :
- dans un signe d’eau et féminin,
- sous l’influence d’une planète féminine.
Et Mars, planète de la virilité, est en chute dans le Cancer !
De plus, les parties du corps humain régies par le signe sont l’estomac… et la poitrine (laquelle ne se présente pas sous le même aspect selon qu’il s’agit d’un monsieur ou d’une dame). Il est donc naturel que le Cancer au masculin diffère tant soit peu du Cancer au féminin.
Cher Cancer, petit crabe si douillettement installé sous sa carapace au fond de sa mare tapissée d’algues roses et de rêves, nous vous connaissons bien : nous savons que vous regrettez désespérément le sein maternel, le vert paradis des baisers au lait tiède de votre nourrice. Vous vous y raccrochez de toutes vos forces, retardant le plus possible l’entrée dans cette vie des grandes personnes qui vous terrifie.
Œdipe-tourteau
Monsieur Freud (Sigmund) n’a pas exactement inventé le complexe qu’il a baptisé d' »Œdipe » : les Grecs, mais aussi les astrologues, l’avaient découvert avant lui. Le Cancer, c’est le petit garçon chéri de sa maman, c’est le foetus bien au chaud dans le sein maternel et qui n’a pas la moindre envie d’en sortir. Après trente ans, cela étonne toujours un peu… Tous les Cancers masculins ne deviennent pas Marcel Proust, mais ils gardent, même adultes, une attitude étrangement crustacée à l’égard des femmes. Ils se comportent vis-à- vis d’elles comme un charmant petit garçon, séduisant, capricieux, tyrannique. Quand on est fâchée contre lui, le voilà qui arrive vous faire un câlin désarmant, avec son œil humide et tout ce rêve de marées vertes qu’il porte en lui. Alors comment résister ?
L’homme
Cancer adore les femmes et cherche toujours à les transformer en nourrices bénévoles. Il attend tout d’elles, comme il a tout attendu (un peu trop longtemps) de sa mère. L’image de celle-ci le hantera toute la vie. Elle sera trop souvent son unique amour féminin, les autres n’étant que de pâles ersatz, des photocopies mal cadrées. Mais il attend aussi et redoute très fort la femme-femme qui l’arrachera à sa coquille.
La pauvre chérie s’y usera…
Si vous épousez un homme Cancer, très Cancer, vous devez savoir, naïves ingénues, que vous n’aurez jamais que la deuxième place dans son cœur, (et encore !). Vos autres rivales sont la belle-famille, dont votre Cancer ne se séparera jamais, et la mère (ou son image).
Enfin, la rivale la plus redoutable est peut-être l’ambition professionnelle (voir plus loin). Il m’a semblé que les hommes Cancer étaient plus attachés encore à leur clocher, leur tribu d’origine, leur famille et leur milieu que les femmes du même signe. Ou peut-être seulement cet attachement très visible surprend-il chez un homme. Le Cancer n’a pas la fibre révolutionnaire en matière familiale et sociale. Il ‘respecte la hiérarchie établie et baise la main des vieilles dames avec une bonne grâce qui lui vaudra sûrement une mention dans leur testament.
Cancer infidèle… mais fidèle !
Cependant, tout en conservant religieusement les mœurs et coutumes de sa tribu d’origine, le Cancer n’est pas un mari fidèle. S’il vous assure que oui, faites semblant de le croire, c’est plus simple et cela évite les scènes. De toute façon rien ne l’empêchera jamais de vagabonder au gré de la Lune. Il est officiellement pour la monogamie, mais la sienne est aménageable. Jupiter, en exaltation dans le signe, donne aux hommes qu’il marque une idée très personnelle de leurs devoirs de fidélité conjugale. Dans la mythologie, déjà, la pauvre Junon ne cessait de poursuivre ses rivales de sa jalousie, trop justifiée…
Les hommes des signes d’eau sont de grands rêveurs, et l’eau coule dans l’infini. Ils emboîtent facilement le pas à la première sirène venue (n’est-ce pas, messieurs Scorpion et Poissons ?). Bien entendu, c’est selon les individus, il ne faudrait pas généraliser hâtivement. De toute façon, notre roi des crabes reste attaché à son foyer légal, à son épouse légitime, à ses enfants. Il ne divorce qu’à la dernière extrémité, contraint et forcé.
Mais pour le crocheter hors de son trou, c’est du sport ! Avis aux jeunes crevettes !
La fidélité/infidélité du Cancer vient aussi du peu d’estime qu’il accorde, profondément,
aux femmes : la seule, la vraie, vous l’avez compris, c’était sa mère. Il a tendance à traiter
les autres comme des objets, du mobilier domestique dont on aime qu’il soit fonctionnel (et
rembourré). Mais il le fait avec tant de charme que l' »objet » ne se rend pas très bien
compte à quel point il s’est laissé « chosifier » !
Le Cancer masculin attache plus de prix à l’amitié qu’à l’amour : il est prêt à faire de grands sacrifices pour ses amis, pas vraiment pour ses amours. Le seul moyen de se faire aimer durablement d’un homme Cancer, c’est d’être pour lui une amie et une collaboratrice.
Enfin, comme Jupiter est puissant dans le signe, l’ambition prend vite la première place, car le goût du pouvoir n’est pas moins vif chez l’homme que chez la femme du signe.
Notre ambitieux tourteau a alors tendance à délaisser sa femme, tout en la rassurant avec quelques mots tendres entre deux dîners d’affaires.
Sur le chapitre de la fidélité, la femme Cancer est bien différente : toutes celles que je connais ne rêvent que d’un grand amour unique auquel se dévouer corps et âmes. Et beaucoup, l’ayant trouvé, sont vraiment des modèles de fidélité (et de possessivité !). Elles n’ont pas un naturel aussi papillonneur que leur frère Cancer (à moins qu’un autre signe dans leur thème ne leur donne des ailes…).
Jaloux, oui, possessif, oui, notre crabe Cancer amoureux : il prend avec ses longues pinces à dents (vous avez remarqué ?). Et il entend bien garder. Prédateur, il prend beaucoup et donne peu. Mais n’est-ce pas dans la logique du petit enfant qui reçoit tout de sa maman ? L’homme Cancer atteint difficilement et tardivement sa maturité affective, celle où il serait enfin en mesure de donner.
Et quel genre d’amant est-il ?
Le Cancer n’a pas la virilité agressive : il ne mêle pas la violence à l’amour, il préfère parler plutôt que passer aux actes…
L’une ou l’autre d’entre vous se récriera : « Mais je connais un Cancer qui se défend très bien sur ce chapitre ! » Allez donc voir de près si votre Cancer est vraiment un pur Cancer ascendant Cancer, Lune en Cancer, Mars en Cancer, etc. S’il se défend, c’est qu’une autre bête lui a prêté sa virilité.
Le Cancer type adore se blottir au creux d’un sein confortable pour lui raconter sa vie.
Quand cet introverti a trouvé une bonne épaule accueillante, il est inépuisable. Il parle, il parle, des heures durant. Comme il se souvient de tout (et pas seulement des madeleines) c’est un brillant causeur. Et comme il est très psychologue, très intuitif, très fin, c’est bien agréable de se sentir comprise. L’homme Cancer est un romancier-né, un spéléologue du moi. Quelle bonne surprise de rencontrer un homme qui entende le langage des sentiments, des pressentiments, des intuitions, des rêves… Plus doué pour l’amitié que pour l’amour, le Cancer est le parfait amant de cœur, celui qui peut vous consoler pendant des Lunes et des Lunes, avec sa fidèle tendresse et sa compréhension. Un troubadour de l’amour courtois (et platonique), complètement égaré dans notre siècle phallomane…
Cependant, certaines trouvent qu’à la longue le Cancer pleurniche beaucoup. Les nanas se lassent de jouer les nounous : elles voudraient voir leur petit crustacé s’aventurer avec plus de dynamisme vers le grand large…
Le Cancer et l’Amour
Comme pour les trois autres signes du mode être (Bélier, Verseau, Poissons), le Cancer a intérieurement formulé son désir avant de le rencontrer. Pour lui, il n’y a pas de hasard : « Tout est signe et tout signe est message », disait Proust, Cancérien bien connu.
Il a attendu l’être qu’il allait rencontrer et souvent il savait les circonstances dans lesquelles la rencontre allait se faire ; il en pressentait la date, le lieu. Rien d’étonnant à cela : il a une sorte d’autonomie de conception qui lui permet de se concentrer sur les messages qu’il s’expédie en permanence à lui-même et de dessiner en pointillé ce qu’il recherche.
Pour cette raison, on lui attribue souvent des dons de voyance, de prémonition, de télépathie. Je crois qu’il s’agit plutôt de cette condensation de la personnalité dans l’existence pure (son énergie ne s’occupe ni d’apparaître ni d’avoir mais de comprendre en soi et en autrui, ne l’oublions pas) qui lui permet de projeter dans le réel une esquisse de ce qu’il attend, désire, ou poursuit farouchement.
Toujours est-il qu’il acquiert ainsi une faculté exceptionnelle de reconnaissance. Un Taureau ou un Sagittaire peuvent travailler trois ans aux côtés d’une femme avant de s’apercevoir que c’est la femme de leur vie. Cela n’arrivera jamais à un Cancer, ni à un Bélier, ni à un Verseau : ils reconnaissent tout de suite ceux de leur monde et ceux qui en sont, pour toujours, exclus.
Dans reconnaître, il y a connaître, qui est un mot fort. Connaître veut dire avoir pénétré le secret d’une chose. Or le Scorpion Malraux, très opposé à l’être cancérien puisque le Scorpion est avoir (par pouvoir), disait cette phrase désespérée : « On ne connaît jamais un être mais on cesse, parfois, de sentir qu’on l’ignore. » Le Cancer, lui, va bien au-delà : au lieu de connaître, ce qui est une entreprise presque vaine, compte tenu des apparences successives qu’il faut déchirer, au lieu de connaître, il reconnaît. Autrement dit, il sait d’avance. Pour les êtres qui comptent, au moins. Sait-il la vie d’avance ? C’est une question qui résoudrait en partie l’énigme de ce signe car elle expliquerait la raison pour laquelle le Cancer ne bouge pas. Pourquoi irait-il jusqu’en Allemagne puisqu’il sait comment vivait Mozart, puisqu’il sait que le prochain génie de la musique naîtra en l’an 2050 à Sydney, en Australie ? (par exemple).
Il n’est pas exclu que la concentration intériorisée de la personnalité crabe lui donne l’expérience par identification systématique d’un code. Exemple : je me suis cassé la cheville en sautant à la corde : expérience. Tout ce qui comporte un saut comporte un risque de cassure. Pas seulement de la cheville mais du corps entier : code. Donc, je ne sauterai désormais que si je suis prêt à me casser une nouvelle fois quelque chose : identification.
Ainsi, le Cancer retrouve. Le Bélier agit avant de savoir, le Verseau devine, le Poissons induit la profondeur. Le Cancer sait. Le voilà en prise directe avec la vérité de l’autre ; il a sauté une étape, celle des mensonges, des détours, des faux-semblants, comme s’il l’avait décodée. En réalité, il ignore que cette étape existe. Ainsi que le dit un proverbe égyptien : « Il n’y a qu’une manière de dire oui. Toutes les autres veulent dire non. » Il se prépare, simplement à re-connaître une personne qu’il connaît déjà. Un Bélier, un Verseau, un Poissons comprendront tout de suite ce que sait le Cancer. Ils devineront, dans la seconde qui suit la rencontre, ce qu’est appelée à devenir leur relation. Même si de puissants interdits s’en mêlent, même si elle s’avère impossible, la relation s’inscrira dans leur mémoire par la certitude qu’elle devait s’établir.
Mais comment parler ce non-langage à d’autres signes que ceux de l’être ? Le magnifique défi de Goethe : « Je t’aime. Ça te regarde ? » provoque avec violence la personne même qu’il prétend ignorer.
Voilà donc, d’emblée stigmatisé, le décalage Cancérien : il est en avance de plusieurs mois, de plusieurs années, de plusieurs siècles quelquefois, sur son interlocuteur. Et l’on s’étonne de son impérieuse impatience.
En amour, le Cancer donne. Parfois même, il se distribue. Compte tenu de la réserve inhérente à ce signe, cette générosité surprend. En réalité, il s’agit plus d’une canalisation exclusive de ses sentiments à l’égard d’un seul être, d’une intense, douloureuse cristallisation sur lui, que du besoin de donner. On le dit possessif. Mais il ignore la possession.
Je parlerais plutôt de cette façon tourmentée, passionnément inquiète, de vivre un amour, qui le rend inadapté : comme il vit une relation exclusive, fervente et absolue avec l’être choisi, il en attend la même rigueur quasi mystique et se brise très vite de ne jamais la rencontrer. Attention à l’amour extraordinairement attentif et sans habitudes de ce crabe-là : il s’étonne tous les jours, il remarque tout, il admire le moindre détail, il adhère chaque fois à une nouvelle partie de vous-même. Et puis, soudain, il prend la porte (côté cour ou côté jardin, de préférence) et disparaît de votre vie : c’est qu’il a senti que vous alliez peut-être l’aimer moins, peut-être le trahir un tout petit peu, peut-être vous écarter quelques jours. Au lieu de se battre, de jouer un jeu ou un autre, d’affronter le désamour (insupportable pour lui), il part. C’est sa grande faiblesse, son vrai défaut, sa faille : il ne supporte pas d’être un peu moins aimé, critiqué d’un regard, rejeté d’une demi-semelle. Il lui faut l’adhésion inconditionnelle de son amour, ou il se brise. Le problème du Cancer qui aime réside dans la certitude qu’il donne de cet amour.
Comme c’est quelqu’un d’entier, de jusqu’au-boutiste, il montre qu’il aime – s’il se sent en confiance – et peu de gens supportent longtemps d’être aimés avec cet excès, cette douloureuse ferveur, cette douce obstination. Ne sachant pas filtrer, ni modérer, ni dévier ses élans de tendresse, il se trouve souvent confronté à un refroidissement de la part de l’être qu’il aime (car il faut déjà s’aimer beaucoup soi-même pour supporter la passion qu’autrui vous porte, autrement elle vous rend coupable : vous n’avez pas l’impression de la mériter). Alors, sa machine à pressentir la souffrance s’emballe et il quitte son amour pour ne pas en être abandonné.
Deux solutions à ce « mal en amour » Cancérien : la première est de renoncer à l’amour fou en faisant un mariage d’estime, d’arrangement ou de raison : beaucoup d’hommes du Cancer adoptent cette solution autour de trente-cinq ou quarante ans. Traduisez : « J’ai trop peur d’avoir mal, laissez-moi mourir tranquille, délivré de la passion. » En vérité, il arrive souvent que ces hommes-là, vers cinquante ans, voient débouler dans leur vie un nouvel amour violent et destructeur. C’est que leur mariage de raison qui les rendait si forts occultait une partie importante de la personnalité Cancérienne : sa sensualité.
La vibration sensorielle. N’oublions pas que ce signe d’eau est sensible aux ondes, aux courants, aux marées, aux égarements fluides du corps, aux bouleversements secrets, mouvants de l’attrait physique. Il y a toujours quelque chose d’insaisissable, de fou, d’aquatique dans l’emprise charnelle d’un Cancer. Son impétuosité se révèle parfois brutale mais elle se cache totalement : plus il paraît indifférent, plus la passion se concentre en lui, avec la précision et la démesure caractéristiques du signe.
Par parenthèse, on retrouve la même particularité en ce qui concerne la jalousie : si vous cherchez à rendre jaloux un Cancer, vous aurez l’impression de glisser sur un sol verni avec.des patins de cachemire. Il ne répond pas à la ‘provocation. Sa pudeur convulsive, son extraordinaire réserve l’empêchent, ici comme ailleurs, de laisser apparaître ses réactions. Mais la tempête fait rage dans ses méandres intestins. C’est la guerre. Entre lui et lui-même ; car céder à la jalousie insensée qui le traverse, ce serait déchoir, abandonner une partie secrète et noire de sa personnalité au jugement de l’autre. Et on sait que le Cancer réprime tout ce qu’il considère comme des tendances mauvaises, moralement sales ou instinctuelles, par nature, par auto-censure, par besoin de mater le premier mouvement, par goût d’élévation spirituelle. Mais il vous la fera payer, la jalousie qu’il a éprouvée, en se punissant de l’avoir éprouvée. Son humilité cache un orgueil, un amour- propre sauvages.
La deuxième solution que le Cancer peut adopter en amour est de trouver un dérivé à son angoisse dans la création. Il a besoin de créer. De plus, il est particulièrement doué pour la sublimation de ses pulsions ; tous ses instincts – et ils sont puissants dans ce signe – sont, à proprement parler, retravaillés dans une perspective d’embellissement, d’affinement, de synthèse esthétique ou morale. Comme Baudelaire qui « de la boue [faisait] de l’or », le Cancérien pourrait s’assimiler à l’huître qui, de vase et de sable, fait une perle. Le comportement du Cancer a d’ailleurs beaucoup de parenté avec ce coquillage. Il ne s’ouvre vraiment qu’isolé de toute âme qui vive et, comme ce coquillage, il arrive à transformer un amour de sable, médiocre, en conte de fées, des débris de pierres en perle rare. D’une valeur qu’il ignore, d’ailleurs, puisque son talent n’est pas dans l’expertise mais dans le façonnage.
Sa création peut être d’enfanter, simplement. Ou bien d’exalter par le rêve, comme Don Quichotte, une vie trop dure et trop triste. (Don Quichotte et Sancho Pança ne figurent-ils pas les deux faces du Cancer, l’un irréel, immense et cassable comme du cristal, l’autre matériel, rond et résistant comme du chêne ?). Ils peuvent encore, nos Cancériens, ils peuvent surtout produire en sublimant. Ce sont des producteurs nés. Une absence, un malentendu, une peine se transforment aisément en oeuvre d’art. Là se trouve en tout cas leur salut. Il faut relire Un amour de Swann pour saisir l’inadaptation originelle de ce signe en amour. Swann rencontre une jeune femme « qui n’est même pas son genre » et en tombe passionnément amoureux parce qu’elle ne s’intéresse pas vraiment à lui, parce qu’elle lui échappe. Cette folle, cette insensée construction de l’esprit autour d’un être finalement banal, qui lui mange plusieurs années de sa vie, est l’oeuvre d’un écrivain que l’échec Cancérien a poursuivi jusqu’à sa mort : Proust.
C’est l’être du détail, des petites choses tissées dans l’attente et qui deviennent grandes parce qu’il attend beaucoup, longtemps. Si « l’on est toujours l’étranger de quelqu’un », comme le chante Pauline Julien, le Cancer, lui, risque d’être l’étranger des signes qui cumulent l’avoir et le paraître. Un Capricorne Ascendant Lion, par exemple, sera tellement à l’opposé d’un pur Cancérien qu’ils peuvent se fasciner mutuellement par leurs différences, mais jamais se combler profondément.
Contrairement à l’usage, je crois que le Cancer a plus de chances de s’entendre avec les signes de l’être parce qu’ils parlent le même langage et que leurs objectifs profonds sont semblables : il s’agit pour eux d’exister. La passion d’être sous-tend le Bélier, le Verseau et les Poissons. Qu’avec le Cancer ils aient un certain code d’intelligence et une orientation de vie commune, cela ne fait pas de doute. Reste à établir les modalités et la pérennité de cet accord : entre le Bélier, qui existe par impulsion et action permanentes, et le Cancer, qui existe par intégration et ingestion continues de son monde sensoriel, il est capital de respecter la chronologie ; laissez agir le Bélier d’abord, suivez ensuite les prolongements excentriques que donne le Cancer à l’action du Bélier.
Ils peuvent mutuellement se valoriser avec bonheur car ils se surprennent toujours l’un l’autre. L’action et la non-action se complètent admirablement lorsqu’elles ont le même but„ Leur lien de base réside dans la vive sensualité qui les occupe, les remplit parfois. Ils aiment effleurer, renifler, sentir, entendre, voir, goûter, avec la même acuité, jusqu’aux confins de l’expérience. Pour l’un, la sensation enfièvre et s’évanouit. Pour l’autre, elle s’inscrit dans la chair et se prolonge en création. Ce couple vif-argent coïncide pour le commencement des choses et se scinde pour leur réalisation. Même enthousiasme, mêmes désirs, même fantaisie : mais il importe que l’argent suive le vif, pour que l’élan continue, pour que dure l’ascension.
Un Verseau partage avec le Cancer une originalité foncière. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui vivent un petit événement, tel que la patte cassée du bébé-crocodile adopté, comme une épopée de dimension européenne, et qui voient leur maison brûler avec une impatience légèrement intriguée, en se demandant s’ils vont retrouver leur jeu d’échecs. Ils traversent l’existence sans acquérir le moindre conformisme, dans des changements de toutes sortes qu’ils provoquent : c’est un défi mutuel incessant. Ils voyagent beaucoup, se hasardent dans des contrées inexplorées de l’Aventure (physique, géographique, sociale, morale et surtout intellectuelle), se font toujours remarquer par un comportement déconcertant, des découvertes exceptionnelles et authentiques, des bagarres autour d’une soupe aux ailerons de requin, et des allures définitivement excentriques.
Ils ont en commun un goût instinctif pour la progression (« de désir en désir et non de jouissance en jouissance ») un comportement enthousiaste et libre, une grande, une immense complicité. Attention, tout de même, à l’humanité généreuse et dispendieuse du Verseau qui grince avec l’individualiste Cancer. Reste le Poissons. « Forcément adapté au déluge, il se réalise dans l’inextricable, passe au travers des difficultés et, tandis qu’on le donne perdant, gagne de plusieurs longueurs sur l’adversité », écrit Jean-Pierre Nicola. En fait, devant la générosité absolue du Poissons, et son indifférence primitive, intègre, à toute hiérarchie sociale (qui le rend, comme le Bélier, comme le Cancer et le Verseau, adaptable à tous les milieux), le Cancer désapprend toutes ses inquiétudes et ses difficultés d’être : il reçoit enfin, par osmose, par symbiose aquatique, plus d’amour qu’il n’en demandait.
L’illusion océanique, intemporelle du Poissons, sa cohabitation millénaire avec les sirènes, son désir d’éternité, le rendent familier du rêve cancérien : il l’enveloppe, l’exalte, le magnifie dans une communion parfaite. Ils vont explorer ensemble les fonds sous-marins, cueillir au même moment des fleurs ou des coraux, tendre le même filet à la même faune.
Le danger de ce couple idéal qui parle le même silence mélodieux, qui entend la même musique, traverse au fond des océans les mêmes passions bleutées, sans pesanteur, le danger, disais-je, se trouve dans l’absence de mouvement. Sans tourment, sans blessure qui lui fasse mal, sans absence, sans frustration qui le pousse à l’isolement créateur, le Cancer peut-il vivre ?
En général, les mariages durables se font par l’équilibre des dosages. Trop de sens créateur (Bélier et Cancer, par exemple) engendre une lacune du côté de la responsabilité et un manque total de mise en valeur : ils s’habillent n’importe comment, arrangent leur appartement au gré des choses, présentent mal leurs maquettes, leurs projets ou leurs plans.
Le Cancer et l’Amitié
Comme en amour, le Cancer a quelque chose d’exclusivement passionné et captateur en amitié. C’est une valeur à laquelle il croit beaucoup, mais très différemment du Lion, par exemple : le Lion s’entoure plus de relations à caractère social, professionnel, ou d’auxiliaires pouvant l’aider dans sa carrière. Le Cancer, en revanche, ne se préoccupe guère de l’intérêt qu’il peut trouver en tel de ses amis, du temps précieux qu’il perd avec tel autre, de « l’investissement » affectif qu’il fait sans être « payé » de retour : il trouve normal et naturel de donner tout ce qu’il a, en amitié, aussi bien que de recevoir. Dans ce domaine, tout lui est dû et il doit tout. Autrement dit, ses amis sont rares mais d’immense qualité. En outre, s’il en a plusieurs – ce qui est déjà étonnant pour un natif du Cancer – il ne les voit jamais ensemble, les protège jalousement de l’extérieur, ne les fera jamais se rencontrer. Il veut ses amis pour lui, et pour lui seul ; son goût naturel du secret, voire de l’occulte, fait qu’il ne laisse jamais filtrer la moindre information entre les uns et les autres, malgré sa loyauté parfaite envers eux. Le Cancer est un ami possessif et jaloux comme un(e) aMant(e) et il doit se faire violence pour ne pas reprocher à son ami ses autres amis. En tout cas, il supporte très mal ces infidélités et préfère éviter de savoir qu’elles existent.
Cela posé, son amitié est d’or. Il se passionne presque plus pour ce qui vous arrive que pour ce qui lui arrive, à lui ; ses conseils sont précieux. Il se dévoue corps et âme à la moindre alerte de santé, la plus infime adversité dans votre existence est totalement prise en charge par lui. Sa fidélité, son sens des responsabilités, son dévouement confinent au mysticisme : il vous aime d’un amour quasi religieux. Il n’oublie jamais un anniversaire, vous fait des cadeaux au moindre prétexte, remarque immédiatement, même si vous cherchez de toutes vos forces à le cacher, que quelque chose ne va pas. L’attention, la réceptivité, le sens prémonitoire sont à leur comble chez un Cancer en amitié. Même s’il ne l’exprime pas, rien ne lui échappe.
Mais de la même façon qu’il vous est inconditionnellement acquis, il attend de vous une adhésion totale. La plus petite critique le blesse mortellement. S’il a des défauts, qui les lui pardonnera si ce n’est pas un ami ? Donc, ne jamais tenter le moindre commentaire négatif sur un ami Cancer. Lui suggérer plutôt qu’il pourrait agir différemment la prochaine fois. Marcher sur des oeufs dès qu’il s’agit d’une de ses imperfections. Il lui est intolérable, à cause de son manque d’assurance, de n’être pas chaudement conforté dans ses actes, admis sans réserve et globalement dans son comportement.
N’oubliez pas que son extrême humilité est à la mesure de son immense orgueil.
L’Éducation du Cancer
L’enfance du petit Cancer va déterminer, plus que pour tout autre, sa vie entière. Cet enfant dépend énormément de sa famille, de sa mère surtout, pour la formation harmonieuse de sa personnalité. L’exemple de Proust, qui a vécu dans l’ombre adorée de sa mère, est fort connu. Mais il existe d’autres cas remarquables de fixation à la mère. René-Victor Pilhes (Prix Goncourt 1974 avec l’Imprécateur) avait publié en 1969, aux éditions du Seuil, Le Loum, véritable « épopée psychanalytique, selon son éditeur, tentative effrénée, chez un fils, pour posséder, détruire, liquider sa mère ».
Liquider sa mère : voilà le problème de l’enfant Cancérien. Le petit garçon de ce signe étant de nature particulièrement solitaire, exclusive affectivement et d’abord difficile, voire impossible – il recule devant toute ingérence dans l’univers très personnel qu’il s’est constitué -, il s’attache d’autant plus fort à ceux qui se sont, par miracle, fait une place dans son espace intérieur : les parents, le père ou la sœur (un seul frère, une seule sœur compte pour le petit Cancer, même s’il en a plusieurs). Il vit en vase clos. Protégé du monde extérieur par un rempart de rêves, d’images, d’histoires inventées, où l’inquiétude vient très tôt semer ses ombres, ses morceaux de cauchemars, ses bouts d’insomnie, l’enfant du Cancer se rapproche, psychologiquement, de l’autisme : refus de voir et d’entendre. Il n’est pas rare qu’on le retire de l’école pour le laisser faire une partie de ses études seul ou avec ses proches parents. Sa fragilité extrêmement vulnérable, qu’un rien peut atteindre et bouleverser, le rend, au début de la vie, inapte à toute intégration sociale.
Souvent, on le croit lent ou retardé alors qu’il a compris plus vite que les autres : c’est sa manière à lui de s’abriter, derrière une incompréhension feinte. C’est pourquoi il est absolument capital de favoriser dès sa petite enfance toute velléité artistique, tout désir de communication par intermédiaires, toute recherche d’expression mystique, philosophique, artisanale, etc. C’est son seul levier vers l’adaptation socioprofessionnelle ; c’est souvent son salut, car ses relations à l’autre, maladivement exclusives, exigeantes jusqu’à l’exagération parfois, se subliment ainsi dans une oeuvre de talent, magnifiquement inspirée, qui porte en elle la douleur de n’avoir pas su dire.
Capital : ne jamais forcer son silence, son tempérament secret, et lui apprendre une
discipline, faute de quoi ses dons s’éparpillent, se dispersent et n’aboutissent jamais. Essentiel : l’encourager. Même comme bébé, il n’a pas confiance en lui, il ne s’aime pas, ne se respecte pas, il ne veut pas de lui-même. Il faut donc arriver à ce qu’il acquière un minimum d’estime pour lui, même si cela doit passer par une phase où il affiche une grande assurance : chez un petit Cancer, elle est toujours feinte. Il cherche simplement à convaincre les autres de qualités auxquelles lui ne croit guère : il espère que, par ricochet, ses proches l’aideront à s’aimer ; que de traversées de déserts il se prépare ! Que de solitude par incapacité à exprimer son désespoir, sa détresse, son angoisse : du moment qu’il se rejette lui-même, pourquoi les autres l’accepteraient-ils ?
Dans sa scolarité, il faut compter sur des maîtres et des professeurs qui deviennent, s’ils ont compris et admis l’enfant difficile qu’est le petit Cancer, un modèle de mère ou de père : rencontre importante car elle marque souvent dans la vie de l’enfant des étapes notoires. Son évolution se fait alors à une vitesse étonnante, sa maturité dépasse très vite la moyenne, son goût pour toute amélioration de sa propre personnalité s’extériorise et rayonne. L’enfant difficile et fermé devient alors un adulte responsable, créateur, fervent.
Le Cancer au travail
Le Cancer au travail est un être incompris. Il n’a pas d’ambition au sens où l’entendent les autres. Flegmatique et curieux, il semble ne jamais faire attention à ce dont il est chargé, ne pas prendre garde aux responsabilités qu’il a, et son activité présente toujours quelque chose de nonchalant, de flou, de calme, qui le rend peu crédible. Pourtant, les choses avancent, et comme il est assez méticuleux, elles avancent bien. Mais l’injustice fait que, comme il n’a pas l’air de travailler, on ne croit pas que c’est grâce à lui qu’elles avancent.
Il est inquiet, nerveux, précis jusqu’au détail. Mais il ne le montre pas : son introversion, sa réserve naturelle, son incapacité bien connue à se faire valoir, lui créent des difficultés. Il met beaucoup de temps à se faire accepter. Il a le sens des responsabilités, assume jusqu’au bout ses erreurs – non sans colère intérieure -, affronte les difficultés avec courage et endurance… en souriant et sans faire d’éclat. Ce peut être un entraîneur formidable au travail car son fond de pédagogie l’amène à apprendre ce qu’il sait aux autres en ayAnt l’air de ne pas savoir. Cette attitude : « Comment va-t-on faire maintenant ? » suscite en son disciple le désir de trouver la solution. Parfois, le Cancer manque d’autorité naturelle extérieure, mais il acquiert celle que donnent la compétence, l’expérience, le savoir. Et elle est plus durable, plus authentique que l’autre.
Ne nous attendons pas à un champion des horaires ni de la discipline. Sa fantaisie prime tout. S’il lui faut absolument arriver à la même heure tous les matins, il s’y astreindra, mais il récupérera par d’autres biais sont temps de liberté. Enlevez possibilité d’évasion à un Cancer et tout son génie se retire, comme une marée basse. Il doit se sentir libre, à l’intérieur des structures de son entreprise, pour créer. Sinon, son sens créateur se bloque, il végète intellectuellement, son invention s’étiole au milieu des paperasseries et des contingences administratives.
Au travail, le Cancer est capable du meilleur comme du pire, suivant les possibilités qui lui sont offertes. Dans les professions qui demandent de l’invention, un esprit curieux et susciteur, comme par exemple la vente, l’artisanat, ou encore dans tout ce qui touche au domaine sensoriel, à son intelligence, à sa curiosité d’autrui, comme la photo, la peinture, la musique, le cinéma, voire le parfum, notre crabe est précieux. C’est souvent aussi un grand gastronome, mais qui préfère réserver ses créations culinaires à sa famille. En revanche, il n’est pas à sa place dans les professions qui exigent une régularité monotone et paisible.
Son tempérament inventif l’amène à avoir besoin de changer de place, de modifier légèrement la façon dont il procède pour arranger des flacons dans une vitrine, pour examiner l’état des stocks, recevoir quelqu’un dans son bureau ou téléphoner à un client. Observez- le : il est rare qu’il se répète, rare qu’il agisse plusieurs fois de la même manière.
Un Cancer n’a pas de vraies méthodes de travail. A l’intérieur d’une structure qu’il respecte, il agit suivant l’inspiration du moment : là, sa subjectivité entre puissamment en jeu car il accordera une importance prioritaire à ce qui sera considéré comme secondaire par les autres. A l’inverse, ce qui paraîtra urgent à ses collègues de travail lui semblera, à lui, superfétatoire. Inutile de le heurter : c’est à prendre ou à laisser. Il ne comprend pas la logique des autres, il ne connaît pas d’autre manière de progresser que la sienne. Et dans la mesure où, par ses chemins personnels, il arrive au même but, et aussi vite la plupart du temps, pourquoi le contrer ? Le Cancer prouve toujours, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, qu’il existe deux façons, et non pas une seule, de réussir quelque chose. En outre, son recul par rapport aux événements, son flair extraordinaire lui donnent une force particulière dont il serait dommage de se priver. C’est, très souvent, un conseiller occulte de premier ordre, un « patron » caché, aux pouvoirs secrets, qui manipule; dans l’ombre et la modestie, les puissants « visibles » (Lions ou Sagittaires).
Car il réussit. Si réussir veut dire mener à bien ce que l’on entreprend, le Cancer réussit. Sa carrière peut être ascendante et paisible si le caprice lunaire a été maîtrisé, toute tracée s’il a su s’adapter à son milieu professionnel par une auto-discipline de base ; ou bien pleine de rebondissements et de grands écarts s’il suit sa nature fantasque. Il peut tout envoyer promener en une seconde si on l’attaque injustement dans son travail : la critique le rend véritablement fou. Son agressivité, jusque-là bridée, peut alors faire des ravages. Il y a toujours quelque chose de définitif dans ses colères. Si on l’a amené à sortir de ses gonds, lui qui évite avec beaucoup de soin tout accroc, il faut savoir qu’on n’esquivera pas ses coups. Il frappe avec violence, casse, détruit tout ce qui lui tombe sous la main : colère physique, et non verbale comme chez le Scorpion, car le crabe bafouille toujours un peu s’il sort du silence.
C’est l’être des démissions inattendues, des engagements-surprises, des augmentations – ou diminutions – totalement imprévisibles. Cette tendance est d’ailleurs plus forte chez les hommes gouvernés par la Lune que chez les femmes qui, elles, savent faire accepter leur fantaisie de détail, leur irrégularité d’apparence, leur goût du changement avec plus de diplomatie.
Enfin, il est rare que le Cancer rapporte beaucoup d’argent. Ou alors il ne l’a vraiment pas fait exprès. L’argent n’est pas sa motivation dans le travail, ce qui expliquerait la raison pour laquelle il peut tout laisser tomber sur un coup de tête : ses motivations sont d’ordre affectif et moral. En réalité, il est très ambitieux, mais pas au sens où on l’entend généralement. Son ambition porte sur la qualité – qui confine souvent à une certaine originalité – du travail qu’il accomplit et sur la manière dont il le présentera pour qu’on le comprenne le mieux possible. La Lune – gouvernant le Cancer – étant le symbole du peuple, de la foule et par extension de la popularité, elle donne un goût pour des activités qui mettent notre sujet en contact avec le plus de gens possible. D’où les métiers de vulgarisation, au sens noble du terme, qu’exercent souvent les natifs du Cancer ; la vulgarisation étant ici le moyen de faire comprendre, ou de rendre accessible au maximum de gens, un objet, une idée, une image. Ce besoin inné du Cancer allié à son ennemie numéro un, la sauvagerie, le met en contradiction avec lui-même. C’est pourquoi il trouve souvent des intermédiaires entre sa créativité et le monde : tous ceux qui s’emploient à diffuser l’information, à faire valoir le talent, à mettre en valeur une oeuvre d’art, sont en relation directe avec les métiers du Cancer. Autrement dit, il faut des Mercuriens et des Solaires pour accompagner un Lunarien au travail, sinon son talent se voit méconnu, inconnu ou méjugé. La plupart du temps, les tendances originelles du signe sont dominées, chez un Cancer équilibré. Il prévient son entourage des changements qu’il désire accomplir, il maîtrise ou dévie ses accès de colère, d’indignation et d’enthousiasme, il canalise son originalité dans des activités extra-professionnelles : en un mot, il s’adapte admirablement à son milieu.
Mais il faut savoir que ces tendances existent et qu’à la faveur de circonstances exceptionnelles, et purement affectives, elles peuvent soudain exploser. Là, le Cancer se détruit plutôt que de détruire ce qui l’a blessé. Il se fait du mal à lui-même, comme s’il se punissait d’être aussi vulnérable. De fait, c’est sa seule véritable faiblesse : la demande affective qu’il mêle à tout.
Son travail y gagne par une extraordinaire puissance et y perd par une émotivité qui, parfois, peut noyer l’énergie.
Les métiers du Cancer
Principalement artistiques :
- Écrivain ou scénariste (la communication par écrit).
- Peintre, dessinateur, illustrateur, maquettiste, etc. (communication par l’image).
- Architecte (maison, foyer).
- Créateur dans la joaillerie, les parfums, la musique, la photographie : tous les métiers qui le mettent en relation avec les gens.
- Metteur en scène, réalisateur (changements d’images).
- Comédien.
Dans le commerce :
Tous les métiers qui ne le mettent pas en contact direct avec l’argent. La réalité économique et financière ne l’intéresse qu’au deuxième ou au troisième degré. Ce qui compte pour lui, c’est plutôt l’enrichissement intellectuel, psychologique, moral ; c’est l’apprentissage plus que le gain.
Dans l’entreprise :
Les responsabilités d’ordre relationnel et psychologique : la négociation, la promotion, la diffusion, la manipulation, l’action indirecte. Tout ce qui, dans la communication, doit se faire seul.
Le Cancer et l’argent
Il suffit de regarder le crabe voler une miette de pain pour comprendre le comportement du Cancer face à l’argent : comme il en a peur, il réduit ses exigences. C’est typiquement le signe qui se limite à ce qu’il a, sans en souffrir et sans pour cela sacrifier à ses désirs esthétiques. Il sait merveilleusement se débrouiller avec trois sous et peut, au contraire, se sentir anxieux devant un héritage inopiné que faire de l’argent ? Comme il n’est guère démonstratif, il ne saura pas, comme le Lion ou le Sagittaire, offrir de somptueux cadeaux ; alors, il cherchera à placer ses sous pour ne pas les perdre. C’est rarement un bon gestionnaire, et comme il tient absolument à son individualité, il s’occupe, lui- même, de ses placements, ce qui entraîne toutes sortes d’ennuis. Ses biens ne fructifient guère : il faut s’estimer heureux qu’il ne perde pas tout dans des spéculations originales, ce qui est souvent le lot des Cancériens (certaines valeurs boursières lui plaisent parce qu’elles évoquent pour lui des pays exotiques ou des noms pleins de poésie !).
Ne laissez pas un Cancérien aux prises avec des sommes d’argent importantes : s’il n’est pas homme d’affaires – ils sont rares mais ils existent et présentent généralement des qualités exceptionnelles en ce qui concerne l’investissement et la gestion de patrimoine – s’il n’est pas homme d’affaires, disais-je, il est forcément un peu poète. Il fait tomber des billets de ses poches sans s’en rendre compte ou dépense ses revenus à des babioles, bricoles, petits pots, boîtes diverses et confettis. Sa vieille âme de Pierrot lunaire réapparaît devant le moindre cotillon, la plus petite enluminure de fête, car il aime l’idée de la fête, surtout quand il est tout seul.
Attention, enfin, à la poudre d’or : les dames et les sieurs du Cancer sont fascinés par ce matériau précieux qui leur rappelle les contes de fées !
L’apparence, l’aspect physique, la présentation
Ce Cancer, étant très sensible à la beauté, des êtres d’abord, des choses ensuite, est particulièrement porté à aimer les beaux tissus, les beaux matériaux, les belles coupes, le classicisme et la tradition dans la vêture, en somme. Mais, comme je l’ai souligné plusieurs fois, il ne s’aime pas.
C’est pourquoi il ne s’estimera pas digne de porter de beaux vêtements. On croit qu’il garde dans son placard ses belles robes ou ses beaux costumes pour les économiser, en réalité, c’est parce qu’il aurait l’impression de les dégrader en les portant, d’en abîmer la beauté, d’en dévaloriser, par la « laideur » de son corps, la qualité. Mais il les acquiert pour la fascination esthétique qu’ils exercent sur lui. Aussi, se présente-t-il souvent comme quelqu’un de « couvert » (il est aussi très frileux) pour se cacher et non pour se mettre en valeur. Il s’emmitoufle, il se camoufle (comme le crabe qui adopte la couleur des rochers où il a élu domicile), il se recouvre plutôt qu’il ne s’habille. Souvent, il donne l’impression d’être déguisé, non par goût profond de l’apparence insolite mais parce qu’il ne se rend pas compte de l’image qu’il donne : il choisit un vêtement d’abord pour ses qualités de protection qu’il présente contre son entourage. Il a tellement à protéger, notre Cancer !
Son intimité, ses secrets, son corps. Des regards d’autrui, mais aussi de sa perspicacité, de ses intuitions, de ses possibilités de découvrir un aspect tenu caché de sa personnalité, et même, et même… de l’approche physique d’autrui. De son toucher. Le Cancer est sauvage.
Il ne se laisse pas manipuler par n’importe qui. Il n’aime pas beaucoup les coiffeurs, les « soigneurs » divers (masseurs, esthéticiens, manucures, etc.) et les évite complètement s’il le peut : c’est pourquoi, les femmes du Cancer se font souvent elles-mêmes leurs coiffures ou leurs « décoiffures » ! En revanche, il aime, lui, toucher (les animaux, les plantes, ou les êtres qu’il choisit). Tout cela donne deux catégories de types qui présentent soit une apparence monacale (la plus discrète et la plus sobre possible, par désir actif et conscient de ne pas être remarqué physiquement) soit une apparence singulière où l’individualisme, l’anti-conformisme de sa personnalité transparaît sans qu’il en ait vraiment conscience. Il porte alors une chemise de bure avec un foulard de soie, simplement parce qu’il est attiré par ces deux matériaux, ou une veste de grosse laine sur un corsage en paillettes ; en somme il suit purement et simplement ses goûts instinctifs, sa subjectivité absolue qui crée des rapports tout à fait personnels entre les couleurs, les formes, la consistance des vêtements.
Il choisit alors son habillement comme une oeuvre d’art, détachée de lui-même. Il ne se voit pas, il voit l’objet.
Qu’il soit mince ou plus enveloppé, il se reconnaît donc à l’une ou l’autre de ces caractéristiques. Parfois, il combine les deux : sobre et excessivement modeste dans sa tenue, il sera original dans sa coiffure ou son maquillage (pour les couleurs, par exemple).
En société, notre crabe est d’une discrétion maladive. Son maintien distant, par timidité, son comportement farouche et excessivement réservé, pudique, le font paraître froid, parfois dur (aucune concession, rappelez-vous, aux échanges de pure forme), voire indifférent.
Mais n’est-ce pas lui qui a raison ? Comme le disait une jeune femme écrivain du Cancer « Je n’ai de temps que pour ceux que j’aime : c’est ce que je peux leur donner de plus rare. »
Le Cancer et sa santé
Voilà un sujet qu’il faut aborder avec précaution : le Cancer est un être maladif mais jamais vraiment malade. Il souffre de maux divers et diffus : migraines, spasmes, douleurs dans le dos, dans les jambes, dans le ventre, que les médecins qualifient généralement de nerveux. On pourrait croire que, parce que c’est nerveux, ce n’est pas grave. En fait, c’est une donnée importante de la personnalité Cancérienne.
Voici pourquoi : le Cancer étant extrêmement renfermé, réservé, secret, tous ses chocs émotionnels, la moindre tension dans une situation à laquelle- il ne peut échapper, la moindre contrariété, les soucis de tous les jours se répercutent à l’intérieur de lui-même : il prend tout le temps sur lui pour ne pas extérioriser sa mauvaise humeur, ou son inquiétude, ou sa peur (il n’extériorise d’ailleurs pas non plus son bonheur, sa confiance, son amour).
Ces émotions, qui existent donc très fort, vont se diriger non pas vers le dehors, comme chez un Scorpion ou un Bélier, mais vers le dedans. Les nerfs et le système nerveux sont par conséquent particulièrement exposés. Toutes les maladies qualifiées de « psychosomatiques » prennent en Cancer une valeur plus grande : les ulcères à l’estomac y sont fréquents (le Cancer est relié au ventre, en général), les petites maladies de l’intestin se trouvent chez presque tous les Cancériens, les spasmes abdominaux, la vésicule biliaire que l’angoisse Cancérienne ravage ! Comme ces natifs sont impressionnables, ces petits maux les affolent littéralement, ce qui ne fait qu’augmenter leurs problèmes nerveux. Les maux de tête (par faiblesse hépatique, souvent) viennent ajouter à ce tableau-type une coloration plus féminine ; en effet, les femmes du Cancer en souffrent davantage que les hommes.
Il faut connaître ses points faibles : tout ce qui est lié à la fonction digestive est fragile chez le Cancer. A l’étranger, en voyage, il sera le premier à avoir une indigestion si un aliment n’était pas parfait, le premier à avoir « mal au cœur », le premier aussi à abriter amibes et autres parasites. Donc, on ne saurait trop recommander la prudence en matière alimentaire. Attention, aussi, aux fruits et aux plantes inconnus ; une jeune dame de mes relations, née sous le signe du Cancer, s’est un jour retrouvée sous perfusion dans une île lointaine et sans grand secours médical pour avoir absorbé des « petites pommes délicieuses », en l’occurrence bourrées de poison.
Quand on dit Cancer, on pense toujours aussi à la maladie. Qu’en est-il de cette assimilation ? Voici un passage intéressant relevé dans un article de Pierre Desprauges sur ce sujet. « Si vous avez conservé votre vieux Gaffiot et si vous l’ouvrez au mot « Cancer« , vous lirez : Cancer, cancri (m) : cancre, crabe, écrevisse. […] Qui a eu, le premier, l’idée de cette comparaison entre une maladie redoutable – et jusqu’alors sans nom – et cet animal peu amène ? Est-ce Hippocrate lui-même ou ses disciples ? […] Toujours est-il que cette image maudite du crabe a traversé les siècles et y a fait autant de ravages dans les esprits que le mal lui-même dans les corps. Le grand chirurgien français du XVIe siècle, Ambroise Paré, traduit assez bien les connotations imaginaires qui lui font écho, de son temps : « Cet animal, quand il est attaché de ses pieds contre quelque chose, adhère à elle si fort qu’à peine on le peut arracher, principalement de ses deux pieds de devant, qui sont en manière de tenailles et pincettes : ainsi en est-il de cette tumeur. »
Le rapport entre la maladie et l’animal s’est donc fait sur la nature tenace, obstinée, têtue de ce crustacé. Voilà qui est apaisant pour l’esprit. En fait, le Cancérien subit moins qu’un autre de vraies maladies parce qu’il est obligé de se surveiller tout le temps ; ne pouvant jamais dépasser ses limites énergétiques et nerveuses, il sait faire reposer sa mécanique. Pour cette raison, on le dit paresseux. Mais si un Bélier ou un Scorpion se comportaient comme lui, avec cette sagesse, que d’ennuis graves ils éviteraient !
Pour conclure, donc, sur la santé du Cancer, il faut retenir que :
- il n’a pas une constitution de base très solide ;
- il est particulièrement vulnérable nerveusement (Proust est un exemple bien connu, mais Kafka, Cocteau, Modigliani sont également représentatifs de cette nature) ;
- tout ce qui concerne la fonction alimentaire doit être surveillé : attention à la boulimie comme aux crises d’anorexie (très fréquentes dans ce signe, contrairement à. ce que l’on pourrait croire) ;
- pour les femmes, les seins sont plus fragiles que chez un autre signe ;
- enfin, les crises d’angoisse qui se manifestent soit par un sentiment d’étouffement, soit par de l’asthme, soit par de la tachycardie, doivent être prises en considération : c’est souvent parce qu’il a l’impression – sans pouvoir l’exprimer – qu’on ne s’occupe plus de lui, ou qu’on ne l’aime plus, ou qu’on l’exclut, que le Cancer « perd les pédales ».
Les astromariages de l’Homme Cancer
Homme Cancer et femme Bélier
Marier l’eau et le feu, c’est toujours risqué… Pourtant, le Cancer est fasciné par cette chaleur solaire, ce rayonnement, cette gaieté. Bondissant des quatre sabots, notre alerte chevrette va le tirer, ce pauvre crabe, hors de sa carapace. Avec elle, il osera enfin aborder des rivages où il hésitait jusque-là à risquer la pince. L’audace de la femme Bélier lui devient indispensable. Et elle-même, qui ne brille pas par la persévérance, a besoin de la stabilité du Cancer. Fin psychologue, calme, il devine derrière l’agressivité de cette biquette batailleuse, toute une féminité fragile qui ne demande qu’à se soumettre. Mais attention aux coups de cornes : le Cancer déteste qu’on perturbe les eaux de sa mare intérieure. Un peu de cinéma, il veut bien, pour le distraire de sa morosité. Mais si cela tourne à la vraie bagarre, aux cris, il s’enfuira car il a les scènes de ménage en horreur.
Homme Cancer et femme Taureau
Comment le Cancer ne serait-il pas séduit par la féminité accueillante de la femme Taureau ? Il se cherchait une mère : la voilà !
Sentimentaux et tendres, rêveurs, artistes, aimant leur foyer, leur maison et leurs enfants, ils sont tous les deux sous la maîtrise de la Lune et pourraient faire un couple heureux et calme.
Pourtant le Cancer, avec ses airs tout doux, peut être, sans en avoir l’air, assez tyrannique et autoritaire. Il risque de trouver que sa Taureau manque de souplesse. Quant à elle, il se peut qu’elle se lasse un jour de la passivité de son crabe. Elle souhaiterait quelqu’un de plus dynamique, un Sagittaire, par exemple.
Homme Cancer et femme Gémeaux
Ce feu follet toujours en mouvement, cet être léger qui réagit à la moindre brise, ce vif-argent étincelant, fait un tel contraste avec le pauvre Cancer, si lourd dans sa cuirasse !
Tandis qu’elle virevolte sous ses pinces, il en a le tournis ; il veut essayer de l’attraper, mais elle lui file comme un courant d’air entre les antennes ! Il croyait la saisir : pffft ! elle a disparu, puis réapparaît, mutine et taquine, pour se moquer de lui. Rien de plus excitant.
S’ils se marient, cependant, elle risque de perdre la partie : le jour où le tourteau l’aura coincée avec ses grosses pinces et ses principes conservateurs, la pauvrette s’étiolera. La fantaisie et l’indépendance lui sont aussi indispensables que l’air pur. Elle risque la grande déprime, devant ce mur d’immobilisme. Peut-on marier la brise du matin et le crustacé fossile ? C’est risqué.
Homme Cancer et femme Cancer
Alors là, non. Non et re-non !
Les Jupitériens font mauvais ménage ensemble : tout le monde veut commander tout le temps et partout, et c’est la bagarre. D’ailleurs, en général, ils ne s’attirent même pas. Et si vous rencontrez un jour un ménage Cancer + Cancer qui vous affirme vivre la pleine lune de miel suave depuis vingt ans, soyez assuré que l’un des deux est un faux Cancer : c’est-à-dire un Cancer qui n’a que le Soleil en Cancer dans son thème, toutes les autres planètes et angles du ciel étant dans un signe différent (on sait que le signe solaire n’est pas toujours dominant).
Homme Cancer et femme Lion
On en rencontre beaucoup, sous le soleil… probablement pour justifier la loi qui veut que les contraires s’attirent : le jour ne pense qu’à la nuit, le Soleil à la Lune, la lumière à l’ombre. La formule donne le plus souvent de semi-bons ménages, pas assez mauvais pour divorcer (l’homme Cancer y répugne d’ailleurs), et pas assez bons pour être vraiment réussis.
La superbe Lionne éclatante et sûre d’elle-même attire le timide crustacé, lui qui cherche toujours à s’abriter sous l’autorité maternelle d’une forte femme. Il espère qu’elle lui fera un écran contre les duretés de la vie, mais le calcul n’est pas très bon.
La femme Lion (je parle d’une vraie Lionne à part entière) s’extériorise entièrement dans de multiples activités professionnelles ou sociales, ou l’éducation de ses enfants ; c’est une femme pratique avant tout, et une femme d’affaires. Elle n’a que faire des rêvasseries brumeuses du Cancer.
Elle essaiera de le manoeuvrer, comme elle le fait avec tous les autres hommes : hélas, elle s’illusionne beaucoup sur la douceur apparente de son crabe préféré ! Il a le génie de la résistance passive, de la fuite et du secret. A cent lieues d’imaginer cet univers de brumes infinies qu’il porte en lui, la Lionne fait tout en pleine lumière et avec autorité : elle expliquera au Cancer qu’il a tort, et qu’elle a raison. Il se culpabilisera et s’enfoncera un peu plus dans sa passivité, laquelle agace tant la Lionne. La superbe bête rugira et bousculera son pauvre crabe. Là, elle risquera de tomber sur un os – sur une pince, pardon ! – le Cancer peut réagir violemment, et c’est peut-être la seule femme du Zodiaque avec laquelle il soit capable d’être brutal. S’il s’agit d’une Lionne douce, il réagira par la fuite discrète, déguisée en voyages d’affaires !
Même une très gentille Lionne et un super-brave Cancer auront de grandes difficultés à s’harmoniser. Certains y arrivent… ou presque. Mais le Cancer aurait mieux fait de chercher une Verseau ou une Scorpionne !
Homme Cancer et femme Vierge
La Vierge calcule son coup. Elle agit méthodiquement, avec persévérance, en présentant d’elle-même une image de marque raisonnable et ordonnée qui rassure l’éternel masculin. C’est ainsi qu’elle « hameçonne » le Cancer, qui mord et l’épouse, persuadé d’avoir pincé la perle du foyer.
Puis, puis… on s’aperçoit que la Vierge est terriblement possessive, et jalouse. Elle a cru épouser, la pauvre, un bon père tranquille, mais le Cancer ne supporte pas qu’on essaye de le ranger, soigneusement ficelé, dans un casier avec une étiquette : « Père de famille extra-dry ». Il commencera à rêver d’évasion. La Vierge n’a pas mesuré les abîmes insondables du Cancer. Il a besoin d’aventures, rêvées ou vécues, et la Vierge trop sage, trop raisonnable, l’ennuie à périr. Il s’évadera discrètement chaque fois qu’elle aura le dos tourné. Elle finira par s’en douter, et ruminera sa jalousie. Pauvre Vierge, toujours attirée par le mystère des signes d’eau, et si désarmée en face d’eux : Cancer, Scorpion et Poissons lui échappent, en partie du moins, et elle ne comprend pas pourquoi !
Homme Cancer et femme Balance
Un pas en avant et deux en arrière : c’est la femme Balance, comme le mot l’indique bien. Sous la double influence contradictoire de Vénus et de Saturne, elle séduit le Cancer, qui apprécie les femmes très féminines. Puis, au moment où il croit l’affaire conclue, elle se dérobe. Le Cancer mord au jeu, se passionne pour ce jeu de cache-Balance, et fait même, contrairement à son habitude, un grand pas en avant pour la saisir. Les natives du signe sont de douces indépendantes : elles font marcher le Cancer, se laissent même épouser, mais s’arrangent pour préserver leur indépendance avec beaucoup d’esprit et d’efficacité tranquille.
Peut-être même sont-elles les seules à pouvoir s’assurer la fidélité du Cancer. Beaucoup de points communs les rapprochent : l’amour d’une vie familiale paisible, l’amour des arts, des enfants… Ce sont deux êtres sensibles et fins qui s’accordent assez bien.
Homme Cancer et femme Scorpion
Mille et une nuits ne leur suffiront pas pour se raconter leur vie, leurs émotions et leurs rêves. A des kilomètres en dessous du niveau des océans, ils sont seuls au monde dans l’obscurité des grands fonds. Ils pénètrent dans les canyons sous-marins dont les parois tapissées de gorgones abritent d’insondables mystères ; de temps en temps, ils frôlent les tentacules d’une gigantesque pieuvre, dernière survivante des grands monstres du paléozoïque… Dans les forêts de coraux géants, la Scorpionne se fraye un chemin, tenant le Cancer par une pince, à deux pas derrière (il n’est pas aussi audacieux qu’elle). Ils débouchent sur d’immenses savanes sous-marines, les fameux herbiers de posidonies qui s’étendent à perte de vue sous l’Océan Indien…
Dans le silence des abîmes océaniques, le moindre battement de cœur s’entend. Et aucun sentiment de l’un n’échappe à la perception de l’autre ; même séparés par des continents, ils sentent la même chose, à la même minute, et le, disent avec les mêmes mots. Ils se possèdent réciproquement au point que leurs âmes se touchent. Jalousement possessifs tous les deux, ils s’enferment dans un univers de passion et de tendresse. Mais, peu à peu, la Scorpionne trouvera que ce huis-clos sent le renfermé. Elle a besoin d’air, de mouvement, d’espaces illimités.
Le Cancer, douillettement installé, niché dans cette étroite intimité étouffante, est très content. Il n’a aucune envie d’ouvrir les fenêtres.
Et puis la Scorpionne, un beau jour, en aura assez de le tirer, de le secouer, d’être toujours celle qui paye de sa personne, qui prend tous les risques et toutes les initiatives. Le Cancer, lui, se contente de recevoir. C’est un ventre glouton, passif, massif, aussi lourd à remuer qu’un éléphant. Il ne lève pas le petit doigt pour bouger. Réactionnaire attaché au passé, il ne comprend pas l’intuition prophétique de la Scorpionne. Finalement, excédée, elle l’abandonnera à son coin de rocher, auquel il est obstinément fixé, et partira vers le grand large. Il la regrettera toute sa vie… et recommencera les mêmes bêtises avec la suivante.
Homme Cancer et femme Sagittaire
Très peu conseillé. D’habitude, ils ne s’apprécient guère et ne se recherchent pas. Il est assez rare de les trouver en couple.
Comme je l’ai déjà dit plus haut, les Jupitériens font mauvais ménage entre eux et, de plus, la formule Eau + Feu est toujours difficile (voir les malheurs du couple homme Cancer – femme Lion !).
Belle Sagittaire, grande chasseresse devant l’Eternel, allez lancer vos flèches ailleurs ! Homme Cancer et femme Capricorne
Ceux-là, chers amis lecteurs, mériteraient qu’on leur consacre cinq cents pages à eux tous seuls…
La femme Capricorne est fascinée par les signes d’eau qui extériorisent leur tendresse, ce qu’elle fait elle-même très difficilement ou pas du tout. Cancer et Capricorne sont sur le même axe zodiacal : ils ont ensemble le goût du passé, le goût du pouvoir, l’ambition, un grand sérieux.
C’est l’énergie de la femme Capricorne qui séduit le Cancer. Elle traite ses soupirants avec beaucoup de hauteur, une distance qui les impressionne et la valorise. La distance est propice aux rêves : voilà notre crustacé de vase amoureux d’une étoile. Cependant, •dans la vie quotidienne, il sera blessé par les humeurs capricantes de cette très haute et puissante dame de ses pensées. Agressive, assez froide, elle n’a pas toujours le génie d’être douce et maternelle, comme le rêvait le crabe (qui pensait la désarmer). La Capricorne, femme consciencieuse, pas tendre mais cependant passionnée, est capable d’investir toutes ses forces, son temps, son énergie, dans la survie de ce couple : parfois, elle gagne brillamment la partie, et voilà un ménage excellent… même si le Cancer est quelque peu tenté par de mini-fuites en douce !
Homme Cancer et femme Verseau
Oui, sans hésiter !
Le Cancer accorde plus de prix à l’amitié qu’à l’amour : et bien, voilà une amie pour lui ! Le Verseau est le signe même de l’amitié !
Ils aiment tous les deux la vie en société, l’évasion, l’art, la lecture, parfois le luxe, la lecture, les rêves… La Verseau saturnienne est bourgeoise, et la Verseau Uranienne bohème : l’une comme l’autre plaisent au Cancer parce qu’elles gardent un côté léger, aérien : la Verseau bourgeoise n’est jamais pesante, c’est une femme qui sait s’adapter. Quant à la Verseau artiste, elle répond au besoin de fantaisie du Cancer.
Elle n’est pas trop possessive, elle ne fait pas constamment des scènes de jalousie, elle est plus amie qu’amoureuse : tout ce qu’elle demande, c’est qu’on lui laisse une relative indépendance. Le Cancer, fin psychologue dans ce cas, le comprend assez vite, pourvu qu’il trouve ses pantoufles chaudes en rentrant. La dame Verseau, fine mouche, a compris elle aussi ; elle dit : « Oui, oui, mon chéri », et n’en fait qu’à sa fantaisie. Elle a senti qu’en s’abritant derrière la douceur et une apparente soumission, on peut très bien contourner le Cancer. Il n’est pas vraiment dupe, mais du moment qu’il a la paix et qu’on est gentil avec lui…
Homme Cancer et femme Poissons
Il aime les garces. Je trouve cela un peu triste, mais c’est ainsi… Avec Madame Poissons il ne souffrira pas assez, et finira frustré. Elle le pêche tout d’abord dans ses filets, cette sirène, parce qu’elle sait écouter, pleurer avec lui sur ses malheurs (à lui) pendant des heures au clair de lune ; elle le devine à demi-mot. Ils sont tous les deux doués de grands pouvoirs médiumniques.
Mais elle le couve trop. Comme la Vierge, elle le dorlote, le pouponne, le cajole ; au début, il est ravi. Ensuite, il devient évident qu’elle ne l’aide guère à sortir de lui-même, à mûrir. Très possessive, elle a tendance à l’étouffer sous sa tendresse abusive. Elle l’étrangle avec ses filets trop serrés… Et le crabe se débat pour en sortir.
Attention, petite sirène… La Vierge avait un balai de bonne ménagère, d’autres ont des balais de sorcière, et c’est justement ce qui tente le crabe : il vous échappera pour aller se jeter tout cru dans le chaudron d’une Mélusine !
A qui marier la Femme Cancer ?
Femme Cancer et homme Bélier
Quatre sabots et dix paires de pattes, c’est tout de même trop pour un véhicule, même amphibie. L’ennui est que certaines pattes ont toujours tendance à vouloir marcher en biais…
On connaît quelques couples qui ont tenu le coup, mais si peu… Peut-être un Bélier ascendant Taureau et une Cancer ascendant Balance ? Cette dernière est plus particulièrement vulnérable aux charmes du brillant Bélier.
Les inconvénients sont ici ceux, classiques, de la combinaison Eau + Feu : l’homme des signes de feu ne comprend pas les zones d’ombre de la femme des signes d’eau. La combinaison inverse (femme Bélier – homme Cancer) marche mieux que celle-ci.
L’homme Bélier est charmant, mais autoritaire et impulsif. Il exige trop de soumission de la femme Cancer. Celle-ci se rebiffe : c’est une personne très autonome, qui aime assez commander, et ne se laisse pas marcher sur les pinces. Si c’est elle qui tient le gouvernail, elle essaiera d’enfermer le Bélier dans un univers bien clos et bien douillet, pour mieux• se le garder. Et le Bélier n’aura qu’un rêve s’échapper tous azimuts. Si, au contraire, croyant bien faire, elle se soumet totalement au Bélier pour lui faire plaisir, cela n’ira pas non plus : il ne la sécurise guère, parce qu’il ne comprend pas sa nature sentimentale. Parfois même, il devient sadique, et elle s’enfonce alors dans un masochisme dépressif.
Il faut vraiment que les ascendants de l’une et de l’autre soient semblables ou complémentaires, et les planètes réciproquement bien aspectées, pour que la combinaison ait quelque chance de durer.
Femme Cancer et homme Taureau
En principe, c’est bon : Lune + Lune + Vénus + Jupiter, c’est positif. Ils feront un couple heureux et pacifique.
L’homme Taureau, toujours intéressé par les questions de travail, encouragera sa femme Cancer à poursuivre une carrière professionnelle, où elle pourra employer à fond son énergie et son goût de l’autorité. Elle rentrera toute douce à la maison, avec un salaire intéressant qui contribuera à leur faire une vie agréable.
Les écueils de cette combinaison ? L’insatiable fringale sexuelle du Taureau à laquelle, surtout dans la jeunesse, dame Cancer ne répond qu’à moitié, car elle est souvent plus sentimentale que sensuelle.
L’entêtement de chacun : le Taureau obstiné, voire buté, ne renonce jamais. La Cancer, forte en pinces, non plus. Que se passe-t-il lorsqu’un boulet irrésistible heurte un mur infranchissable ? Je leur souhaite de ne pas en arriver là. Que notre Cancer, plus souple, contourne en finesse son bovidé massif…
On peut aussi se poser des questions sur les motivations matrimoniales du Taureau : il aime l’argent. A-t-il épousé cette Cancer pour ses charmes aquatiques ? Ou pour sa fortune familiale ? Et dans ce cas, avait-il quelque attachement inoubliable qu’il a poursuivi après son mariage ? Le talon d’Achille des Taureaux, c’est l’argent, et c’est aussi leur incapacité d’oublier.
Femme Cancer et homme Gémeaux
On peut se marier pour mille raisons qui n’ont rien à voir avec l’entente profonde et la compatibilité d’humeur. C’est ce qui arrive ici. Une Cancer ascendant Sagittaire peut être attirée par un homme Gémeaux, mais ce n’est pas à conseiller en général.
Certes, le Gémeaux séduit tout le monde par son humour, son habileté, son optimisme et ses brillantes relations. Mais les pinces d’une dame Cancer ne sont pas assez longues pour coincer cet éternel courant d’air qui ne cesse de jouer à cache-cache avec lui-même (et avec tout le monde).
De son côté, il ne peut comprendre à quel point sa Cancer a besoin de stabilité et de tendresse… à moins d’être Gémeaux – Poissons (mais dans ce cas, encore plus insaisissable), ou Gémeaux – Cancer (et là encore, peu d’espoir de bonne entente : voir la double combinaison Cancer + Cancer page 110).
Femme Cancer et homme Cancer
Le Cancer au carré ? pas bon du tout. Alors là, non. Non et re-non !
Les Jupitériens font mauvais ménage ensemble : tout le monde veut commander tout le temps et partout, et c’est la bagarre. D’ailleurs, en général, ils ne s’attirent même pas. Et si vous rencontrez un jour un ménage Cancer + Cancer qui vous affirme vivre la pleine lune de miel suave depuis vingt ans, soyez assuré que l’un des deux est un faux Cancer : c’est-à-dire un Cancer qui n’a que le Soleil en Cancer dans son thème, toutes les autres planètes et angles du ciel étant dans un signe différent (on sait que le signe solaire n’est pas toujours dominant).
Femme Cancer et homme Lion
J’ai déjà parlé de la formule inverse (page 110) en termes peu encourageants.
Ici, c’est l’échec quasiment garanti. A moins que le Lion ne soit par exemple ascendant Vierge, et elle ascendant Gémeaux. Ou encore un Lion–Poissons avec une Cancer–Bélier. Mais toutes ces formules boitent des cornes ou des nageoires…
Le vrai Lion, Lion des savanes, roi de la forêt, n’a que faire du petit crabe accroché aux poils de sa crinière. Il est extraverti et joue sa vie en pleine lumière, comme un grand acteur qu’il est, le Lion superstar ! Elle, au contraire, aime l’ombre humide, la discrétion, la tendresse infinie. Il ramène tout à son ego assez voyant, et cela, une Jupitérienne ne saurait le tolérer.
Il méprise souverainement les intuitions, les rêves, les pressentiments de sa compagne ; il ignore les abîmes sous-marins qu’elle habite. La femme Cancer et l’homme Lion, c’est la petite sirène d’Andersen amoureuse du Prince charmant : ils ne vivent pas dans le même univers, et si elle veut le suivre, c’est au prix d’une douloureuse mutilation d’elle-même.
Est-ce que cela en vaut la peine ?
Femme Cancer et homme Vierge
Le bon jeune homme Vierge est une proie facile pour la femme Cancer. Maternelle et tendre, elle le défend avec une énergie qu’il admire : elle le protège et le réchauffe. Ils ont bien des goûts communs : fins, sensibles, pacifiques, ils aiment les enfants, la famille. Ils bien des goûts communs : fins, sensibles, pacifiques, ils aiment les enfants, la famille. Ils sont extrêmement consciencieux dans tout ce qu’ils font : ce sont des gens sur qui on peut compter, car ils respectent leurs engagements. Ce sont aussi des gens lents, qui ont le temps avec eux…
…Mais ici, le temps jouera contre leur couple. Un jour – assez tard, peut-être -, le bon petit garçon deviendra un homme, un vrai ! Et ce jour-là, il en aura assez de se faire materner par la bonne Cancer. Il fera sur elle la crise d’opposition qu’un adolescent fait normalement sur ses parents. Et ce sera dur pour la pauvre écrevisse. Elle-même, d’ailleurs, peut se lasser avant lui de jouer à la maman et au bébé avec son jeune mari. Passe un pirate à l’horizon, et voilà ma Cancer embarquée pour toujours.
Femme Cancer et homme Balance
Sous la double maîtrise de Vénus et de Saturne, on rencontre deux types d’hommes Balance : le très vénusien, très charmant et très sensuel, grand amoureux, qui ne résiste pas à l’appel du moindre jupon. Et le très saturnien, homme plutôt austère et réservé, très peu porté sur les plaisirs de Vénus.
L’un comme l’autre sont de doux misogynes, émettant volontiers, dans les salons, des propos peu amènes sur les femmes en général, ce qui ne les empêche pas d’être assez bons princes dans la vie privée avec leur épouse. La femme Cancer se moque éperdument de leur misogynie. Du moment qu’on est tendre et gentil…
Le succès de ce couple dépend beaucoup de son entente physique. L’homme Balance à fidélités multiples provoquera sans nul doute la jalousie féroce de son écrevisse. Mais l’homme Balance saturnien ne lui offrira guère les « joies de l’oreiller partagé », comme disent les Chinois. Au début, cela ne lui manquera peut-être pas beaucoup, tout occupée qu’elle sera par les enfants et la maison. Mais à la longue, le problème risque d’être plus aigu.
Femme Cancer et homme Scorpion
A la première bulle, ils se jetteront dans les pinces l’un de l’autre : comme ils ont tous les deux le fameux sonar des signes d’eau, ils se parlent en crustacé, c’est merveilleux !
La femme Cancer, romantique et passionnée, est fascinée par le Scorpion. Elle se donne à lui totalement, et même se soumet à lui, ce qui est rare chez elle.
Si c’est un Scorpion bon prince, un Scorpion–Vierge par exemple, cela peut aller. Sinon, la pauvre écrevisse est bien mal protégée par sa carapace : le Scorpion la pique au défaut de la cuirasse, il sait toujours où ! Et le venin, se répandant dans la chair tendre, la paralyse complètement. Passive, sans défense, elle ne peut qu’exciter le sadisme du Scorpion.
Complètement transformée en « Crabmeat surgelé », elle se laisse consommer par ce requin des mers sans avoir les moyens de se faire respecter.
Pour échapper à ce forban, il lui faudrait beaucoup d’énergie martienne dans son thème, beaucoup de feu, beaucoup d’air aussi, sur lequel le Scorpion a peu de prise. Sinon, sa carapace rose portera toute la vie d’ineffaçables cicatrices.
Femme Cancer et homme Sagittaire
Absolument déconseillé.
Ce serait condamner notre pauvre écrevisse à une jalousie chronique : tout le monde sait que le cavalier Sagittaire est fidèle en gros… mais pour le détail, mieux vaut ne pas y regarder de près.
Il vit dans l’instant immédiat, et la femme Cancer dans le temps étalé sur des siècles. Il oublie l’instant d’après, tandis qu’elle n’oublie jamais rien. Elle est consciencieuse, obsédée de perfection, anxieuse de bien faire : lui, navigue avec le plus grand bonheur dans l’à- peu-près rapide. Il a les qualités de ses défauts : il n’est pas mesquin. Mais les histoires, les scènes, les pleurnicheries, les brumes du Cancer l’ennuient.
Et puis, c’est un Jupitérien : donc à ne jamais marier avec une Jupitérienne. Résultat garanti négatif!
Femme Cancer et homme Capricorne
Ils s’attirent toujours, ces deux-là, car ils se ressemblent et se font vis-à-vis sur le même axe : solstice d’été – solstice d’hiver.
La femme Cancer sera-t-elle capable d’arracher le Capricorne à son orgueil de béton ?
Pourra-t-elle le délivrer de sa carapace de glace ? Lui apprendre à devenir humain, à sortir de sa prison intérieure pour se pencher avec tendresse sur les problèmes d’autrui ?
Très difficilement, car elle a presque les mêmes problèmes. Elle aussi est enfermée dans un monde intérieur, et elle aurait besoin d’un homme qui l’aide à s’extérioriser. Le Capricorne n’en fera rien ; au contraire, il la blessera par sa maladresse (il est nul en diplomatie amoureuse) et elle ne fera que se replier davantage sur ses rêves.
Ils se ressemblent par leur susceptibilité, leur orgueil et le goût du pouvoir. Malgré son exquise féminité, la femme Cancer n’est qu’apparemment souple, elle a de grandes difficultés à se donner totalement. Quant au Capricorne, c’est un bloc d’acier massif. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ils s’attirent si souvent : le malentendu est évident. Ce qui ne va pas, c’est qu’ils ont chacun un « ego » envahissant, assorti d’un goût du pouvoir très net, et que personne ne voudra céder. Ils ont tendance à s’enfermer chacun dans sa carapace et sa dignité offensée en refusant tout dialogue. Dans un tel contexte, la seule chance de succès est d’avoir le courage de s’expliquer avec humilité et franchise. Si seulement l’un des deux a ce courage, la partie est gagnée.
Femme Cancer et homme Verseau
Bon vent, bonne brise : l’air frais du Verseau est bénéfique aux petits crabes ! Ces deux-là ont de fortes chances d’être heureux, à condition que le Verseau ne soit ni violent ni trop aventurier. Quant à elle, ses chances sont meilleures encore si elle est Cancer ascendant Lion.
Notre grand vent de février apporte une certaine fantaisie à la trop consciencieuse et traditionnelle Cancer. Il saura s’assurer le dévouement absolu de sa femme, qui ne demande que ça. Dévouement qui, tout de même, peut se changer en un doux esclavage. Mais le Verseau est un irréductible indépendant, que personne n’a jamais réussi à verser dans une boîte fermée : il s’en échappe toujours, conformément au symbolisme du signe !
Il ne s’échappe d’ailleurs qu’à moitié, puisque c’est un signe fixe. Et il est assez content de se trouver un port d’attache dans la stabilité de sa-bonne Cancer, tendre et sérieuse. Elle- même préfère les hommes jeunes : or le Verseau garde toute la vie une allure d’adolescent, qui manifeste la jeunesse éternelle de ses rêves. Le Verseau, tourné vers l’avenir, n’est jamais « vieux », et s’accorde bien avec la Cancer tournée plus facilement vers le passé : cette complémentarité du temps les séduit réciproquement. Le Verseau sera l’éternel grand enfant chéri de la maternelle Cancer, il ne sera jamais un vieux monsieur. (Mozart et Jules Verne, gloires des Verseau, ont-ils pris une seule ride ?).
Femme Cancer et homme Poissons
Don Juan ne fera qu’une bouchée de la pauvrette.
Ils parlent, bien sûr, le même langage. Se sentant enfin comprise par un homme, jusque dans les plus profonds replis de sa carapace, elle jette sa réserve par-dessus bord et se livre à lui toutes pinces et pattes liées. C’est le seul homme (avec le Scorpion) pour lequel elle est prête à tout donner.
Las ! Le Poissons est un grand prédateur, contre lequel la pauvre étrille est sans recours et sans protection. Il nage trop vite et trop loin pour elle ; il la trompe tant qu’il peut, se moque de son dévouement de plus en plus maso, et la plante là pour un voyage au long cours. Pleurniche-t-elle ? Lui fait-elle des scènes ? Il la méprise encore plus et n’a cure de ses larmes salées.
Chères sœurs du Cancer, fuyez, fuyez l’abominable Poissons.
Combinaison du signe avec les Ascendants
On rencontre dans la vie toutes sortes de Cancers chez lesquels on a bien du mal à retrouver de prime abord les caractéristiques lunaires du signe.
Si le Cancer type est passif, introverti et statique, un Ascendant Feu, par exemple, peut le rendre extrêmement actif, entreprenant, voire audacieux. Qui aurait pu croire que Jules César était natif du Cancer ? Mais il était Ascendant Sagittaire.
Chez tous, cependant, on relève un attachement exceptionnel à la mère (et la mère- patrie), à la famille. César lui-même, est-ce un hasard ? serait né par « césarienne » : l’enfant, physiquement, ne pouvait sortir de sa mère.
Tous les Cancers ont enfin en commun une très fine intuition, quel que soit l’Ascendant : passionnés de psychologie, réfléchis, capables de sentir à distance, ils sont bien placés pour l’actuel développement des sciences parapsychologiques !
Le Cancer Ascendant Bélier
Il a des problèmes : le Soleil en Cancer est en quadrature avec l’Ascendant ! Le natif est livré tantôt aux irrésistibles impulsions du Bélier, tantôt aux inhibitions du Cancer. Il fonce tête baissée dans une entreprise hasardeuse, puis son enthousiasme faiblit et il laisse tomber avant d’avoir atteint l’objectif. Par contre, il est capable de s’entêter dans une erreur, envers et contre tout. Quand le crabe est en prise, il ne desserre pas facilement ses pinces ! Il devra apprendre à harmoniser l’impulsivité du Bélier et la persévérance cancérienne : ce n’est pas facile.
Dans cette combinaison, le Cancer se trouve en Maison IV, celle qui lui correspond, celle du foyer : le natif sera donc très particulièrement attaché à sa famille, ses enfants, sa maison. Dans le cas de Marcel Proust, Cancer Ascendant Bélier, l’attachement à la mère et au foyer fut tel qu’il ne put jamais s’en défaire pour fonder un foyer à lui.
Mais c’est un cas extrême, et le plus souvent, le Cancer Ascendant Bélier sera assez heureux en ménage : la Balance, signe de chance et de bonheur conjugal, est sur sa Maison VII. Il se trouvera une jolie fille, douce et accommodante, avec laquelle il vivra longtemps. (Voir les astromariages de l’homme Cancer avec la femme Balance.) Autre personnage célèbre dans cette formule : Jean Anouilh, dont les répliques fines et percutantes tiennent à la fois du Bélier et du Cancer.
Le Cancer Ascendant Taureau
Lune + Lune…
Artiste, sensible, rêveur, sensuel, c’est un être exquis dont la famille et les amis apprécient infiniment le talent et le charme, la gentillesse et la fantaisie.
Le Cancer–Taureau vit pour la beauté. Il n’est presque pas de ce monde ! Jean Cocteau était Cancer–Taureau, et André Barbault pense que Proust l’était peut-être aussi (dans le cas d’une erreur d’état civil sur l’heure précise de naissance). La formule inverse (mais voisine), est illustrée par Salvador Dali : Taureau Ascendant Cancer.
Ce sensitif, ce tendre, cet émotif, se défend mal contre la violence et la brutalité du monde ; il tourne facilement contre lui-même son agressivité, faute de pouvoir l’extérioriser. Il est ainsi plus vulnérable qu’un autre à la dépression nerveuse, et son masochisme latent attire les bourreaux, partenaires sadiques qui prennent plaisir à le tourmenter.
Ce n’est pas le Taureau qui aidera le Cancer à sortir de son trou : le Taureau est trop passif, trop stable lui-même. A eux deux, cependant, ils ont une grande persévérance dans le travail, et c’est ainsi qu’arrive un jour la réussite. Cela d’autant plus que la Lune, symbolisant la foule, apporte la notoriété au créateur si elle est bien aspectée.
Le Cancer Ascendant,Gémeaux
Petit Poucet deviendra-t-il un jour une grande personne ? Le Cancer trop attaché à sa mère ne brille jamais par sa précocité, et les Gémeaux feux follets ne sont pas pressés non plus d’entrer dans le monde des adultes.
Au féminin comme au masculin, ils ont souvent une allure ambiguë : ni homme ni femme, mais lutin attendrissant et charmant. Des tendances homosexuelles latentes peuvent se faire jour.
Un roi de France, Charles VIII, était Cancer–Gémeaux : les historiens soulignent son manque de maturité, et je vois les guerres d’Italie comme un rêve de boy-scout avant la lettre ! (Lequel boy-scout, étant roi, avait évidemment des moyens de nuire que les patrouilles de quartier n’ont pas…)
Dans d’autres cas, le Cancer semble masquer le Gémeaux, mais l’immaturité de la combinaison se traduit autrement, par un besoin quasi névrotique de déplacements et de voyages, ou par un attachement hors saison aux traditions de l’adolescence. Je connais un Cancer–Gémeaux qui a l’air d’un monsieur très posé, mais qui n’a qu’un regret dans la vie : avoir dépassé la limite d’âge pour être intégré dans une troupe de boy-scouts. Heureusement, il a des fils…
Imaginatif, souvent créatif, le Cancer–Gémeaux peut être fort agile d’esprit et de mains, il a plus d’un tour dans sa besace. Ainsi Pirandello, brillant homme de théâtre et Muriel Cerf, inoubliable auteur de l’Anti-voyage, qui raconte ses aventures avec la brillante verve du Gémeaux–Cancer.
Cancer Ascendant Cancer
J’en ai trouvé deux, grâce à André Barbault 1, un vrai Cancer, avec non seulement l’Ascendant dans le signe, mais encore la Lune et Mars !
C’est un roi de France encore, Louis XII. Ce n’est pas un hasard s’il fut appelé le « Père du peuple » : le Cancer, bon prince, gouverne avec sensibilité et humanité.
Un autre roi de France naquit sous le double Cancer : Charles IX. Moins heureux, cet éternel petit garçon vécut, selon Barbault, toute sa vie dans un monde imaginaire, sans jamais atteindre la réalité du pouvoir autrement qu’à la chasse.
Cancer Ascendant Lion
Tout dépend de la force du Lion : si celui-ci est puissant dans le thème, vous l’entendrez rugir, et le Cancer sera complètement dévoré. Qu’en restera-t-il ? Un certain charme tendre parfois, un attachement très fort à la mère et à la famille… Mais le Soleil du Lion arrache le Cancer à ses brumes nocturnes, et le pousse vers l’action ouverte. Le natif ne trouve son équilibre que dans une grande activité : il est doué pour les affaires, où il entend bien être patron. La combinaison Cancer + Lion donne fréquemment des gens extrêmement autoritaires, main de fer sous un gant de velours (il y a bien des crabes poilus…). En tout cas, ils sont dévorés d’ambition professionnelle ou sociale.
Le Soleil se trouve ici en Maison XII : le natif a généralement un grave problème avec son père, souvent la perte de celui-ci (mort ou séparation). Il cherche toute sa vie à imiter et à surpasser ce père. Si le Soleil se trouve en Maison XI, au contraire, le père est un ami, et son influence détermine les amitiés et les relations du natif.
Le Cancer Ascendant Lion a aussi la Vierge sur la Maison II : vous ne vous étonnerez pas qu’il ait certaines difficultés à être généreux financièrement. Tout dépend évidemment des planètes qui habitent cette Maison II, mais on peut prévoir qu’il sera généreux avec calcul : il préférera les dépenses qui rehaussent son image de marque, dépenses somptuaires qui améliorent son prestige et son standing. Pour vous faire entretenir par un Cancer–Lion, flattez son goût du luxe et son ambition. Une maîtresse discrète et effacée, en « back- street », n’a aucune chance d’obtenir le moindre sou pour l’aider à vivre. Je connais quelques hommes Cancer–Lion parmi des hommes d’affaires très importants. Citons également, dans un autre domaine, le psychologue René Le Senne, connu pour avoir établi une typologie des caractères, toujours en usage.
Cancer Ascendant Vierge
A priori, deux bêtes assez calmes. On s’étonne d’y trouver des amateurs de sensations fortes : le commandant Charcot, Antoine de Saint-Exupéry. C’est qu’avec l’Ascendant Vierge, le Cancer vient en Milieu-du-Ciel : ainsi s’explique l’amour de la mer chez Charcot, l’amour fou des voyages chez Saint-Exupéry. Mais, comme chaque fois qu’il y a Vierge sous roche, on trouve des écrivains : Georges Duhamel, Gaston Bachelard (L’eau et les rêves, quel joli titre pour un Cancer–Vierge !). Un peintre, aussi : Modigliani.
Cancer et Vierge, en sextile sur la roue du Zodiaque, s’harmonisent assez bien ensemble. La Vierge apporte sa précision au flou artistique du Cancer, et lui apprend à s’organiser avec plus de rigueur. C’est très sensible chez Modigliani, par exemple, dont l’art est marqué d’une évidente sobriété classique : il est très loin des divagations de ses contemporains, et ses portraits dénotent des dons d’analyse psychologique très Virginiens.
Quant à Saint-Exupéry, il n’est pas si étonnant de le trouver à la fois parmi les écrivains et parmi les aviateurs : l’aviation privilégiait, surtout à l’époque des pionniers, les aptitudes pour la mécanique. Il fallait savoir démonter, puis remonter son moteur, flairer le bruit suspect, trouver le boulon vadrouilleur : talent typiquement Vierge, le signe marquant très nettement les thèmes d’aviateurs de l’époque héroïque. Et le « Petit Prince », c’est notre enfant Cancer… Toute l’oeuvre baigne dans sa tendresse aquatique, il habite dans sa planète à lui, qui n’est pas la nôtre, mais serait plutôt cousine germaine de la Lune.
Beaucoup d’animaux traversent le Petit Prince : un mouton immatériel, un petit renard mystique, un vol d’oies sauvages omnibus, un serpent de mort… On sait que la Vierge aime les animaux !
Le Cancer en Milieu-du-Ciel dissipe beaucoup les brouillards nocturnes du signe. Le natif parvient plus facilement à traduire ses rêves dans la réalité et à accoucher de lui-même. La Vierge pratique, signe de Terre, est un signe réalisateur et méthodique : elle tient le Cancer par la main et le contraint à travailler… Mais le Cancer lui apporte un souffle d’inspiration, l’imagination dont manquait cette personne trop raisonnable.
Cancer Ascendant Balance
En voilà un (une) qui trompe son monde !
Que de charme, de douceur, de diplomatie, d’élégance… La Balance hésitante et douce semble affaiblir le Cancer : c’est ce qui se passe parfois, certes. Mais le plus souvent, il n’en est rien (surtout chez les femmes) et j’ai trouvé de fortes personnalités sous cette combinaison astrale. Tel, par exemple, Ernest Hemingway, qu’on ne s’attendrait pas à croiser dans ces parages !
La Balance, c’est Vénus tendre et artiste, certes, mais c’est aussi Saturne, astre dur et masculin, le « grand maléfique », comme l’appelaient les Anciens. En fait, la Balance, comme la Vierge, oblige le Cancer à être plus pratique, à s’ouvrir à autrui, à réaliser ses potentialités. Au départ, cette combinaison apporte une certaine instabilité, puisque l’air et l’eau ne sont pas compatibles. Les tensions se résolvent en activité créatrice, de caractère artistique ou social. Le mariage des deux signes, Cancer féminin et Balance masculine, peut être extrêmement positif si la Balance est bien soutenue dans le thème.
On est toujours surpris de la persévérance du Cancer–Balance. Telle cette petite fille qui me répétait tous les matins : « Tu n’oublies pas de m’apporter une petite machine à coudre pour enfants, dis ? » A la fin, bien sûr, je l’ai apportée : que faire devant une telle insistance, douce (…mais inexorable !), étirée sur des semaines et des semaines ?
Le Cancer–Balance est adroit de ses mains, plus ou moins artiste, et très diplomate.
L’optimisme des Jupitériens du Cancer est soutenu par ce sens de l’équilibre propre à la Balance, qui est un facteur de chance.
Cancer et Balance aiment les enfants et savent instinctivement s’en faire apprécier, organiser des jeux et comprendre leurs problèmes pratiques (la Balance est une personne très bien organisée).
Pour en revenir à Hemingway, en se penchant sur son thème, on voit son Cancer, signe d’eau, en Maison X : pas étonnant qu’il ait aimé la mer ! Il aurait toujours été tenté par un métier en relation avec l’eau et les voyages… Méditez ce merveilleux titre : Le Vieil homme et la mer. (Le Cancer adore les vieilles gens, et la tradition qu’elles portent en elles fascine son goût du passé.) Un autre joli titre : « The Sun Also Rises (Le Soleil se lève aussi)… Oui, il finira par se lever au zénith, milieu du ciel, ce Soleil natal, mais il émerge d’un signe d’eau nocturne, tandis que la Lune, éclatante, est en Lion et en Maison XI (Ça, c’est la « Fiesta » 1 ! Et aussi la gloire !)
Cancer Ascendant Scorpion
Porteur d’un océan de rêves, le Cancer–Scorpion a presque toujours des dons fantastiques de médium. Émotif, anxieux, il pressent et devine ce que les autres ne comprennent pas encore. Trop fin psychologue pour être abusé, on ne peut rien lui cacher, c’en est gênant. Il flaire immédiatement les motivations secrètes de ses interlocuteurs ; il n’agit que téléguidé par son instinct. Aussi les autres gens le trouvent-ils « irrationnel », « illogique », « dingue » dans sa façon de vivre. Mais il ne prend pas la peine de s’en expliquer. Il émane de lui un charme subtil, qui ne tient pas à sa beauté physique (laquelle est irrégulière). Il vous emporte sur sa longueur d’onde, et vous voilà séduit. Si vous n’êtes pas un peu médium vous-même, vous ne le comprendrez jamais.
Les combinaisons sont variables suivant les individus. Si le Scorpion prend le dessus, c’est un homme d’action et un fin politique, tel le roi Louis XI. Le Scorpion aiguise le courage et l’énergie, mais l’être reste bon et accessible à tous ses intimes (comme c’est le cas de Louis XI auquel une récente biographie vient de rendre justice).
Si l’eau du Cancer noie l’agressivité du Scorpion, le natif, pacifique et introverti, extrêmement sensible, limite ses conquêtes à la maîtrise d’un art : Rembrandt, dont les clairs-obscurs reflètent bien l’âme subtile et secrète.
Le Soleil, dans cette association de signes, se trouve souvent placé en Maison VIII, Maison de la mort. Cela indique, sinon une faible longévité, du moins une faible vitalité : le natif se fatigue vite et économise instinctivement sa force vitale.
Cancer Ascendant Sagittaire
Curieuse formule que celle-là : le Sagittaire, malgré, Jupiter, est fait d’un tout autre bois que le Cancer. Tandis que ce dernier est la lenteur même, le Sagittaire est vif comme ses flèches. Il ne rêve que de voyages et conquêtes, alors que le Cancer, casanier et pacifique, préfère régner sous son rocher natal.
Le Sagittaire pourrait « dynamiser » le Cancer, mais il risque aussi de le brutaliser. Le natif est sûrement un royaume divisé en deux personnages étrangers l’un à l’autre. L’action et la conquête lui permettront de surmonter cette dissonance intérieure. C’est peut-être la raison profonde pour laquelle César (Cancer–Sagittaire) s’est cru obligé de conquérir les Gaules… Il voulait voir la mer du Nord !
Ces natifs ont généralement le Milieu-du-Ciel en Lion, ce qui ne les encourage pas à rester passivement chez eux. Ils ont aussi le Scorpion en Maison XII, celle des épreuves, qui leur amène des ennemis acharnés et violents : Tu quoque mi fili, s’écrie César devant son fils adoptif sur le point de l’assassiner. « Toi aussi, mon fils, [tu es au nombre de mes ennemis !]… » Avec l’Ascendant Sagittaire, le Soleil peut se trouver en Maison VII, celle des associations, amenant une vie sociale brillante et la notoriété. Mais les Gémeaux étant sur le Descendant, cela laisse présager une vie éphémère pour ces associations (on pense aux triumvirats), ainsi qu’au moins deux mariages (si l’ensemble du thème se précise).
Je ne sais où Valéry est allé chercher son inspiration lorsqu’il a écrit : « César, calme César »… A mon avis, le Sagittaire–Cancer est un volcan intérieur, bouillant d’impatience d’agir, toujours sur le pied de guerre. Il ne fait pas bon se moquer de lui : ne pas oublier que Cancer + Sagittaire, c’est Jupiter + Jupiter, le roi des dieux, s’il vous plaît ! Ses colères olympiques ne passent pas inaperçues!
Cancer Ascendant Capricorne
Voilà un animal redoutable, le plus opérationnel de tous, le vrai bulldozer à qui nul ne résiste. Tout gentil, tout doux en apparence ; mais les dents longues, longues, longues…
Un exemple, pour vous faire comprendre ce que c’est qu’un Cancer–Capricorne : Giulio Mazzarini, vous connaissez ? dit Mazarin pour les manuels d’histoire. Un petit Italien de rien du tout ; un macaroni de la péninsule, et même pas prince à une époque où tout le monde l’était (ou presque). Il avait comme devise : « Le temps et moi. » Une vraie devise de Capricorne… renforcé encore par le Cancer.
Extraordinairement tenace, jamais abattu, tramant ses intrigues dans l’ombre (on dit même « ourdissant », ce qui est bien plus joli), gravissant étape par étape les degrés du pouvoir, ce modeste italien réussit à devenir cardinal, ministre, confident du roi, amant (?), en tout cas ami de la reine, et finalement le maître de ce pays auquel il était étranger.
Tous les Cancer–Capricorne n’ont pas le génie ascensionnel de Mazarin, mais le mot clé de leur existence est : ambition. Ils veulent leur morceau, et ils l’auront, non pas emporté d’assaut, mais grignoté petit à petit sur la faiblesse et la bêtise de l’adversaire.
L’alliance de Mars et Saturne du Capricorne avec Jupiter du Cancer est une machine de guerre irrésistible (à condition d’avoir un Mercure bien aspecté et valorisé, qui permet de choisir les bons objectifs). Le temps ne compte pas pour ces gens-là, et, à force de s’accrocher, ils survivent à tous les naufrages, surmontent tous les obstacles.
Moi-même, je les déteste parfois… mais je finis à la longue par leur accorder ce qu’ils demandent, pour avoir la paix !
Cependant, ce ne sont pas des révolutionnaires : partisans de l’ordre, de la famille et de la patrie, ils n’ont rien de nihiliste. Ils veulent la puissance pour eux, mais leurs conceptions philosophiques sont extrêmement conservatrices (même s’ils ont l’habileté de ne pas le laisser voir). Ils cachent leurs dents longues et leur faim de pouvoir derrière un sourire bon enfant, des façons paternelles, un optimisme enjoué Oui rassurent ceux qui vont se faire croquer. Vous avez compris : le Loup du Petit Chaperon Rouge était Cancer–Capricorne…
Cancer Ascendant Verseau
Grand romantique écartelé entre le passé et l’avenir, il risque fort de mener une vie en zig- zags et en montagnes russes…
Si le Cancer aime l’histoire, la famille et l’immobilisme, je vous jure que ce n’est pas le cas du Verseau. Aux orties, les traditions de papa ; et vive la Révolution ! Le Verseau ne se sent à l’aise que dans les idées d’après-demain et les techniques d’avant-garde. Le Cancer est intimiste, tandis que le Verseau sacrifie ses amours à ses amitiés. Ouvrant son foyer à tous les copains, il le transforme en courant d’air, et le malheureux Cancer ne peut plus s’y réchauffer : mais le Verseau n’en a cure, c’est un signe d’hiver, blindé contre les vents froids !
Comment concilier ces deux extrêmes en un seul être ? Les Cancer–Verseau, ce sont des
gens qui voudraient bien être d’avant-garde, et ils font tout pour s’en donner l’air. Mais,
dès qu’on gratte un peu, on déterre un vieux fond conservateur, voire réactionnaire… Le
Cancer n’est pas doué pour la révolution. Le Cancer–Verseau, éternellement déchiré entre le désir d’innover et celui de conserver, est un révolutionnaire en peau de balle, un tigre de papier. Il n’applique pas ses théories sociales dans la vie quotidienne. Il est fasciné par le Scorpion qui synthétise dans son venin à la fois la révolution Uranienne et le rêve aquatique des marécages…
Mais foin de toutes ces méchancetés : parlons plutôt des atouts du Cancer–Verseau : un très bon contact avec les jeunes, qu’il comprend et dont il est capable de partager les activités en excellent animateur. Le génie de l’amitié (sinon celui de l’amour). Fidélité et loyauté dans ce domaine lui apportent beaucoup d’amis avec lesquels il passe le plus clair de ses loisirs (surtout si le Soleil est en Maison V : les distractions prennent alors une place prépondérante dans la vie du natif ; et si le Soleil est en Maison VI, il s’arrange pour travailler au milieu d’une équipe de copains !)
Enfin, le Cancer–Verseau a pas mal de suite dans les idées puisque le Verseau est un signe fixe : on peut lui reconnaître une grande persévérance dans ses entreprises. Qui était Cancer–Verseau ? George Sand, et sa vie est bien un mélange d’aventures, de.rêves sentimentaux, d’idées sociales généreuses (Verseau, ça !).
Voyez encore Lord Byron, dont l’Ascendant Cancer justifie que nous parlions de lui ici : le romantisme cancérien et la générosité du Soleil en Verseau l’ont envoyé en Grèce au service des patriotes opprimés. Sa vie est une suite de romans contradictoires enfilés bout à bout : une bonne illustration des incohérences du Cancer–Verseau.
Cancer Ascendant Poissons
Animal mystérieux, complètement étranger à la logique officielle, il aurait bien besoin d’un conjoint pratique et réaliste. C’est ce qu’il cherchera probablement puisqu’il a la Vierge en Maison VII. Plus souvent, malheureusement, il ne se mariera pas du tout, parce qu’il est incapable de faire le minimum de ce qu’il faudrait pour cela. Émerge-t-il jamais de ses rêves ? C’est un peu La Fontaine, qui s’est ainsi défini dans une de ses fables : Un lièvre en, son gîte songeait. (On ignore son Ascendant exact mais on sait qu’il avait le Soleil en Cancer et la Lune en Poissons.) Et c’est aussi Montaigne, « être ondoyant et divers » (Soleil en Poissons et Ascendant Cancer). Optimiste, humaniste et philosophe, mais peu apte à se défendre dans le monde des affaires, tels sont les Cancers à écailles.
Tout à fait médiums, bien sûr, portant en eux-mêmes leur boule de cristal… Joëlle de Gravelaine a étudié ainsi le cas de Guy Trébert (Cancer Ascendant Poissons), dit « assassin de la nouvelle Lune » i. A vrai dire ce pauvre malheureux ne semble pas tellement responsable de ses crimes, du dédoublement de sa personnalité. Le Cancer– Poissons échappe à lui-même, file entre ses propres pinces, sans pouvoir maîtriser le déroulement de sa vie. Il ne peut que suivre le fil du courant : on ne maîtrise pas le Gulf Stream.
Comment interpréter les Planètes dans les signes
Les Planètes dans le Cancer
Soleil en Cancer
Donne des indications sur la personnalité extérieure du sujet grande sensibilité, à l’écoute du non-dit, du non-visible, beaucoup d’intuition : cette intuition se fait parfois devineresse, pressent des événements et des situations à venir. Les rêves prémonitoires sont fréquents chez le Cancer hyper-réceptif. « Idéalisation du passé, attachement à la tradition, qui sert de point d’appui contre l’insécurité du futur […] Manque d’initiative, défaut d’agressivité et d’esprit compétitif […] compensés par la souplesse intuitive de l’intelligence. L’équilibre ainsi créé permet d’atteindre avec autant d’efficacité l’objectif recherché ».
Lune en Cancer
Accentue toutes les tendances extérieures du signe en leur donnant quelquefois une exaltation excessive : douceur extrême, intense réceptivité qui peut aller jusqu’à la médiumnité. La voyance, la précognition, les phénomènes extra-sensoriels sont tout à fait courants avec la Lune dans ce signe. Elle donne également des dons artistiques réels que la timidité du Cancer ne sait pas toujours faire valoir. Besoin immense de tendresse, de protection.
Forte sensualité réceptive.
Mercure en Cancer
La planète de l’intelligence se teinte ici de finesse analytique, de sensitivité, d’irrationnel. L’intuition s’affine, se laisse diriger par une perception subjective des problèmes, et les résout grâce au « flair », au doigté, à l’instinct beaucoup plus que par raisonnement. Mercure en Cancer fait des êtres qui écoutent plus qu’ils ne parlent, qui enregistrent et mémorisent les moindres faits et gestes pour s’en servir plus tard dans des circonstances appropriées. L’esprit, à la démarche lente et sûre, donne du poids aux synthèses. C’est un esprit qui allie des qualités inventives aux déductions logiques.
Vénus en Cancer
La planète de l’amour et de l’art se trouve en affinité avec le signe d’eau. Vénus en Cancer s’intériorise, gagne en pudeur et en réserve ce qu’elle perdait en extraversion, elle devient plus artiste, plus profonde et plus douce. Sa recherche de l’amour sensuel se transforme en quête de tendresse, de protection, de sécurité affective. C’est une Vénus mouvante mais fidèle, capricieuse mais sage. Sensualité « sensorielle ».
Mars en Cancer
L’activité impatiente, brusque, agressive, de Mars s’émousse en Cancer. L’action devient plus mesurée, plus flottante, plus fragile extérieurement. Mais elle se concentre, grâce à la profondeur que lui donne le signe, elle acquiert une plus longue portée. Elle devient plus durable, plus obstinée, moins spectaculaire mais peut-être plus efficace, en s’exerçant sur des registres qui lui conviennent, soutenus par l’intuition que confère le signe : l’art, le commerce sont ses terrains d’élection. Le dynamisme, l’énergie vitale, n’apparaissent pas : il faut se rappeler que le Cancer n’est pas un signe de grande santé. En revanche, la sagesse, l’économie de moyens dans l’objectif à atteindre, l’instinct très puissant remplacent avantageusement une extériorisation chaleureuse de la personnalité.
Jupiter en Cancer
Jupiter, qui aime tant son confort, ses aises, le luxe en toute chose, exalte la sensualité du Cancer, la matérialise. La philosophie d’un Jupiter en Cancer est dans la jouissance pure et le confort personnel. La réussite professionnelle se fait dans le respect de la tradition des lois hiérarchiques, dans le culte de la famille et des ancêtres. Que de bienveillances, que de concessions, que de souplesse dans cet alliage ! Rien ne doit freiner ou entraver le désir qu’a le natif de jouir de la vie par tous ses pores. S’il gagne facilement de l’argent, il le dépense encore plus facilement, pour le plaisir de dépenser. Il a besoin d’abondance et de richesse, de beaux objets, de bijoux, de fourrures, de luxueuses voitures. Cet être est, en général, extrêmement séduisant.
Saturne en Cancer
C’est la logique, le raisonnement, la rigueur froide et calculatrice de Saturne dans l’univers fantasque, imaginatif et sensuel du Cancer. Résultat : ou bien Saturne canalise la fantaisie du Cancer et lui donne du poids, de la mesure, de l’ambition et de la discipline, auquel cas le sujet perd beaucoup des caractéristiques lunaires (réactions imprévisibles, tempérament secret et changeant, parfois un peu versatile), ou bien Saturne broie le Cancer. A ce moment-là, il crée toutes sortes de frustrations dans les domaines régis par la Lune : la créativité est freinée, l’élan vital s’amenuise, l’affectivité n’est jamais comblée, la sensibilité reste à vif sans parvenir à s’épanouir dans une activité inventive et riche.
Uranus en Cancer
Le goût d’Uranus pour les bouleversements, les changements radicaux, les décisions rapides et irrévocables se trouve singulièrement étouffé par le Cancer. En effet, le Cancer est le signe des petits changements, des petites modifications, mais pas des hautes tensions familières à Uranus. D’où affaiblissement des valeurs proprement uraniennes dans ce signe : individualisme moyen, esprit de décision plus flou, activité créatrice moins volontaire et ambitieuse. La vitalité Uranienne devient un peu aquatique, c’est la foudre dans l’eau.
En revanche, le Cancer accentue la réceptivité d’Uranus, d’où une réelle générosité à l’égard d’autrui, la volonté d’emporter une certaine adhésion de son entourage.
Neptune en Cancer
La planète double son inspiration intuitive dans le Cancer, elle devient très fortement
sensible à toute vibration sensorielle. Elle capte les moindres ondes de son entourage et
plonge dans les eaux sans fond de la sensation, du délire artistique (musical, visuel, auditif)
avec un goût prononcé pour tout ce qui a trait à l’eau, à l’élément liquide.
Pluton en Cancer
Les forces souterraines et créatives de Pluton prennent de la sensibilité et de la fragilité cancériennes. Elles deviennent moins ambitieuses sans retirer d’invention, ni de profondeur. Mais le sujet risque de se sentir limité dans sa créativité par son respect des valeurs familiales, traditionnelles, parfois même conservatrices.
Comment interpréter les signes dans les Maisons
Le Cancer dans les Maisons
Cancer en Maison I
« Cette maison est un point de départ […] mais aussi d’arrivée. Elle peut représenter un retour éternel de phénomènes fondamentaux à répétition » (Lisa Morpurgo) 1. Elle indique traditionnellement le lieu où s’expriment les composantes de la personnalité – et non du caractère – avec leur possibilité d’évolution.
En I, le Cancer donne une tendance à l’introspection, à la fragilité psychologique, avec inquiétudes, peur d’autrui, curiosité pour l’irrationnel, l’inconnu, l’occulte.
Cancer en Maison II
En II, le Cancer donne un comportement de refus total ou partiel à l’égard des biens matériels. La carapace du crabe le protège, ici, de la dépendance « économique », de la recherche du confort, du « standing », etc. En revanche, il peut donner de l’imagination dans ce domaine, si bien qu’on verra des intérieurs ou des objets marqués par la fantaisie lunaire.
Cancer en Maison III
En III, le Cancer n’établit pas facilement de relations avec son entourage proche : frères et sœurs, camarades d’école, de lycée ou de faculté, et plus tard, voisins de palier ! Donne un blocage sur tout rapport facile et superficiel, sur les relations légères ou mondaines. Les informations par radio ou télévision sont honnies : on leur préfère la presse écrite.
Cancer en Maison IV
Le Cancer est ici dans ce qu’il est convenu d’appeler sa Maison. Celle de la famille, des enfants, du loyer, des bases à la fois parentales et filiales du sujet. C’est le lieu de sa personnalité intime, privée, et du lien très fort qui l’attache à ses origines. C’est une bonne maison pour le signe, il s’y sent à l’aise, en sécurité, protégé du monde extérieur. Le sujet éprouve un goût profond pour la vie et les réunions de famille, sans étrangers.
Cancer en Maison V
La Maison V étant la maison des plaisirs, des distractions, du trop-plein de vie, elle se limite en Cancer – qui n’est pas, rappelons-le, un signe de santé, ni de grande résistance physique – à des joies simples : mots croisés après le travail, ou jeux de société paisibles, ou petits travaux d’artisanat. La distraction sociale, les sorties du soir sont considérées la plupart du temps en Cancer comme superflues, voire ennuyeuses. En revanche, le sujet privilégiera la distraction personnelle, qui fait intervenir l’imagination.
Cancer en Maison VI
C’est la maison du quotidien, des petits travaux journaliers, des choses et des êtres qui dépendent du natif : la maison (pour la ranger, par exemple), le bureau, le lieu de travail (pour les affaires courantes, le classement, le fonctionnel et le routinier). On mesure, dans cette maison, la capacité. du natif à recommencer tous les jours les mêmes petites corvées, à s’occuper régulièrement des mêmes petites tâches. En Cancer, signe de fantaisie, de petits changements permanents (à l’inverse du Verseau qui bouleverse tout), cette maison VI est mal servie. Aucune discipline dans la hiérarchie des problèmes à régler, aucune méthode.
Cancer en Maison VII
La Maison VII représentant tout ce qui concerne les alliances et les associations, elle acquiert, en Cancer, des caractéristiques lunaires : sous-estimation de sa valeur propre, surestimation de la valeur des autres. Besoin d’être protégé, choyé, conforté, un peu comme un enfant, dans le mariage. Apporte, dans une association, un élément de création très fort, d’imagination et de renouvellement, mais participe de loin, sans vraiment se sentir impliqué (même s’il prend toujours ses responsabilités). Fondamentalement solitaire, intériorisé.
Cancer en Maison VIII
La Maison VIII étant celle de la mort (physique ou psychologique) et de la résurrection, elle a des affinités avec le Cancer : d’abord parce que le Cancer représente la fécondité, l’enfantement, donc la vie après la mort, ensuite parce que c’est un signe fort du point de vue de l’imagination créatrice.
D’où possibilité, pour la Maison VIII en Cancer, de recréer ou de reconstituer ce qui est
mort. Au premier degré, le sujet fait revivre en imagination un parent mort. Au deuxième
degré, il utilise, il recompose sa souffrance en créant.
Cancer en Maison IX
C’est la maison de la quête spirituelle, philosophique ou géographique. Les limites cancériennes éclatent, le signe se laisse attirer par les grands espaces que suggère la maison, les interrogations métaphysiques, métapsychiques, archéologiques ou ethnologiques.
Mais le Cancer, inhibé, fragile, qui doit toujours transporter sa coquille avec lui, peut freiner, surtout à partir de quarante-cinq ans, les grands voyages que propose le secteur IX : le nouveau, l’inconnu. Alors, les explorations se font en imagination, et l’invention cancérienne remplace son défaut d’énergie.
Cancer en Maison X
Cette maison, à laquelle est attribuée la vocation d’un individu, son expression professionnelle dans ce qu’elle peut avoir de rayonnant, de remarquable, de volontaire, cette maison, disais-je, n’est pas particulièrement à son aise en Cancer. Il existe une contradiction fondamentale entre la réserve timide et maladroite du signe et l’assurance, la confiance dynamique, l’autorité qu’appelle le secteur X.
En réalité, la contradiction est neutralisée si le sujet se réalise dans une profession nettement cancérienne où la création, l’invention, l’inattendu, l’étrange, le nouveau ont la meilleure part. Il faut éviter les carrières administratives, et d’une manière générale, toutes celles qui excluent l’interprétation subjective, les initiatives personnelles, les décisions individuelles et autonomes.
Cancer en Maison XI
Lisa Morpurgo attribue à cette maison une force toute particulière : « Elle est, en un certain sens, la section d’or du thème zodiacal. Elle indique la possibilité de parvenir à un examen objectif de soi-même et des circonstances, de s’adapter à ces dernières et au caractère d’autrui, en jugeant avec objectivité mais aussi indulgence, les besoins, les faiblesses, et les qualités des autres. […I La Maison XI est celle de la tolérance, des idées larges, d’une volonté accommodante et compréhensive. »
En Cancer, les idées larges s’évadent dans l’imaginaire – souvent aux dépens du réel -, l’amitié acquiert malgré tout quelque chose de passionnel, d’exclusif, d’enveloppant, mais le sujet s’adapte particulièrement bien au milieu social dans lequel il a choisi d’évoluer après une dure sélection intérieure.
Cancer en Maison XII
On l’appelle la maison du destin, de la fatalité. Je préfère dire que c’est la maison des événements sur lesquels la volonté humaine ne peut agir, « les grandes épreuves de la vie », comme le dit encore Lisa Morpurgo. C’est le lieu où le natif s’isole, prend de la distance pour se préparer à la mort. Le Cancer, en ce secteur, donne la faculté de s’abstraire totalement du réel, l’imaginaire empiète alors complètement sur la vie et si une planète lourde comme Saturne ne vient pas peser sur ce secteur, il donne une créativité inépuisable, un besoin de nier la fin des choses par une prolifération magique d’oeuvres d’art, une production ininterrompue dans la solitude et l’isolement.
La Lune Noire
La Lune Noire n’est pas une planète, c’est un point vide dans l’espace, le deuxième foyer de l’orbite lunaire.
En effet, la Lune ne décrit pas « un cercle rond » autour de la Terre, mais une ellipse allongée. Cette ellipse a donc deux foyers, ou centres, dont l’un est la Terre, et l’autre un point vide dans l’espace. C’est celui-ci que l’on appelle la Lune Noire.
Quelle importance peut-on lui accorder en astrologie ? L’unanimité ne s’est pas encore faite chez les astrologues. Certains pensent que la Lune Noire est inutile, que l’on peut très bien interpréter un thème correctement sans aller chercher ce point mystérieux, qui n’est même pas une planète. D’autres prétendent que la Lune Noire donne des indications tellement précieuses qu’il est impossible de s’en passer.
J’ai remarqué personnellement que l’étude de la Lune Noire suggère immédiatement, dans un thème, le problème de fond du natif. Bien entendu, ce problème est indiqué par ailleurs dans tout le reste du ciel natal, mais la Lune Noire met l’accent dessus avec une intensité frappante parfois. C’est une grande aide dans le travail d’analyse.
La Lune Noire est donc un vide, et un vide douloureux (puisque « la Nature a horreur du vide »). Elle symbolise une épreuve, une traversée du désert, à l’issue de laquelle le natif trouvera enfin sa voie.
L’adjectif « noire » fait mieux comprendre qu’il s’agit de forces souterraines, invisibles, à la racine même de l’être.
Les positions de la Lune Noire ne sont pas faciles à calculer, et les « tables » que l’on vend ne sont pas toujours fiables. On peut se référer au Dictionnaire astrologique d’Henri Gouchon (p. 375) qui donne une table de correction de la Lune Noire, d’après les élèves de Don Nèroman et Louis Milliat. Les erreurs ne sont jamais supérieures à cinq degrés. Pour les encadrements de la Lune Noire (voir plus loin) les erreurs ont moins d’importance : l’encadrement « fonctionne » quelle que soit la distance entre les planètes.
Lune Noire en Cancer
Elle indique un problème concernant les parents, une épreuve sur le foyer natal. Perte des parents (mort physique ou disparition, rupture traumatisante). Le natif ne pourra progresser dans la vie que lorsqu’il aura surmonté la perturbation d’origine concernant le ou les parents perdus.
Bien regarder dans le thème l’état du Soleil et de Saturne (significateurs du père) et de la Lune (significatrice de la mère). La Lune Noire conjointe à l’un de ces luminaires indique souvent la perte de l’un des parents, ayant déterminé chez le natif un sentiment de frustration profond. Si le parent est mort, le natif peut récupérer sa sérénité en entrant en contact avec lui (par la prière et l’affection).
Lune Noire en Maison IV
Dans cette Maison, analogique du Cancer, la Lune Noire peut être interprétée comme ci- dessus, selon les aspects (problème grave au niveau des parents). Ou encore : le natif est doué d’un magnétisme certain, qui joue sur le groupe dans lequel il vit ou travaille – et dont il doit se méfier. Rejet du natif par ses parents (ou l’inverse). Refus de fonder un foyer à soi…
Lune Noire en aspect à la Lune
Les bons aspects indiquent que le natif trouvera une collectivité qui lui permettra de mûrir (la Lune étant symbole de la foule). Les mauvais aspects indiquent que cette collectivité peut être dangereuse pour lui.
Cependant, l’interprétation ne doit pas perdre de vue que la Lune est d’abord symbole de la mère (et aussi de la femme s’il s’agit d’un natif masculin). Tout aspect de la Lune avec la Lune Noire donne donc une indication sur les relations du sujet avec sa mère (ou sa femme) mère castratrice, rejet de celle-ci, refus d’une identification à sa mère (pour une fille), etc. Selon Joëlle de Gravelaine, « Un carré à la Lune peut représenter une imagination morbide. On trouve fréquemment de mauvais aspects (avec les luminaires) chez les assassins… ».
La Lune Noire mal aspectée peut être un indice d’homosexualité masculine ou de frigidité féminine.
Les encadrements de la Lune Noire, en relation avec la Lune
La Lune Noire entre Soleil et Lune : obstacle à l’unité du couple, adultère ou problème secret entre un homme et une femme.
Lune Noire entre Lune et Mercure : d’après Hadès, « facteur de trouble dans la vie imaginative », « souvent la vérité est difficile à démêler de la fiction… Sévères conditions familiales dans l’enfance ou l’adolescence. Possibilité de véhiculer dans son entourage ou dans le public une vision particulière et dramatique de l’existence, ainsi que dans les écrits ».
Lune Noire entre Lune et Vénus : Névrose, obsession, complexe sexuel. « Fréquent dans les thèmes d’artistes chez qui l’oeuvre revêt des tonalités noires ».
La Lune Noire entre Lune et Mars : « Divorce entre l’inconscient (Lune), et la réalité quotidienne, l’être étant déchiré entre ses instincts et ses possibilités actives ».
La Lune Noire entre Lune et Jupiter : « Inconscient fécond ; position de conflits familiaux ou communautaires, liquidés de façon facile. Peut marquer un don, une prédisposition héréditaire particulière. Tendance à trouver une vérité enfouie dans l’inconscient ».
La Lune Noire entre Lune et Saturne : Conflit avec les parents, le natif se rebelle contre eux et choisit une autre voie. Frigidité. Cet encadrement amènerait des échecs sociaux, inconsciemment provoqués par le natif.
La Lune Noire entre Lune et Uranus : Divorce, éclatement du foyer familial. Quel que soit le groupe dans lequel vit le natif, il ne peut s’empêcher de provoquer des drames. Il vit souvent à contre-courant des idées reçues et des mœurs ambiantes.
La Lune Noire entre Lune et Neptune : Mysticisme et idéal militant. Fuite de la mère ou de la femme hors du foyer, ou disparition de celle-ci dans des conditions plus ou moins mystérieuses. Risque de maladie chronique difficile à diagnostiquer avec précision. Le natif a tendance à s’évader (en bateau, ou par le boisson, la drogue, etc.).
La Lune Noire entre Lune et Pluton : Mort de la famille, problèmes sexuels avec la femme (pour un natif), dérivant d’un problème avec la mère. Grand magnétisme.
Le Signe du Cancer
22 Juin – 22 Juillet
par
Sara Sand
La Symbolique du Signe
Le jour le plus long
Le 22 juin, le Soleil entre glorieusement dans l’été, illuminant de toute sa tendresse le signe du Cancer. C’est le solstice de juin, le jour le plus long de l’année ; le Soleil ne se couche qu’à regret, pour une courte nuit, pressé qu’il est de réapparaître à l’aurore. Dans les pays nordiques, il réussit même à ne pas se coucher du tout, et ce sont les fantastiques « nuits blanches » de l’été boréal.
Le 24 juin, on allume les feux de la Saint-Jean autour desquels danseront toute la nuit les amoureux.
Le Cancer n’est plus aujourd’hui dans le Cancer : la constellation ainsi nommée n’est plus dans la section zodiacale que traverse le Soleil entre le 22 juin et le 22 juillet. Au temps des Romains, le signe et la constellation coïncidaient. Mais Rome n’est plus dans Rome ! Aussi pardonnera-t-on au Cancer d’avoir quelque peu gambadé hors de son casier natal !
Ce glissement des constellations, dû à la précession des équinoxes, ne change rien à la valeur de l’astrologie. Car les Anciens, plus intelligents qu’on ne le croit, avaient lié le signe à une époque de l’année et à un animal : ainsi, la disparition de la constellation hors du champ zodiacal, à cette période, ne gêne personne.
Le symbolisme du signe reste donc toujours exact, comme l’est sa place dans le déroulement des saisons. Le Cancer est lié à une certaine qualité de la lumière, à la fraîcheur du début de l’été, à l’épanouissement des fleurs, à la saison des amours… Plus qu’une constellation, c’est un moment des rythmes cosmiques annuels. Le Soleil du Cancer n’est pas encore le feu ardent et écrasant qui brûlera la Terre au mois d’août. Ce n’est pas encore la canicule du Lion : c’est la promesse de l’aube, la joie du premier être créé dans le jardin d’Eden, l’innocence de la première aurore…
Tendre est la nuit
Rien n’est simpliste, en astrologie : le Cancer, qui débute avec le solstice d’été, n’en est pas moins un signe de nuit !
La nuit, il se passe des choses… des choses qu’on ne s’explique plus très bien au grand jour. La nuit, c’est le territoire des sorcières, des farfadets et des fantômes. Le monde invisible reprend ses droits. La nuit est le domaine de la Lune, du rêve, de l’irrationnel. Le Cancer y barbote avec délices ! Avez-vous remarqué comme les Cancériens détestent se coucher tôt ? Ils sont comme les enfants, qui ne veulent jamais aller au lit parce qu’ils ont le sentiment que c’est justement après le dîner que ça devient intéressant…
Sur le cercle du Zodiaque, le Cancer est analogique de la Maison IV : celle-ci, sous la ligne d’horizon Ascendant–Descendant, et sur le Fond-du-Ciel, est au cœur de la nuit. « A minuit, y a les voleurs, à minuit, y a les souris », chantaient les comptines d’autrefois.
Le Cancer vit à l’ombre, au fond de notre ciel. Animal secret, il se cache sous un rocher, dans le noir, au creux d’un trou. Il fréquente l’ombre océanique des fonds sous-marins, et fuit le grand soleil qui le déshydrate !
La Maison IV et le Cancer symbolisent le foyer et la vie domestique. Celle-ci se vit discrètement entre les murs d’une maison, par opposition à la vie publique, laquelle se vit au grand jour. Opposée à la Maison IV est la Maison X, celle des honneurs, de la carrière, de la réussite professionnelle en pleine lumière, qui est l’affaire du Capricorne (ce grand ambitieux qui ne sera content que lorsqu’il sera Mao, Staline ou Adenauer !). Bien entendu, les valeurs opposées sur la ligne du Zodiaque se mêlent et s’échangent : le Capricorne, signe d’hiver – et d’ambition -, veut réussir mais s’y emploie secrètement. Le Cancer, signe d’été – et d’ambition -, veut également réussir et que sa valeur soit reconnue au grand jour.
Les valeurs cancériennes attachées à la Maison IV ont toutes un rapport avec la nuit, l’ombre et le secret : elles renseignent sur la résidence du natif ou celle de ses parents, les héritages et les biens de famille, la vie familiale, la sépulture, la fin de la vie… Le mot clé du Cancer est : « intimité ».
Le premier-né des signes d’eau
La trilogie des signes d’eau commence avec le Cancer : la fécondation de l’oeuf ne peut se faire que dans un milieu humide. L’eau du Cancer est l’Eau-Mère, le liquide amniotique, l’eau originelle d’où est venue toute vie.
« Au commencement, dit la Genèse, la Terre était vague et vide… et l’esprit de Dieu planait sur les eaux »… C’est clair : toute vie a commencé dans l’eau !
Ensuite, au stade du Scorpion, l’être est un mutant : il doit se transformer, passer par les portes de la mort pour aller vers la plénitude de son destin. Pour terminer le cycle, à la troisième et dernière étape, celle des Poissons, l’être enfin accompli est capable d’atteindre l’amour absolu en se donnant totalement.
L’eau du Cancer, c’est la lagune, le rivage hospitalier, tandis que l’eau du Scorpion est le marais, et l’eau des Poissons, le vaste océan. Ces différents domaines ont varié suivant les époques et les pays : certaines traditions ont attribué la mer au Cancer et les rivières aux Poissons. Ceux-ci étant doubles, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’ils aient deux territoires (car ces pauvres chéris ont besoin de place !). Cependant, le crabe est parfaitement adapté au littoral : il peut respirer hors de l’eau, il est amphibie. Certaines espèces tropicales s’enfouissent même dans la Terre pour y retrouver de l’humidité. Le crabe me paraît donc très bien établi sur la lagune et la côte, dans les eaux adoucies par la présence des rivières, eaux bercées par la Lune des marées et grouillantes de vie. Les vivants ont besoin de lumière, c’est pourquoi la plus importante partie de la faune marine habite dans les cent premiers mètres au-dessus de la surface de la mer, souvent près du rivage. Les très grands fonds obscurs sont quasi déserts… L’océanographie donne raison à la tradition astrologique : le Cancer a besoin de l’ombre des rivages, mais il aime aussi la lumière… En résumé :.
- Le Cancer est l’Eau génératrice de vie.
- Le Scorpion est l’Eau purificatrice de la mort.
- Les Poissons sont l’Eau mystique de la survie.
Intense est la vie émotionnelle des signes d’eau. L’eau symbole de fertilité et de tendresse, fluide et mobile, reçoit toutes les ondes qui la traversent. Les Cancers ont un sonar intérieur, sous leur carapace, qui leur permet de capter les échos les plus lointains.
Ils portent en eux des rêves infinis qui viennent d’autres mondes, ils ne sont pas encore tout à fait incarnés sur cette terre ; ils entretiennent encore des conversations avec les êtres éthérés qui peuplent l’astral.
L’eau du Cancer n’est pas sans analogie avec celle du baptême, par laquelle, selon la tradition chrétienne, l’enfant naît à la vie spirituelle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’on fête Jean-Baptiste justement le 24 juin !
Le Cancer, signe fertile
Si le Bélier est le signe de la naissance, de l’éclatement des bourgeons au début de l’année (zodiacale), le Cancer, lui, se place neuf mois auparavant : bébé Bélier a été conçu fin juin de l’année précédente ! Aussi le Cancer est-il le signe de la fécondation.
Dans le sens Bélier Taureau Gémeaux -> Cancer, la progression se fait ainsi :
- le Bélier est le principe masculin,
- le Taureau, le principe féminin,
- les Gémeaux, l’union des deux, mâle et femelle,
- le Cancer, le commencement d’un nouvel être, à l’instant où le spermatozoïde féconde l’oeuf (ou l’ovule) femelle.
Cher petit Cancer, tendre et secret, comme votre symbole vous ressemble : voyez ce dessin
Deux foetus dormant face à face dans le sein de leur mère. Ou encore deux coquillages roses et dorés étroitement enlacés. Ce joli hiéroglyphe suggère un monde clos, abrité, tranquille, un jardin secret où travaille mystérieusement l’alchimie de la vie.
Comme le dit Marcelle Sénard : « L’hiéroglyphe du Cancer est bien l’image du processus de gestation préparant la naissance, celle de la vie dans l’oeuf : deux éléments- germes qu’on peut supposer de polarité opposée, tournant l’un autour de l’autre, s’attirent et finissent par s’absorber pour engendrer les organes de plus en plus différenciés d’un individu. Ces deux germes peuvent se comparer aux principes séminaux, spermatozoïde et ovule, aux rudiments d’une nébuleuse, d’un atome, d’une cellule vivante, ou enfin aux éléments matière-esprit de l’âme humaine. Il s’agit toujours de deux centres primordiaux d’énergie tourbillonnaire qui, par leur action électromagnétique réciproque, s’attirent, s’unissent, se différencient, se multiplient, et finissent par élaborer une entité complète. »
On ne saurait mieux dire !
Dans l’interprétation astrologique d’un thème, la tradition considère que le Cancer sur la Maison V est un indice de fécondité, éventuellement propice aux familles nombreuses (s’il est bien habité, naturellement !).
Le crabe n’est pas seulement fertile en astrologie : l’animal vivant est d’une ahurissante fécondité : il produit des millions d’oeufs qui éclosent sous forme de larves microscopiques dans le vaste océan. Très peu d’entre elles deviendront un jour des crabes à part entière. Du gâchis. Mais la méthode semble avoir une redoutable efficacité, puisque les crabes ont colonisé toutes les mers depuis le Jurassique (où ils étaient relativement peu nombreux).
Aujourd’hui encore, les pêcheurs du littoral ne savent plus comment lutter contre l’invasion du crabe chinois !
Le symbolisme de l’animal : les secrets du tourteau…
Peu importe que certaines étoiles fixes aient flippé hors de leur signe… L’intuition de
génie, c’est d’avoir identifié le Cancer-signe à l’animal-Crabe. A travers les siècles, tous les
natifs du Cancer continuent à se comporter comme l’animal. Cancers, si vous saviez…
Mais voyez plutôt :
Le Crabe est un fossile
Les ancêtres du crabe existaient déjà à l’ère primaire : les premiers crustacés font leur apparition au Cambrien (ce sont, à vrai dire, des « pseudo-crustacés »), il y a de cela cinq cents millions d’années. L’écrevisse, cousine germaine de notre crabe, barbotait voici cent cinquante millions d’années dans les lagunes du Jurassique, quelque part entre la butte Montmartre et la montagne Sainte-Geneviève, et le crabe, tel que nous le connaissons, est apparu peu après.
Ne vous étonnez donc pas qu’il ait une telle mémoire, qu’il adore l’histoire, la généalogie, les vieilles traditions. Nous autres, animaux des signes d’eau, avons assisté en spectateurs émerveillés aux premiers jours du monde, dans les Eaux-Mères de la Téthys, l’océan primordial. Aussi, pour nous, le temps ne compte-t-il pas : nous n’oublions jamais rien, et le passé continue à vivre intact à l’intérieur de nous-mêmes. Nous sommes de jeunes vieillards, ou d’éternels nouveau-nés…
Mais poursuivons en détail le portrait du crabe animal qui symbolise si bien son frère du Zodiaque.
La carapace
C’est la peur d’affronter la dure réalité. Foetus en cours de gestation, petit Cancer se sait vulnérable : il n’est pas mûr pour courir le vaste monde. il se terre sous son trou de roche en attendant d’être grand !
Les pattes
Quatre paires en général, plus les pinces (c’est pour cela que les crabes sont baptisés « décapodes »). Mais avouez que la quantité ne remplace pas la qualité ! Le Crabe ne galope pas bien loin, le pauvre, et son énorme carapace doit lui peser mille tonnes. Vous comprendrez maintenant la passivité et l’immobilité du crustacé zodiacal, son attachement fidèle à sa grotte natale tapissée d’anémones de mer et d’éponges… Le crabe marche en biais, il n’attaque pas de front, voilà pourquoi Mars est en chute dans le signe. Notre Cancer déteste attaquer, il préfère contourner l’obstacle, et il n’agit qu’à l’intérieur de son territoire.
Les pinces
Par contre, quand un bigorneau étourdi vous tombe sous la pince, aïe ! Vous lui faites sa fête, n’est-ce pas, mon crabe ? Ce que vous saisissez, vous ne le lâchez jamais. La persévérance des crustacés est, depuis des millénaires, un sujet de conversation au fond des lagunes…
Les antennes
Oui, mon crabe, vous devinez tout ! Vos antennes symbolisent votre fine intuition et vos dons de médium.
Enfin, vous avez toujours eu une vie bien réglée : au rythme des marées. L’onde lunaire amène le flot et ramène le jusant, et les crabes attendent que ça passe. Ils sortent à marée haute et dorment à marée basse, quand leur trou est à sec. Comprenez, bonnes gens, que votre crabe préféré est entièrement soumis à l’influence de la Lune, c’est ce qui explique son comportement un peu bizarre parfois. Laissez-le vivre à sa fantaisie…
Enfin, ce crabe, il est tout ce qu’il y a de comestible : la chair est tendre et fine sous sa carapace. Quelle sensibilité ! il est habillé de beauté : les demoiselles (ou étrilles) sont bicolores, bleues et orange, chatironnées de noir, avec des cils sur les pattes. Les tourteaux ont d’exquises nuances roses et brunes, et que dire des crabes verts, des crabes-gants, des crabes violonistes, des crabes chinois ?
Infiniment sensitive, tendre, artiste, telle est notre bête-totem, au fond sans défense. Voilà pourquoi elle se retrouve un jour dans nos marmites… Le Cancer est habituellement représenté par un crabe, mais aussi, parfois, par une écrevisse et, dans l’antique Zodiaque égyptien, par un scarabée. (On reste, de toute façon, dans les bêtes à carapace!)
L’oeuf du Cancer
L’idéogramme du signe 9 comme l’explique Marcelle Sénard (ci-dessus) suggère un espace clos, un lieu intérieur où germe la vie : un oeuf ! Objet fragile, infiniment précieux, qui a besoin de chaleur maternelle et de protection pour mener à bien sa métamorphose… Tel est aussi notre Cancer.
Cependant, l’ambivalence fondamentale d’un tel symbole n’a pas échappé à certains : si l’oeuf est le berceau de la vie, il est aussi, dans la tradition alchimiste, une prison hermétiquement fermée, puisque les éléments contenus à l’intérieur ne peuvent en sortir, sinon par une mutation profonde. L’oeuf peut pourrir… Il est essentiellement dépendant, il a besoin d’une source d’énergie extérieure pour évoluer. (C’est ainsi que je m’explique l’attirance des Cancers pour les Lions, les Béliers, les Capricornes, et surtout les Scorpions : le feu martien est cette énergie dont ils ont besoin… au risque de s’y brûler !).
Cette énergie extérieure, chaleur indispensable, provoque à l’intérieur de l’oeuf des
réactions chimiques d’une extrême intensité. Ainsi, l’oeuf est à la fois passif extérieurement et actif intérieurement. L’espace clos entre les pinces de l’idéogramme est le creuset des alchimistes, le cercle magique à l’intérieur duquel naît une nouvelle matière. Un grand mystère…
Étymologie du mot Cancer
En latin, cancer signifie écrevisse, que l’on nomme en grec karkinos. Ces vocables sont proches du sanscrit karkatah qui désigne la cuirasse (mais aussi l’écrevisse).
Le signe du Cancer est karkatakam en sanscrit, qui est également le nom du serpent, symbole de ce qui est caché, de « l’obscurité indispensable à la gestation » (M. Sénard, op. cit.), symbole de mort et de vie éternelle.
Nombreuses sont les correspondances que l’on retrouve dans d’autres cultures : par exemple, selon M. Sénard, « la quatrième lettre de l’alphabet runique est os, qui signifie sein maternel, ou bouche. En allemand, la bouche se dit mund, et la Lune, mond…
Comment ne pas penser au « stade oral » des psychanalystes, stade du nourrisson où les
échanges avec le monde extérieur se font surtout par la bouche ?
Signe féminin et signe négatif
Pour être franche, cela m’ennuie que les signes féminins soient dits par la tradition « négatifs ». Cet adjectif n’est pas sympathique, il évoque une vieille misogynie émergeant du fond de la poussière des siècles. Que le Cancer soit un signe féminin ne pose pas de problème, c’est dans sa logique même : signe d’eau, signe de vie, signe lunaire, tout cela est bien dans le génie féminin.
Mais « signe négatif » ? La tradition entend par là indiquer une certaine passivité attribuée à l’élément féminin : de fait, au moment de la conception, l’ovule est passif et le spermatozoïde actif.
Le Cancer est donc un signe récepteur, sensible aux influences. Il emmagasine ses impressions, il reçoit, il accueille. Les valeurs d’accueil sont bien celles dont nous manquons aujourd’hui, dans une civilisation occidentale qui a privilégié jusqu’ici l’agressivité masculine. (Le jeune loup cadre supérieur, « young executive » aux dents longues, est-il vraiment le seul modèle masculin que nous puissions imaginer ?). Il faudrait réhabiliter les valeurs féminines « négatives », éliminer le préjugé défavorable qui s’y rattache, et repenser le monde dans l’optique chinoise : sur la roue du Tao, alternent les deux symboles antagonistes et complémentaires, le yang, énergie masculine « positive », et le yin, énergie féminine « négative ». Aucune des deux n’a la supériorité sur l’autre, aucune des deux ne peut se passer de l’autre. Et Dieu lui-même est yang et yin à la fois.
Dans la symbolique chinoise, le yang culmine au solstice d’été tandis que le yin culmine au solstice d’hiver : le pôle masculin est lumière, et le pôle féminin, ombre. Le Cancer est yin, puisque c’est un signe nocturne, signe d’eau, signe d’ombre, signe féminin ; mais il porte en lui un élément yang, puisqu’il correspond au solstice d’été. On ne peut pas ne pas évoquer la théorie de Jung, selon laquelle nous sommes tous animus et anima, chacun de nous portant en lui les deux principes mâle et femelle, aucun de nous n’étant exclusivement tout l’un ou tout l’autre. Le Cancer est anima, mais son subconscient est animus. Il est d’abord sous la maîtrise de la Lune, féminine, mais Jupiter, astre masculin, est chez lui en exaltation.
Pour en revenir à notre Cancer, signe féminin et négatif, la tradition lui a donc attribué un lot de défauts et de qualités : inertie, obstination, apathie, indolence, crainte, inactivité (nous avons vu que c’était une inactivité « extérieure » seulement). Mais aussi : magnétisme, bonté, intuition, prescience des lois secrètes de la vie. Le Cancer sait des choses que les autres ignorent. Le Cancer a la sagesse des vieux et la lucidité des jeunes. « Ces choses sont cachées aux savants et aux puissants, mais sont révélées aux petits ! »
Petit Cancer, sourcier du Zodiaque, vous serrez entre vos pinces la clé des songes. Mais n’est-ce pas vous aussi qui avez ramassé au fond de la mer la clé perdue de la ville d’Ys ?
La pourpre cardinalice
Oui, le tourteau est cardinal. Vous avez vu sa cappa magna du plus beau rouge ?
Un signe cardinal est un signe-charnière (du latin cardo : gond ou pivot), un signe qui ferme une saison pour en ouvrir une autre. Quelles sont les caractéristiques des signes cardinaux ? Mouvement, activité, énergie, action rapide, ambition, impatience, changement brusque de buts, anxiété, désir d’attirer l’attention du public. Ces traits de caractère considérés comme masculins, correspondant en tout cas à l’énergie yang, sont tout à fait opposés à ceux des signes féminins ou négatifs décrits plus haut.
Comment peut-on être à la fois passif et actif, inerte et porté à l’action rapide ?
Et l’on voit ici combien la tradition astrologique est intelligente, comme l’inconscient collectif des peuples anciens a su traduire la réalité de la vie, complexe, contradictoire, ondoyante et diverse.
Si le Cancer est sous une dominante lunaire féminine, la notion de signe cardinal vient nous rappeler qu’il ne faudrait pas pour autant occulter la composante masculine du signe. Elle est symbolisée par Jupiter, roi des dieux et personnage tellement masculin qu’il en est presque caricatural dans la mythologie, avec ses colères théâtrales, sa vanité, son activité, son donjuanisme olympien. L’énergie du signe cardinal jupitérien se manifeste assez visiblement chez certains Cancers dont l’activité et l’ambition débordantes justifieraient la pourpre cardinalice… Voyez Mazarin : un modèle du genre !
Signe muet, signe de faible constitution, signe de difformité
La tradition classe notre petit décapode dans les « Signes muets ». Ce n’est pas sans raison : le Cancer n’est bavard qu’à ses heures, seulement quand il trouve une oreille accueillante (Scorpionne ou Poissonne de préférence). Sinon, il passe beaucoup de temps « dans la Lune« , à rêver le nez en l’air, à faire des bulles (offrez-lui des bandes dessinées…).
Il aurait tant de choses à dire ! Mais il ne peut en extérioriser qu’une faible partie : les langues humaines sont si pauvres en mots pour traduire les intuitions, les rêves, la vision des autres mondes auxquels accède le Cancer. S’il s’exprime, c’est dans la meilleure tradition des icebergs : le volume émergé n’est guère qu’un dixième du volume total. Il ne peut d’ailleurs émerger sans risquer de fondre…
« Signe de faible constitution » : c’est le cas aussi des deux autres signes d’Eau. Notre Cancer est facilement geignard et dolent. Cela agace les signes de Feu. Il est si émotif que la moindre angoisse ou contrariété se matérialise en maladie diffuse, impossible parfois à diagnostiquer avec précision (souvent dans la région ‘de l’estomac). Mais si Jupiter est puissant chez un individu, l’optimisme qu’il lui prête contribue à le faire vivre finalement aussi bien qu’un autre… en lui permettant de surmonter les dépressions nerveuses qui sont souvent le lot des signes d’Eau.
« Signe de difformité » : les Anciens assuraient que les signes « à visage humain » (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Verseau) prêtaient au natif des traits réguliers ; c’étaient, avec la Balance, des « signes de beauté ». Le pauvre Cancer, lui, était carrément classé dans les « signes de difformité », autant dire dans les signes de laideur !
Certes, le Jupitérien a tendance à être gros et rougeaud, et le Lunarien trop arrondi pour les canons esthétiques de notre siècle. Cependant le Cancer porte toujours en lui quelque chose de l’enfance, qui lui donne du charme.
La Mythologie du signe
En Egypte
Sur le Zodiaque égyptien connu sous le nom de « Zodiaque du second Hermès » et étudié par le père Kircher au XVIIe siècle, le Cancer est occupé par Hermanubis-Thot, divinité à tête d’Ibis, que les Grecs ont appelé Hermès.
Thot est un dieu lunaire, auquel est attribué le calendrier, avec la division du temps en jours, mois, saisons ; il est le dieu des nombres, celui de la science, et c’est lui qui aurait inventé l’écriture. Dans cet antique Zodiaque égyptien, Thot est accompagné par le crocodile « dont le nom en sanskrit, makara, est celui du signe du Capricorne, complémentaire du Cancer« .
« Dans le Zodiaque représentant les constellations australes (toujours d’après le même père Kircher) Thot est représenté dans le Cancer par sa tête d’Ibis, mais c’est le dieu Anubis à tête de chacal qui occupe la place principale. Il tient une lance avec laquelle il transperce un chien qui représente sans doute Seth, le principe des ténèbres. Or Anubis était l’ensevelisseur d’Osiris, le Soleil mort, (…) qui devait renaître sous le nom d’Horus. Osiris était non seulement le Soleil disparu, mais chaque homme qui doit retourner en la sombre demeure d’Anubis pour recouvrer les forces nécessaires à une vie ultérieure (…) Anubis symbolise donc l’énergie de conservation de la vie (…) antérieure à une nouvelle période de manifestation. (C’est) la vie cachée, la gestation préparatoire à la naissance, ou à la renaissance.
« Enfin, dans le Zodiaque des constellations boréales selon Kircher, c’est Horus (…) à tête d’épervier, le Soleil renaissant, qui occupe le Cancer, avec Osiris, le Soleil mort (…). Horus à tête d’épervier est le dieu vengeur de son père Osiris tué par Seth, dieu des ténèbres qu’il chasse et détruit ; comme tel, il est le dieu de la lumière renaissante, et est représenté sous la figure d’un enfanta. »
Que le lecteur me pardonne cette longue citation de Marcelle Sénard, avec cette histoire un peu embrouillée. Elle permet, malgré la complexité des personnages, de comprendre quelle idée les Egyptiens se faisaient du signe du Cancer. Ils voyaient la vie comme une trajectoire vers l’éternité, rythmée par une série d’étapes successives où la mort n’était qu’un passage entre deux vies, et toute naissance, en fait, une re-naissance. Pour les Egyptiens, tout vivant parcourt un cycle à deux temps : vie, mort, renaissance, mort, etc. Le Cancer était déjà, il y a des millénaires, la nuit qui prépare le lever du jour, l’obscure gestation qui précède la vie.
Conception un peu différente de la nôtre, puisque, dans notre tradition occidentale, l’idée de la réincarnation n’est pas explicite. Aussi avons-nous l’habitude de penser qu’une naissance se produit à partir du néant.
Dans la tradition égyptienne, le Cancer est plus un re-commencement qu’un commencement, et la génération spontanée n’existe pas.
D’autre part, sur les bords du Nil, l’énergie cancérienne a souvent été représentée par le scarabée. « Dans le Zodiaque de Dendérah, l’animal représentatif du Cancer n’est pas le crabe ou l’écrevisse, mais le scarabée, vénéré en Egypte (…) et assimilé au Soleil levant’. »
Dans la tradition astrologique hindoue
Le quatrième signe symbolise les quatre états de Brâhma le Créateur. Il est :
- Le seigneur suprême : Ishwara, et le bienfaisant Sadashiva.
- La causalité suprême : Prajnâ ou Maheswara.
- Celui qui est la vraie réalité au milieu de la diversité de l’univers : Brâhma.
- Celui qui illumine et fait vivre toutes choses : Vishnou.
Le quatrième signe symbolise encore les quatre états par lesquels passe la conscience, ainsi que les étapes de la Création : connaissance directe et sensorielle, état de réceptivité précédant les phénomènes de perception (ou conscience de veille), perception extra- sensorielle, et enfin l’objet même de la perception.
La constellation dans la tradition gréco-arabe
Le Cancer, représenté dans l’Antiquité par ‘une écrevisse ou un crabe, est une constellation boréale qui comprend 83 étoiles, assez petites. La plus brillante, aujourd’hui dans le signe du Lion, est Acubens, dans laquelle les Arabes voyaient les pinces du Crabe, lieu secret où l’on peut se cacher, où l’on est protégé (El Zubanah : les pinces).
Au centre de la constellation, se trouve un amas d’étoiles appelé la « crèche » (Proesoepe), ou la « Ruche », parce que, selon la tradition antique, les âmes progressaient sous forme d’abeilles sur la Voie lactée pour arriver au « portail » du Cancer (toujours cette idée, attachée au signe, d’entrée dans une nouvelle vie). La constellation du Cancer est encore appelée, en latin, Ardens : la borne de la course du ciel.
Dans cette constellation (mais actuellement dans le Lion), se trouvent aussi les Anons : Anon nord – ou boréal – et Anon sud – ou austral (qui, d’ailleurs, est réputé être une ânesse !). Quant à l’amas Proesoepe, il s’appelle en arabe Al-Malaf : le sac à avoine que l’on suspend au cou des chevaux et des ânes… Cette histoire de crèche et d’âne ne vous dit rien ?
Pour les chrétiens, c’est Noël. La Nativité, c’est-à-dire la naissance du Christ. Étrange coincidence des vieux mythes autour de la Méditerranée.
Hercule/Héraclès et l’Hydre de Lerne
Vous pouvez toujours dire à vos amis Cancer que le mythe d’Hercule a quelque chose à voir avec leur signe : cela leur fera plaisir ! Hercule a une assez bonne réputation depuis l’Antiquité, c’était le Superman des Grecs...
On sait qu’Hercule (en grec, Héraclès) dut, pour réparer les crimes qu’il avait commis dans un instant de folie, accomplir douze travaux au service d’Eurysthée, roi d’Argos.
Le deuxième de ces travaux, la victoire sur l’hydre de Lerne, fait intervenir un crabe très cancérien… Voici l’histoire.
L’Hydre était une sale bête, une espèce de pieuvre à corps de chien, de forme in- définissable – certains disent qu’elle avait sept têtes, d’autres cinquante, ou même cent… Quoi qu’il en soit, cette horreur habitait au fond d’un marécage dans le lac de Lerne, « lieu-dit » situé en Grèce dans la province d’Argolide, près de la mer. L’endroit, sinistre à souhait, était, croyait-on, une entrée des Enfers. (Notez bien l’élément souterrain qui se rattache toujours aux mythes cancériens : le Cancer est signe de nuit et de secret !
Notez aussi que l’hydre, comme l’indique son nom en grec, est une bête aquatique et amphibie, comme notre cher vieux crabe !).
Selon la tradition antique, le lac de Lerne était sans fond. L’empereur Néron, qui fit procéder à des sondages, ne réussit pas plus que ses prédécesseurs à atteindre le fond.
D’innombrables voyageurs imprudents s’enlisaient dans les marais autour du lac, dont les chenaux mouvants se modifiaient à chaque crue des rivières souterraines.
Bref, dans cet endroit maléfique, le monstre à têtes multiples attirait ses victimes en provoquant des mirages. Ainsi, les troupeaux de bovins croyaient-ils apercevoir au loin de verts pâturages, genre irlandais ; humant déjà l’herbe savoureuse, les pauvres bêtes se précipitaient dans le marais où elles s’enlisaient alors dans la vase putride. Les voyageurs – ou les boeufs – qui échappaient aux vases mouvantes n’avaient aucune chance de sur- vivre, car ils étaient bientôt asphyxiés par les vapeurs pestilentielles émanant du marais… l’haleine empoisonnée de la bête !
Héraclès, pressenti pour délivrer la Grèce de cet hôte indésirable, arriva à Lerne devant le repaire de l’hydre, accompagné de son neveu Iolaos. Pour obliger le monstre à sortir, il lui lança des flèches enflammées – en respirant le moins possible pour ne pas être asphyxié ! La pieuvre géante sortit et enroula ses tentacules autour des jambes du héros pour l’immobiliser. Héraclès frappait, frappait, avec sa célèbre massue en bois d’olivier, pourtant magique… mais chaque fois qu’il avait réussi à écraser une tête, elle repoussait immédiate- ment ! C’était désespérant…
Puis la situation s’aggrava : un crabe géant sortit du marécage pour attaquer le héros, qu’il mordit méchamment au pied. Héraclès, rendu furieux par la douleur, sentit ses forces décupler sous l’effet de la colère : il écrasa vigoureusement le crabe, puis appela Iolaos à la rescousse. Celui-ci alluma un incendie dans le bois de Lerne, qui borde le lac. En effet, pour éviter que les têtes de l’hydre ne repoussent aussitôt, il fallait brûler la chair à l’endroit où elles avaient été coupées. C’est ce que fit Iolaos avec des branches enflammées.
Ensuite Héraclès s’arma d’une faucille d’or (en forme de croissant, symbole lunaire !) et décapita la tête centrale de l’hydre (laquelle était, dit-on, en partie du même métal).
Il enterra cette tête encore vivante, secouée d’épouvantables soubresauts et sifflant toujours, sous un amas de rochers près de Lerne. Il préleva la poche à venin dans les entrailles de l’hydre et y trempa la. pointe de ses flèches : ainsi « curarisées », elles devenaient mortelles à la moindre égratignure 1.
Héra, c’est-à-dire Junon, femme de Jupiter, qui détestait Héraclès et avait provoqué l’apparition du crabe, voulut récompenser cet allié malheureux : elle le transforma en constellation pour l’éternité, en lui assignant une place parmi les douze signes du Zodiaque. Quant à Eurysthée, il estima qu’Hercule n’avait pas vraiment fait son travail, puisqu’il n’aurait jamais réussi sans l’aide d’Iolaos.
Ce mythe, très intéressant à étudier, appelle plusieurs commentaires. Il y a d’abord une menace de l’invasion des eaux : selon certains auteurs antiques, l’hydre aurait été la source de rivières souterraines dont le débordement inondait dramatiquement la région, noyant gens et troupeaux. Voilà pourquoi Héraclès devait assécher le terrain par le feu et drainer (ou obstruer) les canaux, probablement symbolisés par les tentacules de la pieuvre. Certains historiens pensent que les sept têtes de l’hydre correspondent aux sept chenaux de l’embouchure du fleuve Amymoné, qui se jette dans la mer près de Lerne.
Quoi qu’il en soit, nous pataugeons ici dans un monde amphibie, dans les eaux grouillantes de vie qui précèdent la naissance du monde. Mais la naissance ne peut se faire qu’au prix d’un grand effort : il faut arracher la Terre aux Eaux-Mères, arracher le Cancer à ses eaux maternelles pour l’amener à devenir un être autonome.
Si les eaux stagnent, elles deviennent putrides, l’oeuf pourrit, l’enfant ne peut naître.
Héraclès/Hercule représente l’énergie extérieure qui permet à la vie d’éclore. Il arrache le pays de Lerne à sa nuit marécageuse et lui permet de vivre enfin. Le Cancer a besoin de l’énergie solaire, et c’est ici que le mythe de l’hydre de Lerne est vraiment très cancérien, et la personnalité même d’Héraclès très significative. Fils de Jupiter, maître des dieux (exalté dans le signe du Cancer !), Héraclès apporte donc l’énergie jupitérienne pour drainer le marécage. On sait que Jupiter est un astre « de feu », un « soleil en petit », bénéfique et lumineux.
La nature jupitérienne d’Héraclès est indiquée assez clairement par le feu : les flèches embrasées qu’il lance d’abord sur l’hydre pour l’obliger à sortir de son trou, et ensuite l’incendie qu’il allume avec l’aide d’Iolaos pour brûler les blessures de la bête. Le dynamisme jupitérien est indispensable au Cancer : ce feu l’aide à sortir du marécage intérieur, dans lequel il croupit passivement.
L’hydre à multiples têtes, qui évoque une pieuvre, laisse penser que la légende est d’origine crétoise ou, du moins, qu’il y aurait eu à Lerne (et certains indices le confirment) à une époque reculée, des « prêtresses de l’eau » qui rendaient un culte sacré à cet élément et à la pieuvre. L’eau ici est maléfique/bénéfique, ombre et lumière, toujours cette dialectique du jour et de la nuit, du solstice d’été brillant au-dessus de l’eau primordiale.
Vie et mort d’Héraclès
Le venin de l’hydre finit par causer la mort du héros. Celui-ci, d’après la prédiction de Zeus, « ne pourra jamais être tué par aucun homme vivant. Seul un ennemi déjà mort pourra le faire périr ».
Or Déjanire, femme d’Héraclès, souffrait des infidélités de son mari. Cherchant un philtre d’amour pour s’assurer l’attachement éternel de celui-ci, elle eut l’idée d’utiliser le venin de l’hydre, enfermé par Hercule dans un vase scellé. A vrai dire, elle n’avait pas une idée bien précise de ce que c’était… Elle imprégna de venin une chemise de cérémonie neuve (en pure laine vierge) qu’elle fit porter à son époux, lequel devait célébrer les fêtes du solstice en grande tenue. Héraclès la mit sans méfiance. Mais au cours de la cérémonie, il commença à ressentir d’intolérables brûlures sur tout le corps et comprit qu’il allait en mourir. Il se fit porter sur un bûcher pour abréger ses souffrances (toujours le feu, lié à ce personnage jupitérien), pardonna à Déjanire qui avait été plus bête que méchante, et mourut avec dignité.
Son père Zeus/Jupiter l’accueillit triomphalement parmi les immortels de l’Olympe, et lui attribua les fonctions de « Portier du Ciel », parce que sa mort avait eu lieu au solstice d’été.
Pour, les Anciens, l’année était une porte de bois de chêne tournant sur un gond (en latin, cardo, d’où les signes cardinaux, comme le Cancer, qui ouvrent une saison). Au solstice d’été, le 21 juin, cette porte est ouverte au maximum. Ensuite, au fur et à mesure que les jours raccourcissent et que l’année s’avance, la porte se referme peu à peu, jusqu’au solstice d’hiver en Capricorne.
Remarquons aussi qu’Héraclès fut, durant sa vie terrestre, le protégé d’Athéna/Minerve.
Elle lui avait indiqué où trouver le repaire de l’hydre. Or Athéna est la déesse de la sagesse, des sciences, des arts, des lettres, des mathématiques. Ceci rappelle les attributs du dieu Thot, lequel règne sur le Cancer dans le Zodiaque égyptien dont nous avons parlé plus haut. Le Cancer est signe de sagesse, il sait ce qui est caché à d’autres. Voilà pourquoi le natif marqué par ce signe manifeste une si vive curiosité de tout ; il est souvent cultivé, voire extrêmement érudit.
Bien d’autres éléments de la légende d’Hercule en font le « saint patron » du Cancer. Par exemple, sa célèbre massue en bois d’olivier sauvage, lequel était l’arbre de l’année nouvelle, symbole de renaissance et de renouveau.
L’enfance d’Héraclès est semée d’allusions cancériennes. Par exemple, l’origine de la Voie lactée : Alcmène, mère de notre héros, le cache dans un buisson aux environs de Thèbes, parce qu’elle craint la jalousie de Héra/Junon (femme légitime de Zeus). Justement, voilà Héra qui passe par là. En voyant ce bel enfant affamé, elle ne peut s’empêcher de lui donner le sein ; mais l’enfant se jette dessus avec tant de vigueur qu’il lui fait mal. Héra, de douleur, laisse tomber le jeune glouton, et le lait répandu deviendra la Voie lactée… Rappel du thème cancérien de l’allaitement, de la difficulté du servage. Et la Voie lactée est le chemin qu’empruntent les âmes pour arriver à la Porte du Cancer. Cette légende de la Voie lactée rend un son très « oedipien », au sens qu’a donné Freud à ce mot. J’en parlerai plus loin.
Il y a aussi l’épisode des serpents : on se souvient qu’Héra/Junon, toujours folle de jalousie, avait une nuit envoyé deux serpents « à raies bleues et au venin mortel » dans la chambre où le petit Héraclès dormait avec son frère jumeau. Mais Jupiter/Zeus, averti de la chose, illumina la chambre, ce qui réveilla les enfants et permit à notre héros d’étrangler purement et simplement les deux serpents, manifestant pour la première fois cette force « herculéenne » qui sera la sienne. On peut voir dans cette histoire un thème très cancérien : la victoire de la lumière solaire et jupitérienne sur la nuit et la mort.
Œdipe et son complexe
Enfin, on ne saurait survoler les mythes grecs rattachés au Cancer sans parler d’Œdipe.
Pour ceux qui l’ont oublié, voici le récit de ses malheurs, avant Freud :
Un oracle avait prédit à Laïus et à Jocaste, parents d’Œdipe, que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. Laïus et Jocaste, affolés, « exposent » le nouveau-né, c’est-à-dire l’abandonnent dans la nature pour qu’il y soit la proie des bêtes sauvages. Un berger passe par là, recueille l’enfant, et vient l’apporter à Polybe, roi de Corinthe, qui l’adopte et le fait élever princièrement.
Or, voilà qu’Œdipe, ayant atteint l’âge adulte, apprend l’oracle fatal, tout en croyant que Polybe est son vrai père. Pour ne pas risquer de lui nuire, il s’éloigne du palais, et s’en va à l’aventure sur les chemins creux de la Grèce antique. Un jour, il rencontre un inconnu avec lequel il se prend de querelle : ils se battent, et Œdipe le tue…
C’était Laïus, mais Œdipe ne se doute pas de la chose ! Puis il arrive devant la ville de Thèbes, très assombrie par la présence du Sphinx : Œdipe devine l’énigme que lui propose le monstre qui, par dépit d’avoir trouvé un humain plus malin que lui, se jette dans la mer toute proche. Les Thébains font un triomphe à l’inconnu qui les a débarrassés de la sale bête. Ils proclament Œdipe roi, et lui font épouser la reine Jocaste… toujours sans savoir qui il est réellement !
Pendant longtemps, Œdipe ignore la vérité et profite de son bonheur avec innocence.
De ce mariage incestueux naissent même quatre enfants. Puis un jour, il apprend tout.
De désespoir, il se crève les yeux, cherche plus ou moins à se suicider, et se cache au fond de son palais dont ses fils le chasseront.
Freud a longuement parlé de ce mythe qui éclaire le « stade oedipien » de l’enfance : tout jeune garçon éprouve, un jour ou l’autre, le désir « d’épouser sa mère » et de se débarrasser- de son gêneur de père ! La légende grecque évoque le cas douloureux d’un homme qui n’a pas pu « tuer son père » fictivement alors qu’il était enfant, ce qui l’amène à le tuer réellement une fois adulte, pour ensuite épouser sa propre mère (dont il n’a pu se détacher affectivement).
On retrouve ici le problème fondamental de tout cancérien : l’attachement à la mère, la rivalité avec le père s’il s’agit d’un garçon. Dans le cas du Cancer, le respect filial empêche l’enfant de s’opposer à son père pour affirmer son autonomie, tandis qu’une trop forte influence lunaire l’empêche de se détacher de sa mère. Le Cancer dépasse difficilement, ou tardivement, le stade oedipien. Tout a été dit sur ce sujet par les élèves de Freud, et les autres, mais on a omis de remarquer quelques détails, sous une lumière « astrologique » :
Œdipe résout l’énigme du Sphinx, car il devine tout – il sait ce que les autres ignorent, – sauf en ce qui le concerne : le Cancer, extraordinairement sagace pour ce qui regarde autrui, est aveugle sur son propre destin (d’ailleurs, Œdipe se crève les yeux !) Cependant, il passe brillamment l’examen du Sphinx : quelle étrange combinaison, dans un même être, de maturité intellectuelle et de flagrante immaturité affective ! Voilà bien un vrai Cancer, enfant attardé, mais cependant d’une si grande curiosité qu’il emmagasine un vaste savoir.
Œdipe devient roi : cela est tout à fait dans la nature jupitérienne du crabe, chanceux et ambitieux. On n’en attendait pas moins de lui !
Œdipe finit misérablement, en s’auto-punissant, en se culpabilisant totalement : c’est aussi dans la ligne du Cancer, lequel a très souvent tendance à retourner son agressivité contre lui-même. Il est, plus qu’un autre signe, accessible à la dépression nerveuse. Il se tourmente, se torture même, des mois durant et des années, en se culpabilisant vis-à-vis de ses parents. S’il s’en sort, la dépression nerveuse lui permet de mûrir. Sinon, il se noie. Ainsi Œdipe devient-il une épave…
Le Cancer est un signe d’eau prolifique : ainsi, Œdipe a quatre enfants de Jocaste, ce qui est beaucoup, vu la différence d’âge entre sa mère et lui ! Il vit longtemps heureux en famille, ce qui est bien dans son génie du bonheur intime et familial. Il est extrêmement populaire dans Thèbes : la Lune, maîtresse du signe, est symbole de la foule, et de la popularité.
La Lune étant, dans un thème masculin, symbole à la fois de la mère et de la femme, le mythe oedipien illustre de façon frappante cette confusion, « noeud » de la condition Cancérienne.
Le Symbolisme lunaire
Les valeurs lunaires et cancériennes coïncident si bien qu’il est difficile de les différencier les unes des autres. On peut dire que l’action lunaire actualise les virtualités cancériennes.
Ce qui frappe d’abord l’observateur, dans le rythme lunaire, c’est la rapidité de son évolution. La lune, « planète » la plus rapide, symbolise la mobilité, la fluidité, les états d’âme changeants. C’est pourquoi, elle préside aux activités quotidiennes humaines.
Par exemple, toute la vie agricole depuis la préhistoire a utilisé les phases de la Lune.
De nombreux textes anciens en parlent, et notamment le poète grec Hésiode, dans les Travaux et les Jours (VIIIe siècle avant Jésus-Christ), ou le poète latin Virgile, contemporain d’Auguste, dans les Géorgiques :
« La Lune elle-même a rangé les différents jours favorables aux différents travaux.
Evite le cinquième : les Euménides naquirent ce jour-là;(…). Le dix-septième jour est favorable à la plantation de la vigne, au dressage des boeufs capturés et au travail des lisses qu’on attache au métier ; le neuvième est plus propice aux évasions, contraire aux larcins. » (Géorgiques, Livre I.)
Pendant la première moitié du XXe siècle, on s’est moqué de ce souci qu’avaient les paysans d’antan de faire coïncider le calendrier agricole avec le calendrier lunaire : la Lune régnait alors sur des civilisations à prédominance paysanne et nul ne songeait à discuter son influence. Or, on s’aperçoit aujourd’hui, à la faveur de récentes expériences en laboratoire, que ces traditions avaient un fondement et que les rythmes lunaires semblent agir réellement sur l’évolution des êtres vivants. C’est peut-être par ce biais, d’ailleurs, que la recherche scientifique redécouvrira l’astrologie : si l’influence de la Lune entre dans le cadre des « certitudes scientifiques », pourquoi ne pas admettre, de façon générale, l’influence des autres astres ? Selon Henri Gouchon, la Lune symbolise « la fécondation, l’absorption, la passivité, le reflet, la nuit, l’humidité, les liquides, le caprice, le changement, la fantaisie, la périodicité, l’imagination, la rêverie, le sexe féminin, l’épouse, la mère, la foule, la vie intime ».
La Lune, symbole féminin
La Lune est symbole féminin, et il est vrai qu’à la regarder, on a l’impression de voir un oeuf, tout rond, tout lisse et tout blanc, ou un ventre maternel, gonflé et tendu par une promesse de vie.
Dans un thème féminin, la Lune revêt une grande importance, peut-être même plus grande que le Soleil, symbole masculin. Elle est d’abord symbole de la mère du sujet, et l’on peut tracer un portrait assez précis de celle-ci en analysant l’état de la Lune dans le thème du natif. Elle donne, soit le portrait objectif de la mère, soit le portrait subjectif, c’est-à-dire la façon dont le natif la perçoit et vit sa relation avec elle.
Pour un homme, la Lune est aussi l’épouse. Et l’on n’a pas attendu la psychanalyse pour apprendre que l’homme recherchait inconsciemment une image de sa mère dans la femme choisie (ou subie). Ainsi, par exemple, un homme dont la Lune est en signe double.
L’interprétation, selon l’état du thème, pourra en être : ce natif a eu deux mères (légales ou affectives, peut-être une mère et une belle-mère, ou une mère et une grand-mère) et il risque aussi d’avoir deux femmes (épouse et maîtresse, ou deux épouses légitimes successives, puisque la polygamie n’est pas admise en Occident).
La Lune serait l’anima de tout homme et correspondrait à son inconscient féminin.
Cette remarque peut aller très loin : les relations que tout homme entretient d’abord avec sa mère, puis avec la femme aimée, sont à l’image des relations qu’il entretient avec Dieu lui-même. Il y a là un mystère très profond. Pour Jean Guitton, l’amour humain « est une initiation à l’amour divin… Les flammes de l’amour, comme dit l’épouse du Cantique des Cantiques, sont les flammes de Yahvé ».
Teilhard de Chardin a écrit : « Le féminin est le Christ transposé dans la Vierge« , et un mystique russe, Merejkovski : « La pudeur cache le sexe, mais le sexe cache Dieu. »
Tout homme, inconsciemment, vit ses relations avec la divinité sur le mode de ses relations avec la femme.
Mais que ceux qui ont une Lune mal aspectée ne se désespèrent pas, une Vénus en très bon état permet de dépasser les obstacles intérieurs. Il ne faudrait jamais oublier que la femme est le dernier être vivant créé, le chef-d’oeuvre final (après que Yahvé-Dieu se soit exercé sur les plantes, les animaux et l’homme). La femme est donc la dépositaire d’un certain nombre de secrets divins (c’est ce qui a motivé la révolte de Lucifer, jaloux des pouvoirs de la femme). La qualité et l’état de la Lune dans un thème indiquent les possibilités spirituelles d’un homme.
A la Lune ont donc été attribuées toutes les qualités ou dispositions que l’inconscient collectif désignait comme « féminines » : l’inspiration, l’intuition, l’imagination, la mémoire, le rêve, la poésie. Mais la Lune maléficiée disposerait au caprice infantile, à l’anxiété, au repli sur soi, à la passivité, à « l’hystérie » (personne ne sait très bien ce que c’est…mais c’est très grave !).
La Lune symbolise la foule, la popularité. On a toujours su que « la foule était femme », et c’est bien ainsi que l’entendent les dictateurs… On parle du « viol des foules » tant il est vrai qu’une assemblée d’hommes (et de femmes) ressemble à la mer, avec ses vagues mouvantes, ses réactions imprévues, sa mobilité… comme la Lune ! Celle-ci indique donc dans un thème la popularité du natif, ses possibilités de contact avec le public, ses talents éventuels de « passer » à la radio ou à la télé, de se faire connaître. Les êtres marqués par une grande impopularité (telle Marie-Antoinette) ont souvent dans leur thème une Lune exilée, dissonante, ou isolée.
Conformément à l’image que se fait l’inconscient populaire de la féminité, la Lune est passive et n’a pas d’agressivité. Amour du changement et mobilité, plasticité, suggestibilité, mais, comme nous l’avons dit dans la symbolique du signe, la Lune n’a pas en elle un véritable dynamisme, elle a besoin de celui de Mars pour la tirer hors de sa passivité. La Lune n’est pas autonome. Image bien conforme d’ailleurs à la réalité astronomique, puisque l’astre est notre satellite, il gravite autour de la Terre, à laquelle il est attaché par les lois de l’attraction universelle.
La Lune, symbole de vie, symbole de mort
Le symbolisme lunaire « colle » parfaitement à celui du Cancer, avec sa passivité et, en même temps, son ambivalence mort/vie.
Il existe toute une tradition sur les relations que les vivants peuvent avoir avec les morts dans les différentes sphères de l' »astral ». Les religions anciennes, et plus près de nous, les spirites, avaient très bien perçu un fait curieux : le contact avec les disparus s’établit mieux par les nuits de pleine lune. D’ailleurs, ces nuits-là, toute personne un peu sensible se sent dans un état second, inconfortable ou euphorique, mais on perçoit très bien qu’il se passe quelque chose à un niveau inconscient. Les meilleurs médiums sont en majorité des femmes et tout lunarien a des pouvoirs parapsychologiques latents, des rêves prémonitoires, une faculté de se relier à l’Invisible, qui déconcerte les rationalistes. La Lune est la planète de l’irrationnel.
La Lune est un astre mort, ce qu’ont confirmé les différentes expéditions lunaires.
Notre petit satellite n’est qu’un caillou sec et nu, d’où la vie telle que nous la connaissons est totalement absente. Mais (et c’est là que nous retrouvons l’ambivalence cancérienne, la Lune, vue d’en bas, d’un point de vue de terrien, préside au cycle de vie : la fécondation, les marées, les biorythmes féminins et ceux que l’on commence seulement à découvrir, les rythmes circadiens…), le développement des bourgeons et des fleurs, la pousse des cheveux. Bref, la Lune régit nos cycles biochimiques.
Astre de vie/astre de mort, la Lune, comme le Cancer, est une porte entre deux mondes. Symbole de la femme qui, elle aussi, est perçue comme donatrice de vie et dispensatrice de mort (histoire de la chute du Paradis terrestre, mythologies orientales et moyen-orientales). La Lune est Eve, mère des vivants ; elle est aussi Lilith (symbolisée par la Lune Noire), créature déviée et porteuse de mort pour les vivants.
La Lune serait un miroir : de même qu’elle nous renvoie la lumière du soleil, elle réfléchirait également sur nous des ondes invisibles venues d’ailleurs, des présences appartenant à d’autres mondes…
Petit « guide bleu » de la Lune
Il me paraît urgent de donner ici au lecteur quelques notions succinctes de la géographie lunaire. On ne sait jamais : si d’aventure on vous propose un voyage sur la Lune, il faut absolument que vous ayez une idée de sa topographie, sinon vous allez vous perdre ! Les « mers » lunaires sont des espaces plus ou moins plats que les astronomes ont baptisés :.mer du Nectar, mer de la Fécondité, mer de la Tranquillité, mer des Crises, mer de la Sérénité, mer du Froid, mer des Pluies, mer des Humeurs, mer des Vapeurs…
N’est-ce pas joli ? Ma préférée est la mer des Nuages.
Il y a aussi l’océan des Tempêtes, et puis quelques petites criques où s’abriter, tout de même : baie des Arc-en-Ciel, baie du Milieu (l’imagination des astronomes, ici, était un peu à sec… probablement à cause du golfe Torride, tout proche). La baie de la Rosée m’enchante, et que dire du lac des Songes ? Quelques autres mers ont des noms plus ennuyeux, pieusement donnés en souvenir de savants illustres (mer de Humboldt, mer de Smyth ou, platement, par manque d’imagination, mer Australe, mer Marginale).
Les volcans éteints, ramonés périodiquement par le Petit Prince (enfant symbole du Cancer !) portent aussi beaucoup de noms illustres : le plus beau est le cratère de Copernic, mais rien ne vous empêche de faire du tourisme lunaire dans les cratères de Platon, Aristote, Képler, Ptolémée, Piccolomini, Condorcet, Firmicus, Joliot-Curie, Edison, Maxwell, Jules Verne (à tout seigneur, tout honneur : ce dernier avait la Lune en Scorpion, extrêmement puissante dans son thème ; il a dû l’exorciser en écrivant : De la Terre à la Lune), etc. Je ne vais tout de même pas vous nommer tous les petits et grands cratères ; à la rigueur encore celui de Tsu-Chun-Chii, parce qu’il est chinois, pays lunaire par excellence (la Chine, pays des ancêtres et Empire du Milieu, est Cancer ascendant Balance).
Il faut que vous sachiez qu’il y a aussi des montagnes sur la Lune : Apennins, monts du Caucase, montagnes du Jura, monts Leibnitz, monts des Soviets, monts Altaï, etc. Pas beaucoup de fantaisie dans ces appellations tout ce qu’il y a de plagiaires : c’est clair, la Lune n’a rien à voir avec la symbolique des montagnes (air, froid sec… alors qu’elle est eau et humidité). Visiblement, les astronomes ont été plus inspirés quand il s’est agi de baptiser des mers. Quoi d’étonnant ? Leur nomenclature est un catalogue des symboles lunaires !
Bon voyage sur la Lune, chers amis lecteurs !
Les marées
Elles nous intéressent à double titre : influence de la Lune et analogie avec le signe du Cancer, signe d’eau amphibie. Une connaissance du phénomène de la marée éclaire beaucoup nos connaissances astrologiques.
Toutes les mers du monde connaissent ces mouvements périodiques. On les remarque particulièrement dans la Manche, mais n’allez pas croire pour autant qu’il n’y a jamais de marée en Méditerranée : à Venise, elle est très sensible, et en Tunisie, au fond du golfe des Syrtes, elle peut atteindre deux mètres d’amplitude. Ainsi, l’influence lunaire règne sur les eaux de toute la Terre, et nulle partie du monde ne lui échappe.
Sur les côtes françaises de la Manche, par exemple, la mer monte durant six heures environ, c’est le flux ou flot. Elle reste quelques minutes au même niveau, on dit alors que la mer est étale. Puis elle se retire peu à peu, c’est ce qu’on appelle le reflux ou jusant qui dure également six heures. Arrivée au point le plus bas, la mer est étale quelques minutes puis recommence à grimper.
Dans notre pays, la mer met un peu plus de douze heures à monter, puis à redescendre : c’est une marée semi-diurne, c’est-à-dire qu’en vingt-quatre heures, on compte deux flots et deux jusants. On voit aussi à quel point la Lune est un astre mobile. Tous les pays du monde, d’ailleurs, n’ont pas une telle mobilité dans leur marée : certains ont des marées diurnes, avec seulement une basse mer et une haute mer par jour (golfe du Mexique). Un troisième type de marées est la marée mixte : deux hautes mers et deux basses mers par jour, mais tantôt ce sont les basses mers qui ont des durées inégales, tantôt les hautes mers, tantôt les unes et les autres. La fantaisie et le caprice lunaires règnent ici, avec une régularité faite de rythmes irréguliers…
A cette pulsation quotidienne, s’en superpose une autre, qui correspond au mois lunaire. Lorsque le Soleil et la Lune sont en conjonction (sizygie), ou en opposition, leurs influences s’additionnent pour donner de très forts déplacements des eaux : on a ainsi les grandes marées tous les quatorze jours environ (ou marées de vive eau). Entre ces grandes marées, se placent les marées de morte eau, où le marnage, c’est-à-dire l’écart entre le niveau des hautes mers et celui des basses mers, est très faible.
A vrai dire, si ce phénomène est connu depuis toujours, on ne l’a jamais complètement expliqué. Il semble que, non seulement l’influence lunaire soit en jeu, mais encore l’onde solaire. La marée est donc due à la combinaison des ondes lunaires, solaires et luni-solaires. Cela nous replonge tout à fait dans le symbolisme cancérien, signe lunaire au solstice lumineux de l’été, signe où le jour et la nuit jouent sans arrêt à cache-cache, où la lune tire la langue au Soleil, signe-charnière entre les deux…
La théorie des marées, due à Newton, comporte beaucoup de points d’interrogation et
d’exceptions inexplicables. En particulier, on se demande toujours pourquoi certaines côtes ont un marnage de quatorze mètres (un vrai mur d’eau) et d’autres de seulement quelques centimètres. Mystères de la Lune, « caprices » de celle-ci, c’est-à-dire influences biophysiques inexplicables pour notre science trop rationnelle.
Le résultat de l’attraction de la Lune se manifeste, lorsque l’astre passe au zénith, par la formation d’un « bourrelet d’eau » (haute mer), qui se déplace avec l’astre. A l’opposé, les eaux sont déprimées en « creux », et ce « creux » (basse mer) se déplace symétriquement.
La Lune et le Soleil ne sont peut-être pas les seuls astres à influer sur la marée, celle-ci est probablement le résultat d’une série d’ondes très complexes. Peut-être d’autres planètes ont-elles leur mot à dire là-dedans… On ne sait.
Les marées provoquent des courants violents, parfois irrésistibles, et qui changent de sens brusquement avec le « renversement de la marée ». Ainsi, l’influence lunaire sur un être est-elle souvent irrésistible, comme la vie même ; c’est un courant qui l’emporte, et le Lunarien passif ne peut que se laisser flotter au fil de l’eau. La Lune est symbole d’instinct, instinct sauvage et puissant qui anime l’homme comme l’animal ou la plante.
Les marées construisent ou démolissent le profil des côtes. Elles déterminent parfois des « marées de vent », et règlent la vie de tout le petit monde des rivages, celui où habite notre crabe préféré. Il n’est pas très facile pour une plante ou un animal côtier (en océanographie, on dit : benthique) de s’adapter à ces perpétuels changements du niveau de l’eau.
Les êtres marins que nous découvrons à marée basse doivent affronter un dramatique problème de survie. Lorsque la marée se retire, grand est le risque d’être désséché par le Soleil : voilà pourquoi le crabe a une carapace, et pourquoi il se cache au fond d’un trou humide de rocher ; il est dans sa nature même d’être secret, d’aimer l’ombre. La vie présente une succession de conjonctures sèches ou humides, comme la marée, et la carapace du crabe lui assure la survie. Crabes, coquillages, algues, poissons, etc. ne peuvent plus respirer à marée basse comme à marée haute. Aussi s’enfouissent-ils dans le sable, ou bien ont-ils un système respiratoire adapté (comme le crabe) à cette double vie : ils se ferment hermétiquement pour retenir leur eau et leur oxygène. C’est ainsi que s’explique la mémoire extraordinaire du Cancer, mais aussi de tous les Lunariens. Voilà pourquoi la Lune est aussi symbole d’adaptation, de souplesse plastique, symbole à la fois de la vie quotidienne et de l’imagination. Lorsqu’on observe ces êtres vivants du rivage, on est émerveillé de découvrir leur richesse d’invention pour survivre dans leur vie quotidienne.
La révolution synodique, ou lunaison, à l’intérieur de laquelle se situent les phases lunaires, s’accomplit en 29,5 jours. On peut en suivre les phases sur les éphémérides, les annuaires de la marée et aussi sur le calendrier des P. et T.
La néoménie ou nouvelle lune correspond à la conjonction des luminaires. C’est le moment où l’astre est invisible. Passant au méridien, en même temps que le Soleil, la Lune ne peut en réfléchir la lumière. Puis, au fur et à mesure qu’elle s’en éloigne, le croissant lumineux apparaît, se précise et croît, jusqu’au premier quartier, 7 jours après la néoménie. Cela correspond, dans le thème natal, au premier carré des luminaires.
La croissance se poursuit jusqu’à la phase d’opposition avec le Soleil, ou pleine lune.
L’opposition des luminaires se situe les 14e et 15e jours après la néoménie. La phase décroissante commence avec le dépassement de l’opposition, jusqu’à la nouvelle lune suivante.
Quelques précisions
Symboliquement, la Lune décroissante faciliterait l’assimilation de tout ce qui a été acquis pendant la Lune croissante. A la Lune décroissante, on abattait autrefois les arbres dont on voulait travailler le bois, afin qu’il ne joue pas, ne se déforme pas. On cueillait, on moissonnait, on engrangeait…
Actuellement, les disciples de Rudolf Steiner éditent un « calendrier planétaire » à l’usage des agriculteurs dans lequel sont indiqués les travaux qu’il convient de faire selon les phases de la lune.
La Lune et le corps humain
La Lune est symbole de l’instinct, de la vie végétative, de tout ce qu’il y a en nous de plus végétal et animal. Certains astrologues disent que la Lune représente le « schéma corporel », c’est-à-dire notre corps physique.
L’influence de la Lune se fait plus marquante pendant la petite enfance (remarquez le visage « lunaire » des enfants, avec de grands yeux et des joues rondes, peu de traits anguleux, et un aspect « humide »).
La Lune régit d’abord l’estomac, l’appareil digestif en général, et ce n’est pas sans relation avec le « stade oral » des psychanalystes, l’enfant étant sous une bien plus grande dépendance de la nourriture que l’adulte. La Lune gouverne aussi la lymphe, le grand sympathique, la vision (mais plus particulièrement l’œil gauche !). Bien entendu, elle préside au fonctionnement de l’appareil génital féminin, à la grossesse, à la naissance.
Le cervelet, la vessie, les tissus adipeux et séreux paraissent dépendre de cette planète, ainsi que, d’après certains, les voies respiratoires.
La Lune mal aspectée rend vulnérable aux maladies de l’appareil digestif : et l’on sait qu’une diarrhée peut être mortelle chez un bébé (alors que chez l’adulte, elle n’entraîne pas la mort). Indigestion, gastralgie, dyspepsie, aérophagie, empoisonnement ou infection d’origine alimentaire proviennent de la Lune et d’ailleurs affectent plus particulièrement la région du corps désignée par le signe dans lequel habite la Lune (par exemple la Lune en Vierge affecte l’appareil digestif au niveau des intestins).
Les troubles de la vue relèvent aussi d’une Lune mal aspectée.
L’influence lunaire se conjugue avec celle de Jupiter pour provoquer l’obésité, la cellulite, les maladies d’engorgement et de pléthore.
Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, le Lunarien ayant peu d’agressivité, il risque, sous une influence extérieure sadique, de tourner sa faible agressivité contre lui-même : aussi est-il extrêmement vulnérable aux dépressions nerveuses, aux troubles mentaux, à tout ce que les siècles passés appelaient la « mélancolie ». L’imagination se transforme en folle du logis chez le Lunarien dissonant, et le mysticisme peu éclairé en obsessions plus étranges les unes que les autres ! On ne peut s’empêcher de penser à Guy Trébert, « l’assassin de la pleine lune » et à tant d’autres que la folie reprend en synchronisation avec le cycle lunaire.
La Mythologie lunaire
Chez les peuples du « Croissant fertile », l’ancienne Mésopotamie, le cycle lunaire représentait symboliquement la puissance de la vie : conception naissance –> maturité – dégénérescence mort.
D’après la tradition babylonienne, la création de l’homme eut lieu à la nouvelle Lune.
Celle-ci était identifiée à la force de régénération perpétuelle du principe de vie. Si la nouvelle Lune termine un cycle, elle annonce aussi le cycle suivant, dont elle amorce la gestation : nous rejoignons le symbole cancérien de l’éternel recommencement : le Cancer, origine, mais aussi fin de toutes choses.
Dans le domaine spirituel, la Lune était significatrice de l’âme humaine en route sur le chemin de son destin. L’âme devait progresser à travers la répétition inlassable du cycle lunaire, qui s’ouvre ainsi sur l’idée d’éternité.
La Lune chez les Sumériens
L’histoire commence à Sumer, tel est le titre du célèbre ouvrage de l’archéologue S. Kramer. L’astrologie aussi, vraisemblablement, puisque l’idéogramme désignant la Lune apparaît à Sumer dès 2600 avant notre ère, avec des significations religieuses, astronomiques et déjà astrologiques.
Chez les Sumériens, le dieu-Lune est familièrement appelé « la Barque ». C’est l’image qu’évoque le croissant lunaire qui, à cette latitude, se présente presque horizontalement.
Cette barque céleste transporte les dieux d’un bord à l’autre du ciel, sous les yeux émerveillés des habitants d’Ur, grands observateurs des astres. Pourquoi les dieux éprouvent-ils le besoin de naviguer ainsi ? C’est pour se préserver du contact impur de la Terre, qui les souillerait. Référence aussi à la géographie du pays mésopotamien, « pays d’entre les fleuves », où l’on se déplace en barque, de marais en marais, dans les innombrables chenaux entre le Tigre et l’Euphrate.
Sin, le dieu lunaire protecteur d’Ur, habite son temple, appelé « Maison de lumière ».
C’est de là qu’il prend le départ pour sa croisière céleste. Ce temple est une « ziggourat », c’est-à-dire une pyramide à étage comme le fut peut-être la Tour de Babel ! Le dernier étage, accessible seulement aux prêtres, est surmonté d’un petit temple d’une blancheur argentée : là est la demeure du dieu Sin. Les officiants, les prêtres, le peuple entonnent avec ferveur les hymnes au dieu-Lune :
« Navire sacré du ciel, grandeur qui s’est faite elle-même, Père dieu-Lune, seigneur de la ville d’Ur,
….Quand tu navigues,
Quand tu grandis, ô navire qui navigues vers le sanctuaire saint, Père dieu-Lune, quand tu navigues comme une barque sur les pleines eaux,
…Quand tu voyages vers Ur dans ton navire sacré,
O seigneur, qui te dépasse ? Qui même t’égale ?…
Que ton nom s’étende sur la mer, et la mer a peur….
Que ton nom s’étende sur les marais, et ils gémissent
Et les pleines eaux, jour et nuit, se calment.
Alors la nef lunaire, « le Grand coureur blanc », vient accoster
A l’embarcadère céleste, et le dieu prend place à bord… »
Ce beau mythe sumérien est le plus ancien mythe lunaire qui soit parvenu jusqu’à nous. Tous les grands thèmes lunaires, ceux du rapport entre la Lune et l’eau, y sont déjà. Mais le thème de la navigation céleste est propre à Sumer et on ne le retrouve guère ailleurs, si ce n’est en Egypte. Sin est à Sumer le dieu de la Sagesse, créatrice du monde (et la syllabe « ur », d’après Marcelle Sénard, est toujours associée à l’idée d’origine).
Ce n’est que tardivement que Mardouk, dieu solaire, évincera l’antique dieu Sin.
La Lune en Egypte : l’œil d’Horus
Dès les premières dynasties, vers 2800 avant Jésus-Christ, Horus est le dieu du ciel.
Il règne sur le ciel et les astres. Le Soleil est son œil droit, la Lune son œil gauche. On le représente sous l’apparence du faucon, oiseau royal dont la larme caractéristique ne sera ajoutée que plus tard, sous le Nouvel Empire.
Horus est le protecteur du pharaon, protection qui s’étend plus spécialement sur le nord du royaume, tandis que le sud est placé sous le patronage de son divin rival, Seth (affreux personnage, à vrai dire, comme vous allez le voir par la suite).
Sous le Nouvel Empire, une refonte des mythes anciens intégrera les nouvelles valeurs représentées par le dieu Osiris. Le pharaon, dès son couronnement, sera identifié à Horus, comme par le passé, mais il est censé succéder à son père Osiris. « C’est Horus incarné, il succède à son père Osiris », dit-on lors de son couronnement.
Horus est donc doté d’une famille : fils d’Osiris et d’Isis, neveu de Seth, il a quelques démêlés avec ce dernier (Seth est le meurtrier de son propre frère, Osiris).
Après le meurtre d’Osiris, la déesse Isis, symbole de la maternité, conçoit miraculeusement, de son époux assassiné, un enfant qui doit venger son père. Pour dérober l’espoir du monde, qu’elle porte dans son sein, à la jalousie meurtrière de Seth, Isis se cache dans un marais pour accoucher. Ainsi, Horus passera sa première enfance dans la clandestinité (référence aux périodes où la Lune est invisible).
Adolescent, Horus sort de son refuge et, avec sa mère, vient prendre sa place parmi les autres dieux. Seth, toujours animé des mêmes mauvais sentiments, ne cesse de tendre à son neveu des pièges pour le faire mourir ou le déshonorer.
Un jour, en se battant avec lui, Seth lance par traîtrise des ordures dans l’œil gauche d’Horus (l’œil symbole de Lune !). L’œil est perdu et s’écoule hors de son orbite : comme la Lune, cet œil du ciel se réduit peu à peu après la pleine Lune, jusqu’à la disparition totale avant la nouvelle Lune. C’est le dieu Thot, dieu des Nombres et du Temps, lié au signe du Cancer, que le tribunal des dieux charge de rechercher l’œil d’Horus. D’après certaines versions, l’œil fut retrouvé dans un filet de pêche (oublié par quelque pêcheur de lune à marée basse...). Selon d’autres sources, quinze dieux s’engagent à reconstituer l’œil sous la surveillance très stricte de Thot : chacun doit ajouter à son tour un produit végétal ou animal relevant de sa compétence divine particulière. Ces quinze dieux, vous l’avez compris, correspondent aux quinze jours qui vont de la néoménie à la pleine lune, après quoi l’œil blessé est complètement reconstitué.
Drame divin de la lutte d’Horus contre Seth, que les Egyptiens voyaient quotidiennement se dérouler sous leurs yeux sur la scène céleste. La phase décroissante de la Lune correspond à la victoire des forces du mal qu’incarne Seth. Elle est la fatalité contre laquelle on ne peut rien (toujours cette idée de fatalité attachée à la Lune). Aussi, aucun rituel particulier n’accompagnait-il cette « descente aux enfers ».
Mais la nécessité de rétablir l’harmonie universelle donnait lieu à la célébration de rites destinés à aider la restauration de l’œil céleste, pendant la phase ascendante de la Lune.
A Edfou, une représentation d’époque tardive (ptolémaïque) montre un escalier de quatorze marches menant à une terrasse sur laquelle une barque en forme de croissant lunaire porte le disque entier, c’est-à-dire l’œil sain. Toute l’opération se déroule sous la houlette du dieu Thot, lequel est associé à la Lune, astre régulateur du temps, donc des nombres, donc des sciences… donc de l’écriture !
Le quinzième jour de la Lune, le grand jour de la pleine Lune, correspond au triomphe d’Horus sur l’abominable Seth ; aussi était-ce le « jour de la fête d’Horus », quelque chose comme un dimanche.
Quant au célèbre « œil Oudjat », c’est l’autre œil d’Horus, celui qui est resté sain !
Il est fardé et marqué de cette larme caractéristique, au coin de la paupière de l’oiseau.
La faveur de cette amulette s’est toujours maintenue au cours des siècles, et on la trouve encore aujourd’hui comme bijou porte-bonheur.
Si en Babylonie, le dieu Sin était solaire, l’Horus égyptien est luni-solaire. En Egypte, contrairement à ce qui se passait à Babylone, la Lune est une divinité souterraine, nocturne.
A Sumer comme en Egypte, la Lune est une divinité masculine, et c’est le cas aussi chez certains peuples d’Amérique centrale. Isis, divinité essentiellement féMinine et maternelle, n’est liée à la Lune qu’indirectement.
La Lune dans la Perse ancienne
Elle était médiatrice entre le monde humain et le monde divin, et, par son intermédiaire, s’établissait la communication entre les sphères célestes et la Terre. Selon les Litanies à la Lune, qui nous viennent de la Perse ancienne (avant l’Islam) :
« Pendant quinze jours, la Lune reçoit des êtres terrestres leurs bonnes actions, et des êtres célestes la récompense [phase croissante]. Pendant les quinze jours suivants [phase décroissante], elle transmet, au contraire, aux êtres célestes, les bonnes actions, et aux êtres terrestres, la récompense... »
Plus tardivement, un poème intitulé les Satisfactions de la Lune reprendra le même thème : « Quand tu croîs, tu fais croître le monde entier créé par Ohrmuzd : de façon la plus visible, l’eau des mers et des lacs, des fleuves et des canaux, et les plantes les plus vertes de nombreuses espèces. La bonne création tout entière jouit d’un bonheur plus grand, tandis que toutes les actions sont mieux accomplies. Car en croissant, tu reçois des divinités célestes la grâce, et en décroissant, tu la distribues à la création d’Ohrmuzd, sur cette terre créée par lui. »
Dans l’Iran ancien (ainsi que chez certains gnostiques de l’ère chrétienne qui ont repris la tradition), la Lune servait de relais à la transmigration des âmes. On croyait que celles-ci migraient dans les sphères célestes après un séjour plus ou moins long dans la mer ; leur purification s’opérait au rythme lunaire du flux et du reflux des marées.
La Lune dans la tradition indienne
Les Upanishad de la tradition védique indienne croient à la métempsycose : les hommes justes, qui n’ont pu échapper au cycle des réincarnations et intégrer le monde du brahmane, dans le Soleil, doivent revenir se réincarner sur la Terre, afin de pouvoir progresser. C’est par l’intermédiaire de la Lune, le dieu Soma, qu’ils pourront le faire. Après la mort, la fumée des bûchers funéraires porte leur âme vers la Lune décroissante, période sombre du cycle lunaire. Puis, après le solstice d’été (0° Cancer), alors que les jours solaires eux-mêmes décroissent, les âmes atteignent le monde des Mânes. De là, elles seront conduites dans la Lune, où elles se fondront dans le dieu Soma en devenant la nourriture de ce dernier. L’appétit du dieu Soma règle la croissance et la décroissance de la Lune.
Ensuite, les âmes redescendent sur la Terre, par l’intermédiaire de la pluie, la mousson surtout, la divine mousson qui vient féconder l’argile et permettre à la vie de renaître.
La pluie donne la sève aux plantes qui nourrissent les animaux, lesquels nourriront les humains (encore qu’en Inde, on soit plutôt végétarien !).
En communiquant sa force à l’homme et à la femme, le végétal animera leur ardeur créatrice et procréatrice et la vie pourra s’incarner de nouveau. Tandis qu’un maillon de la chaîne des transmigrations se ferme, un autre s’ouvre avec l’annonce d’une nouvelle vie. (C’est pourquoi la contraception semble tout à fait aberrante aux croyants indiens : la mort est si peu importante !).
La Lune dans la roue du Tao
Nous en avons précédemment parlé, à propos de l’alternance jour/nuit dans le signe du Cancer. Les rapports de la Lune et du Soleil en cours de lunaison rentrent, bien entendu, dans le cycle chinois de la roue du Tao.
Le Soleil est le yang, le Feu, le Roi.
La Lune est le yin, l’Eau, la Reine.
Au cours de la lunaison, le Roi reçoit, la nuit, un nombre croissant de concubines (au fur et à mesure que croît la Lune). La quinzième nuit, celle de la pleine Lune, est un grand moment.
Cette nuit-là, le roi ne reçoit que la Reine, et leur union symbolise l’accord parfait du yin et du yang. Chacun d’eux trouve cette nuit-là sa parfaite expression, et réalise le Tout. Ensuite, le Roi reçoit de nouveau ses concubines, mais en nombre décroissant durant la phase descendante, jusqu’à la nouvelle Lune.
Personnellement, je trouve ce mythe odieux, parce qu’il dévalorise la Reine et peut laisser croire que le yin est inférieur au yang, la femme à l’homme, etc.
La Lune dans la mythologie gréco-romaine
Chez les Grecs, la Lune n’était pas exactement personnifiée par une seule déesse, mais elle avait trois visages : Séléné, Lune pleine et lumineuse ; Artémis, Lune croissante ou décroissante ; Hécate, enfin, Lune sombre, obscure, absente, qui est là, mais qu’on ne voit pas, la Lune maléfique.
La pleine Lune, la très belle Séléné
Elle représente une plénitude, l’accomplissement de la réalité spirituelle de l’être.
A Séléné sont rattachés le nom propre et le personnage d’Hélène, idée de femme parfaitement belle et lumineuse mais changeante ! « Phaetusa la rayonnante », ou « Euryphaesa, celle qui brille au loin », dit Homère dans l’Iliade. Cependant, Hélène-Séléné, la pleine Lune brillante, est un miracle fragile et de faible durée. Demain sera le premier jour sur la voie du déclin, vers l’obscurité de la nouvelle Lune.
La Lune-Séléné n’occupe qu’une place secondaire parmi les grands dieux de la mythologie grecque, mais plusieurs dieux importants ont des résonances lunaires.
Séléné dérive de sélas, signifiant lumière. Soeur d’Hélios/Apollon, le Soleil, elle est la sage déesse des nuits calmes. Elle parcourt le ciel dans un char attelé de boeufs blancs placides, ou de deux chevaux blancs. (Tandis que son frère Hélios a droit, lui, à quatre fringants coursiers ! Décidément, la misogynie des Grecs était sans bornes !)
Aussi sage et régulière que sa course céleste, l’histoire de Séléné compte cependant quelques aventures amoureuses. Homère rapporte que son charme aurait séduit le roi des dieux, Jupiter/Zeus (ces deux-là, naturellement, étaient faits pour s’entendre, dans la mythologie, comme dans le signe du Cancer !). Le maître de l’Olympe ira même jusqu’à épouser Séléné, par lassitude, sans doute des scènes de jalousie de Junon/Héra. Séléné lui aurait donné une fille : Pandia, la « toute claire ».
Par contre, la passion que Séléné inspira à Pan, dieu barbu, cornu et pattu, fourchu comme un bouc, est assez mouvementée. Comme son nom l’indique, Pan (« tous »), s’était attiré la faveur de tous les habitants de l’Olympe, tous… sauf Séléné. Il était vraiment trop laid, trop -noir. A ses déclarations enflammées, la belle opposait la plus totale indifférence. Mais rien ne pouvait arrêter Pan, qui n’était pas pour rien le fils de l’astucieux Hermès. Couvert de peaux de moutons blancs (ce qui faisait tout de même plus propre), il réussit à s’approcher de Séléné qui ne fit pas, cette fois, la difficile : elle se laissa enlever au fond des bois d’Arcadie.
Ce n’est pas la seule aventure de la calme Séléné, par ailleurs modèle de fidélité.
Du temps où les rois étaient bergers, un simple mortel pouvait épouser une déesse.
C’est ce que fit Endymion, roi d’Elide. La légende ne dit pas si c’est le souvenir de la toison dont s’était revêtu Pan pour la séduire qui décida Séléné à suivre ce charmant berger. Sa mission céleste remplie chaque matin, Séléné retournait dans la grotte derrière le mont Latmos, pour retrouver son bien-aimé Endymion endormi, qui n’attendait qu’elle pour s’éveiller. Il est certain qu’ils ne jouèrent pas seulement à compter les moutons, puisqu’ils eurent cinquante filles, pas moins… Ce mythe attire notre attention sur la fertilité de la Lune et ce n’est pas un hasard si Séléné est déesse de la pleine Lune, donc du milieu du cycle lunaire. Chacun sait, depuis les travaux d’Ogino, que l’ovulation chez les femmes, moment fertile, se produit vers le quatorzième jour du cycle. Prescience des Grecs... Notez que Séléné et Endymion abritent leurs amours dans une caverne : le Cancer aime l’ombre ; la gestation et la naissance se font en secret.
Le sommeil du roi-berger, présenté par certains comme une faveur spéciale de Zeus/ Jupiter, serait, dans d’autres versions, un cadeau de Séléné elle-même, qui y trouve bien son compte : dès qu’elle s’absente, Endymion plonge dans le sommeil, pour ne se réveiller qu’à son retour ; ainsi, pas de tromperie possible avec d’autres femmes… Ce mythe met l’accent sur un certain type de maternité abusive, qui étouffe l’être aimé et le prive de toute autonomie. Endymion, prisonnier de cette possessivité maternelle, vit à travers celle-ci, par procuration, sans jamais pouvoir parvenir à l’état adulte. Thème extrêmement cancérien, illustré de façon frappante par Marcel Proust. Endymion, d’ailleurs, n’était pas un quelconque petit roi-berger de l’époque des pasteurs : il était tout de même fils de Zeus/Jupiter et d’une nymphe, donc à moitié jupitérien (toujours les affinités de cette planète avec la Lune).
Endymion passait pour très beau, et l’idée de vieillir lui était insupportable. Refus de la vie exprimé par le mythe de son sommeil, refus d’entrer dans le monde des adultes, qui enlaidit. Endymion est l’enfant qui ne veut pas grandir, l’éternel Petit Prince d’un monde de rêves où il se réfugie, à l’abri des murs de sa grotte. Il ne se réveille jamais, évitant ainsi la mort.
Certains mythologues pensent que ses cinquante filles perpétuent le souvenir des cinquante « prêtresses de l’eau », vouées à un culte des sources anciennement pratiqué en Elide.
Artémis/Diane :
la Lune croissante et décroissante, belle et froide divinité
Ses attributs ordinaires sont le fameux croissant lunaire qui orne sa chevelure, l’arc de chasseresse et les chiens qui l’accompagnent.
Comme le chasseur-centaure du Sagittaire, l’Artémis de la Lune croissante est en quête d’un idéal, d’un dépassement de sa condition terrestre par le désir. Correspondance, ici encore, entre l’astrologie et la mythologie : le Sagittaire est le signe de Jupiter, exalté en Cancer. Jupiter, personnage à la fois matérialiste, adonné aux jouissances terrestres, mais aussi personnage idéaliste, épris de foi, de bonté, d’idéal.
Dans sa phase descendante, Artémis traduit la tristesse de l’âme qui n’a pas pu se maintenir sur les sommets divins et qui retombe dans sa destinée mortelle.
Artémis (comme tout Lunarien) possède de redoutables pouvoirs occultes : elle sait déclencher les épidémies, et fait mourir qui lui déplaît avec une de ses flèches acérées qui ne manquent jamais leur but.
Ici, la Lune est clairement ambivalente ; symbole de mort autant que de vie : Artémis est chasseresse, et la chasse est oeuvre de mort. Mais elle protège les petits des animaux et les jeunes enfants : ainsi, elle favorise la vie. Comme la mère d’Artémis, Léto, avait accouché sans douleur, les jeunes femmes grecques invoquaient la mère et la fille pendant leur grossesse.
Un jour, dans l’Olympe, assise sur les genoux de son père Zeus/Jupiter, la petite Artémis lui demanda toute une liste de faveurs, parmi lesquelles : une « éternelle virginité », un arc et des flèches, une suite de nymphettes pour la servir, des chiens… Ainsi, la mythologie grecque exprime-t-elle clairement que la Lune n’est pas une planète érotique.
De la tendresse, ô combien ! Mais de la passion physique, non ! Ce sont Vénus et Mars qui incarnent les feux de l’amour. Les Lunariens ne sont pas portés vers les grandes passions brûlantes. Et s’ils le sont, c’est que Mars, Vénus, Jupiter, Pluton, parlent haut dans leur thème.
Artémis, la jeune fille à l’arc d’argent, méprise l’amour et se place d’emblée sur un pied d’égalité avec son frère Apollon, symbole solaire. Son personnage de femme sportive et virile rappelle que certains peuples de l’Antiquité ont perçu la Lune comme masculine (le dieu-Lune des Sumériens, et le dieu luni-solaire des Egyptiens, lesquels étaient sans conteste masculins). En fait, Artémis/Apollon forment un tout luni-solaire, où la Lune affirme son importance égale à celle du Soleil.
L’arc d’argent représente la nouvelle Lune. L’âge des fidèles nymphettes qui suivent Artémis est symbolique : neuf ans. Lo, Lola, Lolita...! Mais neuf ans, c’est 3 fois 9 = 27 jours, durée approximative du cycle lunaire.
Notre déesse exigeait des nymphes de sa cour une chasteté absolue. Et quand j’y repense, je me dis que, vraiment, le Cancer lunaire n’est pas un signe de grands amoureux.
De grands rêveurs, de grands tendres, certes, mais ils ne comprennent rien à ce feu dévorant des passions physiques!
Un jour, l’une des nymphes, la pauvre Callisto, se trouva enceinte. Fureur d’Artémis, qui n’hésite pas et la change sur l’heure en ourse pour la livrer à la meute hurlante de ses chiens. Mais Zeus, pris de pitié, sauva Callisto et la mit au nombre des constellations.
C’est elle que vous voyez brilley là-haut dans les ciels clairs d’été, et que vous appelez « la Grande Ourse » !
Artémis, belle et fidèle comme l’eau, n’était pas tendre non plus avec ses prétendants.
Un jour, Actéon l’aperçut, tout à fait par hasard, en train de se baigner nue dans un étang. Fasciné, il restait là à regarder la déesse qui avait, bien sûr, une réputation de grande beauté. Mal lui en prit : l’impitoyable chasseresse le changea en cerf qu’elle fit courir par ses chiens : il fut dévoré (pour un si mince péché !).
La mythologie raconte encore une autre histoire significative à propos d’Artémis/Diane. Héphaïstos/Vulcain, le dieu forgeron, qui habitait sous les îles Lipari, avait invité notre déesse à visiter sa forge. Tout fier, il lui montra l’oeuvre à laquelle il travaillait : un abreuvoir pour les chevaux marins de Neptune. Artémis fut moyennement enchantée de la visite ; ses nymphettes avaient peur, et puis tous ces Cyclopes étaient si laids, avec leur œil unique sur le front ! Cette caverne noire était si terrifiante que les relations en restèrent là.
Cependant, le mythe souligne ici l’entente, la parenté (on dit aussi la « trigonocratie ») des signes d’Eau. Neptune règne sur les poissons et l’océan, et Vulcain travaille pour lui. Artémis, la Lune, règne sur les rivages (son père, Zeus, l’a nommée gardienne de tous les ports). Quant à Vulcain, établi dans un lieu sombre et secret, à résonance plutonienne, il est lié aux mythes lunaires et certains de ses attributs rappellent ceux du Scorpion (volcan = feu central = Mars, origine érotique rattachée aux mystères des forgerons, domaine à la fois aquatique et souterrain).
Hécate, divinité infernale de la Lune obscure
La nouvelle Lune est assimilée à Hécate, « la lointaine », sombre divinité que l’on représente rôdant la nuit dans le Tartare, accompagnée de chiens hurlants. D’après certaines traditions, elle est la maîtresse de l’affreux chien Cerbère, concierge des Enfers. Elle-même, surnommée « la chienne », ou « la louve », est parfois représentée avec trois corps (ou trois têtes) de chien, de lion, de jument, d’où son nom, Hécate au triple visage. Amie du couple qui règne sur les Enfers, Hadès/Pluton et Proserpine/Perséphone, elle se sent parfaitement à l’aise dans ces lieux sinistres !
Il semble qu’autrefois, chez les tribus préhelléniques, Hécate et Perséphone, liées indissolublement entre elles, aient figuré la mort et la renaissance. De très anciens récits, comme ceux d’Hésiode, tout à fait archaïques, suggèrent qu’Hécate était primitivement honorée comme souveraine suprême du Ciel, de la Terre, des Enfers : d’où sa « maléficiée« .
A une époque reculée, elle n’était donc pas uniquement maléfique. Plus tard, les Hellènes mirent l’accent sur son pouvoir destructeur, et l’on oublia ses attributs créateurs. Peu à peu, Hécate ne fut plus invoquée que la nuit, par les magiciennes de Thessalie ou de Thrace, au cours de séances de magie noire 1. Elle présidait aussi aux rites sanglants des Ménades de Dionysos, et l’on célébrait son culte aux carrefours à trois voies.
La mythologie grecque dit que Zeus avait laissé à Hécate son pouvoir d’accorder à tout mortel la réalisation de son désir. Echo de l’ancien culte de la triple déesse, et du pouvoir redoutable des sorcières de Thessalie. Cette « maléficiée » d’Hécate est peut-être aussi une survivance de l’époque très lointaine où l’année se divisait en trois parties, dont l’une aurait été placée sous l’étoile de Sirius, dans la constellation du Grand Chien.
Toutes les traditions antiques assignent à cette phase de la Lune une réputation maléfique et la réservent aux opérations de sorcellerie, à l’évocation des démons. Il est vrai que cette Lune sombre, invisible, qui est là et que l’on ne voit pas vraiment, dégage une impression de malaise (contrairement à la pleine Lune, qui met bien des gens dans un état d’euphorie). Mais l’aspect démoniaque d’Hécate semble s’être aujourd’hui reporté sur la Lune Noire, qui concentre sur elle tous les aspects négatifs de la Lune.
Les cultes anciens de la déesse-mère
Dans l’Europe préhellénique, les dieux de l’Olympe tels que nous les connaissons étaient inconnus : ils furent importés plus tard, avec les conquérants hellènes.
Avant leur arrivée, le culte le plus répandu était celui de la « Grande-Mère », symbolisée par la Lune, déesse de la fertilité et de la vie végétative. Elle était vénérée autour de la Méditerranée par des sociétés matrilinéaires où régnait le matriarcat.
Les invasions hellènes, en particulier celles des Achéens au mie siècle avant Jésus-Christ, portèrent un coup fatal à cette société matrilinéaire. La Déesse-Mère dut céder peu à peu la place aux dieux grecs, et l’importance de la Lune dans la mythologie régressa.
A l’époque préhellénique, « les trois phases de la Lune – nouvelle, pleine et vieille – rappelaient les trois âges du matriarcat : celui de la jeune fille, de la nymphe (la femme nubile) et de la vieille femme. Ainsi, comme la marche du Soleil au cours de l’année évoquait l’accroissement puis le déclin des forces physiques, jeune fille au printemps, nymphe en été, vieille femme en hiver, la déesse s’identifia aux transformations, selon les saisons, de la vie végétale et animale ; et donc aussi avec la Terre-Mère qui, au début de l’année dans le monde végétal, ne donne que des feuilles et des bourgeons, puis des fleurs et des fruits, et enfin, cesse de produire. Elle fut d’ailleurs plus tard conçue sous forme d’une autre triade : la jeune fille de la sphère de l’air supérieur, la nymphe de la sphère de la terre ou de la mer, la vieille femme du monde souterrain, personnifiées respectivement par Séléné, Aphrodite et Hécate. Ces analogies mystiques renforcèrent le caractère sacré du nombre trois 1″, et la déesse-Lune était toujours adorée sous forme triplice (trois ou multiple de trois).
II semble que les épisodes innombrables de la mythologie grecque, où un dieu de l’Olympe s’unit à une mortelle, traduiraient le souvenir de mariages mixtes entre les envahisseurs, c’est-à-dire les chefs hellènes, et les prêtresses indigènes des cultes lunaires. Les grands dieux de l’Olympe, Junon/Héra en particulier, n’approuvent guère ce métissage, ou ces « amours ancillaires », ce qui traduirait aussi la désapprobation sociale entraînée par de tels mariages entre conquérants et populations locales.
La famille patrilinéaire (celle que nous connaissons encore) gagna peu à peu du, terrain en Grèce, et l’importance de la Lune disparut avec l’ancienne société matrilinéaire.
Comme le dit Robert Graves : « Ainsi, la monarchie mâle gagnait du terrain ; mais bien que le Soleil fût devenu un symbole de fertilité mâle dès le moment où la vie du roi eut été identifiée avec son voyage à travers les saisons, il demeura encore sous la dépendance de la reine, du moins théoriquement, longtemps après que le stade matriarcal eut été dépassé. Ainsi les sorcières de Thessalie, région où l’on était conservateur, avaient coutume de menacer le Soleil, au nom de la Lune, d’être englouti dans la nuit éternelle »
La préhistoire a relevé de nombreuses traces, dans cette période, de la suprématie religieuse des femmes. Des chefs mâles étaient choisis pour la guerre, mais toujours en fonction des règles de la matriarchie : l’oncle maternel de la reine, ou son fils, ou son frère ou encore le fils de sa tante maternelle. Dans une société matrilinéaire, c’est la famille de la femme qui a priorité en matière de succession, de droit, de nom, etc. (Dans notre société, patrilinéaire, c’est le contraire : la lignée mâle prend le pas sur la famille de la mère.)
Cependant, peu à peu, l’aristocratie mâle prit le pas sur la théocratie féminine, et le roi devint le représentant de Zeus sur terre, favorisant le culte solaire.
Les préhistoriens et ethnologues qui se penchent sur l’évolution des sociétés, tant anciennes qu’actuelles, ont relevé de nombreux exemples similaires. L’antique Sumer, qui adorait le dieu-Lune Sin, vivait également sous une société matrilinéaire. Plus tard, Sin s’effaça au profit de Mardouk, dieu solaire. L’ancienne Egypte, à l’époque archaïque, avait connu également des dynasties matrilinéaires. Les Carthaginois adoraient la déesse Tanit, certainement lunaire. Et le Sahara primitif, où la tradition matrilinéaire est restée vivace, rendait un culte à la Lune, déesse-mère. La société targuie (les Touaregs), au moment où les Européens l’ont découverte, avait conservé ce matriarcat qui remonte à la nuit des temps, et grand fut l’étonnement des militaires français de découvrir une société où les femmes participaient de façon si officielle aux décisions importantes.
Le calendrier lunaire
La disparition des cultes lunaires est liée à l’évolution du calendrier. Répandu autrefois dans toute l’Europe préhistorique, le calendrier lunaire comptait 13 mois de 28 jours (c’est-à-dire la durée d’une révolution lunaire). L’année était tripartite, par analogie avec les trois phases de la Lune, dont nous venons de parler. Le calcul du temps selon les rythmes lunaires était certainement plus facile pour les peuples primitifs. La fertilité de la terre et des troupeaux était plus immédiatement, plus visiblement liée aux phases de la Lune, plus tangibles que celle du Soleil.
Dans le calendrier lunaire, la durée du mois, coïncidant avec la durée du cycle féminin, repose sur une identification étroite de la femme avec la Lune. Résumé de l’équation : Lune = Femme = Fécondité = Vie = Terre = Eau...
L’année de 364 jours se divise exactement par 28 : c’était donc un calendrier très pratique, où les fêtes populaires s’articulaient très bien avec la pleine Lune. Un jour supplémentaire, gagné par la Terre en tournant autour du Soleil, était ajouté à la fin du troisième mois (c’est peut-être l’origine de la Chandeleur). Ce jour était consacré à une grande fête, au cours de laquelle la prêtresse de la Lune choisissait un roi, ou un chef militaire, pour l’année qui commençait.
Le grand problème fut longtemps de faire coïncider le calendrier lunaire avec le calendrier solaire (12 mois et 4 saisons). Il semble que l’on y soit parvenu vendant le premier millénaire avant Jésus-Christ.
Pendant des siècles, bien après la généralisation officielle du calendrier julien (solaire), les paysans des régions isolées continuèrent à compter l’année en mois de 28 jours, et en 13 mois… On en trouve encore des échos dans l’Angleterre du mie siècle !
Les trois Parques
Les trois Parques en robe blanche, chantées par Orphée, sont appelées aussi « Moires » chez les Grecs. Elles sont filles de Nyx, la nuit, et devant elles, tous les vivants sont saisis d’une terreur sacrée. Elles représentent les puissantes forces naturelles devant lesquelles l’homme est complètement désarmé, et la fatalité du destin.
Les trois Parques, ou Moires (moira : quartier ou phase) symboles lunaires, correspondent aux trois phases de la Lune. Il s’agit là certainement d’un mythe très ancien, datant de l’époque préhellénique.
La première Parque est Clotho, « la fileuse ». C’est la Lune croissante, la jeune Parque qui tisse les événements de la vie. C’est aussi la moins terrible des trois sœurs.
La seconde, Lachésis, « la dispensatrice », celle qui mesure le fil, est l’image de la pleine Lune. C’est elle qui, en détournant la tête, tire au sort le lot de hasard et de chance qui reviendra à tout humain. Cette « part de fortune » est inaliénable, il peut en jouir en toute sécurité ! Mais malheur au mortel qui essaie d’obtenir plus qu’il ne lui a été dévolu par le sort, car il empiète sur les prérogatives des dieux ! Il se désigne ainsi à la vindicte des Parques. Ce thème sera l’un des ressorts-clés de la tragédie grecque antique.
Nous avons été programmés pour un destin, nous ne devons pas chercher à lui échapper, telle est la morale qui se dégage du mythe des Parques. (Le nom « Lachésis » a été donné à un serpent sud-américain très venimeux, dont la morsure donne la mort. « Lachesis mutus », c’est-à-dire la dilution de ce venin, est un remède très utilisé en homéopathie !) La troisième Parque, Atropos, l’ « inévitable », celle à qui l’on ne peut échapper, est la plus puissante et la plus redoutée des trois sœurs. C’est la plus petite et la plus méchante.
Elle correspond à la phase descendante de la Lune, qui s’obscurcit peu à peu jusqu’à la néoménie, et que nous avons déjà vue personnifiée par la terrible Hécate. A l’heure de la naissance, Atropos grave sur une pierre l’heure de la mort. L’échéance arrivée, elle tranche inexorablement le fil de la vie, et nul ne peut la faire fléchir. (Mais il y a des exceptions, voir plus loin !)
Les trois sœurs habitent dans une caverne (symbole de nuit et d’obscurité), auprès d’un étang (la Lune liée à l’eau) dont le trop-plein s’écoule par l’ouverture de la grotte. On re- connaît là l’image de la clarté lunaire filtrant entre les nuages, dans la description poétique qu’en firent Orphée et ses disciples. A cette clarté lunaire se réfère aussi la blancheur de la robe des trois sœurs.
Le passage de la société matriarcale, préhellénique et adoratrice de la Lune, à une société grecque patriarcale, se marque dans les relations entre Zeus et les Parques. Le mythe hésite visiblement, et l’enjeu est important : il s’agit de savoir qui, de Zeus ou des Parques, détient le pouvoir suprême, celui de décider de la vie et de la mort.
Dans les versions les plus anciennes, les Parques ont un pouvoir absolu sur la vie des hommes. Dans les versions plus récentes, coïncidant avec la conquête hellène et l’effacement du culte lunaire, Zeus domine les Parques. Il les informe de ses décisions, certes, mais il a aussi le pouvoir de les obliger à changer d’avis ; il intervient pour leur imposer ses décisions.
Si les versions anciennes disent que Zeus lui-même tremble devant les Parques, il est dit ailleurs que les Parques s’inclinent devant lui. Zeus s’appelle parfois « le maître des Parques », puisqu’il prétend au pouvoir suprême sur les destinées humaines.
Une autre légende concernant les Parques est très significative. Il s’agit de l’épisode d’Apollon, venu rendre visite aux trois sœurs dans leur caverne. Il veut obtenir la grâce de son bienfaiteur et ami, le roi Admète, qui a eu la révélation de sa fin prochaine.
On sent qu’il s’agit d’un duel Soleil (Apollon) – Lune (les Parques) que la mythologie règle au profit du premier. Ce qui rappelle tout ce dont nous avons parlé plus haut, à propos de l’effacement des cultes lunaires de la Grande-Mère au profit d’un culte solaire. Face aux intraitables sœurs, Apollon a recours à la ruse : il leur fait boire du vin.
L’ivresse aidant, elles acceptent de retarder un peu le coup de ciseaux fatal qui doit trancher le fil de la vie d’Admète. Elles y mettent toutefois une condition : que l’un des proches du roi accepte de se substituer à lui, car la mort réclame son tribut.
Bien entendu, personne ne veut se sacrifier. Seule Alceste, l’épouse d’Admète, s’offre par amour, à le remplacer. Après avoir fait des adieux touchants à sa famille, à son mari, à la lumière du jour, Alceste avale un poison et s’abandonne à la mort. Mais aussitôt qu’elle a rendu le dernier souffle, Admète regrette d’avoir accepté son sacrifice. Car sans une telle épouse, la vie a perdu tout goût et toute couleur, et ne vaut plus la peine d’être vécue.
Perséphone, reine des Enfers, très choquée (dans son féminisme) qu’une femme se sacrifie à la place de son mari, renvoie Alceste vers la lumière du jour.
Dans d’autres versions du mythe, Admète fait appel à un ami, Héraclès/Hercule.
Toujours prêt à en découdre pour la bonne cause – et bon prince puisque c’est un jupitérien – le héros se fait le champion d’Admète. Le jour où Hadès vient chercher Alceste, c’est-à-dire le jour des funérailles, Héraclès survient avec sa célèbre massue (en bois d’olivier sauvage : détail important puisque l’olivier est sacré). Il s’attaque à Hadès en combat singulier et finit par en triompher, arrachant Alceste à la mort, et du même coup, Admète.
Notez l’intervention d’Héraclès, personnage très cancérien, comme nous l’avions vu plus haut. Les cycles lunaires et cancériens sont si étroitement imbriqués les uns dans les autres qu’ils ne sont pas facilement dissociables.
Les versions successives du mythe trahissent, ici encore, l’évolution de la société : dans la version ancienne, Perséphone refuse le courageux sacrifice d’Alceste. Nous sommes encore dans une société matriarcale où Perséphone, comme la Grande Prêtresse, a tous les pouvoirs.
Dans une version plus tardive, intervient Héraclès, qui incarne la volonté de Zeus; Héraclès est un symbole jupitérien, et nous sommes cette fois dans une société patriarcale où règne Jupiter/Zeus/le Soleil, tandis que la Grande-Mère lunaire est tombée dans l’oubli.
Je dois dire que ces histoires très pittoresques de dieux et de déesses sont infiniment plus amusantes que les mythes de la Déesse-Mère, dont les statues retrouvées ici et là ne sont guère affriolantes avec leur gros ventre et leurs multiples seins…
Il semble que, dans les mythologies, tout ce qui est triple (ou multiple de trois) se rattache à cette période des cultes lunaires. Triple Hécate, trois Parques, neuf têtes de l’hydre de Lerne, etc., en référence aux trois phases de la Lune.
Le culte lunaire de la Déesse-Mère, symbole de fertilité et de vie végétative, correspond à un stade culturel « primitif » de l’humanité. Si les peuples évoluent ensuite, les uns après les autres, vers un culte solaire et une société patriarcale, c’est tout à fait dans la logique de l’astrologie : le mois du Cancer, signe de la Lune et de la gestation, précède le mois du Lion, signe du Soleil et de la maturité 1. Tout se passe comme s’il existait un ordre naturel et astrologique des choses, auquel les individus, tout comme les sociétés, ne peuvent échapper. On ne peut s’attarder éternellement au stade du Cancer : il est fait pour être dépassé, et chacun doit parvenir à la pleine lumière solaire, à l’autonomie, à l’affirmation de soi.
La Lune et la Bible
La Lune apparaît dès les premières pages de la Genèse, comme l’un des deux luminaires qui « servent de signes pour compter tant les fêtes que les jours et les années ». L’éclipse de Lune est interprétée comme une manifestation de la colère divine, et sera l’un des signes du Jugement dernier. Plusieurs passages des Ecritures parlent de la Lune qui perdra « le tiers » de sa clarté, et se transformera en sang. La Lune est donc associée ici aussi, comme dans le signe du Cancer, à la fin de toutes choses.
Selon Isaïe, lorsque Jérusalem sera rétablie, la Lune sera aussi brillante que le Soleil, mais aucun des deux luminaires ne sera vraiment nécessaire pour éclairer la Jérusalem éternelle, puisque la lumière de l’Agneau divin y suffira.
L’Ancien Testament interdit les cultes lunaires (Deutéronome, IV/19 et XVII/3), considérés comme une épouvantable idôlatrie.
Encore actuellement, la date de Pâques dépend de la première pleine Lune de printemps, et l’on pense que cette fête chrétienne majeure a pris le relais d’une fête lunaire bien plus ancienne.
Pour les catholiques et orthodoxes d’aujourd’hui, la Vierge Marie, Mère de Dieu, résume en elle tous les symboles antiques ayant trait à la Grande-Mère et à la Déesse-Lune.
Dans les litanies, elle est appelée « Etoile du matin » et « Porte du Ciel ». Nous avons vu plus haut que c’était également l’une des significations du signe du Cancer. Un très grand nombre de sanctuaires mariaux actuels, tel celui de Chartres, ont pris le relais d’anciens sanctuaires consacrés à la Déesse-Mère lunaire, ainsi que l’attestent d’innombrables fouilles.
La Vierge-Mère, comme l’ont souligné les exégètes, réunit en elle les trois visages de la Lune : la brillance de Séléné, la virginité d’Artémis, les pouvoirs mystérieux d’Hécate sur le monde invisible (mais de cette figure n’est retenue que l’aspect bénéfique et positif).
La prière des chrétiens Ave Maria se réfère explicitement à ce pouvoir de Marie sur l’Hadès : « Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort… »
Mais les textes les plus frappants à cet égard sont certainement ceux de l’Apocalypse de Jean.
Au chapitre mi : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une femme ! Le Soleil l’enveloppe, la Lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête. »
Devant la Femme apparaît un énorme Dragon rouge feu, à dix cornes (symbole lunaire très classique, attribut de toutes les divinités lunaires anciennes, attribut également du Taureau où la Lune est exaltée… Cette mention des cornes revient plusieurs fois dans l’Apocalypse). La queue du Dragon « balaie le tiers des étoiles » (notez la référence au chiffre trois). Suit un duel fantastique entre la Femme et le Dragon, la Femme symbole de vie, qui enfante, et le Dragon, symbole de mort, qui cherche à dévorer l’enfant nouveau-né.
Le Dragon transmet ensuite son pouvoir à la Bête, qui a deux cornes. Dragon et Bête ont visiblement repris l’héritage de la terrible Hécate. D’après Jean, la Bête et le Dragon sévissent au bord de la mer, et le récit est rempli de références à l’eau, tant mer que rivières et fleuves, élément lunaire et cancérien. On peut le voir aussi comme un gigantesque combat entre les éléments, entre le Feu et l’Eau… Les deux monstres fabuleux sont porteurs d’un feu maléfique, qui détruit l’ordonnance de la Création en perturbant dramatiquement l’équilibre des eaux, en brûlant tout sur leur passage – car leur domaine d’origine est l' »abîme n, r « étang de soufre et de feu ».
De la gueule du Dragon et de celle de la Bête surgissent trois esprits démoniaques : on pense aux Parques.
Vient ensuite la frappante description de la ruine de Babylone : « Babylone la Grande, la Mère des prostituées, portée par la Bête à cornes… »
Je résume : il semble que la Femme, image de Marie, Mère de Dieu, concentre en elle toutes les puissances bénéfiques de la Déesse-Mère lunaire et du signe du Cancer (gestation, naissance, vie éternelle) tandis que la Bête et le Dragon héritent de toutes les puissances maléfiques d’Hécate, de Lilith, des Parques.
Dans la théologie chrétienne, trèsoptimiste, la Vierge-Mère abattra définitivement le Dragon : « La Mort et l’Hadés sero,t jetés dans l’étang de Feu pour les siècles des siècles ». Tandis que « la mer rendra les morts qu’elle gardait, ainsi que l’Hadès ». (XX,13).
Caractérologie générale du Signe
Clair de Lune
« Il y a un peu de la folie de la Lune dans tout Cancérien« , a dit Linda Goodman, remarquable astrologue anglaise. Sans doute est-ce par là qu’il faut commencer, pour parler de ce personnage controversé qu’est le natif du Cancer. Le coup de Lune. S’est-il trop longtemps exposé, originellement, aux clairs étranges de cet astre, troué de cratères noirs ? Porte-t-il un peu du déchirement que l’on ressent au moment où explose l’été, lorsque l’automne est si proche, avec ses retombées de lumières ? La contradiction du signe apparaît aussitôt : signe d’été, mais de nuit. Signe de chaleur, de lumière, de rayonnement, mais enfermé sous sa carapace, protégé et limité par ses énormes pinces qui entravent son mouvement, vivant dans l’ombre des rochers ou des océans : il en existe même qui sont aveugles, dans les grands fonds abyssaux. J’ai souvenir d’une petite fille hurlant de terreur devant un crabe impressionnant qui s’était caché dans sa chaussure (il a honte de lui-même, le crabe, il essaie de ne pas se montrer) ; lorsque j’ai extrait de sa cachette, à l’aide d’une petite branche, cette bête aux pinces énormes, à l’allure réellement effrayante, elle s’est arrêtée courageusement devant ma branche, qui la titillait sadiquement, et a fait quelques mouvements pathétiques, pitoyables et sans aucune efficacité, pour défendre sa peau. Toute la psychologie du Cancérien est résumée là : en permanence sur la défensive, mais totalement démuni et désarmé face à l’attaque directe de l’adversaire. Outre que le pauvre crabe n’attaque lui-même jamais que par malentendu : il avait cru trouver un abri sûr dans la chaussure de la petite fille !
Seule victoire : l’échappée
Mais revenons à la Lune qui gouverne, dit-on, notre Cancer. Il est probable que, comme cet astre à l’éclat inquiétant, le Cancérien ait une face cachée qui n’apparaît jamais en même temps que la face visible. J’irai même au-delà de cette image : plus il fait briller sa face visible, plus il cache l’autre. C’est pourquoi les êtres du Cancer apparaissent comme des gens imprévisibles, aux actes et aux réactions inattendus, voire surprenants. Leur seule défense est de se soustraire à la compréhension et au regard d’autrui. N’oubliez pas que l’attaque leur est inconnue. Leur personnalité, entièrement construite sur un mode défensif, se trouve affaiblie par la protection même dont ils s’entourent : comment aller de l’avant avec toutes ces entraves ? De fait, ils ne vont pas de l’avant. Ils vont de biais. Ils ne connaissent que les transversales pour se rendre d’un point à un autre. D’où l’impression qu’ils donnent d’échapper. C’est leur force, leur seule arme, et leur salut dans bien des cas : l’échappée. La fuite de côté. La disparition vers le rêve, le sommeil, la création, l’enfantement, l’autre monde, en quelque sorte. Ce n’est pas, comme on l’a dit, un refus du réel : c’est la seule défense du Cancer attaqué. Le Scorpion agressé va élaborer une stratégie raffinée, complexe, quasi perverse, qui utilise les armes de l’agresseur plus son intelligence et son intuition supranaturelle pour répondre à l’agression. Le Cancer, en revanche, est démuni devant une offensive. Il ne sait pas comment répliquer, il ne sait même pas qu’il peut répliquer. Il cherche seulement à se protéger des coups, puis à éviter que les coups ne se reproduisent. Or, comment mieux se protéger des coups, éviter de les voir se reproduire, qu’en disparaissant, corps et biens ? Sur ce terrain, le Cancérien est à l’aise. Il connaît toutes les gammes de la non-présence, il en joue avec virtuosité, il fait même preuve d’une invention et d’une ingéniosité rares en ce domaine car il ne disparaîtra jamais deux fois de la même façon, il ne se dérobera jamais par les mêmes sorties, il ne fuira jamais aux mêmes moments. Il y a la fuite classique dans le sommeil. Le Cancérien, qui dort beaucoup, se défend ainsi des agressions du jour (chauffards en voiture, mauvais caractère du patron, collègues désagréables, etc.). Il y a la dérobade par l’oubli. Le « Ah ! j’ai oublié », caractéristique du Cancer, représente une vigoureuse protestation, sachez-le. Et sachez découvrir contre quoi, car il ne vous le dira jamais, lui.
Il y a l’absence présente. Je suis là mais je ne vous vois ni ne vous entends, semble dire le Cancérien lorsqu’il est contraint, mais vraiment contraint, d’assister à un -dîner qui l’ennuie, par exemple. « Il est dans la lune », commentent ses proches. Et rien n’est plus faux. Il est là, bien là, mais il refuse par tous ses pores d’y être. C’est le champion de la résistance passive. Et s’il ne veut vraiment pas faire quelque chose, rien au monde ne le fera changer d’avis. Il échappe à toute manipulation avec une obstination que je qualifierais de sereine. Mais il sait vouloir – et obtenir – avec la même obstination. Sereine. Tenace.
Tout ce qu’on invente est vrai
(Flaubert)
Revenons aux fuites du Cancer. Le sommeil, le rêve, l’absence sont ses fuites de tous les jours, ses petits écarts de langage à lui. Mais sa grande force, son véritable pouvoir, son atout majeur dans l’existence résident dans sa faculté de créer. Connaissez-vous de plus belles échappées que celles de l’imagination ? Il crée – ou recrée – tout ce qui l’environne.
Par la parole, d’abord. Ce qu’il raconte avoir vu, entendu, correspond peu ou mal avec ce que le vulgum pecus aura vu et entendu au même moment. Le Cancer exagère toujours, avec foi. « Exagérer, disait d’ailleurs un poète, c’est commencer d’inventer. » Il invente par la parole, donc. Mais aussi par le geste, (pour remplacer simplement un objet dans un tiroir, il peut avoir des mouvements totalement farfelus), par le regard (il voit toujours, dans un dessin, sur une photo ou dans le noir, des figures d’une richesse et d’une complication rares, ce qui est extrêmement frustrant pour le non-Cancérien se trouvant à proximité), par l’écoute (au cours d’un dîner où un charmant écrivain projetait de donner « une ou deux petites conférences en province, peut-être dans une grande librairie », une jeune voisine, à l’ouïe parfaite au demeurant, répondit avec une réelle ferveur : « Une ou deux conférences dans une grande prairie, c’est une bonne idée, mais au printemps, alors ? » Elle était bien née sous le signe du Cancer…)
Qu’ils soient employés de bureau, femmes au foyer ou conducteurs d’autobus, nos Cancériens sont profondément, fondamentalement créatifs. Vous ne vous en rendez pas nécessairement compte sur-le-champ, mais observez-les un moment et vous comprendrez ce que je veux dire. L’employé de bureau va s’installer, un beau matin, dans le fauteuil réservé au visiteur, parce que « ça lui donne l’impression de ne pas être •là », la femme au foyer vous servira une salade de concombres à la crème car « elle n’avait pas assez de fromage pour faire un soufflé » (inutile de chercher le rapport de cause à effet) ; quant au conducteur d’autobus, vous ne me croirez pas, mais il changeait ses itinéraires en fonction des nécessités de ses usagers ! « Alors que la majorité des humains redoute le chaos, le désordre d’un monde intérieur écroulé, sans repères, le créatif supporte cet état de choses insécurisant entre tous… Il choisit le doute, il choisit le défi… La traversée du désordre ressemble souvent à une traversée du désert. »
Ferme les yeux, et tu verras
(Joubert, « Pensées »)
On a trop parlé de la rigidité défensive du Cancer, on ne parle pas assez de la richesse de son univers intérieur, richesse inversement proportionnelle à la « pauvreté » de sa présence. S’il parle peu et mal en société, s’il a l’esprit d’escalier, s’il apparaît souvent comme quelqu’un de « doux et transparent », c’est que toute son énergie est utilisée, intérieurement, à élaborer son monde personnel. On dit aisément qu’il refuse le réel.
Or il s’agit, beaucoup plus souvent, d’une orientation de l’intelligence : la sienne choisit de créer plutôt que d’administrer. Dans une certaine mesure, le réel est chose acquise, sûre, stable, pour le Cancérien. Il a, plus vite qu’un autre, décelé les tendances psychologiques fondamentales de son entourage ; mais une paresse naturelle l’incline à ne pas en faire état. Il sait mais ne laisse pas apparaître qu’il sait. Curieux d’autrui, attentif à toute singularité, il semble glisser d’un air bonhomme et distrait sur les êtres et les choses.
La boutade délicieuse de Woody Allen : « La réponse est oui. Mais rappelez-moi donc la question ? » paraît avoir été spécialement inventée pour éclairer la psychologie du Cancer. Affable et apparemment absent, il gagne du temps dans le dialogue pour observer, comprendre, définir la personne qui lui parle. D’où sa rapidité à saisir ce qui l’intéresse de la réalité. Pour pouvoir, bien sûr, s’échapper à nouveau. Comprenez-le : il y a tant de secrets à déchiffrer, tant d’inconnu à saisir, à maîtriser, à absorber dans l’occulte, la nuit, la face cachée de toute chose vivante ! « Il serait très imprudent d’assimiler sa fuite devant les mondanités à l’introversion du misanthrope ou à celle de certains névrosés. Ses relations et ses échanges avec le réel sont tout à fait excellents et actifs lorsqu’il s’agit d’y rencontrer quelque chose de piquant pour l’esprit, d’en recevoir des messages susceptibles d’alimenter une recherche. »
Comme le Sagittaire est un aventurier de la terre, comme le Verseau est un aventurier de l’espace, le Cancer est un aventurier de l’esprit. « Pas de vision privilégiée, pas de certitude enclose, de murs définitifs, mais une forme d’accueil, d’ouverture qui va accorder un droit d’entrée à ce qui peut devenir perturbant.' » Ce droit d’entrée à ce qui dérange explique en grande partie le succès qu’ont rencontré les « Radioscopies » de Jacques Chancel (forte signature cancérienne avec le Soleil, Lune et Mercure en Cancer) : ne s’est- il pas appliqué à rechercher, à détecter, à transmettre l’aspect inattendu, singulier, fragile d’une image publique, jusque-là figée sous son aura ? N’a-t-il pas inventé un nouveau journalisme par ses questions fouillées, intimistes et foncièrement originales ? En un mot, n’a-t-il pas dérangé l’ordre établi, dans son métier ? Car personne, avant lui, n’avait songé à « déplacer » un invité, à le sortir des conventionnels pourquoi, à solliciter l’envers de la médaille.
Cette notion de dérangement psychique est capitale, chez le Cancer. Comme il accepte que « son système de pensée se fissure, se délabre, s’effondre », comme il est prêt à remettre en cause toutes ses convictions intellectuelles, ses certitudes mentales – d’où l’impression de flottement qu’il donne souvent – si une nouvelle information vient détruire son organisation cérébrale, il compense cette extraordinaire disponibilité psychologique par des barrières physiques notoires. Très sélectif affectivement, il se refuse aux « relations », aux contacts superficiels et ne fait aucun effort de concession aux exigences sociales. Là se retrouve la notion de fermeture souvent mentionnée à son endroit : il s’économise, il réserve ses forces vives à ce qui l’intéresse, lui.
Car il s’est constitué sa propre échelle de valeurs, hautement définie, avec ce qui mérite son attention, son temps, son énergie, et qui ne le mérite pas. Il préfère être seul qu’avec « des gens » indifférenciés, interchangeables. Cette sélectivité fait qu’il est très aimé de ses amis et très critiqué de tous les autres. S’il était vrai que le Cancer soit si avide de sécurité, comme l’affirme l’astrologie traditionnelle, je doute qu’il ait aussi fortement ancrée en lui cette capacité d’exclusion. Car exclure, c’est directement s’exposer à être abandonné.
Or, sous des apparences douces, accortes, c’est la personne la plus sauvagement individualiste du Zodiaque. C’est dans cet isolement que notre natif récupère ses forces vives. En effet, comme il se dépense beaucoup plus qu’un autre dans l’absorption de toutes les informations insolites que lui prodigue sa journée, ou qu’il sollicite lui-même avec insistance, il est littéralement épuisé, la nuit venue. Et la digestion spirituelle de ce qu’il a stocké, pour sa re-création, son alchimie inventive, se fait dans le sommeil. « Rêver et révéler, disait Queneau, c’est à peu près le même mot. » Ah ! le sommeil du Cancérien. C’est un puits sans fond, des dizaines et des dizaines d’heures, perdues pour les autres, gagnées pour lui.
Car le sommeil est porteur de rêve, aliment précieux entre tous, denrée complexe, richissime, sève des jours : le rêve est sa preuve qu’il existe un autre monde, un autre temps qui ne connaît ni montres ni réveils, un autre espace, bien plus grand, bien plus fou. « [Dans le rêve], le territoire d’exploration n’a plus de haies, il devient aussi libre qu’un continent sauvage sans frontières. Le chercheur balaie ainsi un champ de mémoire infiniment plus étendu que celui qu’il parcourt à l’état de veille.] » La folie ou ses confins, l’immensité étrange et pleine d’ombres du champ de conscience, l’existence pressentie d’une vraie image derrière les apparences des apparences, tout cela porte le natif du Cancer à voyager de plus en plus loin dans sa nuit, de plus en plus profond dans ses fantasmagories.
On peut expliquer la fascination qu’exerce sur lui l’univers de l’inconscient par la sensation qu’il a d’approcher, ainsi, la mort. Car la mort suscite en lui une obsédante angoisse qui pourrait bien expliquer, d’ailleurs, son éternel besoin de créer. En créant, peut-être annulera-t-il les siècles, donc la mort de l’âme ? C’est une hypothèse. N’oublions pas qu’à l’origine, ce signe était considéré comme le plus fécond du Zodiaque, et pour les femmes, il symbolise la maternité. Or, qu’est-ce que la fécondité, sinon le refus de la mort ? Quant au passé, que l’on attribue de façon privilégiée au Cancer, je crois, comme l’a dit Jean-Paul Sartre, que « c’est un luxe de propriétaire » : peu de natifs du Cancer se l’offrent pour la simple raison que l’aventure, même si ce n’est qu’une aventure de l’esprit, ne s’accommode guère du mouvement rétrograde que demande le souvenir.
A la recherche du temps échappé
Or je me permettrai de citer ici, dans le désordre, un certain nombre d’affirmations qui me choquent, moi, native du Cancer : « Intellectuellement, l’inhibition blocage suggère la mémoire comme faculté dominante du signe. » (J.P. Nicola, La Condition solaire.). « L’émotivité encourage la subjectivité, fait naître dans le cœur inquiet des poussées anti-intellectualistes, des croyances-refuges, des vérités qui n’aboutissent à rien. » (André Barbault, Cancer.) « Sa personnalité se développe dans un monde d’imagination, de rêves, de souvenirs qui parviennent à dénaturer la réalité objective. » (Paul Colombet, Initiation à l’astrologie.) Etc.
Cette façon de limiter mon fantasque signe du Cancer au souvenir, au passé, à la mémoire me choque, disais-je, et voici pourquoi : si le passé peut l’intéresser, et cela arrive beaucoup moins qu’on ne le dit, c’est seulement dans la mesure où il lui échappe. Tout ce qui échappe au Cancer requiert son attention particulière. Le passé en général ou son passé à lui, dans ce qu’ils ont de définitivement incompréhensible, inexplicable, inclassable (il faudrait remonter le temps pour comprendre les mécanismes de l’histoire, et qui peut y parvenir ?) l’attirent : parce que la clé de l’énigme ne lui sera jamais fournie.
Le Cancérien est un grand interrogateur. A la différence des Gémeaux qui questionnent sur la surface des choses, le Cancer interroge et s’interroge en profondeur. D’apparence indifférente, c’est un être passionnément curieux qui, au lieu de demander pourquoi, cherchera comment. Tout se passe souvent à l’intérieur de lui-même jusqu’à ce qu’il trouve seul des réponses aux problèmes qu’il se pose. Son instinct le pousse à ne retenir des autres que ce qu’ils ne disent pas, à n’enregistrer que leurs silences, à ne tenir compte que de leurs actes et non de leurs intentions. (« Il n’y a pas d’amour, disait le Cancer Cocteau, il n’y a que des preuves d’amour. ») Tout cela fait une personne aux relations difficiles, qui manque de complaisance, et qui est souvent maladroite. Le vrai Cancer ne sait pas parler, parle peu et de travers, utilisant juste les mots qu’il ne faut pas utiliser. C’est pourquoi il écrit si bien. Il compense cette réelle impuissance relationnelle par une très forte attirance pour l’écriture. Le papier ne le regarde pas dans les yeux, ne le trouble pas, ne lui parle pas, et surtout, le papier a tout son temps, ce qui n’est pas toujours vrai des gens qui l’entourent. Et notre pauvre Cancer est un lent. Un curieux, profond mais lent. Trop lent pour les dialogues, les échanges oraux, les reparties fusantes. Le temps de comprendre le deuxième, le troisième et le quatrième sens de ce qu’on vient de lui dire, l’autre est reparti pour Saint-Petersbourg.
Avoir, être ou paraître ?
Si l’on appliquait les deux modes d’existence proposés par Erich Fromm : Avoir ou Etre ? 1 aux douze signes du Zodiaque, on découvrirait que quatre signes seulement peuvent entrer dans le mode du pur être : le Bélier, par action, le Cancer, par intériorisation, le Verseau par projection et les Poissons par oblation. Les huit autres signes participent soit du mode avoir : Taureau, Vierge, Scorpion, Capricorne, soit d’un dérivé de l’être que j’appellerais le paraître : Gémeaux, Balance, Lion, Sagittaire (or, pour paraître, il faut tout de même avoir).
Le Cancer donc, après le Bélier, cherche à exister. Il ne possède rien et posséder ne l’intéresse d’ailleurs pas. Un vrai Cancérien ne gagne pas beaucoup d’argent et n’en dépense pas non plus. Ses rapports avec ce qu’il est convenu d’appeler les biens matériels sont à base d’indifférence notoire. Vous ne verrez que des objets utiles ou affectifs dans l’environnement du Cancérien, et s’il arrive qu’ils aient de la valeur, c’est un hasard.
De surcroît, il l’ignorait. Le Cancer vit souvent dans le désordre – n’oubliez pas que pour lui, le paraître n’existe pas – ou bien, l’univers dans lequel il vit est aménagé pour les autres, sa famille ou ses amis, mais pas pour lui. Le Cancer pur n’investit jamais vraiment un lieu, ni un pays, ni une maison, ni des choses. Son territoire intérieur est trop immense pour lui permettre de voir l’accessoire, c’est-à-dire l’extérieur. Il vit une maison, il n’y vit pas. Autrement dit, la maison ne lui apparaît pas en tant que maison (avec des portes, des couloirs, des murs, que sais-je ?) mais en tant que réceptacle de ses pensées, de ses impressions, de son affectivité. S’il n’a pas la sensation psychique d’être reçu, enveloppé, conforté, inconditionnellement accepté par le lieu qu’il occupe, il ne s’y trouve déjà plus.
Et c’est irrémédiable, car il peut rester des années à l’endroit où il ne se trouve pas en y étant. Sans l’habiter. Cette sensation horrible que donne le Cancérien d’être absent du lieu même qu’il occupe, je ne souhaite à personne de la vivre : dans ce domaine comme dans bien d’autres, il est impossible d’entamer son être profond. Il est le plus fort puisqu’il ne cherche pas à l’être. C’est lui qui a le plus, du fait qu’il ne cherche pas à avoir.
Le pur Cancérien s’adapte à toutes les transformations, adversités de l’existence sans dommage réel du moment que son univers affectif n’est pas menacé. Comme la tortue ou l’escargot, il transporte avec lui l’essentiel de son monde. Les hommes du Cancer, souvent mal habillés (refus du paraître) ont des poches bourrées, mais bourrées d’ingrédients indispensables à leur autonomie morale : stylos, petits carnets, pinceaux, tubes de gouache, pipes, cure-pipes, épingles de nourrice, crayons de couleur, cartouches d’encre, lettres d’amour, vis rouillées, poignées de portes et boulons de voiture sont les plus courants.
Leur point commun : la création artistique qu’ils vont autoriser. Car si le Cancérien n’aime pas jeter les choses, mêmes vieilles, même usées, c’est qu’il voit, lui, comment il va retransformer quelque chose d’ordinaire en quelque chose de beau. C’est le spécialiste des collages spectaculaires, des montages insolites, des vieilles boîtes métamorphosées en vases de fleurs, en sucriers, en lampes de chevet, des bouts de chiffon et de laine devenus poupées, des rogatons de jouets arrangés en porte-manteaux, des patchworks, mélis-mélos pleins d’invention, d’esprit et de surréalisme. Les objets acquièrent alors une toute petite valeur : celle d’être passés par leurs mains et de s’être laissés recomposer selon leur fantaisie.
La vie est un progrès de désir en désir et non de jouissance en jouissance
(Samuel Johnson)
Cette incapacité simultanée d’avoir et de paraître donne aux signes de l’être, par compensation, une beaucoup plus grande faculté de désir. C’est par le désir qu’ils alimentent l’être. Le désir se rapproche de l’attente et de l’espoir, mais il les limite dans le temps et les rend plus impératifs. Le désir du Cancérien se porte principalement sur autrui : c’est le désir de connaître, de comprendre, d’intégrer sa différence. C’est le désir de déchiffrer ce qui est, en tout être, étranger à lui-même. D’en pénétrer le secret. On pourrait assimiler ce désir à l’intérêt glacé de l’entomologiste, s’il n’y entrait pas une intime adhésion à l’autre, une vraie chaleur qu’il ne sait d’ailleurs pas exprimer. Là est tout son drame : ce désir un peu fou, extrême et sélectif d’autrui, qui porte en lui d’une certaine manière, la chaleur, la brûlure de l’été proche, le blesse constamment parce qu’il est impuissant à l’extérioriser. A la différence du Bélier, qui embrasse trop, trop vite, trop fort (et parfois mal étreint), le Cancer bride le geste, le mot de son désir. Il se croit alors incompris quand il n’est que mal entendu. Il arrive que, le barrage sautant, les eaux du désir Cancérien noient dans un tourbillon de vagues folles les êtres qui l’avaient suscité. C’est une expérience très dure pour notre crabe. Car le désespoir est plus intensément, plus silencieusement destructeur pour lui – qui ne sait pas dire – que pour un signe de l’avoir ou du paraître, qui trouvent des dérivatifs puissants à leur détresse.
Là où vibrent des ondes aux longueurs non répertoriées…
De la même façon, le désir du Cancer à l’égard de ce qu’il ne saisit pas dans l’être humain présente toujours quelque chose de délirant ; mais il faut découvrir l’indice du délire, qui n’est ni verbal, ni gestuel. Lorsqu’il veut savoir pourquoi ou comment se passe quelque chose qu’il ignore chez une personne qui l’intéresse, sa quête de l’explication, de la cause authentique – autrement dit la vérité – peut se manifester par un comportement inhabituel, fébrile, absolument excessif : il en perd l’appétit, le sommeil, le rêve même.
C’est pourquoi je suis amenée à penser qu’il y a, dans tout Cancer et à tout moment de sa vie, une violence faite d’exclusivité, de condensation de la volonté, d’action ou de non- action perturbatrices, qui peut prendre soudain la place de sa raison. Cette violence dérailleuse, qui déboule sans crier gare dans la vie calme et apparemment sans heurts du Cancérien, est amoureuse. On trouve ainsi du désordre et des bouleversements passionnels dans toute relation du Cancer, dans tout intérêt qu’il porte à quelqu’un d’autre. Ami, professeur, frère ou sœur, relation de travail, père ou mère, compagnon de sport (ou de danse ou de yoga), partenaire d’échecs, peu importent le lieu, les circonstances de la rencontre. Elle s’est faite. Et le travail en souterrain a commencé. Passion sans éclat, comme l’eau qui dort. Rarement, cette passion se voit, rarement elle s’exprime, mais elle existe et se perçoit, en partie. Le Cancer ne montre pas ce qu’il ressent, comme on sait, mais il peut irradier, diffuser, transmettre par ondes vibratoires, par transfusion de chaleur, des bribes de son émotion. Ce sensoriel arrive à faire passer par le corps, en langage codé, empreint de maladresse et d’extrême attention, le trouble qui l’a touché. (Cf. article de Matthieu Galey sur Nathalie Sarraute.)
Cela dit, seuls les signes du mode être sont aptes à vraiment recevoir et exalter la fébrilité passionnée du Cancer. Je ne parle pas ici de l’amour et de ses prolongements, mais de la compréhension immédiate, instinctive, de ce que l’autre vit à un moment donné. Le Bélier, le Verseau et les Poissons saisissent sur-le-champ – sans l’intervention du raisonnement – l’émotion du Cancer. C’est simplement parce que ces signes sont plus attentifs aux messages de l’intérieur qu’à ceux de l’apparence, et qu’ils savent mieux y répondre. Tout se trouve encore dans le domaine du non-dit, non-agi : n’oublions pas que ces quatre signes privilégient l’existence en faveur de l’acquisition ou de l’apparence. Il est donc logique qu’ils aient un langage à eux, comme savent se parler d’emblée un Taureau et un Capricorne, un Lion et une Balance.
Ce n’est pas un hasard si nos quatre signes de l’être vivent plus douloureusement une relation déçue ou déchue. Le désespoir s’infiltre à la mesure de l’espoir, du désir. Mais ceux-là n’ont pas de relais ni de transfuges possibles. Quand c’est l’être profond qui s’est exposé au désir (d’une relation nouvelle, productive, prospective), c’est lui qui prend tous les coups. Il ne peut pas les partager avec son double, son apparence (comme les Gémeaux ou le Sagittaire), ni avec les amis qu’il aurait s’il était Taureau, ni avec le pouvoir qu’il garderait, envers et contre tous, s’il était né sous le signe du Scorpion.
Fascination pour l’aisance, mépris pour la complaisance
Le titre même d’un roman écrit par une jeune fille du Cancer, il y a quelques années (et qui avait eu un certain succès), révèle son signe et une de ses préoccupations essentielles : L’Homme facile 1. Il s’agissait non pas seulement de l’homme facile à prendre et à laisser, mais aussi de l’homme aux relations faciles, à la séduction facile, l’homme facile à aborder. Cette facilité, cette aisance sans valeur et galvaudée, le Cancer l’admire en même temps qu’il la méprise : c’est la complaisance qu’il n’aura jamais, puisqu’elle est portée par une profonde indifférence.
Le Cancer est habituellement reconnu comme un être hypersensible, maladivement susceptible et subjectif. Mais je n’ai jamais vu nulle part qu’on ait livré ses bases profondes : c’est un être excessivement passionné. II y a toujours quelque chose d’extravagant dans un attachement cancérien. Je veux dire qu’il extravague dans l’amour qu’il porte à un ami, à une sœur, à un professeur, comme s’il délirait de fièvre. « Sa grâce, comme dirait Saint- John Perse, est dans la combustion. » Ce sauvage protégé, enfermé dans ses espaces intérieurs, d’abord difficile et distant, perd le sens commun lorsqu’une personne le touche.
A la différence de la plupart des êtres « qui ont davantage peur de devenir des hors-la-loi que de mourir 2 », les Cancériens peuvent mourir de ne pas exprimer leurs sentiments hors-la-loi. A ce titre, ils sont purs. Aucun intérêt, aucun calcul, aucune considération sociale ne se mêlera aux sentiments profondément violents qui les habitent. Mais que de difficultés ils se préparent dès qu’il faut que les choses durent ! Car plus un sentiment s’étale dans le temps, plus il s’expose à y être dilué, amoindri. Et notre Cancer ne supporte que les changements évolutifs, productifs, dynamisants, il ne veut pas de l’usure des choses.
Son exigence ne faiblit pas avec le temps, elle s’aiguise. Comme pour le Bélier. Comme le Verseau et le Poissons. Il lui faut alors anesthésier sa blessure et c’est dans la création qu’il s’enivre. Sa solitude initiale est revenue. Plus à vif, plus immunisée que jamais. On imagine qu’elle lui est naturelle, alors qu’elle est acquise comme une sauvegarde contre la souffrance. Le Cancer est un solitaire par défaut et non par goût. Il s’isole, paradoxalement, parce qu’il attend trop des quelques rares personnes qui ont suscité son désir, et qu’il ne s’adapte pas à leur approximative qualité. A la différence du Bélier qui veut tout, tout de suite, le Cancer veut tout, mais pas tout de suite (c’est suspect) : il prend le temps de tout vouloir. « Ne perds pas de temps à te hâter », la devise de Lanza del Vasto pourrait être celle du Cancer. Et il donne à l’autre, reconnaissons-le, le temps de devenir « parfait », c’est-à-dire présent. Son exigence se porte exclusivement sur la qualité des sentiments et sur la volonté que l’on a de les enrichir, de les réchauffer, de les mûrir. Mais alors, quelle exigence !
L’avancée du crabe
De cette demande affective, combinée à un manque réel de confiance en soi, naît ce que j’appellerai l’avancée du crabe. Ce n’est pas une marche, ni une course, ni un cheminement, ni une flânerie : le crabe sait où il va, jusqu’à la fin, même s’il n’en a pas du tout l’air, et il s’y dirige avec obstination. Mais il avance de biais en biais, semblant s’éloigner de son objectif, puis s’en rapprocher, puis s’en éloigner à nouveau. Il faut lui reconnaître un certain sens de l’orientation, car n’importe qui à sa place se perdrait dans les zigzags. Lui, non. Il retrouve son but initial avec une sûreté instinctive étonnante. Mais observez la rapidité inquiète, sur le qui-vive, de ce crustacé lorsqu’il s’est mis en route vers sa dernière découverte (une miette de pain, par exemple) ; notez la culpabilité foncière qu’il porte dans sa démarche, où qu’il aille, quoi qu’il médite d’entreprendre. Il se dépêche d’avancer – ce faisant, il ressemble à un objet déplacé sur un territoire inadéquat, comme les gros bateaux aéro-glisseurs – et si on l’arrête dans sa trajectoire, il stoppe ses moteurs et rien ne le fera bouger d’où il est tant qu’il sentira l’ennemi proche.
J.-P. Nicola remarquait avec finesse cet aspect fondamental de la psychologie des Cancériens : « Les natifs du Cancer, en dépit de leurs incessants retours sur eux-mêmes, sont tenaces par nature. Ils changent la forme de leurs projets plus que le fond et n’abandonnent que pour revenir à la charge ».
Inutile de préciser que les retours sur eux-mêmes sont provoqués par la peur d’autrui.
Les Cancériens protègent, finalement, tout ce qui leur tient à cœur, comme ils protégeraient leur enfant. Leurs projets d’ensemble sont rarement dévoilés. On ne voit d’eux, on ne sait d’eux que des anecdotes, des fibrilles, des billevesées. Là, attention au contresens : ils font semblant de s’intéresser aux petites choses pour mener, dans le secret, leurs grands desseins à terme. Ils savent pertinemment dévier la conversation vers le fait divers, attirer l’attention sur un détail pour éviter de rendre compte de leur vérité : c’est qu’ils refusent sauvagement l’idée qu’on puisse, étant informé de ce qu’ils trament, les empêcher d’atteindre leur but.
D’ailleurs, informer, mettre au courant, prévenir, rapporter, sont des activités anti-Cancériennes par excellence. Secrets ils sont, secrets ils restent. Ne comptez pas sur eux pour divulguer une nouvelle, bonne ou mauvaise. Ni pour répandre un bruit, quel qu’il soit. Si le Cancer enregistre tout avec minutie, il ne restitue rien. Sciemment. Les informations qu’il absorbe lui servent, à lui personnellement, et à personne d’autre. Il emmagasine, comme un pélican, cette nourriture cérébrale, mais il pousse la grâce jusqu’à laisser ignorer même qu’il sait. Il apparaît comme quelqu’un d’un peu débonnaire et ignorant, alors qu’il est un abîme d’observation silencieuse, un puits de renseignements inemployés – et pour cause : utiliser une information vis-à-vis d’autrui, c’est chercher à paraître, ou à gagner quelque chose, pouvoir, argent, etc. Cette attitude, volontairement verrouillée, le met à l’abri de toute indiscrétion, de tout mensonge, du moindre cancan, dont il a horreur. On le dit cachottier, il est seulement honnête. On le dit aussi hypocrite, or il se défie des mots. Il déteste qu’on parle à tort et à travers, qu’on dise n’importe quoi pour converser en société, qu’on émette un avis sur quelqu’un ou quelque chose d’imparfaitement appréhendé. L’à-peu-près, en paroles comme en actes, le révulse. Il réserve son jugement par probité, par souci d’authenticité. La plupart des gens jettent le caillou qu’on leur lance, lui il le regarde, le tourne dans tous les sens, le tâte, l’ausculte, le gratte et finit par découvrir que c’est une pièce très ancienne.
On ne peut, hélas, ignorer les défauts de ces qualités. Manque de souplesse et d’aisance (ou alors, aisance feinte, clinquante, affichée, pour masquer l’excès de scrupule intérieur), rigidité morale, sinon affective, incapacité à se mouvoir et surtout à s’exprimer en société – l’attitude est soit silencieuse et empruntée, avec tentatives pour se cacher, soit maladroitement interventionniste, du style : « Non, il ne fait pas beau du tout, il y a des nuages qui s’amoncellent et la météo prévoit des giboulées terribles. Où est-ce que vous avez eu du soleil, vous, aujourd’hui ? » Il sème la perturbation et le silence autour de lui, ce qui le rend positivement malade car, à l’inverse du Bélier chez qui il entre une part de provocation, le Cancer aimerait non pas plaire, ni charmer, ni séduire, mais être agréé, s’il le pouvait. Et cela ne marche jamais, dans une assemblée. On le rejette, on l’exclut aussi naturellement et instinctivement qu’on adopte et qu’on entoure une Balance – construite autour de la justesse, qui sait dire le mot juste au moment juste.
Le Cancer, enfin, devant l’adversité, se comporte avec courage. Contrairement à ce que laisserait supposer son attitude relativement inquiète et toujours défensive, dans la vie il fait promptement face au malheur. S’il est vulnérable aux petites misères et embûches de la vie quotidienne, il résiste de toutes ses forces à une grande disgrâce : il y répond, il s’y oppose, il y survit la plupart du temps. L’énergie du désespoir s’en mêle, c’est-à-dire, au fond, le refus de se résigner, d’accepter une fatalité, de subir un sort. Sa maison cassée, il récupère tous les matériaux pour en faire un train à hélices, ou un hangar à bateaux (même s’il n’a pas de bateau), ou un grand cadran lunaire… L’objet détruit, dans un univers cancérien, n’est jamais reconstruit de la même manière : Sisyphe, le Cancer ignore.
Je me permettrai de citer l’Encyclopedia Universalis sur la capacité étonnante du crabe à évoluer avec son milieu : « Les araignées de mer, elles, déguisent littéralement leur carapace avec des algues, des cailloux, des morceaux de coquilles. Si on les débarrasse de leur revêtement, elles s’en recouvrent aussitôt. Le crabe saisit l’éponge ou l’algue, la porte à sa bouche, non pour la manger mais pour y déposer un liquide agglutinant, et à l’aide de ses longues pattes, l’accroche sur son dos […] Mais le fait le plus remarquable chez ces crabes [.. 1, c’est qu’ils sont capables de changer de déguisement lorsque leur camouflage ne correspond plus à la couleur du milieu […] Et, encore à propos de leur habitat et de leur mode de vie : « Présents dans toutes les mers, ils sont adaptés à tous les modes de vie. »
Souvent, le Cancer force les événements par sa résistance aux influx négatifs, aux fortunes contraires. Il est « réactif » plutôt qu’actif, car sa tendance fondamentale de comportement est faite de neutralité bienveillante et de serviabilité. Poussé dans ses derniers retranchements par une conjoncture inopinée, il se révolte et devient Bélier, toutes pinces dehors. La vie et les circonstances ne doivent pas ignorer jusqu’où elles peuvent « aller trop loin », avec un Cancer. Car il se rebiffe contre ce qu’il est convenu d’appeler la destinée lorsqu’elle lui paraît injuste, et il refuse la maladie, les graves ennuis affectifs, matériels, professionnels, avec une force insoupçonnée. Il sait alors dire non. Sans fioritures.
Vous ne verrez pas un Cancer rester longtemps au chômage, ni prolonger une maladie quand il peut en guérir vite, ni traîner un retard d’impôts deux années de suite. Il se met en règle avec lui-même, avec son désir de paix intérieure, le plus vite possible. Sous ses dehors enveloppés, nonchalants, voire désinvoltes, le Cancérien cache un esprit de décision tout à fait énergique, une ferme détermination et, pourquoi ne pas le mentionner, une certaine volonté. Il la dirige principalement sur lui-même, (« Imposer sa volonté aux autres, c’est force ; se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure ». Lao-Tseu) pour s’améliorer, se parfaire, se perfectionner. Gommer ses défauts. Accentuer ses qualités. Cela dit, il est très délicat de signaler à un Cancérien ses insuffisances – qui sont nombreuses – car il bloque alors tous ses mécanismes progressifs. Il faut l’amener à les découvrir de lui- même. Là, il se modifiera en profondeur, calmement.
On peut l’amener à devenir un maniaque de l’ordre, s’il vivait dans la pagaille la plus absolue, en lui démontrant qu’il perd du temps ou des papiers importants, dans son désordre, mais pas en lui disant que c’est un monstrueux défaut. On peut l’amener à prendre des douches glacées, lui qui n’aime que les bains chauds, par simple évocation du bien-être qu’il éprouverait, ce faisant, et non en soulignant la nocivité de ses pratiques. On peut lui faire descendre une piste à quatre-vingts à l’heure, à skis, alors qu’il déteste la montagne, en lui décrivant l’ivresse qu’il éprouvera.
C’est l’être qui abrite en lui les plus forts contraires. La grâce et la maladresse. La sensibilité et l’interdit. L’élan et la froideur. Le silence et le volubile. Le courage et le repli.
La douceur et la détermination. L’enfance et la sagesse. Il est facile à approcher, à protéger, à envelopper, et très difficile à apprivoiser. Il donne beaucoup et pourtant il se réserve fondamentalement. Il ne dit que la vérité, mais il occulte constamment une partie de lui-même. Comment sa pudeur, son extrême retenue s’accommodent-elles du besoin qu’il a d’être reconnu, célébré par un vrai public ? Et comment fait-il pour graviter autour des êtres qu’il aime sans vraiment les entourer, sans vraiment les contenir ? On ne le saura jamais.
La Femme Cancer
C’est la personne la plus douce, la plus flexible, la plus exquisement féminine du Zodiaque : c’est la féminité pure, sans accessoires, sans véritable artifice, qui se dégage du fond et non des apparences. Elle tend un charme ténu comme d’autres tendent un piège. C’est une musique enveloppante, toujours un peu précieuse par la manière dont elle échappe. Je voudrais pouvoir vous la décrire, mais elle n’a jamais de caractéristiques vraiment définies. Elle peut se présenter tour à tour comme une femme fatale ou une toute petite fille, une maman fragile, attentive, inquiète ou une vieille âme sage, silencieuse, observatrice.
On dit que sa caractéristique fondamentale est d’aimer et de fabriquer des petits d’homme mais ce peut être exactement le contraire : c’est elle-même, alors, l’enfant qu’elle choie.
Si elle est mère, c’est une mère divine, délicate, délicieuse ; la mère idéale pour un enfant. Protectrice et tolérante. Si elle est enfant, elle arrange pour vous faire participer inconditionnellement à l’amour qu’elle se porte. C’est quelqu’un de désarmant : elle n’a pas d’armes. Plus exactement, elle ignore les armes classiques que suggère « la vraie femme » érotisée : super-maquillage, super-coiffure, talons-aiguilles, taille de guêpe, ongles vernis, que sais-je ? En somme rien d’érotique, en elle, aucun message à l’instinct, aucune provocation sensuelle. En revanche, une extrême sensibilité à tout ce qui l’environne – le Cancer est un sensoriel exacerbé, à l’acuité olfactive, tactile, auditive exceptionnelle -, une réceptivité psychique importante (qui alimente en priorité son sens créateur), une curiosité secrète et presque animale, une intelligence intériorisée, une intuition scrutatrice la rendent fée.
Mais c’est une fée mal dans son corps, qui se protège des regards. Vous reconnaîtrez souvent une femme du Cancer à la manière asociale dont elle s’habille : le débraillé quatre fois trop grand, le style vagabond – clochard ou romano – c’est elle. Le but essentiel est de cacher son corps. Souvent son hyper-féminité s’abrite derrière des allures complètement garçonnières. Vous voyez alors un visage plein de charme, attentif, enveloppant ou délicatement ciselé se dégager d’un vieux costume militaire ou d’un sac de bure dont ne voudraient même pas des pommes de terre.
Il semble d’ailleurs qu’il y ait un effet recherché dans ces contrastes car, Isabelle Adjani, par exemple, au joli visage typiquement cancérien, est souvent vêtue, pour les besoins de ses films, en jeune homme : dans Violette et François elle se marie en smoking, dans l’histoire des Soeurs Brontë elle se promène à travers les landes en costume de garçon. Plus récemment, on l’a vue porter avec bonheur pour Dior des tenues inspirées du plus pur dandysme lorsqu’elle présidait le Cinquantième Festival de Cannes. Mais quelle que soit sa vêture, qu’elle soit Reine Margot ou Camille Claudel, qu’elle hante les couloirs de Subway ou les âmes de Toxic Affair, qu’elle joue les garces dans L’Été meurtrier et les épouses vénéneuses dans Les Diaboliques, elle incarne l’angélisme cancérien : ambigu et plein de secret. Est-ce un hasard si elle porte si souvent des lunettes de soleil ? Est-ce pour protéger ses beaux yeux bleus ou pour se protéger elle-même, se dissimuler derrière cette sorte de « masque » bien utile à une Cancérienne pour qui le regard a tant d’importance… Elle ne pense pas poursuivre une carrière cinématographique toute sa vie, rêve de se consacrer à de grandes causes (et à ses deux enfants). L’ombre – qu’elle recherche souvent – convient bien à sa nature typiquement Cancer.
Car il y a tout de même deux choses qui distinguent une femme Cancer des autres femmes du Zodiaque. La première, c’est le regard. Non pas les yeux : le regard. C’est un regard qui sollicite toujours son interlocuteur par une expression à la fois interrogatrice et insistante. C’est un regard d’incitation informulée, un regard éveilleur : il déclenche souvent des réactions d’intérêt ou d’hostilité car notre Cancérienne n’a pas vraiment conscience de sa portée « émettrice ». Elle qui contrôle tout ce qu’elle ressent, elle qui réserve le moindre de ses gestes, le moindre mot, la moindre exclamation, elle laisse échapper par le regard l’intensité de ses émotions, son trouble, son inclination affective. D’où les passions profondes qu’elle suscite sans avoir prononcé une parole (ou les haines profondes d’ailleurs).
La deuxième chose qui distingue la femme Cancer, c’est son sac. Elle y met, en résumé et en miniature, toute sa maison. Sa nature inquiète, qu’on ne remarque pas autrement, apparaît dans le volume de cet accessoire ; à ce stade, on ne peut même plus parler de sac.
Elle porte souvent, pour aller à la droguerie du coin de la rue, un véritable fourre-tout, rempli d’objets et de papiers parfaitement inutiles. Quelquefois, elle prend même une valise, sous le prétexte de transporter ses livres ou ses dossiers. Ne vous méprenez pas : c’est dans la mesure même où elle a peur d’être abandonnée qu’elle est toujours prête à partir. Ce « sac » dont elle se charge en permanence représente la certitude symbolique qu’elle peut partir. Car le drame de la Cancérienne est de se sentir ancrée dans son port affectif, lourdement attachée à ceux qu’elle aime, sans modulation possible. Si on ne la secouait pas, elle ne sortirait jamais, elle ne rencontrerait jamais personne, elle ne s’aventurerait dans aucun nouveau paysage. A cause de l’excès qui caractérise tout Cancer, elle pourrait, à la limite, faire le tour du monde en bateau sans sortir de sa cabine, comme Raymond Roussel (qui, lui, écrivit Impressions d’Afrique sans ouvrir une seule fois les rideaux de sa cabine : signature Cancer sûrement importante). Et au fond, la grande, la seule aventure de Proust, sa recherche du temps perdu (de tout ce qui lui a échappé), ne s’est-elle pas faite à l’ombre de persiennes toujours closes ?
Pour la femme Cancer, cette condensation psychique en un seul point du globe – c’est- à-dire en un seul être, ou presque – peut devenir maladive. Si la maternité, par l’obligation de stabilité qu’elle impose, ne l’a pas équilibrée, c’est une personne facilement angoissée, en état de siège affectif et très solitaire. Sa mère, comme modèle mais aussi comme amie, comme symbole de pérennité dans l’existence, compte infiniment pour la femme Cancer.
J’ai été frappée de constater, par parenthèse, qu’une grande proportion de femmes nées sous ce signe reconnu fertile refuse totalement l’expérience de la maternité. S’il est vrai que « le contraire porte l’empreinte indélébile de ce qu’il nie », comme le dit Ferenczi, il faut alors admettre qu’il y a, dans ce rejet déterminé, définitif et têtu d’enfanter, une caractéristique Cancérienne tout aussi remarquable que son besoin inné d’engendrer les bébés. Mais pourquoi ce refus, chez un signe traditionnellement marqué par le cycle lunaire et considéré comme très fécond ? La seule explication que je puisse tenter ici est d’ordre général. Une femme du Cancer porte, plus longtemps qu’une autre, la petite fille qu’elle a été parce que, née fragile, son enfance représente un passage protégé dans l’existence. Elle peut en déduire, alors, que, si elle n’a pas d’enfant, elle ne devient pas adulte, et que si elle ne devient pas adulte, elle reste protégée. C’est une hypothèse.
Quoi qu’il en soit, adulte ou pas, elle demeure fragile. C’est d’ailleurs un adjectif qui convient totalement à la femme de ce signe : c’est une femme fragile du dedans, sous des dehors parfois rudes, solides, volontaires. (Voir l’article de Matthieu Galey sur Nathalie Sarraute – Cancer – et noter que la pièce montée par Anny Duperrey – Cancer – et Bernard Giraudeau au théâtre Saint-Georges, est intitulée : Attention, fragile !)
A force d’être vulnérable, à force d’être blessée et de laisser ouvrir les mêmes blessures, elle peut apprendre à prévenir lés coups en attaquant ; c’est rare, mais j’ai vu des femmes Cancer provocatrices. De vraies guerrières, rageuses, courageuses, violentes. Cela passe en trente secondes et, l’offensive neutralisée, on trouve le plus souvent une terreur d’enfant : la crainte de n’être plus aimée. Alors, elle prévient la crise d’angoisse par un assaut militaire avec artillerie et chars blindés. Il faut le savoir : ce signe dit passif est capable de manifester des crises d’agressivité d’autant plus fortes qu’elles sont imprévisibles.
Comment elle se nourrit
Reste un point délicat de la personnalité cancérienne que je n’ose aborder : la façon dont elle s’alimente. Les comportements paraissent, à cet endroit, tellement contradictoires, excentriques et déraisonnables qu’il est difficile de trancher.
Reconnaissons deux catégories de femmes Cancer : la première a plutôt tendance à être ronde. Elle est gourmande de tout, mange n’importe quoi pour le plaisir de manger, et ne supporte absolument pas la restriction. Psychologiquement, il se peut que ce besoin oral (ce besoin d’être nourrie) soit relié à la nécessité pour la mère en puissance de nourrir son enfant. Mieux elle se nourrit, mieux elle nourrira son bébé. Car ce type « plein » de Cancérien est, en effet, une mère en puissance : souvent, elle aime et désire procréer ; souvent aussi, elle fait très bien la cuisine et y passe beaucoup de temps. Cette Cancérienne aime nourrir son monde.
Mais pour la deuxième catégorie de femmes Cancer – longilignes et, fait étrange, rarement maigres – admirablement représentées par les portraits de Modigliani, la relation à l’aliment est aussi très anormale : elles ne mangent que le strict nécessaire – pour survivre et sans le moindre plaisir -, elles ignorent absolument toute notion de gastronomie et, précision délicate, considèrent que « faire à manger » est une activité dégradante, inutile et démodée.
Ce blocage ne ressemble en rien à la sélectivité dégoûtée du Scorpion gourmet ; il prend ses racines dans une protestation qui, chez le Cancer, comme on sait, ne s’exprime jamais par voies directes ; peut-être l’a-t-on simplement forcée à manger quand elle était petite ? Parfois, les deux attitudes (mangeuse et rejeteuse) alternent dans la même femme ; cela donne des passages d’intense famine : elle oublie de manger, et d’insolente abondance : comme l’autruche, elle avale tout ce qui lui passe sous les yeux.
« Le comportement de ce crustacé (le crabe) est révélateur : dès qu’une proie passe à sa portée, il s’en saisit et aucune puissance au monde ne le déciderait à relâcher sa pince. Ce n’est pas, pourtant, l’avidité qui le détermine, mais plutôt l’inquiétude du lendemain »… écrit Jean-Louis Brau. Inutile de dire que je n’adhère pas à cette explication. Je pense qu’il y a toujours danger, chez les gens du crabe, dès qu’ils approchent un aliment : danger de boulimie ou danger d’anorexie. Mais ce danger réside dans le report symbolique d’une demande affective très importante, ou d’une violente interdiction de cette demande. « Le comportement ascétique, dit Erich Fromm, […] peut n’être que la négation de puissants désirs ».
En fait, il est essentiel de ne jamais intervenir dans l’alimentation d’un Cancer, femme ou homme. On touche là des rouages trop à vif, des frustrations exacerbées, des refoulements de l’enfance.
Si elle se sent aimée, la Cancérienne s’auto-régulera d’elle-même.
Comment elle vit
Elle se crée un univers où tout a préalablement été habité par elle. Elle est personnelle dans ce qui l’environne et personnalise ce qui l’entoure. Un parfum bien à elle imprègne l’atmosphère, les murs ont ses couleurs, les meubles ont été décorés par elle, ses livres sont annotés de son écriture ; ses neveux, nièces, cousins, oncles, frères ont été découpés, sur les photos, suivant sa fantaisie et recollés sur un immense panneau, en une composition artistique notoire. La dame du Cancer se comporte de manière très autonome à l’intérieur d’une réelle dépendance à son milieu affectif. Comment vit-elle cette contradiction ?
Mystère. Il faut tout de même remarquer que, lorsqu’elle perd ses bases affectives, tout son harmonieux équilibre s’écroule. Or elle vivait jusque-là comme une femme libre, indépendante, paraissant presque se suffire à elle-même. Fausse impression : elle arrivait à être autonome, à s’aimer et à se plaire dans des activités à elle, mais seulement parce que l’autre l’aimait (son mari ou son amant, sa mère ou sa sœur). Dès lors que son amour fait défaut ou meurt, elle ne s’aime plus, à nouveau.
Voilà pourquoi la Cancérienne a une grande autonomie, mais très précaire : cette indépendance est tributaire de l’amour qu’on lui porte.
Si vous aimez une femme de ce signe, sachez que sa liberté, son équilibre dans la solitude, son invention, son attitude désinvolte, sereine, libérale, toutes ses qualités d’indépendance psychologique s’effritent devant la plus petite menace à ses certitudes affectives. Peut-être à cause de sa très grande réceptivité intellectuelle, de sa capacité à bouleverser ses idées reçues, peut-être à cause de sa disponibilité cérébrale aussi, qui lui permet d’accepter toute modification psychique et de s’y adapter, elle est, physiquement, de nature sédentaire. Son corps étant le reflet de son affectivité, elle s’y sent bien si on l’aime, et le martyrise si l’on cesse de l’aimer.
Quelques particularités de l’Homme Cancer
Le Cancer au masculin mérite une mention spéciale. Vous allez tout de suite comprendre pourquoi : qu’une femme soit sous l’influence de la Lune, symbole féminin, quoi de plus normal ? Mais un homme… C’est plus dur à porter.
Notre crabe-monsieur est à la fois :
- dans un signe d’eau et féminin,
- sous l’influence d’une planète féminine.
Et Mars, planète de la virilité, est en chute dans le Cancer !
De plus, les parties du corps humain régies par le signe sont l’estomac… et la poitrine (laquelle ne se présente pas sous le même aspect selon qu’il s’agit d’un monsieur ou d’une dame). Il est donc naturel que le Cancer au masculin diffère tant soit peu du Cancer au féminin.
Cher Cancer, petit crabe si douillettement installé sous sa carapace au fond de sa mare tapissée d’algues roses et de rêves, nous vous connaissons bien : nous savons que vous regrettez désespérément le sein maternel, le vert paradis des baisers au lait tiède de votre nourrice. Vous vous y raccrochez de toutes vos forces, retardant le plus possible l’entrée dans cette vie des grandes personnes qui vous terrifie.
Œdipe-tourteau
Monsieur Freud (Sigmund) n’a pas exactement inventé le complexe qu’il a baptisé d' »Œdipe » : les Grecs, mais aussi les astrologues, l’avaient découvert avant lui. Le Cancer, c’est le petit garçon chéri de sa maman, c’est le foetus bien au chaud dans le sein maternel et qui n’a pas la moindre envie d’en sortir. Après trente ans, cela étonne toujours un peu… Tous les Cancers masculins ne deviennent pas Marcel Proust, mais ils gardent, même adultes, une attitude étrangement crustacée à l’égard des femmes. Ils se comportent vis-à- vis d’elles comme un charmant petit garçon, séduisant, capricieux, tyrannique. Quand on est fâchée contre lui, le voilà qui arrive vous faire un câlin désarmant, avec son œil humide et tout ce rêve de marées vertes qu’il porte en lui. Alors comment résister ?
L’homme
Cancer adore les femmes et cherche toujours à les transformer en nourrices bénévoles. Il attend tout d’elles, comme il a tout attendu (un peu trop longtemps) de sa mère. L’image de celle-ci le hantera toute la vie. Elle sera trop souvent son unique amour féminin, les autres n’étant que de pâles ersatz, des photocopies mal cadrées. Mais il attend aussi et redoute très fort la femme-femme qui l’arrachera à sa coquille.
La pauvre chérie s’y usera…
Si vous épousez un homme Cancer, très Cancer, vous devez savoir, naïves ingénues, que vous n’aurez jamais que la deuxième place dans son cœur, (et encore !). Vos autres rivales sont la belle-famille, dont votre Cancer ne se séparera jamais, et la mère (ou son image).
Enfin, la rivale la plus redoutable est peut-être l’ambition professionnelle (voir plus loin). Il m’a semblé que les hommes Cancer étaient plus attachés encore à leur clocher, leur tribu d’origine, leur famille et leur milieu que les femmes du même signe. Ou peut-être seulement cet attachement très visible surprend-il chez un homme. Le Cancer n’a pas la fibre révolutionnaire en matière familiale et sociale. Il ‘respecte la hiérarchie établie et baise la main des vieilles dames avec une bonne grâce qui lui vaudra sûrement une mention dans leur testament.
Cancer infidèle… mais fidèle !
Cependant, tout en conservant religieusement les mœurs et coutumes de sa tribu d’origine, le Cancer n’est pas un mari fidèle. S’il vous assure que oui, faites semblant de le croire, c’est plus simple et cela évite les scènes. De toute façon rien ne l’empêchera jamais de vagabonder au gré de la Lune. Il est officiellement pour la monogamie, mais la sienne est aménageable. Jupiter, en exaltation dans le signe, donne aux hommes qu’il marque une idée très personnelle de leurs devoirs de fidélité conjugale. Dans la mythologie, déjà, la pauvre Junon ne cessait de poursuivre ses rivales de sa jalousie, trop justifiée…
Les hommes des signes d’eau sont de grands rêveurs, et l’eau coule dans l’infini. Ils emboîtent facilement le pas à la première sirène venue (n’est-ce pas, messieurs Scorpion et Poissons ?). Bien entendu, c’est selon les individus, il ne faudrait pas généraliser hâtivement. De toute façon, notre roi des crabes reste attaché à son foyer légal, à son épouse légitime, à ses enfants. Il ne divorce qu’à la dernière extrémité, contraint et forcé.
Mais pour le crocheter hors de son trou, c’est du sport ! Avis aux jeunes crevettes !
La fidélité/infidélité du Cancer vient aussi du peu d’estime qu’il accorde, profondément,
aux femmes : la seule, la vraie, vous l’avez compris, c’était sa mère. Il a tendance à traiter
les autres comme des objets, du mobilier domestique dont on aime qu’il soit fonctionnel (et
rembourré). Mais il le fait avec tant de charme que l' »objet » ne se rend pas très bien
compte à quel point il s’est laissé « chosifier » !
Le Cancer masculin attache plus de prix à l’amitié qu’à l’amour : il est prêt à faire de grands sacrifices pour ses amis, pas vraiment pour ses amours. Le seul moyen de se faire aimer durablement d’un homme Cancer, c’est d’être pour lui une amie et une collaboratrice.
Enfin, comme Jupiter est puissant dans le signe, l’ambition prend vite la première place, car le goût du pouvoir n’est pas moins vif chez l’homme que chez la femme du signe.
Notre ambitieux tourteau a alors tendance à délaisser sa femme, tout en la rassurant avec quelques mots tendres entre deux dîners d’affaires.
Sur le chapitre de la fidélité, la femme Cancer est bien différente : toutes celles que je connais ne rêvent que d’un grand amour unique auquel se dévouer corps et âmes. Et beaucoup, l’ayant trouvé, sont vraiment des modèles de fidélité (et de possessivité !). Elles n’ont pas un naturel aussi papillonneur que leur frère Cancer (à moins qu’un autre signe dans leur thème ne leur donne des ailes…).
Jaloux, oui, possessif, oui, notre crabe Cancer amoureux : il prend avec ses longues pinces à dents (vous avez remarqué ?). Et il entend bien garder. Prédateur, il prend beaucoup et donne peu. Mais n’est-ce pas dans la logique du petit enfant qui reçoit tout de sa maman ? L’homme Cancer atteint difficilement et tardivement sa maturité affective, celle où il serait enfin en mesure de donner.
Et quel genre d’amant est-il ?
Le Cancer n’a pas la virilité agressive : il ne mêle pas la violence à l’amour, il préfère parler plutôt que passer aux actes…
L’une ou l’autre d’entre vous se récriera : « Mais je connais un Cancer qui se défend très bien sur ce chapitre ! » Allez donc voir de près si votre Cancer est vraiment un pur Cancer ascendant Cancer, Lune en Cancer, Mars en Cancer, etc. S’il se défend, c’est qu’une autre bête lui a prêté sa virilité.
Le Cancer type adore se blottir au creux d’un sein confortable pour lui raconter sa vie.
Quand cet introverti a trouvé une bonne épaule accueillante, il est inépuisable. Il parle, il parle, des heures durant. Comme il se souvient de tout (et pas seulement des madeleines) c’est un brillant causeur. Et comme il est très psychologue, très intuitif, très fin, c’est bien agréable de se sentir comprise. L’homme Cancer est un romancier-né, un spéléologue du moi. Quelle bonne surprise de rencontrer un homme qui entende le langage des sentiments, des pressentiments, des intuitions, des rêves… Plus doué pour l’amitié que pour l’amour, le Cancer est le parfait amant de cœur, celui qui peut vous consoler pendant des Lunes et des Lunes, avec sa fidèle tendresse et sa compréhension. Un troubadour de l’amour courtois (et platonique), complètement égaré dans notre siècle phallomane…
Cependant, certaines trouvent qu’à la longue le Cancer pleurniche beaucoup. Les nanas se lassent de jouer les nounous : elles voudraient voir leur petit crustacé s’aventurer avec plus de dynamisme vers le grand large…
Le Cancer et l’Amour
Comme pour les trois autres signes du mode être (Bélier, Verseau, Poissons), le Cancer a intérieurement formulé son désir avant de le rencontrer. Pour lui, il n’y a pas de hasard : « Tout est signe et tout signe est message », disait Proust, Cancérien bien connu.
Il a attendu l’être qu’il allait rencontrer et souvent il savait les circonstances dans lesquelles la rencontre allait se faire ; il en pressentait la date, le lieu. Rien d’étonnant à cela : il a une sorte d’autonomie de conception qui lui permet de se concentrer sur les messages qu’il s’expédie en permanence à lui-même et de dessiner en pointillé ce qu’il recherche.
Pour cette raison, on lui attribue souvent des dons de voyance, de prémonition, de télépathie. Je crois qu’il s’agit plutôt de cette condensation de la personnalité dans l’existence pure (son énergie ne s’occupe ni d’apparaître ni d’avoir mais de comprendre en soi et en autrui, ne l’oublions pas) qui lui permet de projeter dans le réel une esquisse de ce qu’il attend, désire, ou poursuit farouchement.
Toujours est-il qu’il acquiert ainsi une faculté exceptionnelle de reconnaissance. Un Taureau ou un Sagittaire peuvent travailler trois ans aux côtés d’une femme avant de s’apercevoir que c’est la femme de leur vie. Cela n’arrivera jamais à un Cancer, ni à un Bélier, ni à un Verseau : ils reconnaissent tout de suite ceux de leur monde et ceux qui en sont, pour toujours, exclus.
Dans reconnaître, il y a connaître, qui est un mot fort. Connaître veut dire avoir pénétré le secret d’une chose. Or le Scorpion Malraux, très opposé à l’être cancérien puisque le Scorpion est avoir (par pouvoir), disait cette phrase désespérée : « On ne connaît jamais un être mais on cesse, parfois, de sentir qu’on l’ignore. » Le Cancer, lui, va bien au-delà : au lieu de connaître, ce qui est une entreprise presque vaine, compte tenu des apparences successives qu’il faut déchirer, au lieu de connaître, il reconnaît. Autrement dit, il sait d’avance. Pour les êtres qui comptent, au moins. Sait-il la vie d’avance ? C’est une question qui résoudrait en partie l’énigme de ce signe car elle expliquerait la raison pour laquelle le Cancer ne bouge pas. Pourquoi irait-il jusqu’en Allemagne puisqu’il sait comment vivait Mozart, puisqu’il sait que le prochain génie de la musique naîtra en l’an 2050 à Sydney, en Australie ? (par exemple).
Il n’est pas exclu que la concentration intériorisée de la personnalité crabe lui donne l’expérience par identification systématique d’un code. Exemple : je me suis cassé la cheville en sautant à la corde : expérience. Tout ce qui comporte un saut comporte un risque de cassure. Pas seulement de la cheville mais du corps entier : code. Donc, je ne sauterai désormais que si je suis prêt à me casser une nouvelle fois quelque chose : identification.
Ainsi, le Cancer retrouve. Le Bélier agit avant de savoir, le Verseau devine, le Poissons induit la profondeur. Le Cancer sait. Le voilà en prise directe avec la vérité de l’autre ; il a sauté une étape, celle des mensonges, des détours, des faux-semblants, comme s’il l’avait décodée. En réalité, il ignore que cette étape existe. Ainsi que le dit un proverbe égyptien : « Il n’y a qu’une manière de dire oui. Toutes les autres veulent dire non. » Il se prépare, simplement à re-connaître une personne qu’il connaît déjà. Un Bélier, un Verseau, un Poissons comprendront tout de suite ce que sait le Cancer. Ils devineront, dans la seconde qui suit la rencontre, ce qu’est appelée à devenir leur relation. Même si de puissants interdits s’en mêlent, même si elle s’avère impossible, la relation s’inscrira dans leur mémoire par la certitude qu’elle devait s’établir.
Mais comment parler ce non-langage à d’autres signes que ceux de l’être ? Le magnifique défi de Goethe : « Je t’aime. Ça te regarde ? » provoque avec violence la personne même qu’il prétend ignorer.
Voilà donc, d’emblée stigmatisé, le décalage Cancérien : il est en avance de plusieurs mois, de plusieurs années, de plusieurs siècles quelquefois, sur son interlocuteur. Et l’on s’étonne de son impérieuse impatience.
En amour, le Cancer donne. Parfois même, il se distribue. Compte tenu de la réserve inhérente à ce signe, cette générosité surprend. En réalité, il s’agit plus d’une canalisation exclusive de ses sentiments à l’égard d’un seul être, d’une intense, douloureuse cristallisation sur lui, que du besoin de donner. On le dit possessif. Mais il ignore la possession.
Je parlerais plutôt de cette façon tourmentée, passionnément inquiète, de vivre un amour, qui le rend inadapté : comme il vit une relation exclusive, fervente et absolue avec l’être choisi, il en attend la même rigueur quasi mystique et se brise très vite de ne jamais la rencontrer. Attention à l’amour extraordinairement attentif et sans habitudes de ce crabe-là : il s’étonne tous les jours, il remarque tout, il admire le moindre détail, il adhère chaque fois à une nouvelle partie de vous-même. Et puis, soudain, il prend la porte (côté cour ou côté jardin, de préférence) et disparaît de votre vie : c’est qu’il a senti que vous alliez peut-être l’aimer moins, peut-être le trahir un tout petit peu, peut-être vous écarter quelques jours. Au lieu de se battre, de jouer un jeu ou un autre, d’affronter le désamour (insupportable pour lui), il part. C’est sa grande faiblesse, son vrai défaut, sa faille : il ne supporte pas d’être un peu moins aimé, critiqué d’un regard, rejeté d’une demi-semelle. Il lui faut l’adhésion inconditionnelle de son amour, ou il se brise. Le problème du Cancer qui aime réside dans la certitude qu’il donne de cet amour.
Comme c’est quelqu’un d’entier, de jusqu’au-boutiste, il montre qu’il aime – s’il se sent en confiance – et peu de gens supportent longtemps d’être aimés avec cet excès, cette douloureuse ferveur, cette douce obstination. Ne sachant pas filtrer, ni modérer, ni dévier ses élans de tendresse, il se trouve souvent confronté à un refroidissement de la part de l’être qu’il aime (car il faut déjà s’aimer beaucoup soi-même pour supporter la passion qu’autrui vous porte, autrement elle vous rend coupable : vous n’avez pas l’impression de la mériter). Alors, sa machine à pressentir la souffrance s’emballe et il quitte son amour pour ne pas en être abandonné.
Deux solutions à ce « mal en amour » Cancérien : la première est de renoncer à l’amour fou en faisant un mariage d’estime, d’arrangement ou de raison : beaucoup d’hommes du Cancer adoptent cette solution autour de trente-cinq ou quarante ans. Traduisez : « J’ai trop peur d’avoir mal, laissez-moi mourir tranquille, délivré de la passion. » En vérité, il arrive souvent que ces hommes-là, vers cinquante ans, voient débouler dans leur vie un nouvel amour violent et destructeur. C’est que leur mariage de raison qui les rendait si forts occultait une partie importante de la personnalité Cancérienne : sa sensualité.
La vibration sensorielle. N’oublions pas que ce signe d’eau est sensible aux ondes, aux courants, aux marées, aux égarements fluides du corps, aux bouleversements secrets, mouvants de l’attrait physique. Il y a toujours quelque chose d’insaisissable, de fou, d’aquatique dans l’emprise charnelle d’un Cancer. Son impétuosité se révèle parfois brutale mais elle se cache totalement : plus il paraît indifférent, plus la passion se concentre en lui, avec la précision et la démesure caractéristiques du signe.
Par parenthèse, on retrouve la même particularité en ce qui concerne la jalousie : si vous cherchez à rendre jaloux un Cancer, vous aurez l’impression de glisser sur un sol verni avec.des patins de cachemire. Il ne répond pas à la ‘provocation. Sa pudeur convulsive, son extraordinaire réserve l’empêchent, ici comme ailleurs, de laisser apparaître ses réactions. Mais la tempête fait rage dans ses méandres intestins. C’est la guerre. Entre lui et lui-même ; car céder à la jalousie insensée qui le traverse, ce serait déchoir, abandonner une partie secrète et noire de sa personnalité au jugement de l’autre. Et on sait que le Cancer réprime tout ce qu’il considère comme des tendances mauvaises, moralement sales ou instinctuelles, par nature, par auto-censure, par besoin de mater le premier mouvement, par goût d’élévation spirituelle. Mais il vous la fera payer, la jalousie qu’il a éprouvée, en se punissant de l’avoir éprouvée. Son humilité cache un orgueil, un amour- propre sauvages.
La deuxième solution que le Cancer peut adopter en amour est de trouver un dérivé à son angoisse dans la création. Il a besoin de créer. De plus, il est particulièrement doué pour la sublimation de ses pulsions ; tous ses instincts – et ils sont puissants dans ce signe – sont, à proprement parler, retravaillés dans une perspective d’embellissement, d’affinement, de synthèse esthétique ou morale. Comme Baudelaire qui « de la boue [faisait] de l’or », le Cancérien pourrait s’assimiler à l’huître qui, de vase et de sable, fait une perle. Le comportement du Cancer a d’ailleurs beaucoup de parenté avec ce coquillage. Il ne s’ouvre vraiment qu’isolé de toute âme qui vive et, comme ce coquillage, il arrive à transformer un amour de sable, médiocre, en conte de fées, des débris de pierres en perle rare. D’une valeur qu’il ignore, d’ailleurs, puisque son talent n’est pas dans l’expertise mais dans le façonnage.
Sa création peut être d’enfanter, simplement. Ou bien d’exalter par le rêve, comme Don Quichotte, une vie trop dure et trop triste. (Don Quichotte et Sancho Pança ne figurent-ils pas les deux faces du Cancer, l’un irréel, immense et cassable comme du cristal, l’autre matériel, rond et résistant comme du chêne ?). Ils peuvent encore, nos Cancériens, ils peuvent surtout produire en sublimant. Ce sont des producteurs nés. Une absence, un malentendu, une peine se transforment aisément en oeuvre d’art. Là se trouve en tout cas leur salut. Il faut relire Un amour de Swann pour saisir l’inadaptation originelle de ce signe en amour. Swann rencontre une jeune femme « qui n’est même pas son genre » et en tombe passionnément amoureux parce qu’elle ne s’intéresse pas vraiment à lui, parce qu’elle lui échappe. Cette folle, cette insensée construction de l’esprit autour d’un être finalement banal, qui lui mange plusieurs années de sa vie, est l’oeuvre d’un écrivain que l’échec Cancérien a poursuivi jusqu’à sa mort : Proust.
C’est l’être du détail, des petites choses tissées dans l’attente et qui deviennent grandes parce qu’il attend beaucoup, longtemps. Si « l’on est toujours l’étranger de quelqu’un », comme le chante Pauline Julien, le Cancer, lui, risque d’être l’étranger des signes qui cumulent l’avoir et le paraître. Un Capricorne Ascendant Lion, par exemple, sera tellement à l’opposé d’un pur Cancérien qu’ils peuvent se fasciner mutuellement par leurs différences, mais jamais se combler profondément.
Contrairement à l’usage, je crois que le Cancer a plus de chances de s’entendre avec les signes de l’être parce qu’ils parlent le même langage et que leurs objectifs profonds sont semblables : il s’agit pour eux d’exister. La passion d’être sous-tend le Bélier, le Verseau et les Poissons. Qu’avec le Cancer ils aient un certain code d’intelligence et une orientation de vie commune, cela ne fait pas de doute. Reste à établir les modalités et la pérennité de cet accord : entre le Bélier, qui existe par impulsion et action permanentes, et le Cancer, qui existe par intégration et ingestion continues de son monde sensoriel, il est capital de respecter la chronologie ; laissez agir le Bélier d’abord, suivez ensuite les prolongements excentriques que donne le Cancer à l’action du Bélier.
Ils peuvent mutuellement se valoriser avec bonheur car ils se surprennent toujours l’un l’autre. L’action et la non-action se complètent admirablement lorsqu’elles ont le même but„ Leur lien de base réside dans la vive sensualité qui les occupe, les remplit parfois. Ils aiment effleurer, renifler, sentir, entendre, voir, goûter, avec la même acuité, jusqu’aux confins de l’expérience. Pour l’un, la sensation enfièvre et s’évanouit. Pour l’autre, elle s’inscrit dans la chair et se prolonge en création. Ce couple vif-argent coïncide pour le commencement des choses et se scinde pour leur réalisation. Même enthousiasme, mêmes désirs, même fantaisie : mais il importe que l’argent suive le vif, pour que l’élan continue, pour que dure l’ascension.
Un Verseau partage avec le Cancer une originalité foncière. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui vivent un petit événement, tel que la patte cassée du bébé-crocodile adopté, comme une épopée de dimension européenne, et qui voient leur maison brûler avec une impatience légèrement intriguée, en se demandant s’ils vont retrouver leur jeu d’échecs. Ils traversent l’existence sans acquérir le moindre conformisme, dans des changements de toutes sortes qu’ils provoquent : c’est un défi mutuel incessant. Ils voyagent beaucoup, se hasardent dans des contrées inexplorées de l’Aventure (physique, géographique, sociale, morale et surtout intellectuelle), se font toujours remarquer par un comportement déconcertant, des découvertes exceptionnelles et authentiques, des bagarres autour d’une soupe aux ailerons de requin, et des allures définitivement excentriques.
Ils ont en commun un goût instinctif pour la progression (« de désir en désir et non de jouissance en jouissance ») un comportement enthousiaste et libre, une grande, une immense complicité. Attention, tout de même, à l’humanité généreuse et dispendieuse du Verseau qui grince avec l’individualiste Cancer. Reste le Poissons. « Forcément adapté au déluge, il se réalise dans l’inextricable, passe au travers des difficultés et, tandis qu’on le donne perdant, gagne de plusieurs longueurs sur l’adversité », écrit Jean-Pierre Nicola. En fait, devant la générosité absolue du Poissons, et son indifférence primitive, intègre, à toute hiérarchie sociale (qui le rend, comme le Bélier, comme le Cancer et le Verseau, adaptable à tous les milieux), le Cancer désapprend toutes ses inquiétudes et ses difficultés d’être : il reçoit enfin, par osmose, par symbiose aquatique, plus d’amour qu’il n’en demandait.
L’illusion océanique, intemporelle du Poissons, sa cohabitation millénaire avec les sirènes, son désir d’éternité, le rendent familier du rêve cancérien : il l’enveloppe, l’exalte, le magnifie dans une communion parfaite. Ils vont explorer ensemble les fonds sous-marins, cueillir au même moment des fleurs ou des coraux, tendre le même filet à la même faune.
Le danger de ce couple idéal qui parle le même silence mélodieux, qui entend la même musique, traverse au fond des océans les mêmes passions bleutées, sans pesanteur, le danger, disais-je, se trouve dans l’absence de mouvement. Sans tourment, sans blessure qui lui fasse mal, sans absence, sans frustration qui le pousse à l’isolement créateur, le Cancer peut-il vivre ?
En général, les mariages durables se font par l’équilibre des dosages. Trop de sens créateur (Bélier et Cancer, par exemple) engendre une lacune du côté de la responsabilité et un manque total de mise en valeur : ils s’habillent n’importe comment, arrangent leur appartement au gré des choses, présentent mal leurs maquettes, leurs projets ou leurs plans.
Le Cancer et l’Amitié
Comme en amour, le Cancer a quelque chose d’exclusivement passionné et captateur en amitié. C’est une valeur à laquelle il croit beaucoup, mais très différemment du Lion, par exemple : le Lion s’entoure plus de relations à caractère social, professionnel, ou d’auxiliaires pouvant l’aider dans sa carrière. Le Cancer, en revanche, ne se préoccupe guère de l’intérêt qu’il peut trouver en tel de ses amis, du temps précieux qu’il perd avec tel autre, de « l’investissement » affectif qu’il fait sans être « payé » de retour : il trouve normal et naturel de donner tout ce qu’il a, en amitié, aussi bien que de recevoir. Dans ce domaine, tout lui est dû et il doit tout. Autrement dit, ses amis sont rares mais d’immense qualité. En outre, s’il en a plusieurs – ce qui est déjà étonnant pour un natif du Cancer – il ne les voit jamais ensemble, les protège jalousement de l’extérieur, ne les fera jamais se rencontrer. Il veut ses amis pour lui, et pour lui seul ; son goût naturel du secret, voire de l’occulte, fait qu’il ne laisse jamais filtrer la moindre information entre les uns et les autres, malgré sa loyauté parfaite envers eux. Le Cancer est un ami possessif et jaloux comme un(e) aMant(e) et il doit se faire violence pour ne pas reprocher à son ami ses autres amis. En tout cas, il supporte très mal ces infidélités et préfère éviter de savoir qu’elles existent.
Cela posé, son amitié est d’or. Il se passionne presque plus pour ce qui vous arrive que pour ce qui lui arrive, à lui ; ses conseils sont précieux. Il se dévoue corps et âme à la moindre alerte de santé, la plus infime adversité dans votre existence est totalement prise en charge par lui. Sa fidélité, son sens des responsabilités, son dévouement confinent au mysticisme : il vous aime d’un amour quasi religieux. Il n’oublie jamais un anniversaire, vous fait des cadeaux au moindre prétexte, remarque immédiatement, même si vous cherchez de toutes vos forces à le cacher, que quelque chose ne va pas. L’attention, la réceptivité, le sens prémonitoire sont à leur comble chez un Cancer en amitié. Même s’il ne l’exprime pas, rien ne lui échappe.
Mais de la même façon qu’il vous est inconditionnellement acquis, il attend de vous une adhésion totale. La plus petite critique le blesse mortellement. S’il a des défauts, qui les lui pardonnera si ce n’est pas un ami ? Donc, ne jamais tenter le moindre commentaire négatif sur un ami Cancer. Lui suggérer plutôt qu’il pourrait agir différemment la prochaine fois. Marcher sur des oeufs dès qu’il s’agit d’une de ses imperfections. Il lui est intolérable, à cause de son manque d’assurance, de n’être pas chaudement conforté dans ses actes, admis sans réserve et globalement dans son comportement.
N’oubliez pas que son extrême humilité est à la mesure de son immense orgueil.
L’Éducation du Cancer
L’enfance du petit Cancer va déterminer, plus que pour tout autre, sa vie entière. Cet enfant dépend énormément de sa famille, de sa mère surtout, pour la formation harmonieuse de sa personnalité. L’exemple de Proust, qui a vécu dans l’ombre adorée de sa mère, est fort connu. Mais il existe d’autres cas remarquables de fixation à la mère. René-Victor Pilhes (Prix Goncourt 1974 avec l’Imprécateur) avait publié en 1969, aux éditions du Seuil, Le Loum, véritable « épopée psychanalytique, selon son éditeur, tentative effrénée, chez un fils, pour posséder, détruire, liquider sa mère ».
Liquider sa mère : voilà le problème de l’enfant Cancérien. Le petit garçon de ce signe étant de nature particulièrement solitaire, exclusive affectivement et d’abord difficile, voire impossible – il recule devant toute ingérence dans l’univers très personnel qu’il s’est constitué -, il s’attache d’autant plus fort à ceux qui se sont, par miracle, fait une place dans son espace intérieur : les parents, le père ou la sœur (un seul frère, une seule sœur compte pour le petit Cancer, même s’il en a plusieurs). Il vit en vase clos. Protégé du monde extérieur par un rempart de rêves, d’images, d’histoires inventées, où l’inquiétude vient très tôt semer ses ombres, ses morceaux de cauchemars, ses bouts d’insomnie, l’enfant du Cancer se rapproche, psychologiquement, de l’autisme : refus de voir et d’entendre. Il n’est pas rare qu’on le retire de l’école pour le laisser faire une partie de ses études seul ou avec ses proches parents. Sa fragilité extrêmement vulnérable, qu’un rien peut atteindre et bouleverser, le rend, au début de la vie, inapte à toute intégration sociale.
Souvent, on le croit lent ou retardé alors qu’il a compris plus vite que les autres : c’est sa manière à lui de s’abriter, derrière une incompréhension feinte. C’est pourquoi il est absolument capital de favoriser dès sa petite enfance toute velléité artistique, tout désir de communication par intermédiaires, toute recherche d’expression mystique, philosophique, artisanale, etc. C’est son seul levier vers l’adaptation socioprofessionnelle ; c’est souvent son salut, car ses relations à l’autre, maladivement exclusives, exigeantes jusqu’à l’exagération parfois, se subliment ainsi dans une oeuvre de talent, magnifiquement inspirée, qui porte en elle la douleur de n’avoir pas su dire.
Capital : ne jamais forcer son silence, son tempérament secret, et lui apprendre une
discipline, faute de quoi ses dons s’éparpillent, se dispersent et n’aboutissent jamais. Essentiel : l’encourager. Même comme bébé, il n’a pas confiance en lui, il ne s’aime pas, ne se respecte pas, il ne veut pas de lui-même. Il faut donc arriver à ce qu’il acquière un minimum d’estime pour lui, même si cela doit passer par une phase où il affiche une grande assurance : chez un petit Cancer, elle est toujours feinte. Il cherche simplement à convaincre les autres de qualités auxquelles lui ne croit guère : il espère que, par ricochet, ses proches l’aideront à s’aimer ; que de traversées de déserts il se prépare ! Que de solitude par incapacité à exprimer son désespoir, sa détresse, son angoisse : du moment qu’il se rejette lui-même, pourquoi les autres l’accepteraient-ils ?
Dans sa scolarité, il faut compter sur des maîtres et des professeurs qui deviennent, s’ils ont compris et admis l’enfant difficile qu’est le petit Cancer, un modèle de mère ou de père : rencontre importante car elle marque souvent dans la vie de l’enfant des étapes notoires. Son évolution se fait alors à une vitesse étonnante, sa maturité dépasse très vite la moyenne, son goût pour toute amélioration de sa propre personnalité s’extériorise et rayonne. L’enfant difficile et fermé devient alors un adulte responsable, créateur, fervent.
Le Cancer au travail
Le Cancer au travail est un être incompris. Il n’a pas d’ambition au sens où l’entendent les autres. Flegmatique et curieux, il semble ne jamais faire attention à ce dont il est chargé, ne pas prendre garde aux responsabilités qu’il a, et son activité présente toujours quelque chose de nonchalant, de flou, de calme, qui le rend peu crédible. Pourtant, les choses avancent, et comme il est assez méticuleux, elles avancent bien. Mais l’injustice fait que, comme il n’a pas l’air de travailler, on ne croit pas que c’est grâce à lui qu’elles avancent.
Il est inquiet, nerveux, précis jusqu’au détail. Mais il ne le montre pas : son introversion, sa réserve naturelle, son incapacité bien connue à se faire valoir, lui créent des difficultés. Il met beaucoup de temps à se faire accepter. Il a le sens des responsabilités, assume jusqu’au bout ses erreurs – non sans colère intérieure -, affronte les difficultés avec courage et endurance… en souriant et sans faire d’éclat. Ce peut être un entraîneur formidable au travail car son fond de pédagogie l’amène à apprendre ce qu’il sait aux autres en ayAnt l’air de ne pas savoir. Cette attitude : « Comment va-t-on faire maintenant ? » suscite en son disciple le désir de trouver la solution. Parfois, le Cancer manque d’autorité naturelle extérieure, mais il acquiert celle que donnent la compétence, l’expérience, le savoir. Et elle est plus durable, plus authentique que l’autre.
Ne nous attendons pas à un champion des horaires ni de la discipline. Sa fantaisie prime tout. S’il lui faut absolument arriver à la même heure tous les matins, il s’y astreindra, mais il récupérera par d’autres biais sont temps de liberté. Enlevez possibilité d’évasion à un Cancer et tout son génie se retire, comme une marée basse. Il doit se sentir libre, à l’intérieur des structures de son entreprise, pour créer. Sinon, son sens créateur se bloque, il végète intellectuellement, son invention s’étiole au milieu des paperasseries et des contingences administratives.
Au travail, le Cancer est capable du meilleur comme du pire, suivant les possibilités qui lui sont offertes. Dans les professions qui demandent de l’invention, un esprit curieux et susciteur, comme par exemple la vente, l’artisanat, ou encore dans tout ce qui touche au domaine sensoriel, à son intelligence, à sa curiosité d’autrui, comme la photo, la peinture, la musique, le cinéma, voire le parfum, notre crabe est précieux. C’est souvent aussi un grand gastronome, mais qui préfère réserver ses créations culinaires à sa famille. En revanche, il n’est pas à sa place dans les professions qui exigent une régularité monotone et paisible.
Son tempérament inventif l’amène à avoir besoin de changer de place, de modifier légèrement la façon dont il procède pour arranger des flacons dans une vitrine, pour examiner l’état des stocks, recevoir quelqu’un dans son bureau ou téléphoner à un client. Observez- le : il est rare qu’il se répète, rare qu’il agisse plusieurs fois de la même manière.
Un Cancer n’a pas de vraies méthodes de travail. A l’intérieur d’une structure qu’il respecte, il agit suivant l’inspiration du moment : là, sa subjectivité entre puissamment en jeu car il accordera une importance prioritaire à ce qui sera considéré comme secondaire par les autres. A l’inverse, ce qui paraîtra urgent à ses collègues de travail lui semblera, à lui, superfétatoire. Inutile de le heurter : c’est à prendre ou à laisser. Il ne comprend pas la logique des autres, il ne connaît pas d’autre manière de progresser que la sienne. Et dans la mesure où, par ses chemins personnels, il arrive au même but, et aussi vite la plupart du temps, pourquoi le contrer ? Le Cancer prouve toujours, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, qu’il existe deux façons, et non pas une seule, de réussir quelque chose. En outre, son recul par rapport aux événements, son flair extraordinaire lui donnent une force particulière dont il serait dommage de se priver. C’est, très souvent, un conseiller occulte de premier ordre, un « patron » caché, aux pouvoirs secrets, qui manipule; dans l’ombre et la modestie, les puissants « visibles » (Lions ou Sagittaires).
Car il réussit. Si réussir veut dire mener à bien ce que l’on entreprend, le Cancer réussit. Sa carrière peut être ascendante et paisible si le caprice lunaire a été maîtrisé, toute tracée s’il a su s’adapter à son milieu professionnel par une auto-discipline de base ; ou bien pleine de rebondissements et de grands écarts s’il suit sa nature fantasque. Il peut tout envoyer promener en une seconde si on l’attaque injustement dans son travail : la critique le rend véritablement fou. Son agressivité, jusque-là bridée, peut alors faire des ravages. Il y a toujours quelque chose de définitif dans ses colères. Si on l’a amené à sortir de ses gonds, lui qui évite avec beaucoup de soin tout accroc, il faut savoir qu’on n’esquivera pas ses coups. Il frappe avec violence, casse, détruit tout ce qui lui tombe sous la main : colère physique, et non verbale comme chez le Scorpion, car le crabe bafouille toujours un peu s’il sort du silence.
C’est l’être des démissions inattendues, des engagements-surprises, des augmentations – ou diminutions – totalement imprévisibles. Cette tendance est d’ailleurs plus forte chez les hommes gouvernés par la Lune que chez les femmes qui, elles, savent faire accepter leur fantaisie de détail, leur irrégularité d’apparence, leur goût du changement avec plus de diplomatie.
Enfin, il est rare que le Cancer rapporte beaucoup d’argent. Ou alors il ne l’a vraiment pas fait exprès. L’argent n’est pas sa motivation dans le travail, ce qui expliquerait la raison pour laquelle il peut tout laisser tomber sur un coup de tête : ses motivations sont d’ordre affectif et moral. En réalité, il est très ambitieux, mais pas au sens où on l’entend généralement. Son ambition porte sur la qualité – qui confine souvent à une certaine originalité – du travail qu’il accomplit et sur la manière dont il le présentera pour qu’on le comprenne le mieux possible. La Lune – gouvernant le Cancer – étant le symbole du peuple, de la foule et par extension de la popularité, elle donne un goût pour des activités qui mettent notre sujet en contact avec le plus de gens possible. D’où les métiers de vulgarisation, au sens noble du terme, qu’exercent souvent les natifs du Cancer ; la vulgarisation étant ici le moyen de faire comprendre, ou de rendre accessible au maximum de gens, un objet, une idée, une image. Ce besoin inné du Cancer allié à son ennemie numéro un, la sauvagerie, le met en contradiction avec lui-même. C’est pourquoi il trouve souvent des intermédiaires entre sa créativité et le monde : tous ceux qui s’emploient à diffuser l’information, à faire valoir le talent, à mettre en valeur une oeuvre d’art, sont en relation directe avec les métiers du Cancer. Autrement dit, il faut des Mercuriens et des Solaires pour accompagner un Lunarien au travail, sinon son talent se voit méconnu, inconnu ou méjugé. La plupart du temps, les tendances originelles du signe sont dominées, chez un Cancer équilibré. Il prévient son entourage des changements qu’il désire accomplir, il maîtrise ou dévie ses accès de colère, d’indignation et d’enthousiasme, il canalise son originalité dans des activités extra-professionnelles : en un mot, il s’adapte admirablement à son milieu.
Mais il faut savoir que ces tendances existent et qu’à la faveur de circonstances exceptionnelles, et purement affectives, elles peuvent soudain exploser. Là, le Cancer se détruit plutôt que de détruire ce qui l’a blessé. Il se fait du mal à lui-même, comme s’il se punissait d’être aussi vulnérable. De fait, c’est sa seule véritable faiblesse : la demande affective qu’il mêle à tout.
Son travail y gagne par une extraordinaire puissance et y perd par une émotivité qui, parfois, peut noyer l’énergie.
Les métiers du Cancer
Principalement artistiques :
- Écrivain ou scénariste (la communication par écrit).
- Peintre, dessinateur, illustrateur, maquettiste, etc. (communication par l’image).
- Architecte (maison, foyer).
- Créateur dans la joaillerie, les parfums, la musique, la photographie : tous les métiers qui le mettent en relation avec les gens.
- Metteur en scène, réalisateur (changements d’images).
- Comédien.
Dans le commerce :
Tous les métiers qui ne le mettent pas en contact direct avec l’argent. La réalité économique et financière ne l’intéresse qu’au deuxième ou au troisième degré. Ce qui compte pour lui, c’est plutôt l’enrichissement intellectuel, psychologique, moral ; c’est l’apprentissage plus que le gain.
Dans l’entreprise :
Les responsabilités d’ordre relationnel et psychologique : la négociation, la promotion, la diffusion, la manipulation, l’action indirecte. Tout ce qui, dans la communication, doit se faire seul.
Le Cancer et l’argent
Il suffit de regarder le crabe voler une miette de pain pour comprendre le comportement du Cancer face à l’argent : comme il en a peur, il réduit ses exigences. C’est typiquement le signe qui se limite à ce qu’il a, sans en souffrir et sans pour cela sacrifier à ses désirs esthétiques. Il sait merveilleusement se débrouiller avec trois sous et peut, au contraire, se sentir anxieux devant un héritage inopiné que faire de l’argent ? Comme il n’est guère démonstratif, il ne saura pas, comme le Lion ou le Sagittaire, offrir de somptueux cadeaux ; alors, il cherchera à placer ses sous pour ne pas les perdre. C’est rarement un bon gestionnaire, et comme il tient absolument à son individualité, il s’occupe, lui- même, de ses placements, ce qui entraîne toutes sortes d’ennuis. Ses biens ne fructifient guère : il faut s’estimer heureux qu’il ne perde pas tout dans des spéculations originales, ce qui est souvent le lot des Cancériens (certaines valeurs boursières lui plaisent parce qu’elles évoquent pour lui des pays exotiques ou des noms pleins de poésie !).
Ne laissez pas un Cancérien aux prises avec des sommes d’argent importantes : s’il n’est pas homme d’affaires – ils sont rares mais ils existent et présentent généralement des qualités exceptionnelles en ce qui concerne l’investissement et la gestion de patrimoine – s’il n’est pas homme d’affaires, disais-je, il est forcément un peu poète. Il fait tomber des billets de ses poches sans s’en rendre compte ou dépense ses revenus à des babioles, bricoles, petits pots, boîtes diverses et confettis. Sa vieille âme de Pierrot lunaire réapparaît devant le moindre cotillon, la plus petite enluminure de fête, car il aime l’idée de la fête, surtout quand il est tout seul.
Attention, enfin, à la poudre d’or : les dames et les sieurs du Cancer sont fascinés par ce matériau précieux qui leur rappelle les contes de fées !
L’apparence, l’aspect physique, la présentation
Ce Cancer, étant très sensible à la beauté, des êtres d’abord, des choses ensuite, est particulièrement porté à aimer les beaux tissus, les beaux matériaux, les belles coupes, le classicisme et la tradition dans la vêture, en somme. Mais, comme je l’ai souligné plusieurs fois, il ne s’aime pas.
C’est pourquoi il ne s’estimera pas digne de porter de beaux vêtements. On croit qu’il garde dans son placard ses belles robes ou ses beaux costumes pour les économiser, en réalité, c’est parce qu’il aurait l’impression de les dégrader en les portant, d’en abîmer la beauté, d’en dévaloriser, par la « laideur » de son corps, la qualité. Mais il les acquiert pour la fascination esthétique qu’ils exercent sur lui. Aussi, se présente-t-il souvent comme quelqu’un de « couvert » (il est aussi très frileux) pour se cacher et non pour se mettre en valeur. Il s’emmitoufle, il se camoufle (comme le crabe qui adopte la couleur des rochers où il a élu domicile), il se recouvre plutôt qu’il ne s’habille. Souvent, il donne l’impression d’être déguisé, non par goût profond de l’apparence insolite mais parce qu’il ne se rend pas compte de l’image qu’il donne : il choisit un vêtement d’abord pour ses qualités de protection qu’il présente contre son entourage. Il a tellement à protéger, notre Cancer !
Son intimité, ses secrets, son corps. Des regards d’autrui, mais aussi de sa perspicacité, de ses intuitions, de ses possibilités de découvrir un aspect tenu caché de sa personnalité, et même, et même… de l’approche physique d’autrui. De son toucher. Le Cancer est sauvage.
Il ne se laisse pas manipuler par n’importe qui. Il n’aime pas beaucoup les coiffeurs, les « soigneurs » divers (masseurs, esthéticiens, manucures, etc.) et les évite complètement s’il le peut : c’est pourquoi, les femmes du Cancer se font souvent elles-mêmes leurs coiffures ou leurs « décoiffures » ! En revanche, il aime, lui, toucher (les animaux, les plantes, ou les êtres qu’il choisit). Tout cela donne deux catégories de types qui présentent soit une apparence monacale (la plus discrète et la plus sobre possible, par désir actif et conscient de ne pas être remarqué physiquement) soit une apparence singulière où l’individualisme, l’anti-conformisme de sa personnalité transparaît sans qu’il en ait vraiment conscience. Il porte alors une chemise de bure avec un foulard de soie, simplement parce qu’il est attiré par ces deux matériaux, ou une veste de grosse laine sur un corsage en paillettes ; en somme il suit purement et simplement ses goûts instinctifs, sa subjectivité absolue qui crée des rapports tout à fait personnels entre les couleurs, les formes, la consistance des vêtements.
Il choisit alors son habillement comme une oeuvre d’art, détachée de lui-même. Il ne se voit pas, il voit l’objet.
Qu’il soit mince ou plus enveloppé, il se reconnaît donc à l’une ou l’autre de ces caractéristiques. Parfois, il combine les deux : sobre et excessivement modeste dans sa tenue, il sera original dans sa coiffure ou son maquillage (pour les couleurs, par exemple).
En société, notre crabe est d’une discrétion maladive. Son maintien distant, par timidité, son comportement farouche et excessivement réservé, pudique, le font paraître froid, parfois dur (aucune concession, rappelez-vous, aux échanges de pure forme), voire indifférent.
Mais n’est-ce pas lui qui a raison ? Comme le disait une jeune femme écrivain du Cancer « Je n’ai de temps que pour ceux que j’aime : c’est ce que je peux leur donner de plus rare. »
Le Cancer et sa santé
Voilà un sujet qu’il faut aborder avec précaution : le Cancer est un être maladif mais jamais vraiment malade. Il souffre de maux divers et diffus : migraines, spasmes, douleurs dans le dos, dans les jambes, dans le ventre, que les médecins qualifient généralement de nerveux. On pourrait croire que, parce que c’est nerveux, ce n’est pas grave. En fait, c’est une donnée importante de la personnalité Cancérienne.
Voici pourquoi : le Cancer étant extrêmement renfermé, réservé, secret, tous ses chocs émotionnels, la moindre tension dans une situation à laquelle- il ne peut échapper, la moindre contrariété, les soucis de tous les jours se répercutent à l’intérieur de lui-même : il prend tout le temps sur lui pour ne pas extérioriser sa mauvaise humeur, ou son inquiétude, ou sa peur (il n’extériorise d’ailleurs pas non plus son bonheur, sa confiance, son amour).
Ces émotions, qui existent donc très fort, vont se diriger non pas vers le dehors, comme chez un Scorpion ou un Bélier, mais vers le dedans. Les nerfs et le système nerveux sont par conséquent particulièrement exposés. Toutes les maladies qualifiées de « psychosomatiques » prennent en Cancer une valeur plus grande : les ulcères à l’estomac y sont fréquents (le Cancer est relié au ventre, en général), les petites maladies de l’intestin se trouvent chez presque tous les Cancériens, les spasmes abdominaux, la vésicule biliaire que l’angoisse Cancérienne ravage ! Comme ces natifs sont impressionnables, ces petits maux les affolent littéralement, ce qui ne fait qu’augmenter leurs problèmes nerveux. Les maux de tête (par faiblesse hépatique, souvent) viennent ajouter à ce tableau-type une coloration plus féminine ; en effet, les femmes du Cancer en souffrent davantage que les hommes.
Il faut connaître ses points faibles : tout ce qui est lié à la fonction digestive est fragile chez le Cancer. A l’étranger, en voyage, il sera le premier à avoir une indigestion si un aliment n’était pas parfait, le premier à avoir « mal au cœur », le premier aussi à abriter amibes et autres parasites. Donc, on ne saurait trop recommander la prudence en matière alimentaire. Attention, aussi, aux fruits et aux plantes inconnus ; une jeune dame de mes relations, née sous le signe du Cancer, s’est un jour retrouvée sous perfusion dans une île lointaine et sans grand secours médical pour avoir absorbé des « petites pommes délicieuses », en l’occurrence bourrées de poison.
Quand on dit Cancer, on pense toujours aussi à la maladie. Qu’en est-il de cette assimilation ? Voici un passage intéressant relevé dans un article de Pierre Desprauges sur ce sujet. « Si vous avez conservé votre vieux Gaffiot et si vous l’ouvrez au mot « Cancer« , vous lirez : Cancer, cancri (m) : cancre, crabe, écrevisse. […] Qui a eu, le premier, l’idée de cette comparaison entre une maladie redoutable – et jusqu’alors sans nom – et cet animal peu amène ? Est-ce Hippocrate lui-même ou ses disciples ? […] Toujours est-il que cette image maudite du crabe a traversé les siècles et y a fait autant de ravages dans les esprits que le mal lui-même dans les corps. Le grand chirurgien français du XVIe siècle, Ambroise Paré, traduit assez bien les connotations imaginaires qui lui font écho, de son temps : « Cet animal, quand il est attaché de ses pieds contre quelque chose, adhère à elle si fort qu’à peine on le peut arracher, principalement de ses deux pieds de devant, qui sont en manière de tenailles et pincettes : ainsi en est-il de cette tumeur. »
Le rapport entre la maladie et l’animal s’est donc fait sur la nature tenace, obstinée, têtue de ce crustacé. Voilà qui est apaisant pour l’esprit. En fait, le Cancérien subit moins qu’un autre de vraies maladies parce qu’il est obligé de se surveiller tout le temps ; ne pouvant jamais dépasser ses limites énergétiques et nerveuses, il sait faire reposer sa mécanique. Pour cette raison, on le dit paresseux. Mais si un Bélier ou un Scorpion se comportaient comme lui, avec cette sagesse, que d’ennuis graves ils éviteraient !
Pour conclure, donc, sur la santé du Cancer, il faut retenir que :
- il n’a pas une constitution de base très solide ;
- il est particulièrement vulnérable nerveusement (Proust est un exemple bien connu, mais Kafka, Cocteau, Modigliani sont également représentatifs de cette nature) ;
- tout ce qui concerne la fonction alimentaire doit être surveillé : attention à la boulimie comme aux crises d’anorexie (très fréquentes dans ce signe, contrairement à. ce que l’on pourrait croire) ;
- pour les femmes, les seins sont plus fragiles que chez un autre signe ;
- enfin, les crises d’angoisse qui se manifestent soit par un sentiment d’étouffement, soit par de l’asthme, soit par de la tachycardie, doivent être prises en considération : c’est souvent parce qu’il a l’impression – sans pouvoir l’exprimer – qu’on ne s’occupe plus de lui, ou qu’on ne l’aime plus, ou qu’on l’exclut, que le Cancer « perd les pédales ».
Les astromariages de l’Homme Cancer
Homme Cancer et femme Bélier
Marier l’eau et le feu, c’est toujours risqué… Pourtant, le Cancer est fasciné par cette chaleur solaire, ce rayonnement, cette gaieté. Bondissant des quatre sabots, notre alerte chevrette va le tirer, ce pauvre crabe, hors de sa carapace. Avec elle, il osera enfin aborder des rivages où il hésitait jusque-là à risquer la pince. L’audace de la femme Bélier lui devient indispensable. Et elle-même, qui ne brille pas par la persévérance, a besoin de la stabilité du Cancer. Fin psychologue, calme, il devine derrière l’agressivité de cette biquette batailleuse, toute une féminité fragile qui ne demande qu’à se soumettre. Mais attention aux coups de cornes : le Cancer déteste qu’on perturbe les eaux de sa mare intérieure. Un peu de cinéma, il veut bien, pour le distraire de sa morosité. Mais si cela tourne à la vraie bagarre, aux cris, il s’enfuira car il a les scènes de ménage en horreur.
Homme Cancer et femme Taureau
Comment le Cancer ne serait-il pas séduit par la féminité accueillante de la femme Taureau ? Il se cherchait une mère : la voilà !
Sentimentaux et tendres, rêveurs, artistes, aimant leur foyer, leur maison et leurs enfants, ils sont tous les deux sous la maîtrise de la Lune et pourraient faire un couple heureux et calme.
Pourtant le Cancer, avec ses airs tout doux, peut être, sans en avoir l’air, assez tyrannique et autoritaire. Il risque de trouver que sa Taureau manque de souplesse. Quant à elle, il se peut qu’elle se lasse un jour de la passivité de son crabe. Elle souhaiterait quelqu’un de plus dynamique, un Sagittaire, par exemple.
Homme Cancer et femme Gémeaux
Ce feu follet toujours en mouvement, cet être léger qui réagit à la moindre brise, ce vif-argent étincelant, fait un tel contraste avec le pauvre Cancer, si lourd dans sa cuirasse !
Tandis qu’elle virevolte sous ses pinces, il en a le tournis ; il veut essayer de l’attraper, mais elle lui file comme un courant d’air entre les antennes ! Il croyait la saisir : pffft ! elle a disparu, puis réapparaît, mutine et taquine, pour se moquer de lui. Rien de plus excitant.
S’ils se marient, cependant, elle risque de perdre la partie : le jour où le tourteau l’aura coincée avec ses grosses pinces et ses principes conservateurs, la pauvrette s’étiolera. La fantaisie et l’indépendance lui sont aussi indispensables que l’air pur. Elle risque la grande déprime, devant ce mur d’immobilisme. Peut-on marier la brise du matin et le crustacé fossile ? C’est risqué.
Homme Cancer et femme Cancer
Alors là, non. Non et re-non !
Les Jupitériens font mauvais ménage ensemble : tout le monde veut commander tout le temps et partout, et c’est la bagarre. D’ailleurs, en général, ils ne s’attirent même pas. Et si vous rencontrez un jour un ménage Cancer + Cancer qui vous affirme vivre la pleine lune de miel suave depuis vingt ans, soyez assuré que l’un des deux est un faux Cancer : c’est-à-dire un Cancer qui n’a que le Soleil en Cancer dans son thème, toutes les autres planètes et angles du ciel étant dans un signe différent (on sait que le signe solaire n’est pas toujours dominant).
Homme Cancer et femme Lion
On en rencontre beaucoup, sous le soleil… probablement pour justifier la loi qui veut que les contraires s’attirent : le jour ne pense qu’à la nuit, le Soleil à la Lune, la lumière à l’ombre. La formule donne le plus souvent de semi-bons ménages, pas assez mauvais pour divorcer (l’homme Cancer y répugne d’ailleurs), et pas assez bons pour être vraiment réussis.
La superbe Lionne éclatante et sûre d’elle-même attire le timide crustacé, lui qui cherche toujours à s’abriter sous l’autorité maternelle d’une forte femme. Il espère qu’elle lui fera un écran contre les duretés de la vie, mais le calcul n’est pas très bon.
La femme Lion (je parle d’une vraie Lionne à part entière) s’extériorise entièrement dans de multiples activités professionnelles ou sociales, ou l’éducation de ses enfants ; c’est une femme pratique avant tout, et une femme d’affaires. Elle n’a que faire des rêvasseries brumeuses du Cancer.
Elle essaiera de le manoeuvrer, comme elle le fait avec tous les autres hommes : hélas, elle s’illusionne beaucoup sur la douceur apparente de son crabe préféré ! Il a le génie de la résistance passive, de la fuite et du secret. A cent lieues d’imaginer cet univers de brumes infinies qu’il porte en lui, la Lionne fait tout en pleine lumière et avec autorité : elle expliquera au Cancer qu’il a tort, et qu’elle a raison. Il se culpabilisera et s’enfoncera un peu plus dans sa passivité, laquelle agace tant la Lionne. La superbe bête rugira et bousculera son pauvre crabe. Là, elle risquera de tomber sur un os – sur une pince, pardon ! – le Cancer peut réagir violemment, et c’est peut-être la seule femme du Zodiaque avec laquelle il soit capable d’être brutal. S’il s’agit d’une Lionne douce, il réagira par la fuite discrète, déguisée en voyages d’affaires !
Même une très gentille Lionne et un super-brave Cancer auront de grandes difficultés à s’harmoniser. Certains y arrivent… ou presque. Mais le Cancer aurait mieux fait de chercher une Verseau ou une Scorpionne !
Homme Cancer et femme Vierge
La Vierge calcule son coup. Elle agit méthodiquement, avec persévérance, en présentant d’elle-même une image de marque raisonnable et ordonnée qui rassure l’éternel masculin. C’est ainsi qu’elle « hameçonne » le Cancer, qui mord et l’épouse, persuadé d’avoir pincé la perle du foyer.
Puis, puis… on s’aperçoit que la Vierge est terriblement possessive, et jalouse. Elle a cru épouser, la pauvre, un bon père tranquille, mais le Cancer ne supporte pas qu’on essaye de le ranger, soigneusement ficelé, dans un casier avec une étiquette : « Père de famille extra-dry ». Il commencera à rêver d’évasion. La Vierge n’a pas mesuré les abîmes insondables du Cancer. Il a besoin d’aventures, rêvées ou vécues, et la Vierge trop sage, trop raisonnable, l’ennuie à périr. Il s’évadera discrètement chaque fois qu’elle aura le dos tourné. Elle finira par s’en douter, et ruminera sa jalousie. Pauvre Vierge, toujours attirée par le mystère des signes d’eau, et si désarmée en face d’eux : Cancer, Scorpion et Poissons lui échappent, en partie du moins, et elle ne comprend pas pourquoi !
Homme Cancer et femme Balance
Un pas en avant et deux en arrière : c’est la femme Balance, comme le mot l’indique bien. Sous la double influence contradictoire de Vénus et de Saturne, elle séduit le Cancer, qui apprécie les femmes très féminines. Puis, au moment où il croit l’affaire conclue, elle se dérobe. Le Cancer mord au jeu, se passionne pour ce jeu de cache-Balance, et fait même, contrairement à son habitude, un grand pas en avant pour la saisir. Les natives du signe sont de douces indépendantes : elles font marcher le Cancer, se laissent même épouser, mais s’arrangent pour préserver leur indépendance avec beaucoup d’esprit et d’efficacité tranquille.
Peut-être même sont-elles les seules à pouvoir s’assurer la fidélité du Cancer. Beaucoup de points communs les rapprochent : l’amour d’une vie familiale paisible, l’amour des arts, des enfants… Ce sont deux êtres sensibles et fins qui s’accordent assez bien.
Homme Cancer et femme Scorpion
Mille et une nuits ne leur suffiront pas pour se raconter leur vie, leurs émotions et leurs rêves. A des kilomètres en dessous du niveau des océans, ils sont seuls au monde dans l’obscurité des grands fonds. Ils pénètrent dans les canyons sous-marins dont les parois tapissées de gorgones abritent d’insondables mystères ; de temps en temps, ils frôlent les tentacules d’une gigantesque pieuvre, dernière survivante des grands monstres du paléozoïque… Dans les forêts de coraux géants, la Scorpionne se fraye un chemin, tenant le Cancer par une pince, à deux pas derrière (il n’est pas aussi audacieux qu’elle). Ils débouchent sur d’immenses savanes sous-marines, les fameux herbiers de posidonies qui s’étendent à perte de vue sous l’Océan Indien…
Dans le silence des abîmes océaniques, le moindre battement de cœur s’entend. Et aucun sentiment de l’un n’échappe à la perception de l’autre ; même séparés par des continents, ils sentent la même chose, à la même minute, et le, disent avec les mêmes mots. Ils se possèdent réciproquement au point que leurs âmes se touchent. Jalousement possessifs tous les deux, ils s’enferment dans un univers de passion et de tendresse. Mais, peu à peu, la Scorpionne trouvera que ce huis-clos sent le renfermé. Elle a besoin d’air, de mouvement, d’espaces illimités.
Le Cancer, douillettement installé, niché dans cette étroite intimité étouffante, est très content. Il n’a aucune envie d’ouvrir les fenêtres.
Et puis la Scorpionne, un beau jour, en aura assez de le tirer, de le secouer, d’être toujours celle qui paye de sa personne, qui prend tous les risques et toutes les initiatives. Le Cancer, lui, se contente de recevoir. C’est un ventre glouton, passif, massif, aussi lourd à remuer qu’un éléphant. Il ne lève pas le petit doigt pour bouger. Réactionnaire attaché au passé, il ne comprend pas l’intuition prophétique de la Scorpionne. Finalement, excédée, elle l’abandonnera à son coin de rocher, auquel il est obstinément fixé, et partira vers le grand large. Il la regrettera toute sa vie… et recommencera les mêmes bêtises avec la suivante.
Homme Cancer et femme Sagittaire
Très peu conseillé. D’habitude, ils ne s’apprécient guère et ne se recherchent pas. Il est assez rare de les trouver en couple.
Comme je l’ai déjà dit plus haut, les Jupitériens font mauvais ménage entre eux et, de plus, la formule Eau + Feu est toujours difficile (voir les malheurs du couple homme Cancer – femme Lion !).
Belle Sagittaire, grande chasseresse devant l’Eternel, allez lancer vos flèches ailleurs ! Homme Cancer et femme Capricorne
Ceux-là, chers amis lecteurs, mériteraient qu’on leur consacre cinq cents pages à eux tous seuls…
La femme Capricorne est fascinée par les signes d’eau qui extériorisent leur tendresse, ce qu’elle fait elle-même très difficilement ou pas du tout. Cancer et Capricorne sont sur le même axe zodiacal : ils ont ensemble le goût du passé, le goût du pouvoir, l’ambition, un grand sérieux.
C’est l’énergie de la femme Capricorne qui séduit le Cancer. Elle traite ses soupirants avec beaucoup de hauteur, une distance qui les impressionne et la valorise. La distance est propice aux rêves : voilà notre crustacé de vase amoureux d’une étoile. Cependant, •dans la vie quotidienne, il sera blessé par les humeurs capricantes de cette très haute et puissante dame de ses pensées. Agressive, assez froide, elle n’a pas toujours le génie d’être douce et maternelle, comme le rêvait le crabe (qui pensait la désarmer). La Capricorne, femme consciencieuse, pas tendre mais cependant passionnée, est capable d’investir toutes ses forces, son temps, son énergie, dans la survie de ce couple : parfois, elle gagne brillamment la partie, et voilà un ménage excellent… même si le Cancer est quelque peu tenté par de mini-fuites en douce !
Homme Cancer et femme Verseau
Oui, sans hésiter !
Le Cancer accorde plus de prix à l’amitié qu’à l’amour : et bien, voilà une amie pour lui ! Le Verseau est le signe même de l’amitié !
Ils aiment tous les deux la vie en société, l’évasion, l’art, la lecture, parfois le luxe, la lecture, les rêves… La Verseau saturnienne est bourgeoise, et la Verseau Uranienne bohème : l’une comme l’autre plaisent au Cancer parce qu’elles gardent un côté léger, aérien : la Verseau bourgeoise n’est jamais pesante, c’est une femme qui sait s’adapter. Quant à la Verseau artiste, elle répond au besoin de fantaisie du Cancer.
Elle n’est pas trop possessive, elle ne fait pas constamment des scènes de jalousie, elle est plus amie qu’amoureuse : tout ce qu’elle demande, c’est qu’on lui laisse une relative indépendance. Le Cancer, fin psychologue dans ce cas, le comprend assez vite, pourvu qu’il trouve ses pantoufles chaudes en rentrant. La dame Verseau, fine mouche, a compris elle aussi ; elle dit : « Oui, oui, mon chéri », et n’en fait qu’à sa fantaisie. Elle a senti qu’en s’abritant derrière la douceur et une apparente soumission, on peut très bien contourner le Cancer. Il n’est pas vraiment dupe, mais du moment qu’il a la paix et qu’on est gentil avec lui…
Homme Cancer et femme Poissons
Il aime les garces. Je trouve cela un peu triste, mais c’est ainsi… Avec Madame Poissons il ne souffrira pas assez, et finira frustré. Elle le pêche tout d’abord dans ses filets, cette sirène, parce qu’elle sait écouter, pleurer avec lui sur ses malheurs (à lui) pendant des heures au clair de lune ; elle le devine à demi-mot. Ils sont tous les deux doués de grands pouvoirs médiumniques.
Mais elle le couve trop. Comme la Vierge, elle le dorlote, le pouponne, le cajole ; au début, il est ravi. Ensuite, il devient évident qu’elle ne l’aide guère à sortir de lui-même, à mûrir. Très possessive, elle a tendance à l’étouffer sous sa tendresse abusive. Elle l’étrangle avec ses filets trop serrés… Et le crabe se débat pour en sortir.
Attention, petite sirène… La Vierge avait un balai de bonne ménagère, d’autres ont des balais de sorcière, et c’est justement ce qui tente le crabe : il vous échappera pour aller se jeter tout cru dans le chaudron d’une Mélusine !
A qui marier la Femme Cancer ?
Femme Cancer et homme Bélier
Quatre sabots et dix paires de pattes, c’est tout de même trop pour un véhicule, même amphibie. L’ennui est que certaines pattes ont toujours tendance à vouloir marcher en biais…
On connaît quelques couples qui ont tenu le coup, mais si peu… Peut-être un Bélier ascendant Taureau et une Cancer ascendant Balance ? Cette dernière est plus particulièrement vulnérable aux charmes du brillant Bélier.
Les inconvénients sont ici ceux, classiques, de la combinaison Eau + Feu : l’homme des signes de feu ne comprend pas les zones d’ombre de la femme des signes d’eau. La combinaison inverse (femme Bélier – homme Cancer) marche mieux que celle-ci.
L’homme Bélier est charmant, mais autoritaire et impulsif. Il exige trop de soumission de la femme Cancer. Celle-ci se rebiffe : c’est une personne très autonome, qui aime assez commander, et ne se laisse pas marcher sur les pinces. Si c’est elle qui tient le gouvernail, elle essaiera d’enfermer le Bélier dans un univers bien clos et bien douillet, pour mieux• se le garder. Et le Bélier n’aura qu’un rêve s’échapper tous azimuts. Si, au contraire, croyant bien faire, elle se soumet totalement au Bélier pour lui faire plaisir, cela n’ira pas non plus : il ne la sécurise guère, parce qu’il ne comprend pas sa nature sentimentale. Parfois même, il devient sadique, et elle s’enfonce alors dans un masochisme dépressif.
Il faut vraiment que les ascendants de l’une et de l’autre soient semblables ou complémentaires, et les planètes réciproquement bien aspectées, pour que la combinaison ait quelque chance de durer.
Femme Cancer et homme Taureau
En principe, c’est bon : Lune + Lune + Vénus + Jupiter, c’est positif. Ils feront un couple heureux et pacifique.
L’homme Taureau, toujours intéressé par les questions de travail, encouragera sa femme Cancer à poursuivre une carrière professionnelle, où elle pourra employer à fond son énergie et son goût de l’autorité. Elle rentrera toute douce à la maison, avec un salaire intéressant qui contribuera à leur faire une vie agréable.
Les écueils de cette combinaison ? L’insatiable fringale sexuelle du Taureau à laquelle, surtout dans la jeunesse, dame Cancer ne répond qu’à moitié, car elle est souvent plus sentimentale que sensuelle.
L’entêtement de chacun : le Taureau obstiné, voire buté, ne renonce jamais. La Cancer, forte en pinces, non plus. Que se passe-t-il lorsqu’un boulet irrésistible heurte un mur infranchissable ? Je leur souhaite de ne pas en arriver là. Que notre Cancer, plus souple, contourne en finesse son bovidé massif…
On peut aussi se poser des questions sur les motivations matrimoniales du Taureau : il aime l’argent. A-t-il épousé cette Cancer pour ses charmes aquatiques ? Ou pour sa fortune familiale ? Et dans ce cas, avait-il quelque attachement inoubliable qu’il a poursuivi après son mariage ? Le talon d’Achille des Taureaux, c’est l’argent, et c’est aussi leur incapacité d’oublier.
Femme Cancer et homme Gémeaux
On peut se marier pour mille raisons qui n’ont rien à voir avec l’entente profonde et la compatibilité d’humeur. C’est ce qui arrive ici. Une Cancer ascendant Sagittaire peut être attirée par un homme Gémeaux, mais ce n’est pas à conseiller en général.
Certes, le Gémeaux séduit tout le monde par son humour, son habileté, son optimisme et ses brillantes relations. Mais les pinces d’une dame Cancer ne sont pas assez longues pour coincer cet éternel courant d’air qui ne cesse de jouer à cache-cache avec lui-même (et avec tout le monde).
De son côté, il ne peut comprendre à quel point sa Cancer a besoin de stabilité et de tendresse… à moins d’être Gémeaux – Poissons (mais dans ce cas, encore plus insaisissable), ou Gémeaux – Cancer (et là encore, peu d’espoir de bonne entente : voir la double combinaison Cancer + Cancer page 110).
Femme Cancer et homme Cancer
Le Cancer au carré ? pas bon du tout. Alors là, non. Non et re-non !
Les Jupitériens font mauvais ménage ensemble : tout le monde veut commander tout le temps et partout, et c’est la bagarre. D’ailleurs, en général, ils ne s’attirent même pas. Et si vous rencontrez un jour un ménage Cancer + Cancer qui vous affirme vivre la pleine lune de miel suave depuis vingt ans, soyez assuré que l’un des deux est un faux Cancer : c’est-à-dire un Cancer qui n’a que le Soleil en Cancer dans son thème, toutes les autres planètes et angles du ciel étant dans un signe différent (on sait que le signe solaire n’est pas toujours dominant).
Femme Cancer et homme Lion
J’ai déjà parlé de la formule inverse (page 110) en termes peu encourageants.
Ici, c’est l’échec quasiment garanti. A moins que le Lion ne soit par exemple ascendant Vierge, et elle ascendant Gémeaux. Ou encore un Lion–Poissons avec une Cancer–Bélier. Mais toutes ces formules boitent des cornes ou des nageoires…
Le vrai Lion, Lion des savanes, roi de la forêt, n’a que faire du petit crabe accroché aux poils de sa crinière. Il est extraverti et joue sa vie en pleine lumière, comme un grand acteur qu’il est, le Lion superstar ! Elle, au contraire, aime l’ombre humide, la discrétion, la tendresse infinie. Il ramène tout à son ego assez voyant, et cela, une Jupitérienne ne saurait le tolérer.
Il méprise souverainement les intuitions, les rêves, les pressentiments de sa compagne ; il ignore les abîmes sous-marins qu’elle habite. La femme Cancer et l’homme Lion, c’est la petite sirène d’Andersen amoureuse du Prince charmant : ils ne vivent pas dans le même univers, et si elle veut le suivre, c’est au prix d’une douloureuse mutilation d’elle-même.
Est-ce que cela en vaut la peine ?
Femme Cancer et homme Vierge
Le bon jeune homme Vierge est une proie facile pour la femme Cancer. Maternelle et tendre, elle le défend avec une énergie qu’il admire : elle le protège et le réchauffe. Ils ont bien des goûts communs : fins, sensibles, pacifiques, ils aiment les enfants, la famille. Ils bien des goûts communs : fins, sensibles, pacifiques, ils aiment les enfants, la famille. Ils sont extrêmement consciencieux dans tout ce qu’ils font : ce sont des gens sur qui on peut compter, car ils respectent leurs engagements. Ce sont aussi des gens lents, qui ont le temps avec eux…
…Mais ici, le temps jouera contre leur couple. Un jour – assez tard, peut-être -, le bon petit garçon deviendra un homme, un vrai ! Et ce jour-là, il en aura assez de se faire materner par la bonne Cancer. Il fera sur elle la crise d’opposition qu’un adolescent fait normalement sur ses parents. Et ce sera dur pour la pauvre écrevisse. Elle-même, d’ailleurs, peut se lasser avant lui de jouer à la maman et au bébé avec son jeune mari. Passe un pirate à l’horizon, et voilà ma Cancer embarquée pour toujours.
Femme Cancer et homme Balance
Sous la double maîtrise de Vénus et de Saturne, on rencontre deux types d’hommes Balance : le très vénusien, très charmant et très sensuel, grand amoureux, qui ne résiste pas à l’appel du moindre jupon. Et le très saturnien, homme plutôt austère et réservé, très peu porté sur les plaisirs de Vénus.
L’un comme l’autre sont de doux misogynes, émettant volontiers, dans les salons, des propos peu amènes sur les femmes en général, ce qui ne les empêche pas d’être assez bons princes dans la vie privée avec leur épouse. La femme Cancer se moque éperdument de leur misogynie. Du moment qu’on est tendre et gentil…
Le succès de ce couple dépend beaucoup de son entente physique. L’homme Balance à fidélités multiples provoquera sans nul doute la jalousie féroce de son écrevisse. Mais l’homme Balance saturnien ne lui offrira guère les « joies de l’oreiller partagé », comme disent les Chinois. Au début, cela ne lui manquera peut-être pas beaucoup, tout occupée qu’elle sera par les enfants et la maison. Mais à la longue, le problème risque d’être plus aigu.
Femme Cancer et homme Scorpion
A la première bulle, ils se jetteront dans les pinces l’un de l’autre : comme ils ont tous les deux le fameux sonar des signes d’eau, ils se parlent en crustacé, c’est merveilleux !
La femme Cancer, romantique et passionnée, est fascinée par le Scorpion. Elle se donne à lui totalement, et même se soumet à lui, ce qui est rare chez elle.
Si c’est un Scorpion bon prince, un Scorpion–Vierge par exemple, cela peut aller. Sinon, la pauvre écrevisse est bien mal protégée par sa carapace : le Scorpion la pique au défaut de la cuirasse, il sait toujours où ! Et le venin, se répandant dans la chair tendre, la paralyse complètement. Passive, sans défense, elle ne peut qu’exciter le sadisme du Scorpion.
Complètement transformée en « Crabmeat surgelé », elle se laisse consommer par ce requin des mers sans avoir les moyens de se faire respecter.
Pour échapper à ce forban, il lui faudrait beaucoup d’énergie martienne dans son thème, beaucoup de feu, beaucoup d’air aussi, sur lequel le Scorpion a peu de prise. Sinon, sa carapace rose portera toute la vie d’ineffaçables cicatrices.
Femme Cancer et homme Sagittaire
Absolument déconseillé.
Ce serait condamner notre pauvre écrevisse à une jalousie chronique : tout le monde sait que le cavalier Sagittaire est fidèle en gros… mais pour le détail, mieux vaut ne pas y regarder de près.
Il vit dans l’instant immédiat, et la femme Cancer dans le temps étalé sur des siècles. Il oublie l’instant d’après, tandis qu’elle n’oublie jamais rien. Elle est consciencieuse, obsédée de perfection, anxieuse de bien faire : lui, navigue avec le plus grand bonheur dans l’à- peu-près rapide. Il a les qualités de ses défauts : il n’est pas mesquin. Mais les histoires, les scènes, les pleurnicheries, les brumes du Cancer l’ennuient.
Et puis, c’est un Jupitérien : donc à ne jamais marier avec une Jupitérienne. Résultat garanti négatif!
Femme Cancer et homme Capricorne
Ils s’attirent toujours, ces deux-là, car ils se ressemblent et se font vis-à-vis sur le même axe : solstice d’été – solstice d’hiver.
La femme Cancer sera-t-elle capable d’arracher le Capricorne à son orgueil de béton ?
Pourra-t-elle le délivrer de sa carapace de glace ? Lui apprendre à devenir humain, à sortir de sa prison intérieure pour se pencher avec tendresse sur les problèmes d’autrui ?
Très difficilement, car elle a presque les mêmes problèmes. Elle aussi est enfermée dans un monde intérieur, et elle aurait besoin d’un homme qui l’aide à s’extérioriser. Le Capricorne n’en fera rien ; au contraire, il la blessera par sa maladresse (il est nul en diplomatie amoureuse) et elle ne fera que se replier davantage sur ses rêves.
Ils se ressemblent par leur susceptibilité, leur orgueil et le goût du pouvoir. Malgré son exquise féminité, la femme Cancer n’est qu’apparemment souple, elle a de grandes difficultés à se donner totalement. Quant au Capricorne, c’est un bloc d’acier massif. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ils s’attirent si souvent : le malentendu est évident. Ce qui ne va pas, c’est qu’ils ont chacun un « ego » envahissant, assorti d’un goût du pouvoir très net, et que personne ne voudra céder. Ils ont tendance à s’enfermer chacun dans sa carapace et sa dignité offensée en refusant tout dialogue. Dans un tel contexte, la seule chance de succès est d’avoir le courage de s’expliquer avec humilité et franchise. Si seulement l’un des deux a ce courage, la partie est gagnée.
Femme Cancer et homme Verseau
Bon vent, bonne brise : l’air frais du Verseau est bénéfique aux petits crabes ! Ces deux-là ont de fortes chances d’être heureux, à condition que le Verseau ne soit ni violent ni trop aventurier. Quant à elle, ses chances sont meilleures encore si elle est Cancer ascendant Lion.
Notre grand vent de février apporte une certaine fantaisie à la trop consciencieuse et traditionnelle Cancer. Il saura s’assurer le dévouement absolu de sa femme, qui ne demande que ça. Dévouement qui, tout de même, peut se changer en un doux esclavage. Mais le Verseau est un irréductible indépendant, que personne n’a jamais réussi à verser dans une boîte fermée : il s’en échappe toujours, conformément au symbolisme du signe !
Il ne s’échappe d’ailleurs qu’à moitié, puisque c’est un signe fixe. Et il est assez content de se trouver un port d’attache dans la stabilité de sa-bonne Cancer, tendre et sérieuse. Elle- même préfère les hommes jeunes : or le Verseau garde toute la vie une allure d’adolescent, qui manifeste la jeunesse éternelle de ses rêves. Le Verseau, tourné vers l’avenir, n’est jamais « vieux », et s’accorde bien avec la Cancer tournée plus facilement vers le passé : cette complémentarité du temps les séduit réciproquement. Le Verseau sera l’éternel grand enfant chéri de la maternelle Cancer, il ne sera jamais un vieux monsieur. (Mozart et Jules Verne, gloires des Verseau, ont-ils pris une seule ride ?).
Femme Cancer et homme Poissons
Don Juan ne fera qu’une bouchée de la pauvrette.
Ils parlent, bien sûr, le même langage. Se sentant enfin comprise par un homme, jusque dans les plus profonds replis de sa carapace, elle jette sa réserve par-dessus bord et se livre à lui toutes pinces et pattes liées. C’est le seul homme (avec le Scorpion) pour lequel elle est prête à tout donner.
Las ! Le Poissons est un grand prédateur, contre lequel la pauvre étrille est sans recours et sans protection. Il nage trop vite et trop loin pour elle ; il la trompe tant qu’il peut, se moque de son dévouement de plus en plus maso, et la plante là pour un voyage au long cours. Pleurniche-t-elle ? Lui fait-elle des scènes ? Il la méprise encore plus et n’a cure de ses larmes salées.
Chères sœurs du Cancer, fuyez, fuyez l’abominable Poissons.
Combinaison du signe avec les Ascendants
On rencontre dans la vie toutes sortes de Cancers chez lesquels on a bien du mal à retrouver de prime abord les caractéristiques lunaires du signe.
Si le Cancer type est passif, introverti et statique, un Ascendant Feu, par exemple, peut le rendre extrêmement actif, entreprenant, voire audacieux. Qui aurait pu croire que Jules César était natif du Cancer ? Mais il était Ascendant Sagittaire.
Chez tous, cependant, on relève un attachement exceptionnel à la mère (et la mère- patrie), à la famille. César lui-même, est-ce un hasard ? serait né par « césarienne » : l’enfant, physiquement, ne pouvait sortir de sa mère.
Tous les Cancers ont enfin en commun une très fine intuition, quel que soit l’Ascendant : passionnés de psychologie, réfléchis, capables de sentir à distance, ils sont bien placés pour l’actuel développement des sciences parapsychologiques !
Le Cancer Ascendant Bélier
Il a des problèmes : le Soleil en Cancer est en quadrature avec l’Ascendant ! Le natif est livré tantôt aux irrésistibles impulsions du Bélier, tantôt aux inhibitions du Cancer. Il fonce tête baissée dans une entreprise hasardeuse, puis son enthousiasme faiblit et il laisse tomber avant d’avoir atteint l’objectif. Par contre, il est capable de s’entêter dans une erreur, envers et contre tout. Quand le crabe est en prise, il ne desserre pas facilement ses pinces ! Il devra apprendre à harmoniser l’impulsivité du Bélier et la persévérance cancérienne : ce n’est pas facile.
Dans cette combinaison, le Cancer se trouve en Maison IV, celle qui lui correspond, celle du foyer : le natif sera donc très particulièrement attaché à sa famille, ses enfants, sa maison. Dans le cas de Marcel Proust, Cancer Ascendant Bélier, l’attachement à la mère et au foyer fut tel qu’il ne put jamais s’en défaire pour fonder un foyer à lui.
Mais c’est un cas extrême, et le plus souvent, le Cancer Ascendant Bélier sera assez heureux en ménage : la Balance, signe de chance et de bonheur conjugal, est sur sa Maison VII. Il se trouvera une jolie fille, douce et accommodante, avec laquelle il vivra longtemps. (Voir les astromariages de l’homme Cancer avec la femme Balance.) Autre personnage célèbre dans cette formule : Jean Anouilh, dont les répliques fines et percutantes tiennent à la fois du Bélier et du Cancer.
Le Cancer Ascendant Taureau
Lune + Lune…
Artiste, sensible, rêveur, sensuel, c’est un être exquis dont la famille et les amis apprécient infiniment le talent et le charme, la gentillesse et la fantaisie.
Le Cancer–Taureau vit pour la beauté. Il n’est presque pas de ce monde ! Jean Cocteau était Cancer–Taureau, et André Barbault pense que Proust l’était peut-être aussi (dans le cas d’une erreur d’état civil sur l’heure précise de naissance). La formule inverse (mais voisine), est illustrée par Salvador Dali : Taureau Ascendant Cancer.
Ce sensitif, ce tendre, cet émotif, se défend mal contre la violence et la brutalité du monde ; il tourne facilement contre lui-même son agressivité, faute de pouvoir l’extérioriser. Il est ainsi plus vulnérable qu’un autre à la dépression nerveuse, et son masochisme latent attire les bourreaux, partenaires sadiques qui prennent plaisir à le tourmenter.
Ce n’est pas le Taureau qui aidera le Cancer à sortir de son trou : le Taureau est trop passif, trop stable lui-même. A eux deux, cependant, ils ont une grande persévérance dans le travail, et c’est ainsi qu’arrive un jour la réussite. Cela d’autant plus que la Lune, symbolisant la foule, apporte la notoriété au créateur si elle est bien aspectée.
Le Cancer Ascendant,Gémeaux
Petit Poucet deviendra-t-il un jour une grande personne ? Le Cancer trop attaché à sa mère ne brille jamais par sa précocité, et les Gémeaux feux follets ne sont pas pressés non plus d’entrer dans le monde des adultes.
Au féminin comme au masculin, ils ont souvent une allure ambiguë : ni homme ni femme, mais lutin attendrissant et charmant. Des tendances homosexuelles latentes peuvent se faire jour.
Un roi de France, Charles VIII, était Cancer–Gémeaux : les historiens soulignent son manque de maturité, et je vois les guerres d’Italie comme un rêve de boy-scout avant la lettre ! (Lequel boy-scout, étant roi, avait évidemment des moyens de nuire que les patrouilles de quartier n’ont pas…)
Dans d’autres cas, le Cancer semble masquer le Gémeaux, mais l’immaturité de la combinaison se traduit autrement, par un besoin quasi névrotique de déplacements et de voyages, ou par un attachement hors saison aux traditions de l’adolescence. Je connais un Cancer–Gémeaux qui a l’air d’un monsieur très posé, mais qui n’a qu’un regret dans la vie : avoir dépassé la limite d’âge pour être intégré dans une troupe de boy-scouts. Heureusement, il a des fils…
Imaginatif, souvent créatif, le Cancer–Gémeaux peut être fort agile d’esprit et de mains, il a plus d’un tour dans sa besace. Ainsi Pirandello, brillant homme de théâtre et Muriel Cerf, inoubliable auteur de l’Anti-voyage, qui raconte ses aventures avec la brillante verve du Gémeaux–Cancer.
Cancer Ascendant Cancer
J’en ai trouvé deux, grâce à André Barbault 1, un vrai Cancer, avec non seulement l’Ascendant dans le signe, mais encore la Lune et Mars !
C’est un roi de France encore, Louis XII. Ce n’est pas un hasard s’il fut appelé le « Père du peuple » : le Cancer, bon prince, gouverne avec sensibilité et humanité.
Un autre roi de France naquit sous le double Cancer : Charles IX. Moins heureux, cet éternel petit garçon vécut, selon Barbault, toute sa vie dans un monde imaginaire, sans jamais atteindre la réalité du pouvoir autrement qu’à la chasse.
Cancer Ascendant Lion
Tout dépend de la force du Lion : si celui-ci est puissant dans le thème, vous l’entendrez rugir, et le Cancer sera complètement dévoré. Qu’en restera-t-il ? Un certain charme tendre parfois, un attachement très fort à la mère et à la famille… Mais le Soleil du Lion arrache le Cancer à ses brumes nocturnes, et le pousse vers l’action ouverte. Le natif ne trouve son équilibre que dans une grande activité : il est doué pour les affaires, où il entend bien être patron. La combinaison Cancer + Lion donne fréquemment des gens extrêmement autoritaires, main de fer sous un gant de velours (il y a bien des crabes poilus…). En tout cas, ils sont dévorés d’ambition professionnelle ou sociale.
Le Soleil se trouve ici en Maison XII : le natif a généralement un grave problème avec son père, souvent la perte de celui-ci (mort ou séparation). Il cherche toute sa vie à imiter et à surpasser ce père. Si le Soleil se trouve en Maison XI, au contraire, le père est un ami, et son influence détermine les amitiés et les relations du natif.
Le Cancer Ascendant Lion a aussi la Vierge sur la Maison II : vous ne vous étonnerez pas qu’il ait certaines difficultés à être généreux financièrement. Tout dépend évidemment des planètes qui habitent cette Maison II, mais on peut prévoir qu’il sera généreux avec calcul : il préférera les dépenses qui rehaussent son image de marque, dépenses somptuaires qui améliorent son prestige et son standing. Pour vous faire entretenir par un Cancer–Lion, flattez son goût du luxe et son ambition. Une maîtresse discrète et effacée, en « back- street », n’a aucune chance d’obtenir le moindre sou pour l’aider à vivre. Je connais quelques hommes Cancer–Lion parmi des hommes d’affaires très importants. Citons également, dans un autre domaine, le psychologue René Le Senne, connu pour avoir établi une typologie des caractères, toujours en usage.
Cancer Ascendant Vierge
A priori, deux bêtes assez calmes. On s’étonne d’y trouver des amateurs de sensations fortes : le commandant Charcot, Antoine de Saint-Exupéry. C’est qu’avec l’Ascendant Vierge, le Cancer vient en Milieu-du-Ciel : ainsi s’explique l’amour de la mer chez Charcot, l’amour fou des voyages chez Saint-Exupéry. Mais, comme chaque fois qu’il y a Vierge sous roche, on trouve des écrivains : Georges Duhamel, Gaston Bachelard (L’eau et les rêves, quel joli titre pour un Cancer–Vierge !). Un peintre, aussi : Modigliani.
Cancer et Vierge, en sextile sur la roue du Zodiaque, s’harmonisent assez bien ensemble. La Vierge apporte sa précision au flou artistique du Cancer, et lui apprend à s’organiser avec plus de rigueur. C’est très sensible chez Modigliani, par exemple, dont l’art est marqué d’une évidente sobriété classique : il est très loin des divagations de ses contemporains, et ses portraits dénotent des dons d’analyse psychologique très Virginiens.
Quant à Saint-Exupéry, il n’est pas si étonnant de le trouver à la fois parmi les écrivains et parmi les aviateurs : l’aviation privilégiait, surtout à l’époque des pionniers, les aptitudes pour la mécanique. Il fallait savoir démonter, puis remonter son moteur, flairer le bruit suspect, trouver le boulon vadrouilleur : talent typiquement Vierge, le signe marquant très nettement les thèmes d’aviateurs de l’époque héroïque. Et le « Petit Prince », c’est notre enfant Cancer… Toute l’oeuvre baigne dans sa tendresse aquatique, il habite dans sa planète à lui, qui n’est pas la nôtre, mais serait plutôt cousine germaine de la Lune.
Beaucoup d’animaux traversent le Petit Prince : un mouton immatériel, un petit renard mystique, un vol d’oies sauvages omnibus, un serpent de mort… On sait que la Vierge aime les animaux !
Le Cancer en Milieu-du-Ciel dissipe beaucoup les brouillards nocturnes du signe. Le natif parvient plus facilement à traduire ses rêves dans la réalité et à accoucher de lui-même. La Vierge pratique, signe de Terre, est un signe réalisateur et méthodique : elle tient le Cancer par la main et le contraint à travailler… Mais le Cancer lui apporte un souffle d’inspiration, l’imagination dont manquait cette personne trop raisonnable.
Cancer Ascendant Balance
En voilà un (une) qui trompe son monde !
Que de charme, de douceur, de diplomatie, d’élégance… La Balance hésitante et douce semble affaiblir le Cancer : c’est ce qui se passe parfois, certes. Mais le plus souvent, il n’en est rien (surtout chez les femmes) et j’ai trouvé de fortes personnalités sous cette combinaison astrale. Tel, par exemple, Ernest Hemingway, qu’on ne s’attendrait pas à croiser dans ces parages !
La Balance, c’est Vénus tendre et artiste, certes, mais c’est aussi Saturne, astre dur et masculin, le « grand maléfique », comme l’appelaient les Anciens. En fait, la Balance, comme la Vierge, oblige le Cancer à être plus pratique, à s’ouvrir à autrui, à réaliser ses potentialités. Au départ, cette combinaison apporte une certaine instabilité, puisque l’air et l’eau ne sont pas compatibles. Les tensions se résolvent en activité créatrice, de caractère artistique ou social. Le mariage des deux signes, Cancer féminin et Balance masculine, peut être extrêmement positif si la Balance est bien soutenue dans le thème.
On est toujours surpris de la persévérance du Cancer–Balance. Telle cette petite fille qui me répétait tous les matins : « Tu n’oublies pas de m’apporter une petite machine à coudre pour enfants, dis ? » A la fin, bien sûr, je l’ai apportée : que faire devant une telle insistance, douce (…mais inexorable !), étirée sur des semaines et des semaines ?
Le Cancer–Balance est adroit de ses mains, plus ou moins artiste, et très diplomate.
L’optimisme des Jupitériens du Cancer est soutenu par ce sens de l’équilibre propre à la Balance, qui est un facteur de chance.
Cancer et Balance aiment les enfants et savent instinctivement s’en faire apprécier, organiser des jeux et comprendre leurs problèmes pratiques (la Balance est une personne très bien organisée).
Pour en revenir à Hemingway, en se penchant sur son thème, on voit son Cancer, signe d’eau, en Maison X : pas étonnant qu’il ait aimé la mer ! Il aurait toujours été tenté par un métier en relation avec l’eau et les voyages… Méditez ce merveilleux titre : Le Vieil homme et la mer. (Le Cancer adore les vieilles gens, et la tradition qu’elles portent en elles fascine son goût du passé.) Un autre joli titre : « The Sun Also Rises (Le Soleil se lève aussi)… Oui, il finira par se lever au zénith, milieu du ciel, ce Soleil natal, mais il émerge d’un signe d’eau nocturne, tandis que la Lune, éclatante, est en Lion et en Maison XI (Ça, c’est la « Fiesta » 1 ! Et aussi la gloire !)
Cancer Ascendant Scorpion
Porteur d’un océan de rêves, le Cancer–Scorpion a presque toujours des dons fantastiques de médium. Émotif, anxieux, il pressent et devine ce que les autres ne comprennent pas encore. Trop fin psychologue pour être abusé, on ne peut rien lui cacher, c’en est gênant. Il flaire immédiatement les motivations secrètes de ses interlocuteurs ; il n’agit que téléguidé par son instinct. Aussi les autres gens le trouvent-ils « irrationnel », « illogique », « dingue » dans sa façon de vivre. Mais il ne prend pas la peine de s’en expliquer. Il émane de lui un charme subtil, qui ne tient pas à sa beauté physique (laquelle est irrégulière). Il vous emporte sur sa longueur d’onde, et vous voilà séduit. Si vous n’êtes pas un peu médium vous-même, vous ne le comprendrez jamais.
Les combinaisons sont variables suivant les individus. Si le Scorpion prend le dessus, c’est un homme d’action et un fin politique, tel le roi Louis XI. Le Scorpion aiguise le courage et l’énergie, mais l’être reste bon et accessible à tous ses intimes (comme c’est le cas de Louis XI auquel une récente biographie vient de rendre justice).
Si l’eau du Cancer noie l’agressivité du Scorpion, le natif, pacifique et introverti, extrêmement sensible, limite ses conquêtes à la maîtrise d’un art : Rembrandt, dont les clairs-obscurs reflètent bien l’âme subtile et secrète.
Le Soleil, dans cette association de signes, se trouve souvent placé en Maison VIII, Maison de la mort. Cela indique, sinon une faible longévité, du moins une faible vitalité : le natif se fatigue vite et économise instinctivement sa force vitale.
Cancer Ascendant Sagittaire
Curieuse formule que celle-là : le Sagittaire, malgré, Jupiter, est fait d’un tout autre bois que le Cancer. Tandis que ce dernier est la lenteur même, le Sagittaire est vif comme ses flèches. Il ne rêve que de voyages et conquêtes, alors que le Cancer, casanier et pacifique, préfère régner sous son rocher natal.
Le Sagittaire pourrait « dynamiser » le Cancer, mais il risque aussi de le brutaliser. Le natif est sûrement un royaume divisé en deux personnages étrangers l’un à l’autre. L’action et la conquête lui permettront de surmonter cette dissonance intérieure. C’est peut-être la raison profonde pour laquelle César (Cancer–Sagittaire) s’est cru obligé de conquérir les Gaules… Il voulait voir la mer du Nord !
Ces natifs ont généralement le Milieu-du-Ciel en Lion, ce qui ne les encourage pas à rester passivement chez eux. Ils ont aussi le Scorpion en Maison XII, celle des épreuves, qui leur amène des ennemis acharnés et violents : Tu quoque mi fili, s’écrie César devant son fils adoptif sur le point de l’assassiner. « Toi aussi, mon fils, [tu es au nombre de mes ennemis !]… » Avec l’Ascendant Sagittaire, le Soleil peut se trouver en Maison VII, celle des associations, amenant une vie sociale brillante et la notoriété. Mais les Gémeaux étant sur le Descendant, cela laisse présager une vie éphémère pour ces associations (on pense aux triumvirats), ainsi qu’au moins deux mariages (si l’ensemble du thème se précise).
Je ne sais où Valéry est allé chercher son inspiration lorsqu’il a écrit : « César, calme César »… A mon avis, le Sagittaire–Cancer est un volcan intérieur, bouillant d’impatience d’agir, toujours sur le pied de guerre. Il ne fait pas bon se moquer de lui : ne pas oublier que Cancer + Sagittaire, c’est Jupiter + Jupiter, le roi des dieux, s’il vous plaît ! Ses colères olympiques ne passent pas inaperçues!
Cancer Ascendant Capricorne
Voilà un animal redoutable, le plus opérationnel de tous, le vrai bulldozer à qui nul ne résiste. Tout gentil, tout doux en apparence ; mais les dents longues, longues, longues…
Un exemple, pour vous faire comprendre ce que c’est qu’un Cancer–Capricorne : Giulio Mazzarini, vous connaissez ? dit Mazarin pour les manuels d’histoire. Un petit Italien de rien du tout ; un macaroni de la péninsule, et même pas prince à une époque où tout le monde l’était (ou presque). Il avait comme devise : « Le temps et moi. » Une vraie devise de Capricorne… renforcé encore par le Cancer.
Extraordinairement tenace, jamais abattu, tramant ses intrigues dans l’ombre (on dit même « ourdissant », ce qui est bien plus joli), gravissant étape par étape les degrés du pouvoir, ce modeste italien réussit à devenir cardinal, ministre, confident du roi, amant (?), en tout cas ami de la reine, et finalement le maître de ce pays auquel il était étranger.
Tous les Cancer–Capricorne n’ont pas le génie ascensionnel de Mazarin, mais le mot clé de leur existence est : ambition. Ils veulent leur morceau, et ils l’auront, non pas emporté d’assaut, mais grignoté petit à petit sur la faiblesse et la bêtise de l’adversaire.
L’alliance de Mars et Saturne du Capricorne avec Jupiter du Cancer est une machine de guerre irrésistible (à condition d’avoir un Mercure bien aspecté et valorisé, qui permet de choisir les bons objectifs). Le temps ne compte pas pour ces gens-là, et, à force de s’accrocher, ils survivent à tous les naufrages, surmontent tous les obstacles.
Moi-même, je les déteste parfois… mais je finis à la longue par leur accorder ce qu’ils demandent, pour avoir la paix !
Cependant, ce ne sont pas des révolutionnaires : partisans de l’ordre, de la famille et de la patrie, ils n’ont rien de nihiliste. Ils veulent la puissance pour eux, mais leurs conceptions philosophiques sont extrêmement conservatrices (même s’ils ont l’habileté de ne pas le laisser voir). Ils cachent leurs dents longues et leur faim de pouvoir derrière un sourire bon enfant, des façons paternelles, un optimisme enjoué Oui rassurent ceux qui vont se faire croquer. Vous avez compris : le Loup du Petit Chaperon Rouge était Cancer–Capricorne…
Cancer Ascendant Verseau
Grand romantique écartelé entre le passé et l’avenir, il risque fort de mener une vie en zig- zags et en montagnes russes…
Si le Cancer aime l’histoire, la famille et l’immobilisme, je vous jure que ce n’est pas le cas du Verseau. Aux orties, les traditions de papa ; et vive la Révolution ! Le Verseau ne se sent à l’aise que dans les idées d’après-demain et les techniques d’avant-garde. Le Cancer est intimiste, tandis que le Verseau sacrifie ses amours à ses amitiés. Ouvrant son foyer à tous les copains, il le transforme en courant d’air, et le malheureux Cancer ne peut plus s’y réchauffer : mais le Verseau n’en a cure, c’est un signe d’hiver, blindé contre les vents froids !
Comment concilier ces deux extrêmes en un seul être ? Les Cancer–Verseau, ce sont des
gens qui voudraient bien être d’avant-garde, et ils font tout pour s’en donner l’air. Mais,
dès qu’on gratte un peu, on déterre un vieux fond conservateur, voire réactionnaire… Le
Cancer n’est pas doué pour la révolution. Le Cancer–Verseau, éternellement déchiré entre le désir d’innover et celui de conserver, est un révolutionnaire en peau de balle, un tigre de papier. Il n’applique pas ses théories sociales dans la vie quotidienne. Il est fasciné par le Scorpion qui synthétise dans son venin à la fois la révolution Uranienne et le rêve aquatique des marécages…
Mais foin de toutes ces méchancetés : parlons plutôt des atouts du Cancer–Verseau : un très bon contact avec les jeunes, qu’il comprend et dont il est capable de partager les activités en excellent animateur. Le génie de l’amitié (sinon celui de l’amour). Fidélité et loyauté dans ce domaine lui apportent beaucoup d’amis avec lesquels il passe le plus clair de ses loisirs (surtout si le Soleil est en Maison V : les distractions prennent alors une place prépondérante dans la vie du natif ; et si le Soleil est en Maison VI, il s’arrange pour travailler au milieu d’une équipe de copains !)
Enfin, le Cancer–Verseau a pas mal de suite dans les idées puisque le Verseau est un signe fixe : on peut lui reconnaître une grande persévérance dans ses entreprises. Qui était Cancer–Verseau ? George Sand, et sa vie est bien un mélange d’aventures, de.rêves sentimentaux, d’idées sociales généreuses (Verseau, ça !).
Voyez encore Lord Byron, dont l’Ascendant Cancer justifie que nous parlions de lui ici : le romantisme cancérien et la générosité du Soleil en Verseau l’ont envoyé en Grèce au service des patriotes opprimés. Sa vie est une suite de romans contradictoires enfilés bout à bout : une bonne illustration des incohérences du Cancer–Verseau.
Cancer Ascendant Poissons
Animal mystérieux, complètement étranger à la logique officielle, il aurait bien besoin d’un conjoint pratique et réaliste. C’est ce qu’il cherchera probablement puisqu’il a la Vierge en Maison VII. Plus souvent, malheureusement, il ne se mariera pas du tout, parce qu’il est incapable de faire le minimum de ce qu’il faudrait pour cela. Émerge-t-il jamais de ses rêves ? C’est un peu La Fontaine, qui s’est ainsi défini dans une de ses fables : Un lièvre en, son gîte songeait. (On ignore son Ascendant exact mais on sait qu’il avait le Soleil en Cancer et la Lune en Poissons.) Et c’est aussi Montaigne, « être ondoyant et divers » (Soleil en Poissons et Ascendant Cancer). Optimiste, humaniste et philosophe, mais peu apte à se défendre dans le monde des affaires, tels sont les Cancers à écailles.
Tout à fait médiums, bien sûr, portant en eux-mêmes leur boule de cristal… Joëlle de Gravelaine a étudié ainsi le cas de Guy Trébert (Cancer Ascendant Poissons), dit « assassin de la nouvelle Lune » i. A vrai dire ce pauvre malheureux ne semble pas tellement responsable de ses crimes, du dédoublement de sa personnalité. Le Cancer– Poissons échappe à lui-même, file entre ses propres pinces, sans pouvoir maîtriser le déroulement de sa vie. Il ne peut que suivre le fil du courant : on ne maîtrise pas le Gulf Stream.
Comment interpréter les Planètes dans les signes
Les Planètes dans le Cancer
Soleil en Cancer
Donne des indications sur la personnalité extérieure du sujet grande sensibilité, à l’écoute du non-dit, du non-visible, beaucoup d’intuition : cette intuition se fait parfois devineresse, pressent des événements et des situations à venir. Les rêves prémonitoires sont fréquents chez le Cancer hyper-réceptif. « Idéalisation du passé, attachement à la tradition, qui sert de point d’appui contre l’insécurité du futur […] Manque d’initiative, défaut d’agressivité et d’esprit compétitif […] compensés par la souplesse intuitive de l’intelligence. L’équilibre ainsi créé permet d’atteindre avec autant d’efficacité l’objectif recherché ».
Lune en Cancer
Accentue toutes les tendances extérieures du signe en leur donnant quelquefois une exaltation excessive : douceur extrême, intense réceptivité qui peut aller jusqu’à la médiumnité. La voyance, la précognition, les phénomènes extra-sensoriels sont tout à fait courants avec la Lune dans ce signe. Elle donne également des dons artistiques réels que la timidité du Cancer ne sait pas toujours faire valoir. Besoin immense de tendresse, de protection.
Forte sensualité réceptive.
Mercure en Cancer
La planète de l’intelligence se teinte ici de finesse analytique, de sensitivité, d’irrationnel. L’intuition s’affine, se laisse diriger par une perception subjective des problèmes, et les résout grâce au « flair », au doigté, à l’instinct beaucoup plus que par raisonnement. Mercure en Cancer fait des êtres qui écoutent plus qu’ils ne parlent, qui enregistrent et mémorisent les moindres faits et gestes pour s’en servir plus tard dans des circonstances appropriées. L’esprit, à la démarche lente et sûre, donne du poids aux synthèses. C’est un esprit qui allie des qualités inventives aux déductions logiques.
Vénus en Cancer
La planète de l’amour et de l’art se trouve en affinité avec le signe d’eau. Vénus en Cancer s’intériorise, gagne en pudeur et en réserve ce qu’elle perdait en extraversion, elle devient plus artiste, plus profonde et plus douce. Sa recherche de l’amour sensuel se transforme en quête de tendresse, de protection, de sécurité affective. C’est une Vénus mouvante mais fidèle, capricieuse mais sage. Sensualité « sensorielle ».
Mars en Cancer
L’activité impatiente, brusque, agressive, de Mars s’émousse en Cancer. L’action devient plus mesurée, plus flottante, plus fragile extérieurement. Mais elle se concentre, grâce à la profondeur que lui donne le signe, elle acquiert une plus longue portée. Elle devient plus durable, plus obstinée, moins spectaculaire mais peut-être plus efficace, en s’exerçant sur des registres qui lui conviennent, soutenus par l’intuition que confère le signe : l’art, le commerce sont ses terrains d’élection. Le dynamisme, l’énergie vitale, n’apparaissent pas : il faut se rappeler que le Cancer n’est pas un signe de grande santé. En revanche, la sagesse, l’économie de moyens dans l’objectif à atteindre, l’instinct très puissant remplacent avantageusement une extériorisation chaleureuse de la personnalité.
Jupiter en Cancer
Jupiter, qui aime tant son confort, ses aises, le luxe en toute chose, exalte la sensualité du Cancer, la matérialise. La philosophie d’un Jupiter en Cancer est dans la jouissance pure et le confort personnel. La réussite professionnelle se fait dans le respect de la tradition des lois hiérarchiques, dans le culte de la famille et des ancêtres. Que de bienveillances, que de concessions, que de souplesse dans cet alliage ! Rien ne doit freiner ou entraver le désir qu’a le natif de jouir de la vie par tous ses pores. S’il gagne facilement de l’argent, il le dépense encore plus facilement, pour le plaisir de dépenser. Il a besoin d’abondance et de richesse, de beaux objets, de bijoux, de fourrures, de luxueuses voitures. Cet être est, en général, extrêmement séduisant.
Saturne en Cancer
C’est la logique, le raisonnement, la rigueur froide et calculatrice de Saturne dans l’univers fantasque, imaginatif et sensuel du Cancer. Résultat : ou bien Saturne canalise la fantaisie du Cancer et lui donne du poids, de la mesure, de l’ambition et de la discipline, auquel cas le sujet perd beaucoup des caractéristiques lunaires (réactions imprévisibles, tempérament secret et changeant, parfois un peu versatile), ou bien Saturne broie le Cancer. A ce moment-là, il crée toutes sortes de frustrations dans les domaines régis par la Lune : la créativité est freinée, l’élan vital s’amenuise, l’affectivité n’est jamais comblée, la sensibilité reste à vif sans parvenir à s’épanouir dans une activité inventive et riche.
Uranus en Cancer
Le goût d’Uranus pour les bouleversements, les changements radicaux, les décisions rapides et irrévocables se trouve singulièrement étouffé par le Cancer. En effet, le Cancer est le signe des petits changements, des petites modifications, mais pas des hautes tensions familières à Uranus. D’où affaiblissement des valeurs proprement uraniennes dans ce signe : individualisme moyen, esprit de décision plus flou, activité créatrice moins volontaire et ambitieuse. La vitalité Uranienne devient un peu aquatique, c’est la foudre dans l’eau.
En revanche, le Cancer accentue la réceptivité d’Uranus, d’où une réelle générosité à l’égard d’autrui, la volonté d’emporter une certaine adhésion de son entourage.
Neptune en Cancer
La planète double son inspiration intuitive dans le Cancer, elle devient très fortement
sensible à toute vibration sensorielle. Elle capte les moindres ondes de son entourage et
plonge dans les eaux sans fond de la sensation, du délire artistique (musical, visuel, auditif)
avec un goût prononcé pour tout ce qui a trait à l’eau, à l’élément liquide.
Pluton en Cancer
Les forces souterraines et créatives de Pluton prennent de la sensibilité et de la fragilité cancériennes. Elles deviennent moins ambitieuses sans retirer d’invention, ni de profondeur. Mais le sujet risque de se sentir limité dans sa créativité par son respect des valeurs familiales, traditionnelles, parfois même conservatrices.
Comment interpréter les signes dans les Maisons
Le Cancer dans les Maisons
Cancer en Maison I
« Cette maison est un point de départ […] mais aussi d’arrivée. Elle peut représenter un retour éternel de phénomènes fondamentaux à répétition » (Lisa Morpurgo) 1. Elle indique traditionnellement le lieu où s’expriment les composantes de la personnalité – et non du caractère – avec leur possibilité d’évolution.
En I, le Cancer donne une tendance à l’introspection, à la fragilité psychologique, avec inquiétudes, peur d’autrui, curiosité pour l’irrationnel, l’inconnu, l’occulte.
Cancer en Maison II
En II, le Cancer donne un comportement de refus total ou partiel à l’égard des biens matériels. La carapace du crabe le protège, ici, de la dépendance « économique », de la recherche du confort, du « standing », etc. En revanche, il peut donner de l’imagination dans ce domaine, si bien qu’on verra des intérieurs ou des objets marqués par la fantaisie lunaire.
Cancer en Maison III
En III, le Cancer n’établit pas facilement de relations avec son entourage proche : frères et sœurs, camarades d’école, de lycée ou de faculté, et plus tard, voisins de palier ! Donne un blocage sur tout rapport facile et superficiel, sur les relations légères ou mondaines. Les informations par radio ou télévision sont honnies : on leur préfère la presse écrite.
Cancer en Maison IV
Le Cancer est ici dans ce qu’il est convenu d’appeler sa Maison. Celle de la famille, des enfants, du loyer, des bases à la fois parentales et filiales du sujet. C’est le lieu de sa personnalité intime, privée, et du lien très fort qui l’attache à ses origines. C’est une bonne maison pour le signe, il s’y sent à l’aise, en sécurité, protégé du monde extérieur. Le sujet éprouve un goût profond pour la vie et les réunions de famille, sans étrangers.
Cancer en Maison V
La Maison V étant la maison des plaisirs, des distractions, du trop-plein de vie, elle se limite en Cancer – qui n’est pas, rappelons-le, un signe de santé, ni de grande résistance physique – à des joies simples : mots croisés après le travail, ou jeux de société paisibles, ou petits travaux d’artisanat. La distraction sociale, les sorties du soir sont considérées la plupart du temps en Cancer comme superflues, voire ennuyeuses. En revanche, le sujet privilégiera la distraction personnelle, qui fait intervenir l’imagination.
Cancer en Maison VI
C’est la maison du quotidien, des petits travaux journaliers, des choses et des êtres qui dépendent du natif : la maison (pour la ranger, par exemple), le bureau, le lieu de travail (pour les affaires courantes, le classement, le fonctionnel et le routinier). On mesure, dans cette maison, la capacité. du natif à recommencer tous les jours les mêmes petites corvées, à s’occuper régulièrement des mêmes petites tâches. En Cancer, signe de fantaisie, de petits changements permanents (à l’inverse du Verseau qui bouleverse tout), cette maison VI est mal servie. Aucune discipline dans la hiérarchie des problèmes à régler, aucune méthode.
Cancer en Maison VII
La Maison VII représentant tout ce qui concerne les alliances et les associations, elle acquiert, en Cancer, des caractéristiques lunaires : sous-estimation de sa valeur propre, surestimation de la valeur des autres. Besoin d’être protégé, choyé, conforté, un peu comme un enfant, dans le mariage. Apporte, dans une association, un élément de création très fort, d’imagination et de renouvellement, mais participe de loin, sans vraiment se sentir impliqué (même s’il prend toujours ses responsabilités). Fondamentalement solitaire, intériorisé.
Cancer en Maison VIII
La Maison VIII étant celle de la mort (physique ou psychologique) et de la résurrection, elle a des affinités avec le Cancer : d’abord parce que le Cancer représente la fécondité, l’enfantement, donc la vie après la mort, ensuite parce que c’est un signe fort du point de vue de l’imagination créatrice.
D’où possibilité, pour la Maison VIII en Cancer, de recréer ou de reconstituer ce qui est
mort. Au premier degré, le sujet fait revivre en imagination un parent mort. Au deuxième
degré, il utilise, il recompose sa souffrance en créant.
Cancer en Maison IX
C’est la maison de la quête spirituelle, philosophique ou géographique. Les limites cancériennes éclatent, le signe se laisse attirer par les grands espaces que suggère la maison, les interrogations métaphysiques, métapsychiques, archéologiques ou ethnologiques.
Mais le Cancer, inhibé, fragile, qui doit toujours transporter sa coquille avec lui, peut freiner, surtout à partir de quarante-cinq ans, les grands voyages que propose le secteur IX : le nouveau, l’inconnu. Alors, les explorations se font en imagination, et l’invention cancérienne remplace son défaut d’énergie.
Cancer en Maison X
Cette maison, à laquelle est attribuée la vocation d’un individu, son expression professionnelle dans ce qu’elle peut avoir de rayonnant, de remarquable, de volontaire, cette maison, disais-je, n’est pas particulièrement à son aise en Cancer. Il existe une contradiction fondamentale entre la réserve timide et maladroite du signe et l’assurance, la confiance dynamique, l’autorité qu’appelle le secteur X.
En réalité, la contradiction est neutralisée si le sujet se réalise dans une profession nettement cancérienne où la création, l’invention, l’inattendu, l’étrange, le nouveau ont la meilleure part. Il faut éviter les carrières administratives, et d’une manière générale, toutes celles qui excluent l’interprétation subjective, les initiatives personnelles, les décisions individuelles et autonomes.
Cancer en Maison XI
Lisa Morpurgo attribue à cette maison une force toute particulière : « Elle est, en un certain sens, la section d’or du thème zodiacal. Elle indique la possibilité de parvenir à un examen objectif de soi-même et des circonstances, de s’adapter à ces dernières et au caractère d’autrui, en jugeant avec objectivité mais aussi indulgence, les besoins, les faiblesses, et les qualités des autres. […I La Maison XI est celle de la tolérance, des idées larges, d’une volonté accommodante et compréhensive. »
En Cancer, les idées larges s’évadent dans l’imaginaire – souvent aux dépens du réel -, l’amitié acquiert malgré tout quelque chose de passionnel, d’exclusif, d’enveloppant, mais le sujet s’adapte particulièrement bien au milieu social dans lequel il a choisi d’évoluer après une dure sélection intérieure.
Cancer en Maison XII
On l’appelle la maison du destin, de la fatalité. Je préfère dire que c’est la maison des événements sur lesquels la volonté humaine ne peut agir, « les grandes épreuves de la vie », comme le dit encore Lisa Morpurgo. C’est le lieu où le natif s’isole, prend de la distance pour se préparer à la mort. Le Cancer, en ce secteur, donne la faculté de s’abstraire totalement du réel, l’imaginaire empiète alors complètement sur la vie et si une planète lourde comme Saturne ne vient pas peser sur ce secteur, il donne une créativité inépuisable, un besoin de nier la fin des choses par une prolifération magique d’oeuvres d’art, une production ininterrompue dans la solitude et l’isolement.
La Lune Noire
La Lune Noire n’est pas une planète, c’est un point vide dans l’espace, le deuxième foyer de l’orbite lunaire.
En effet, la Lune ne décrit pas « un cercle rond » autour de la Terre, mais une ellipse allongée. Cette ellipse a donc deux foyers, ou centres, dont l’un est la Terre, et l’autre un point vide dans l’espace. C’est celui-ci que l’on appelle la Lune Noire.
Quelle importance peut-on lui accorder en astrologie ? L’unanimité ne s’est pas encore faite chez les astrologues. Certains pensent que la Lune Noire est inutile, que l’on peut très bien interpréter un thème correctement sans aller chercher ce point mystérieux, qui n’est même pas une planète. D’autres prétendent que la Lune Noire donne des indications tellement précieuses qu’il est impossible de s’en passer.
J’ai remarqué personnellement que l’étude de la Lune Noire suggère immédiatement, dans un thème, le problème de fond du natif. Bien entendu, ce problème est indiqué par ailleurs dans tout le reste du ciel natal, mais la Lune Noire met l’accent dessus avec une intensité frappante parfois. C’est une grande aide dans le travail d’analyse.
La Lune Noire est donc un vide, et un vide douloureux (puisque « la Nature a horreur du vide »). Elle symbolise une épreuve, une traversée du désert, à l’issue de laquelle le natif trouvera enfin sa voie.
L’adjectif « noire » fait mieux comprendre qu’il s’agit de forces souterraines, invisibles, à la racine même de l’être.
Les positions de la Lune Noire ne sont pas faciles à calculer, et les « tables » que l’on vend ne sont pas toujours fiables. On peut se référer au Dictionnaire astrologique d’Henri Gouchon (p. 375) qui donne une table de correction de la Lune Noire, d’après les élèves de Don Nèroman et Louis Milliat. Les erreurs ne sont jamais supérieures à cinq degrés. Pour les encadrements de la Lune Noire (voir plus loin) les erreurs ont moins d’importance : l’encadrement « fonctionne » quelle que soit la distance entre les planètes.
Lune Noire en Cancer
Elle indique un problème concernant les parents, une épreuve sur le foyer natal. Perte des parents (mort physique ou disparition, rupture traumatisante). Le natif ne pourra progresser dans la vie que lorsqu’il aura surmonté la perturbation d’origine concernant le ou les parents perdus.
Bien regarder dans le thème l’état du Soleil et de Saturne (significateurs du père) et de la Lune (significatrice de la mère). La Lune Noire conjointe à l’un de ces luminaires indique souvent la perte de l’un des parents, ayant déterminé chez le natif un sentiment de frustration profond. Si le parent est mort, le natif peut récupérer sa sérénité en entrant en contact avec lui (par la prière et l’affection).
Lune Noire en Maison IV
Dans cette Maison, analogique du Cancer, la Lune Noire peut être interprétée comme ci- dessus, selon les aspects (problème grave au niveau des parents). Ou encore : le natif est doué d’un magnétisme certain, qui joue sur le groupe dans lequel il vit ou travaille – et dont il doit se méfier. Rejet du natif par ses parents (ou l’inverse). Refus de fonder un foyer à soi…
Lune Noire en aspect à la Lune
Les bons aspects indiquent que le natif trouvera une collectivité qui lui permettra de mûrir (la Lune étant symbole de la foule). Les mauvais aspects indiquent que cette collectivité peut être dangereuse pour lui.
Cependant, l’interprétation ne doit pas perdre de vue que la Lune est d’abord symbole de la mère (et aussi de la femme s’il s’agit d’un natif masculin). Tout aspect de la Lune avec la Lune Noire donne donc une indication sur les relations du sujet avec sa mère (ou sa femme) mère castratrice, rejet de celle-ci, refus d’une identification à sa mère (pour une fille), etc. Selon Joëlle de Gravelaine, « Un carré à la Lune peut représenter une imagination morbide. On trouve fréquemment de mauvais aspects (avec les luminaires) chez les assassins… ».
La Lune Noire mal aspectée peut être un indice d’homosexualité masculine ou de frigidité féminine.
Les encadrements de la Lune Noire, en relation avec la Lune
La Lune Noire entre Soleil et Lune : obstacle à l’unité du couple, adultère ou problème secret entre un homme et une femme.
Lune Noire entre Lune et Mercure : d’après Hadès, « facteur de trouble dans la vie imaginative », « souvent la vérité est difficile à démêler de la fiction… Sévères conditions familiales dans l’enfance ou l’adolescence. Possibilité de véhiculer dans son entourage ou dans le public une vision particulière et dramatique de l’existence, ainsi que dans les écrits ».
Lune Noire entre Lune et Vénus : Névrose, obsession, complexe sexuel. « Fréquent dans les thèmes d’artistes chez qui l’oeuvre revêt des tonalités noires ».
La Lune Noire entre Lune et Mars : « Divorce entre l’inconscient (Lune), et la réalité quotidienne, l’être étant déchiré entre ses instincts et ses possibilités actives ».
La Lune Noire entre Lune et Jupiter : « Inconscient fécond ; position de conflits familiaux ou communautaires, liquidés de façon facile. Peut marquer un don, une prédisposition héréditaire particulière. Tendance à trouver une vérité enfouie dans l’inconscient ».
La Lune Noire entre Lune et Saturne : Conflit avec les parents, le natif se rebelle contre eux et choisit une autre voie. Frigidité. Cet encadrement amènerait des échecs sociaux, inconsciemment provoqués par le natif.
La Lune Noire entre Lune et Uranus : Divorce, éclatement du foyer familial. Quel que soit le groupe dans lequel vit le natif, il ne peut s’empêcher de provoquer des drames. Il vit souvent à contre-courant des idées reçues et des mœurs ambiantes.
La Lune Noire entre Lune et Neptune : Mysticisme et idéal militant. Fuite de la mère ou de la femme hors du foyer, ou disparition de celle-ci dans des conditions plus ou moins mystérieuses. Risque de maladie chronique difficile à diagnostiquer avec précision. Le natif a tendance à s’évader (en bateau, ou par le boisson, la drogue, etc.).
La Lune Noire entre Lune et Pluton : Mort de la famille, problèmes sexuels avec la femme (pour un natif), dérivant d’un problème avec la mère. Grand magnétisme.
