Capricorne

Le Signe du Capricorne

22 Décembre – 21 Janvier

par

Joëlle de Gravelain

Introduction

« Le Capricorne symbolise la Terre, son poids, ses secrets, sa fatalité. Le comportement de la chèvre est de « monter toujours en broutant ». Elle gagne les hauteurs les yeux fixés au sol.

Qualités : constance, obstination, profondeur. Défauts : orgueil, froideur, avarice.

Nature terrestre ayant le goût du mystère et de la contemplation. Ils sont graves, taciturnes, renfermés. Ils sont tristes et pesants. Ils naissent vieux. Ils existent davantage au-dedans qu’au-dehors.

Ils sont davantage attirés par la mort que par la vie. Ils voient le mal avant le bien. Le point faible en toute chose leur saute immédiatement aux yeux.

Avarice, méfiance, inquiétude. Ils sont pessimistes et timorés. Ils ont la crainte perpétuelle de ne pas réussir. Ambitieux et soupçonneux, ils usent l’obstacle par la concentration de leur volonté et à force de patience. Echecs, retards, surprises. Ils n’ont pas de chance; leurs entreprises avortent. Pénitence, regrets, remords continuels. Ils gardent la mémoire des injures.

Ils sont difficiles à mettre en colère mais, après, n’en sortent plus.

Ils ne rient jamais ou très peu; dans ce cas, le rire est toujours sardonique.

Analystes puissants. Pénétration remarquable, mais ils approfondissent les choses en les détériorant, en les décomposant, en leur enlevant leur suc, leur vie.

Prosaïsme. Esprit profond mais lourd. Éclore péniblement. Ils sont entêtés et persévérants. Travailleurs infatigables. Ils profitent de toute occasion pour amasser ou progresser.

Insatiables dans la connaissance. Les travaux de longue haleine; l’étude des choses compliquées et abstraites. Amateurs de quintessence. La recherche des causes. Goût pour la restauration des ruines.

Ils s’attachent lentement. Ils ont plusieurs plans de vie et plusieurs pensées à la fois. Ils n’éclairent que des abîmes.

La femme du Capricorne est secrète, comme sa voisine du Sagittaire, mais repliée sur elle-même. C’est Vesta, la mystérieuse, Vesta, la souterraine, dont le Grand-Prêtre seulement connaît le feu secret. Elle est souvent d’une beauté impassible, un peu fatale et ne se livre que très difficilement, sauf à elle-même. Son intelligence calculatrice est grande et l’incline vers la méditation.

Maladies physiques : maladies des profondeurs. Scléroses, cancer, tumeurs, arthritisme; maladies des os, des oreilles. La lèpre. Les humeurs crasses. Troubles trophiques du système nerveux. Dermatoses.

Maladies morales : idées fixes. Persécution. Hypocondrie. Corruption par sécheresse et par froid. Mort latente.

Gestes étroits et tremblants. Ils marchent voûtés, les pieds en dedans. Maigres; peau très brune, terreuse, facilement ridée. Cheveux noirs, souvent noirs dur ou roux. Joues creuses, pommettes saillantes. Yeux noirs, tristes, obscurs (le regard du mineur qui sort de la mine). Lèvres minces. Nez mince, busqué et pointu (le nez de Dante). Pomme d’Adam très distincte.

Gros os. Poitrine étroite, velue. Épaules médiocrement développées, très hautes. Dos voûté. Mains noueuses et maigres, médius spatulé. Veines des pieds très apparentes. Sujets à la surdité. Diction vibrant en dessous, tremblante, un peu grave. Prononciation parfois embarrassée. Au fond de la voix, notes un peu gutturales, rêches. Début d’élocution lent, brouillé et confus. Leur force est dans la profondeur.

Le Livre d’Arcandam dit :

 » Il sera incrédule, mélancolique et terrestre.
Il ne croira dans les autres et on ne croira en lui.
Il sera mépriseur de tous et pensant beaucoup de soi.
Il sera luxurieux et amateur de toutes femmes.
Bonne fortune en toute oeuvre de terre faite avec pesant et grand labeur.
Il sera plus sain au labeur qu’en oisiveté.
La fin sera meilleure que le commencement. »

Premier décan : du 21 décembre au 31 décembre. Cancer, Jupiter, Capricorne.

Très patients et tenaces. Capables de tout pour arriver. Ils parviennent à force de persévérance mais échelon par échelon. Esprit politique mais d’une politique subtile et non élevée. Tendance à exagérer l’importance de la vie terrestre. Avarice de soi-même. Constants dans les affections et dans les haines. Haute idée d’eux-mêmes.

Deuxième décan : du 31 décembre au 11 janvier. Lion, Mars, Capricorne.

Besoin d’action perpétuellement combattu. Nature foncièrement positive. Incapacité d’abstraction. Toutes les velléités, mais les semelles en plomb. Ennuis domestiques fréquents.

Troisième décan : du 11 janvier au 21 janvier.

La passion d’observer; regard pénétrant et rapide, d’une acuité extrême (Sainte-Beuve, Cézanne, Poe, Saint-Simon, Molière, Buffon, Kipling, Champollion).

 » Maître Jacques.  » Toujours en opposition avec eux-mêmes.

Ils vivent à l’état de passion intérieure, c’est leur qualité et c’est l’origine de leurs défauts.

Les événements se présentent généralement mal, mais les fins sont heureuses. Ils terminent mieux qu’ils ne commencent.

Subtilité dans la différenciation des détails mais la vue de l’ensemble et sa construction leur échappent le plus souvent.

Vie nombreuse et incohérente. Moral débraillé. Aucune économie d’eux-mêmes; ils se gâchent et s’épuisent en feux d »‘ artifices « . Ils ont le tourment de la perfection.

De la difficulté à se condenser, à se limiter, puis à prendre parti.

Toujours aimables et peu aimés. Le désir de plaire aux hommes avec une raideur qui les éloigne. Maladroits, mais de la grâce dans les maladresses. Une lutte entre le plaisir et le devoir. Des timidités et de l’audace. Incertitude des choses. Inconstance dans les entreprises, irrésolution. Sympathiques à tout le monde mais peu d’amis. »

Ce texte a été écrit par Claude Valence, pseudonyme de Conrad Moriquand, Capricorne de son état.

Où l’on verra que le premier des traits de caractère propres au Capricorne n’est pas dans la complaisance.

Cette tendance à s’auto-dévaloriser, on la retrouvera chez d’autres Capricorne bon teint, tels Paul Léautaud ou Johann Kepler.

Sans prétendre à tant d’allègre férocité, je m’efforcerai de faire de mon mieux, sachant que les Capricorne sauront en rire et que leurs ennemis ne manqueront pas d’exploiter contre eux ces quelques armes que je leur livre…

Si je suis astrologue, c’est que j’admets un postulat : nous portons en nous les structures de personnalité propres au signe qui nous a vu naître. En tant qu’astrologues, nous pratiquons une astrologie définie et influencée par ce signe même. D’où, pour toute personne curieuse, l’intérêt qu’il y a à soumettre son thème astral à l’interprétation d’astrologues différents, chacun proposant son coup de projecteur personnel, la conception même qu’il a de son art.

Il me faudra donc tenter, puisque je suis Capricorne, de définir en quoi ma vision de l’astrologie est non seulement subjective, mais aussi représentative de mon signe spécifique, conforme à mon propre thème et à la trajectoire de mon destin. Certaines questions surgissent. Pourquoi fait-on de l’astrologie quand on est Capricorne – et pourquoi, d’ailleurs, bon nombre de natifs de ce signe la pratiquent-ils? Comment exerce-t-on, quelles difficultés rencontre-t-on, comment nous rejoint-elle?

Ces questions – et les réponses qu’on peut en attendre – vont, par la force des choses, nous contraindre à parler de nous-même, à mettre en évidence certains traits de caractère propres au Capricorne, qui seront ensuite repris et développés, nous conduisant ainsi à des répétitions inévitables et à entreprendre un récit autobiographique, toujours un peu malaisé pour toute « chèvre » bon teint.

Pourtant, née un 12 janvier, Saturne – le maître du Capricorne – occupant la première Maison de mon thème natal qui colore le « Moi », je ne peux renier mon appartenance à ce signe hivernal, en dépit d’un Ascendant en Sagittaire qui me rend la vie un peu plus gaie!

Je n’avais pourtant pas la moindre intention d’être astrologue. J’ai pris conscience, tard il est vrai, de ce que je considérais comme une vocation au moment où la vie m’imposait, très prosaïquement, de lui faire face. J’aurais voulu être archéologue. Lorsque j’ai étudié l’astrologie, j’ai compris que ce choix de jeunesse était parfaitement conforme à ma nature saturnienne. L’histoire ne m’avait jamais intéressée, mais la préhistoire me passionnait. Le retour aux origines, les sources du langage, les balbutiements de l’humanité, cette vie de l’homme perdue dans la nuit des temps – dans la nuit du Temps —, en revanche me fascinaient. Découlait tout naturellement de cette fascination mon intérêt pour la mythologie, pour une histoire façonnée par l’évolution des mythes. Peu à peu, je plongeai dans l’abondante littérature consacrée à l’Atlantide, puis dans l’histoire des religions, et enfin dans l’océan de l’inconscient collectif et de ses symboles partout reconnus, partout répétés comme un langage mille fois plus évocateur que celui de nos pauvres mots conventionnels.

Les origines

L’avenir ne parvenait pas à me provoquer mais le passé me tirait en arrière, multipliant pour moi des questions sans fin.

La fascination des origines… J’ai compris plus tard qu’elle était tout entière contenue dans la nature saturnienne du Capricorne. Car la grande angoisse du signe me paraît d’abord être liée, de façon essentielle, à son refus de la mort, à son rejet absolu d’un monde qui va lui survivre. Alors, il cherche dans ses racines de bonnes raisons de croire qu’il est éternel. C’est en elles qu’il cherche ses certitudes. L’avenir ne peut être que point d’interrogation, insécurité, doute, menace. Pourtant, en voulant survivre à tout, le Capricorne ne peut éviter de se projeter dans un futur intemporel. Dans un avenir qui n’apparaît pas comme prolongement du passé mais plutôt éternisation du présent, un temps étiré dans une continuité sans rupture.

Le Capricorne porte en lui cette nature minérale, monolithique, de la pierre enracinée dans le passé, défiant l’avenir, posée hors du temps comme la forteresse inca de Sacsahuamân, les sites fantômes de Machupicchu – la vieille montagne – ou la pyramide de Chéops.

L’astrologie, ce langage des astres, devait me proposer très exactement la synthèse de tout ce qui m’attirait, une voie d’accès à un univers dont la richesse m’apparut très vite propre à satisfaire presque toutes mes aspirations. Tout d’abord, l’astrologie me renvoyait au passé, à cette première interrogation de l’homme sur ses origines. Nul aujourd’hui ne conteste le fait qu’elle a précédé l’astronomie, qu’elle répond à la première formulation par l’homme d’une structure et d’une ordonnance du monde qui le délivre du hasard, qu’elle met en place, sur l’échiquier de l’univers, les fous, les rois, les reines et les pions déplacés par une main invisible selon un projet concerté, rigoureux, implacable, obéissant à une nécessité que nous tentons en vain, jour après jour, de déchiffrer.

Je suis toujours surprise par l’effarement de ceux qui découvrent à travers l’astrologie de quelle façon leur destin semble déterminé, scellé d’avance dans l’argile du temps. Comme s’ils étaient contraints par quelque force obscure à avancer ou à reculer contre leur gré. Ils oublient que leur volonté de refus ou d’adhésion est, elle aussi, quelque part, inscrite.

Une psychanalyste qui m’avait demandé de lui parler de son « thème » me fit toucher du doigt à quel point, pour certains, il est difficile d’admettre ce déterminisme.

Je lui parlai d’un manque, clairement lisible, qui avait dû marquer ses rapports avec son père, sans doute à cause de la mort prématurée de ce dernier. Elle se récria aussitôt : « Lorsque vous me parlez de mon caractère, de ma personnalité, je puis accepter ce que vous me dites, mais lorsque vous prétendez lire ici que mon père m’a manqué, il s’agit là de quelque chose d’historique dans ma vie, alors je ne comprends plus. » Son père était bien mort quand elle était enfant. Elle ne le nia pas. Mais elle ne pouvait accepter que ce fût « écrit ». Pourtant, sa propre psychanalyse lui avait bien fait explorer cette absence et ses conséquences sur sa propre évolution affective.

Une autre liberté

L’astrologie propose de la liberté une définition toute différente de celle qu’on imagine. Ni révolte, ni fuite mais au contraire adéquation, adaptation, adhésion à ce qui nous est proposé, exploitation dynamique de ce qui est inscrit en nous. Avec l’astrologie, on retrouve le concept Zen de la nécessité d’être à sa « vraie » place, conforme à sa vraie nature, et de l’assumer. La liberté commence avec la conscience de ce que l’on est. Notion que l’on retrouvera en psychanalyse, celle-ci ne prétendant pas changer les êtres mais les aider à accepter ce qu’ils sont. Pour un Capricorne saturnien, cette idée de fatum – qui signifie à la fois destin et fatalité – ne manque pas de séduction. Il conserve ainsi le sentiment d’être responsable vis-à-vis de lui-même, ce qui plaît à sa conscience pointilleuse. Mais il parvient aussi à mieux accepter les frustrations que la vie lui impose et qui lui feraient horreur s’il ne s’en sentait comptable.

Ainsi l’astrologie, au-delà d’un code moral conforme à ma nature, me permettait de satisfaire d’autres exigences.

Née frustrée, comme tous les natifs de mon signe, je trouvai dans le rapport avec l’autre un prétexte à dialogue privilégié. Étudier le thème astral de quelqu’un, c’est établir d’emblée le contact au niveau le plus essentiel, balayer les approches superficielles, les propos mondains, se trouver très vite au cœur d’une rencontre où tout peut être dit, où tout peut être entendu. Avec un peu de chance, une amitié naîtra, un courant chaleureux passera. Il ne m’en faut pas plus, puis-je l’avouer, pour me trouver des raisons de vivre.

Illusion, certes, que de se croire indispensable ou même utile. Mais le Capricorne en a plus qu’un autre besoin, lui qui supporte si mal la menace du vide, du néant, la « béance de la mort ». L’illusion qui se sait illusion, ou baume, n’est plus tout à fait coupable…

Au-delà du rapport affectif, l’astrologie ouvre la porte à toutes sortes de recherches, à d’infinies explorations qui comblent aussi la longue patience saturnienne. « Médecin raté », l’astrologue peut chercher à établir des corrélations entre des malades atteints d’un même mal. Psychologue par vocation, il peut découvrir motivations cachées et explications aux phénomènes d’identification et de répétition si déterminants dans les comportements humains. Son avidité n’est jamais assouvie.

Carl Jung, qui s’est beaucoup intéressé à l’astrologie, reconnaissait que l’astrologie et la psychologie des profondeurs avaient beaucoup à apprendre l’une de l’autre, car elles sont l’une et l’autre le lieu de rencontre de tous les mythes, de tout ce que l’inconscient collectif charrie en chacun de nous. Elle est en quelque sorte une archéologie de l’âme et, en cela, de nature à satisfaire le plus exigeant des Capricorne.

Ainsi le destin a mis sur ma route l’astrologie, contre ma volonté. J’aurais souhaité être archéologue, étudier la préhistoire, la linguistique, être médecin, psychologue ou psychanalyste, historien des religions. Pas astrologue. Et pourtant l’astrologie m’a permis d’aborder un peu tout cela, d’explorer chaque jour de nouveaux champs de recherche.

Comment y suis-je venue? Par hasard.

Ou par ce qui en avait l’apparence.

Très jeune, je me suis retrouvée seule et c’est bien là une caractéristique du destin saturnien. Marquée très tôt par la mort d’une mère aimée et, plus tôt encore, par l’abandon d’un père lucidement jugé mais que je ne me résignais pas à condamner, je fus confrontée à la nécessité toute prosaïque de gagner mon pain. Pas question de prolonger mes études au-delà des deux « bacs ». Fille de journalistes et d’écrivains, j’étais tentée de poursuivre dans cette voie. Mais quand on ne sait rien faire, rares sont ceux qui vous ouvrent leur porte. Successivement, je travaillai pour un organisme spécialisé dans le textile où je fis un secrétariat ennuyeux ponctué de quelques comptes rendus sur les collections. Cela me permit de vérifier mon absence d’intérêt pour la mode, car je jugeais, en jeune Capricorne austère, ces préoccupations scandaleusement futiles. On ne tarda pas à me le reprocher.

Je trouvai alors un emploi dans une agence de presse chinoise, grâce à l’attaché culturel de l’ambassade de Chine que j’avais prié, avec l’audace de mes dix-sept ans, de m’instruire sur la musique de son pays; je projetai de réaliser une émission sur ce qui était alors Paris-Inter, dans laquelle j’avais l’ambition de démontrer qu’un pays possède une musique, des instruments, conformes aux tendances psychologiques nationales qui lui sont propres! Mon aimable attaché culturel fit non seulement preuve d’indulgence et de courtoisie à mon endroit mais il me fit entrer dans cette agence de presse tenue par un de ses amis. J’étais supposée y traduire, du français vers l’anglais, tous les articles qui paraissaient dans la presse française sur l’avance de Mao Tsé-Tung. Je l’ai rencontré en Mandchourie et le retrouvai, trois mois plus tard, devant Formose. J’avais du mal à suivre ses pas de géant.

Heureusement pour mon aimable patron qui devait, bien qu’impassible devant moi, s’arracher les cheveux devant mes traductions folkloriques. Sans doute avait-il la certitude de la précarité de sa propre situation. Sinon j’aurais certainement perdu mon emploi au bout de trois jours. Si j’ai fait de l’astrologie, « c’est la faute à Mao »… un Capricorne, comme par hasard.

Je me retrouvai donc à nouveau au chômage, situation mal vécue par un saturnien qu’angoissent l’inaction et l’insécurité du lendemain. Mais, à l’époque, on n’était pas surprotégé par une société castratrice. On aurait fait n’importe quoi pour survivre. Pour moi, n’importe quoi, ce fut l’astrologie.

Je fis par hasard – toujours ce hasard qui nous fait rejoindre ce qui nous révèle un jour – la connaissance d’un ami de mon père. Il me fit part de son désir de former une assistante qui ferait son travail à sa place, écrirait ses articles à sa place, pendant qu’il satisferait à sa passion Sagittarienne du voyage. Une condition m’était imposée : je devrais m’exiler pour un temps indéterminé dans un de ces brumeux pays du Nord qui n’avait pas encore été touché, en 1949, par la révolution hippie. Il s’agissait d’apprendre à « monter des thèmes », à rédiger des rubriques astrologiques, à assimiler un certain nombre de notions d’astrologie. J’acceptai, non sans appréhension. Je ne croyais pas à cette pseudo-science sur laquelle j’avais les pires préjugés. J’y étais hostile pour la raison simple que mon père s’y était intéressé. J’avais le sentiment, fondé d’ailleurs, qu’il s’était fait berner par bon nombre de charlatans et qu’il avait nourri sa crédulité de prédictions fumeuses et manipulatrices.

J’étais donc embarquée dans une galère dont je souhaitais m’évader le plus vite possible. Pendant des semaines, je me débattis avec des chiffres compliqués. Et pour une « nulle en math » comme moi… C’est à coup de chocolats récompensant mes progrès que je parvins enfin à additionner les minutes et les secondes. Lorsque des gens admiratifs me disent : « Vous faites de l’astrologie? Ça doit exiger des calculs compliqués! », je les rassure en toute hâte. Un enfant de cinq ans peut apprendre à calculer un thème astral. Certains esprits chagrins contestent aux astrologues le droit de pratiquer leur art s’ils ne sont pas en même temps de savants astronomes. Nous ne sommes plus au temps de Kepler ou de Galilée. Nous utilisons leurs travaux et ceux de leurs descendants avec gratitude. Il ne nous est plus nécessaire, Dieu merci!, de nous coller le nez devant une lunette télescopique… Ce que nous apprenons de l’astronomie nous permet toutefois de comprendre pourquoi nous ne parlons pas du même ciel, pourquoi nous nous accrochons à une vision géocentrique et topocentrique de la Terre – d’un point de la Terre – et non héliocentrique. Le jour où l’on naîtra dans l’espace, les astrologues calculeront leurs thèmes pour ce point précis de l’espace. Demain, peut-être…

Bon an mal an, j’apprenais, tout en continuant à résister. Certaines coïncidences me troublaient. La caractérologie proposée par l’astrologie m’étonnait par les constantes retrouvées chez les natifs d’un même signe : gestes, expressions, traits physiques, goûts communs.

Peu à peu, le piège se refermait sur moi. L’ennui et la solitude aidant, je me jetai dans le travail. Je dressai des centaines de thèmes. Je commençai à avoir envie de comprendre ce que je faisais jusque-là comme un robot. Un jour, je découvris dans les fichiers tenus par mon patron-astrologue-voyageur les dates de naissance de près de mille malades atteints de tuberculose pulmonaire. Je décidai d’en avoir le cœur net. Sans l’aide, qui m’eût été précieuse alors, d’un ordinateur, je montai tous les thèmes de naissance. Si l’astrologie avait un sens, je devais trouver entre tous ces thèmes des analogies, des structures communes, des corrélations. Elles existaient. Cette fois, il me fallait aller plus loin. Sur ma lancée, je dressai un nombre presque égal de thèmes correspondant à des naissances de paralysés. A nouveau, les points communs, les structures identiques apparaissaient, différentes cependant de celles qui caractérisaient les tuberculeux. Il ne pouvait pas être question de coïncidences. J’avais plongé le bras dans l’engrenage et ne devais plus l’en arracher.

Car le Capricorne a aussi pour caractéristique d’être têtu comme une mule et persévérant comme personne. J’étais sur des rails, et le paysage que je voyais défiler promettait de ne pas être monotone. Pourquoi aurais-je quitté cette voie?

Je rentrai à Paris un peu plus tard et voulus connaître des astrologues engagés dans une recherche personnelle. La chance me fit rencontrer Jean Carteret. Il disait : « Dans la vie, on ne fait pas de rencontres, on n’a que des rendez-vous. » C’est à lui que je dois d’avoir compris quelles portes l’astrologie pouvait ouvrir. Carteret est un personnage chaleureux, génial, tragique, fabuleusement intuitif, branché sur un univers métaphysique auquel il est difficile d’accéder parce que sa logique, insolite et paradoxale, bouscule notre conformisme intellectuel. Je me souviens d’une histoire qu’il aimait raconter en préambule, au début de ses conférences, et qui commençait ainsi : le général chinois a perdu la bataille parce qu’il était mal enterré… Personnage à la Antonin Artaud, Carteret apparaît comme un poète maudit, lui aussi, mais ceux qui ont eu la chance d’assister à l’éclosion de ses trouvailles fulgurantes, d’être touchés par l’acuité de ses intuitions, savent que cette rencontre – pardon, ce rendez-vous – les a marqués pour toujours, leur a ouvert l’esprit à « autre chose », a bousculé leurs habitudes de pensée. Travailler avec lui était ingrat parce que ce Bélier porté par un mouvement impétueux vers l’avant, partant sans cesse à la découverte, était incapable de revenir en arrière, de vérifier, de contrôler. Il avait l’habitude de dire: « Qu’un homme ait du génie, c’est la moindre des choses ! » C’est-à-dire que la vie ne peut être qu’un perpétuel engendrement, sinon l’homme est condamné à mourir. Même la mort était perçue par lui comme un acte créateur : « Il faut mourir en état de désir, il faut épouser la mort… » Que l’homme, dans sa prodigalité, engendre parfois des monstres ou des créatures inachevées était sans importance à ses yeux.

Avec Carteret, je découvrais surtout en l’astrologie un langage poétique. D’aucuns contestent son approche, lui dénient le droit d’inventer le ciel, d’inclure dans sa logique à lui des planètes hypothétiques, nées cependant d’une « intuition rigoureuse ». Car, chez Jean Carteret, l’intuition – déduction accélérée qui n’a pas le temps d’être prise en charge par le conscient – suit néanmoins une trajectoire, un enchaînement logique. Et c’est ce qui m’a séduite : cette liberté, ce don poétique qui fait de lui parfois un authentique visionnaire, ce jaillissement verbal intarissable (ô ces nuits de travail, fécondes et épuisantes; même moi, pauvre chèvre diurne, je suivais, passionnée, ce « hibou »!).

Il fallait, certes, faire le tri. Jean Carteret me disait : « Tu es une bonne accoucheuse. » Je crois qu’il aimait travailler avec moi et pourtant nos rythmes se contredisaient de façon irrémédiable. Capricorne tout empêtré de secondarité, je contraignais ce Bélier primaire, précédant l’instant, à revenir en arrière. Il le supportait très mal mais admettait que cela seul lui aurait permis de conserver quelque chose de ce qu’il pensait puisqu’il ne pouvait pas écrire. L’écriture étant, par définition, inscription dans la durée.

Notre collaboration a duré deux ans, stimulante, enrichissante pour moi. Lui, il avait surtout besoin d’un auditeur qui voulût bien le suivre dans son aventure verbale du moment. Carteret avait – a encore – le génie des formules surprenantes; sa dialectique me paraissait parfois abusive, mais l’astrologie dont il parlait n’appartenait pas au musée, ne sentait pas la poussière des grimoires. Elle était vivante et, à ce titre au moins, elle était dynamisante et provoquait tous ceux qui l’écoutaient.

C’est à lui que je dois de m’être passionnée pour la Lune Noire, d’en avoir fait un champ de recherche personnel, d’avoir, avec lui et entraînée par lui, senti des valeurs symboliques qui jusque-là étaient restées lettre morte pour moi.

Peut-être aussi est-ce à lui que je dois d’avoir appris à laisser parler mon intuition. Comme il l’affirmait parfois : « On ne fait pas assez confiance à son ignorance. » Et c’est vrai; en astrologie surtout. Parce que, pour interpréter un thème, on dispose d’un nombre limité de symboles susceptibles de recouvrir une réalité infinie. Il faut opérer un choix en fonction de paramètres multiples et l’intuition intervient ici tout autant que la déduction consciente. Rien à voir avec la voyance. Il s’agit d’être à l’écoute de l’autre, de mobiliser en même temps une énergie intellectuelle, affective, psychique, qui permettra à la machine de se mettre en marche. On ne peut se contenter d’appliquer des recettes, de réciter ses leçons. Ceux qui ne comprennent pas cela seront toujours déçus par l’astrologie. Il faut aussi devenir l’autre, voir avec ses yeux, entendre avec ses oreilles. Et c’est pourquoi, pour ma part, je ne peux pas interpréter le thème de quelqu’un que je n’aime pas. Seul l’investissement affectif me permet de mobiliser cette énergie. Il faut que j’aie « envie » de connaître celui que je rencontre, d’aller vers lui. Ce n’est pas toujours facile et certaines expériences me laissent un souvenir étrange. Une amie m’avoua un jour qu’elle avait parlé de moi à un de ses cousins atteint d’un cancer déjà très avancé. Il souhaitait que j’aille le voir et lui dise quelques mots sur son thème. Elle me proposait de m’emmener à la clinique où il se trouvait. Je refusai d’abord. Parler de son avenir à un mourant m’apparaissait comme une plaisanterie macabre. Marquée par le souvenir de ma mère morte, elle aussi, d’un cancer, je n’avais pas la moindre envie de m’imposer ce traumatisme. L’amie en question insista tant que je finis par céder. J’arrivai avec elle à la clinique, pleine d’appréhension, me répétant sans cesse : que vais-je lui dire? Je me trouvai en face d’un homme qui n’avait plus d’apparence humaine. Prisonnier d’une minerve qui lui enserrait toute la tête, les paupières cousues, les dents arrachées, je défaillis en le regardant. J’étais muette sous le choc. Et puis je me dis que j’étais là pour lui parler, lui apporter je ne sais quel réconfort, répondre à son attente. Alors, je me jetai à l’eau, me disant : si quelque chose en moi peut trouver les mots, alors que « ça » parle, parce que moi je ne sais rien. Pendant une heure, je lui parlai de lui, de sa vie, de ses peurs, presque dans un état second. Je me souviens seulement de l’avoir mis en garde contre un certain jour d’octobre, le mois qui suivait. Il est mort ce jour-là. En sortant, l’amie qui m’avait entraînée dans cette aventure me dit à ma grande surprise : vous avez été formidable! Je ne me souvenais vraiment pas d’un mot, d’une phrase prononcés; je savais seulement que j’avais tenté de suivre les conseils de Carteret, de ne rien interposer entre ce que je pressentais et ma volonté d’interpréter. Depuis, dans les cas difficiles, c’est toujours ce que je tente de faire.

Peut-être aussi le fait d’être Capricorne m’a-t-il aidé en pareille circonstance : la peur d’avoir peur, la peur d’être lâche donnent-t-elles parfois le courage de plonger dans l’horreur?

En quoi l’astrologie pratiquée par un Capricorne est-elle différente de celle d’un Taureau, d’un Sagittaire ou d’un autre?

Le goût du tête-à-tête

Je pense qu’il faut voir dans les manques du signe une motivation positive. Le Capricorne, nous y reviendrons longuement, est né frustré. Il a besoin d’être aimé, besoin de chaleur. Alors il s’intéresse aux autres, faute de s’aimer lui-même suffisamment, sans doute, et surtout dans l’espoir qu’au passage il glanera sinon un peu de gratitude, du moins un peu de sympathie. Ce misanthrope ne l’est que par amour des rapports humains non truqués, que par goût d’une sincérité, d’une vérité essentielles. Tout le reste l’ennuie et c’est pour cela qu’il n’est jamais un animal de salon mais toujours un fervent du tête-à-tête, il ne sait ni jouer, ni « faire la fête ».

Alors, l’astrologie lui donne un prétexte idéal pour entrer en contact, découvrir l’autre là où il est sans masque. Mais il n’y a pas dialogue sans passage d’un courant affectif de l’un à l’autre; ni même sans que les découvertes que l’on fait sur l’autre, pour lui, ne nous enseignent quelque chose sur nous-mêmes.

Le Capricorne découvre ainsi qu’il a besoin des autres pour se trouver des motivations de vivre, pour nourrir sa force. Un jour quelqu’un me dit : « Ça doit vous fatiguer, tant de gens suspendus à vos branches » et, spontanément, sans réfléchir, je lui répondis : « Plus on se suspend à mes branches et plus mes racines poussent! » Et je pris alors conscience de façon plus aiguë de ce besoin de donner qui est aussi une aliénation, une faiblesse, l’aveu d’une vulnérabilité extrême. Car le jour où les autres ne sont plus là pour qu’on les nourrisse, on en crève. C’est ainsi que dans ces dialogues, toujours vécus dans la spontanéité de l’instant, on découvre autant sur soi que sur l’autre. Parfois on s’entend dire un mot, on tente de formuler quelque chose de subtil mais ressenti comme une évidence, et, au passage, on se dit : mais, tiens, cela aussi, je pourrais me le dire à moi-même. Par ailleurs, le fait de cerner très vite une réaction instinctive lui donne souvent un pouvoir catharctique.

Ce mot savant qui évoque une « purge de l’âme » me ramène vers un autre aspect de l’activité astrologique que je ne peux passer sous silence et qui répond à un goût, une curiosité et un besoin spécifiquement capricorniens; je veux parler de l’aspect psychologique et thérapeutique de l’astrologie.

Si je n’avais pas été astrologue, je serais sans doute devenue psychanalyste. Mais la psychanalyse, pour celui qui l’exerce, est beaucoup plus frustrante que l’astrologie. La psychanalyse, c’est le monologue de l’autre et l’attention flottante du thérapeute. En astrologie, c’est l’inverse qui se produit. Une amie psychanalyste me disait un jour : « Tu as de la chance, toi, si quelqu’un qui vient te voir t’est sympathique, tu peux nouer avec lui une amitié, l’inviter à dîner, sortir avec lui. Nous, quand une analyse se termine bien, nous devons nous réjouir si l’analysant part en claquant la porte! »

Une certaine connaissance théorique de la psychanalyse et de la psychologie des profondeurs m’a beaucoup apporté dans ma pratique et dans mon approche de l’astrologie. Dirigeant par ailleurs chez un éditeur parisien une collection d’ouvrages traitant surtout de sciences humaines, j’ai l’occasion de lire de nombreux manuscrits traitant de psychologie; je me tiens au courant de la recherche dans ce domaine, en France et à l’étranger, je rencontre des psychanalystes de toutes tendances. A partir de ces matériaux hétéroclites, j’ai opéré une synthèse personnelle, tenté de voir ce que je pourrais en tirer pour une meilleure exploration psychologique des thèmes astraux. J’ai même travaillé – et travaille encore – avec des psychiatres, des médecins, des analystes à l’esprit assez ouvert pour s’intéresser aux informations que je pouvais leur fournir sur leurs patients, parfois sur eux-mêmes, ou pour aider certains de leurs analysants victimes d’un blocage prolongé à un moment donné de leur cure. Parfois même, je suis tentée d’orienter certaines personnes vers une psychanalyse; le thème me dit si le moment est bien choisi et quel type de thérapie on peut suggérer.

Certaines structures de thème incitent immédiatement à indiquer une cure analytique freudienne classique, ou lacanienne. Pour d’autres, au contraire, on perçoit des affinités avec l’analyse jungienne, d’autres avec le « rêve éveillé dirigé », d’autres, enfin, avec le psychodrame ou les groupes de rencontre, le « primal » ou des techniques plus « corporelles », comme les pratiques reichiennes, ou d’autres encore.

Mais ces affinités de structure existent aussi pour les analystes eux-mêmes. Un jour, un psychanalyste et psychiatre lyonnais est venu me voir pour que je lui parle de son thème. A un moment, je ne pus m’empêcher de lui dire : « Avec votre Lune Noire au Milieu-du-Ciel, vous êtes sûrement un excellent analyste mais vous devez être mal à l’aise dans les groupes. » Il m’interrompit, ravi : « Je déteste le groupe, j’ai horreur du groupe, c’est vrai, et ma femme qui est aussi analyste ne jure que par lui; elle veut m’y entraîner. Mais si vous me dites que je ne suis pas fait pour ça, j’y renonce… », et il ajouta, après un silence : « Au fond, votre truc, ça vaut une séance de contrôle; je reviendrai vous voir. »

D’autres thérapeutes, plus réticents, craignent qu’en intervenant de façon intempestive ou en informant le sujet des causes profondes de ses problèmes, l’astrologue ne pratique une forme de psychanalyse sauvage. Le reproche n’est pas dénué de fondement. Mais l’astrologue dispose d’informations, dès le premier instant, que l’analyste n’acquiert que bien plus tard. L’astrologue sait, grâce au thème, ce que l’autre pourra ou ne pourra pas supporter d’entendre, s’il est prêt ou non à découvrir une vérité sur lui-même, ou près de le faire. Selon le cas, l’astrologue nuancera son discours. Il est d’ailleurs toujours beaucoup plus satisfaisant d’avoir affaire à des personnes en analyse, ou ayant été analysées, parce qu’elles comprennent beaucoup mieux, beaucoup plus vite. A celles-là, l’astrologie ne révélera que peu de choses, mais elle confirmera ce qui est de l’ordre de l’essentiel. Parfois des « analysés » me disent : « C’est drôle, j’ai l’impression de revivre mon analyse en raccourci. » D’autres, non initiés à la pensée freudienne, d’instinct me disent : « Je mets ça dans un coin de ma tête et quand je le rencontrerai, si je le rencontre, je pense que je le reconnaîtrai plus vite; cela m’évitera peut-être de tourner en rond, de perdre du temps. » C’est souvent vrai.

Un jour, une femme aveugle, très intelligente et pleine de talent, vint me trouver. Je l’interrogeai sur l’âge où sa cécité s’était produite, pour vérifier une hypothèse. Cela lui était arrivé à vingt ans. Et je lui demandai à brûle-pourpoint : « Pourquoi avez-vous décidé d’être aveugle ? » Elle rit et me dit : « Bonne question… » Sa réponse fut parfaitement honnête et lucide. Racontant cette anecdote devant des psychologues, je vis que mes propos les scandalisaient. « Comment avez-vous pu! », s’indignaient-ils. Simplement, je savais que cette question brutale pouvait être posée parce que le thème astral de cette femme m’en informait avec évidence. J’avais même la certitude qu’elle pourrait en tirer quelque chose.

Mais peut-être aussi est-il dans la nature du Capricorne d’être brutal. C’est vrai. A la fois diplomate et brutal, et passant assez brusquement du fleuret moucheté au coup de massue. Et on ne peut pratiquer que l’astrologie que l’on est. Si on a le goût de la vérité, de la réduction à l’essentiel, on a tendance à écarter les faux-fuyants, les fioritures… ou à se taire.

On pensera peut-être : quelle prétention! Qui peut croire qu’il détient la vérité sur l’autre? Certes. Il n’est jamais question d’affirmer, d’être péremptoire. Mais de faire naître en l’autre « la bonne question », l’amener à formuler lui-même sa réponse. Le travail de l’astrologue, me semble-t-il, devrait avant tout se fonder sur une approche maïeutique. Et si l’on propose une interprétation, qu’elle soit seulement suggérée afin que l’autre l’intègre, la rejette si le moment n’est pas venu pour lui de l’entendre ou s’il la refuse pour des raisons psychologiques qui lui sont propres. Ou si on s’est trompé.

Une amie de province m’avait ainsi envoyé un jour une femme dont les difficultés familiales lui étaient connues. Celle-ci m’expose son problème : malheureuse en ménage, gagnant elle-même le pain de ses enfants et le sien, trompée… J’écoutai la liste de ses griefs. Puis je l’interrogeai perfidement : « Je suppose, madame, que vous avez des convictions religieuses? » Non, me répondit-elle, étonnée, ne voyant pas où je voulais en venir. « Parce que, lui dis-je, je ne vois que des convictions religieuses qui puissent vous interdire de divorcer. On a le droit d’être  » cocu et battu  » sans mot dire, mais si on est, de surcroît, content, il faut le savoir. » Autrement dit, je voulais l’amener à prendre conscience des « bénéfices secondaires », pour parler comme les psychanalystes, que l’on retire de situations apparemment intolérables. Mon intervention, j’en conviens volontiers, était « sauvage ». Le soir même, elle téléphonait à mon amie de province, sérieusement secouée. J’avais agi de la sorte parce que je savais qu’elle n’irait jamais voir un psychologue, que je ne la reverrais pas et que le seul service que je pouvais lui rendre, c’était de lui assener un grand coup dont, avec un peu de chance, elle émergerait avec une plus claire conscience de son vrai désir. N’est-ce pas ce que nous demandons nous-mêmes à nos amis, à nos proches, à ceux qui nous aiment vraiment? Le Capricorne, là encore, laisse pointer le bout de l’oreille… parce que les natifs du signe ont l’amitié exigeante, qu’ils rejettent les mensonges compatissants, se sentent coupables de toute forme d’hypocrisie.

L’astrologie, pour quoi faire?

Et puis, il faut se consoler en se disant qu’il y a tous ceux, plus nombreux qu’on ne croit, qui viennent chercher une information sur eux-mêmes, dépouillée de toute complaisance. Ceux-là reviennent, pour tenter d’aller plus loin. Ceux-là vous font chaud au cœur en vous assurant que vous les avez aidés à voir plus clair, que grâce à vous ils ont changé ou qu’ils ont mieux compris leur mari, leur femme, leurs enfants. Alors, on se dit qu’on n’a pas perdu son temps, ni son énergie, ni son amour.

Il m’est arrivé que quelques personnes, hommes ou femmes, reviennent me voir tous les quinze jours, ou tous les mois, pendant plus d’un an. Des gens qui ne voulaient en aucun cas aller voir un analyste et qui avaient besoin d’aide.

Très vite, ils apportent leurs rêves, tout un matériel symbolique qu’on se met à interpréter avec aisance parce qu’on les connaît bien. On peut alors presque parler de psychothérapie de soutien. Et le plus miraculeux, c’est qu’on les voit changer, prendre des décisions qui vont modifier leur vie.

Un garçon qui venait me voir dans cet esprit depuis six mois me demanda un jour : « Je reconnais que j’ai changé. Mes amis me le disent, je le sens bien moi-même; mais j’aimerais que vous me disiez quelle est votre grille... » J’éclatai de rire : « Ma grille? C’est celle du vivant, de l’instant, de l’instinct, de l’intuition, de l’humour, que sais-je ? L’important, n’est-ce pas que vous vous sentiez libre de tout me dire et qu’au passage vous ayez le sentiment d’avancer?« 

Certes, parmi les reproches adressés à l’astrologie, j’ai souvent entendu mentionner un de ceux qu’on adresse aussi à la psychologie : « Vous détenez un pouvoir sur l’autre et le pouvoir est dangereux. » Je le crois plus néfaste à l’astrologue qu’au « consultant« . Surtout si l’astrologue est une femme Bien peu d’hommes supportent le sentiment qu’on détient un savoir sur eux. Ils s’imaginent toujours qu’on en sait plus qu’on ne veut bien le dire et cela leur fait peur.

Mais celui qui vient vers l’astrologue ou vers le psychanalyste est motivé. Il vient avec une demande. Il désire recevoir une réponse. Pourquoi refuser? Libre à lui de faire ce qu’il veut de l’information reçue. Parfois, il suffit de savoir écouter. Certains entreprennent cette démarche parce qu’ils se trouvent devant un choix difficile. Demandez-leur d’exposer leur problème, de préciser entre quelles propositions ils hésitent. Bien souvent, vous êtes amenés à leur répondre que leur choix est déjà fait mais qu’ils ne le savent pas, qu’il suffit d’entendre avec quels mots, quelles intonations ils en parlent pour savoir où vont leurs préférences. Presque toujours, le thème permet de confirmer ce choix, parce que c’est celui qui va dans le sens de leur désir profond. Sauf, bien sûr, si ce choix est fondé sur l’illusion, sur une vérité qu’ils ne veulent pas voir ou sur un manque de confiance en eux. L’astrologie permet toujours d’entrer dans cette complexité de l’être.

Là encore, il n’est pas question de jouer les démiurges.

Je pense que tous les astrologues éprouvent, lorsqu’ils ont le sentiment d’avoir débrouillé un écheveau compliqué, un plaisir extrême. La joie de comprendre me paraît infiniment plus gratifiante que celle qui pourrait être donnée par une manipulation perverse de l’autre.

Du moins, en tout cas en est-il ainsi pour moi. Pour l’astrologue Capricorne, je suis convaincue que le plaisir de comprendre et l’espoir d’aider – aussi illusoires soient-ils – déterminent l’essentiel de sa motivation. Il pratique l’astrologie parce qu’il aime ce rapport intime et profond. Peut-être derrière tout cela, et de façon plus obscure, trouverait-on, en effet, le sentiment d’avoir un pouvoir sur l’autre, non pour le contrôler mais pour exister à ses yeux. Le Capricorne a le sens des responsabilités – de façon presque pathologique – et un rien éveille en lui un pesant sentiment de culpabilité. S’il agissait mal, d’une façon intéressée, malhonnête, dangereuse, il en serait, je crois, immédiatement alerté. Car le Capricorne est, malgré lui, un moraliste, un « parpaillot ». Ce n’est pas là le moindre de ses défauts. Certes, celui qui est culpabilisable est aussi culpabilisant. Son regard peut paralyser l’autre, lui interdire, même par le silence, de commettre quelque action qu’il réprouve. Nul ne peut jamais prétendre être objectif ou impartial. L’essentiel étant de savoir – et de laisser deviner – de quelle éthique on se chauffe.

Ainsi, j’avoue ne pas supporter la vénalité. Je ne parviens pas à la considérer avec indulgence. Un jour, une femme prit rendez-vous avec moi. En montant son thème – puisque telle est la formule consacrée —, je sus tout de suite qu’elle était vénale… et que je ne parviendrais pas à la trouver sympathique.

A peine assise en face de moi, elle me demandait si son mari, étranger et fortuné, cardiaque de surcroît, mourrait bientôt, car, me dit-elle, son argent lui serait fort utile !

J’avoue que je ne pus m’empêcher de rire : « Je m’attendais à vous trouver intéressée mais votre cynisme m’impressionne! Au moins, on ne peut pas vous reprocher d’être hypocrite! » Et je me contentai de refuser de répondre à sa question.

Parce que le Capricorne s’intéresse plus aux origines qu’à l’avenir et parce qu’à partir de son moralisme il souhaite que les autres assument leurs actes en toute conscience, il peut fréquemment rejeter la prédiction. Il faut en outre bien admettre que la prédiction est hasardeuse. On peut parfois proposer une hypothèse, formuler une mise en garde, donner un espoir, supposer une évolution. Jamais l’imposer. De plus, je pense qu’il y a un risque psychologique à prédire, ne serait-ce qu’en induisant certains comportements.

On ne tient jamais assez compte, c’est vrai, du pouvoir de la parole. S’il ne recherche pas le pouvoir, l’astrologue, comme le médecin, en est investi, pour peu qu’on aille à lui avec confiance. Et je crois qu’on ne pèse jamais assez les mots. Il est difficile, par ailleurs, de les contrôler de façon rigoureuse et de laisser parler en même temps une spontanéité qui, seule, permet de faire passer le flot de l’intuition. Il faut aussi prendre garde aux risques de « projections »… On n’est jamais assez prudent avec son inconscient!

Lorsqu’un Capricorne vient me consulter, je m’amuse beaucoup. Une complicité immédiate s’établit. Mais je préviens aussitôt que je ne résisterai peut-être pas, au passage, à la tentation de me « projeter », peut-être même de me raconter, ne serait-ce que pour vérifier mes propres hypothèses, comparer, m’assurer qu’en effet le fond commun à tous les Capricorniens existe bien sous la forme que je lui vois et que la Tradition, de surcroît, nous a léguée.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les Capricorne sont ceux que je reconnais le moins bien dans une soirée… Comme si j’avais peur d’être taxée de narcissisme. Il y a là aussi, d’ailleurs, un élément qui peut pousser les natifs de ce signe à faire de l’astrologie. Nous sommes tellement moins coupables si nous nous intéressons aux autres plutôt qu’à nous-mêmes! Et on a tellement moins de problèmes si on se penche sur ceux des autres plutôt que de se vautrer dans les siens. Plus qu’on ne peut l’imaginer, l’astrologie est, pour celui qui la pratique, un remède, un moyen de distanciation avec ses propres angoisses. Plus encore que grâce à la lecture de son propre thème, c’est en déchiffrant celui des autres qu’il apprend, qu’il progresse.

Au fond, j’ai toujours un peu le sentiment de commettre une escroquerie quand les gens me remercient et me disent que je les ai aidés. Moi aussi, ils m’ont aidée. Et je ne les en remercie jamais assez.

Le goût de la recherche

Une autre dimension de l’activité astrologique m’apparaît enfin comme fondamentale pour le Capricorne – même si elle est abordée par des astrologues d’autres signes —, c’est celle de la recherche.

Là où le Gémeaux sera tenté de s’orienter vers l’enseignement ou l’écriture, où le Taureau élaborera d’autres systèmes de pensée, d’autres théories, où le Bélier découvrira spontanément, le Capricorne, lui, cherchera. Avec patience. Il aime ce travail solitaire et qu’il accomplit à son rythme. Il accumulera des informations, opérera des comparaisons, en tirera des hypothèses, utilisera parfois les idées des autres pour vérifier qu’elles cadrent bien avec la réalité. Le Verseau qui, lui aussi, est amateur de recherche, y mettra sans doute plus d’invention, plus de créativité pure. Mais le Capricorne, qui a l’éternité devant lui, mènera avec rigueur son projet jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il rencontre une certitude.

La recherche, de surcroît, lui fournit un fantastique prétexte à immobiliser le temps, à travailler. Car, en astrologie, tout peut devenir recherche, tout peut stimuler l’imagination. Le philosophe l’utilisera pour construire une métaphysique, le médecin tentera de l’exploiter pour favoriser une prévention, étudier des terrains biologiques, vérifier des hypothèses, le psychologue se verra offrir un champ illimité d’investigations dans le domaine du symbole, et le poète, l’artiste, le peintre, y puiseront bien souvent leur inspiration. Car l’astrologie, selon le mot de Raymond Abellio, est à la fois une science, un art et une sagesse. Le Capricorne a le goût de la science parce qu’elle élargit la connaissance et qu’elle est utile de façon pragmatique; il aime l’art parce que celui-ci est vivant, qu’il révèle toujours une vérité de l’être, qu’il est éternel. Il aime la sagesse parce qu’il y aspire, parce qu’il souhaiterait atteindre au détachement et à la sérénité, lui qui a tant de mal à se guérir de son avidité à vivre…

L’astrologue peut tomber dans le puits, comme disait La Fontaine, mais ne dit-on pas aussi que la vérité en sort toute nue?

La Symbolique du Signe

La tête dans les nuages et la moitié du corps dans l’eau. Tel est figuré le signe par la Tradition astrologique. « Le Capricorne et sa formidable queue de bouc marin« , écrivait le poète Léon-Paul Fargue.

Le Capricorne, comme son nom l’indique, appartient à la race des caprins. Rien à voir avec le coléoptère rongeur de charpentes et dont on nous dit qu’il a une odeur de rose. Il s’agit du bouquetin, bouc des rochers, chèvre des montagnes aux cornes énormes et noueuses.

La Tradition mythologique l’associe à la chèvre Amalthée, celle qui nourrit Zeus lorsque sa mère Rhéa réussit à soustraire son dernier fils à l’avidité dévoratrice de son père Cronos. Surprise par le dieu Typhon, Amalthée, terrifiée, tenta de se cacher dans une rivière mais ne put immerger que la partie inférieure de son corps et celui-ci se transforma aussitôt en queue de sirène. D’où ce dessin tout en boucles qui représente le signe, où cornes de bouc et queue de poisson s’entremêlent 1.

Le Capricorne constitue, avec le Bélier et le Taureau, le bestiaire cornu du Zodiaque. Il semble bien que la Tradition ait voulu ainsi désigner les signes « forts », ceux qui sont investis à la fois d’une puissance d’affrontement, d’une combativité et d’un entêtement à aller de l’avant dont les autres ne jouissent pas. Avec plus de puissance dynamique, agressive et mâle chez le Bélier, celui qui marche au-devant du troupeau avec ses cornes verticales et entrecroisées, plus ‘de force brute chez le Taureau, avec ses cornes horizontales (le Taureau est en réalité génisse porteuse dans ses flancs des promesses de la vie et, dans ses cornes, de l’abondance offerte par la nature. Le Taureau, c’est une toile d’Arcimboldo…), et plus de forces contradictoires, peut-être, chez le Capricorne, qui évoque la chèvre de Monsieur Seguin se battant toute la nuit contre le loup, voulant se convaincre du pouvoir de ses cornes, têtue, courageuse, absurde…

Pourtant, si on se réfère à la mythologie, la corne de la chèvre Amalthée était dotée d’un pouvoir particulier. Né en Crète, ou en Arcadie, puis conduit en Crète, Zeus fut caché dans une cave sur le mont Dicté pour échapper à son père. Là, il fut nourri par Amalthée, tandis que les Courètes, demi-dieux amicaux, noyèrent les cris du jeune dieu en frappant leurs armes de cuivre contre leurs boucliers. Amalthée, dit-on, possédait une corne qui se remplissait à volonté de tous les breuvages et de toutes les nourritures qu’on désirait. Les Latins appelaient cette corne : cornucopia, la corne pleine. Ainsi donc cette corne du Capricorne serait intarissable.

Mais il ne faut pas oublier la queue de sirène qui transforma l’animal du signe en une bête bien plus complexe que ses frères Bélier et Taureau.

Si l’on admet que tout symbole aquatique est rattaché à l’inconscient, on voit que la chèvre Amalthée, en plongeant ses pattes dans l’eau, en voulant jouer les Gribouilles, subit une métamorphose; elle devient alors plus fabuleuse, ambiguë, mythique. En elle s’opère une alchimie mystérieuse. C’est la peur qui la contraint à cette plongée, la peur qui est à l’origine de sa transformation et lui permet d’accéder, par la contrainte, au règne de l’inconscient. Car chaque détail, aussi infime soit-il, qui survit dans une légende, a son importance et sa portée symbolique. On verra plus loin que Saturne, maître du Capricorne, vit une aventure parallèle.

Pourquoi une chèvre, plutôt qu’un autre animal nourricier – vache ou louve —, comme on en trouve dans la légende de notre Histoire ancienne? Sans doute parce qu’il fallait que Zeus, futur maître de l’Olympe, vécût son enfance dans une montagne. Ou parce que, dans son intuition miraculeuse, l’inconscient collectif, créateur des grandes structures sacrées (on les retrouvera dans le Tarot, dans le I King, ailleurs encore), devait nous proposer un animal conforme par sa nature au caractère du Capricorne. On se récriera peut-être : abus anthropomorphique, imagination délirante! Alors, amusons-nous à interroger autour de nous, à déchiffrer les associations inspirées par la chèvre.

L’un privilégiera l’aspect brouteur et capricieux qui arrache à son chemin tout ce qui lui paraît bon à manger, l’autre mettra en avant l’aspect sautillant et joueur de la chèvre (qui, dans sa jeunesse, n’a pas joué à se faire pousser à petits coups de tête précis et taquins par quelque chèvre campagnarde ?). D’autres encore parleront de l’animal montagnard amoureux des cimes, sautant de pierre en pierre avec agilité – et que seul un bon berger peut suivre —, plus apte à grimper qu’à redescendre. D’autres diront l’odeur, le poil, l’œil oblique, les cornes, le bondissement.

Ces associations de mots et d’idées, ces évocations, éveilleront nécessairement un écho dans la mémoire de chacun parce que la chèvre, comme les autres animaux du bestiaire zodiacal, appartient à notre patrimoine culturel le plus archaïque, que notre mémoire collective est toute nourrie de sacrifices animaux et de devins lisant dans leurs entrailles, de troupeaux qui faisaient la richesse ou la pauvreté d’un peuple, de complicités et d’attachements, de liens créés avec ces cornucopiae qui donnaient le lait, le fromage, la viande et la peau.

Jean-Paul Clébert, dans son Dictionnaire du symbolisme animal (Albin Michel), situe pour nous l’image associée à la chèvre, dans la mythologie comme dans le folklore : « La femme du bouc est un animal curieux qui allie la douce familiarité de l’animal domestique à la fière indépendance de son mode de vie sauvage. » Et, plus loin : « Elle participe donc à la fois de la nature souterraine, celle des grottes, et de la nature aérienne, celle des cimes. De là à lui donner un caractère prophétique, il n’y avait qu’un pas. Le sanctuaire de Delphes lui doit sa fondation. »

On voit là, à nouveau, ce symbolisme du Capricorne au corps divisé, tête aérienne et arrière train caché dans l’eau, dans la grotte, dans le souterrain et entouré de mystère. Jean-Paul Clébert poursuit : « La nature monstrueuse de la chèvre Amalthée se retrouve dans l’usage que fit Zeus de sa peau après sa mort, c’est une véritable armure dont il fit son bouclier sur lequel la déesse Pallas attacha la tête de Méduse, et qui prit le nom d’Égide, devenue le sYmbole de la protection.« 

La chèvre aurait-elle la réputation d’avoir la « peau dure », le cuir endurci? N’oublions pas que si elle acquiert ce pouvoir, c’est pour servir de bouclier aux autres. Elle protège mieux les autres, en effet, qu’elle ne se protège elle-même.

Mais la chèvre n’a pas une réputation sans tache. Jean-Paul Clébert nous apprend en effet que « dans l’Europe médiévale, la chèvre continua de supporter la réputation monstrueuse de son ancêtre Amalthée. C’est qu’à vrai dire elle restait la femelle du bouc, à la réputation pendable. Elle fut la compagne favorite des sorcières (voyez dans Hugo le rôle qu’elle joua auprès d’Esmeralda) ».

Il est vrai que le bouc est un animal étrange, fascinant, avec ses cornes verticales presque aussi hautes que son corps, ses pupilles obliques, son regard doré et cette formidable impression de puissance, cette lubricité têtue et insatiable qui l’investit d’une sorte de pouvoir magique. Rien d’étonnant, non plus, à ce que la chèvre soit liée aux sorcières, ces dernières descendantes de la déesse mère, de Cybèle, d’Hécate – la Lune Noire —, et même de Méduse, toutes irradiées de la force de Lilith, maudite, chassée du Paradis de par sa propre exigence et de par son propre orgueil, condamnée à hanter l’imagination des faibles, incarnant une menace parce qu’elle est le désir et la soif, et l’absolu.

Mais il y a aussi la « chèvre d’or », gardienne de trésors souterrains. Jean-Paul Clébert affirme que de nombreuses légendes l’attestent : « Elle règne en général sur les ruines des châteaux ou des monuments romains, ou prétendus tels. »

Il me semble qu’il faut voir là le lien de la chèvre Capricorne avec les ruines, les vieilles pierres du passé. Sensible à tout ce qui émane de la terre, du sous-sol, qu’il s’agisse d’un trésor enfoui ou des richesses qui vont surgir tout naturellement du sol ensemencé, la chèvre apparaît comme un animal exceptionnellement réceptif, perceptif, intelligent et nerveux, mais aussi imprévisible et compliqué.

Pour voir si le fantasme et la réalité se rejoignaient, j’ai interrogé un couple qui, dans le Limousin, possède un troupeau de chèvres. Je leur ai demandé ce qui, à leurs yeux, caractérisaient le comportement de l’animal. Voici le fruit de leurs observations. Même les enfants du couple, ravis, ont participé à l’interview…

« C’est vraiment la bête la plus capricieuse… Elle a un formidable esprit de contradiction. Les chèvres sont des individualistes. Dans tous les troupeaux, il y en a toujours une qui sème la pagaille, qui entraîne les autres. Il y a aussi des chèvres méchantes. Elles ont besoin de beaucoup d’espace et, quand elles sont trop serrées, elles se battent. Quand on leur a retiré leur chevreau de bonne heure, elles vous traitent comme si vous étiez un de leurs petits. Si, par exemple, un chien arrive, un peu menaçant, elles viennent vous en protéger. Celles qu’on élève, au début, ne nous quittent pas; vite, elles viennent vers nous. Si elles se battent entre elles, ou avec les chiens, jamais elles n’attaquent les humains; les chèvres méchantes, ce sont celles qui ont été élevées toutes seules, ou qui sont seules.

« Nous avons eu une chèvre que nous avons appelée Érotique. Elle se laissait téter par n’importe qui, se frottait tout le temps aux autres. Elle a « pris » le bouc trois fois avant d’être satisfaite ! Ce sont des gourmandes, capricieuses certes, mais surtout gourmandes. Elles sont drôles aussi; si vous prenez un soin particulier de l’une d’elles, elle se prendra pour la reine du troupeau. Il y en a qui ne supportent pas de faire leurs petits toutes seules; elles réclameront notre présence, feront les douillettes… Il y en a vraiment de comédiennes! Elles ont tendance à vouloir la compagnie des hommes, pour moins souffrir. Mais elles sont très jalouses; si vous en caressez une, l’autre arrivera pour déloger la première. La chèvre attaque facilement. Elle fait face et attaque tout de suite, les chiens, par exemple. A coups de corne, bien sûr, mais elles arrivent aussi à mordre. Elles pincent leurs petits par la peau du cou pour les envoyer promener… Entre elles, elles se mangent les oreilles.

« Du racisme aussi. Une blanche dans un troupeau de marrons aura des difficultés à se faire accepter… Elle deviendra la bête noire! Il y a des bagarres; elles s’attaquent à celle qui est fragile ou malade. Certaines fuient, évitent les autres, s’écartent. D’autres s’associent deux par deux. Quand on les entrave pour manger, elles se groupent toujours par deux – dans le même ordre. Ce sont des bêtes à habitudes. Certaines sont très amicales, d’autres ne se laissent pas caresser. Que puis-je vous dire encore ? Qu’elles sont très attentives à la voix et qu’elles reconnaissent la main qui les trait.

« Très gourmandes, elles recherchent toujours le meilleur; elles courent partout, alors même qu’elles ont très faim, pour chercher quelque chose qui leur semblerait encore meilleur. Elles aiment les jeunes pousses, les glands, les châtaignes et cherchent toujours à grimper. A l’automne, elles mangent les écorces; elles vous pèlent un arbre du bas jusqu’en haut en moins de deux ! Elles mangent des plantes toxiques, mais en petite quantité, même de la grande ciguë ou de la renoncule… Ça doit être difficile d’empoisonner une chèvre. Quand elles sont malades, elles connaissent et sélectionnent des plantes dont elles ont besoin, en variant les quantités selon leur état; elles savent choisir les plantes médicinales; quand elles mangent de la bruyère, ou du serpolet, c’est un besoin. Une chèvre, c’est dévastateur… On croirait parfois qu’on a mis le feu aux buissons, ça nettoie tout, les fleurs, les genêts, les feuilles de cerisier, les noisetiers…

« Elles sautent très haut, incroyablement haut quand elles veulent attraper quelque chose, et elles sont terriblement curieuses. Si elles vivent longtemps ? Oui, très longtemps, quinze, seize ans. »

En écoutant cette jeune femme, j’avais sincèrement le sentiment qu’il n’était pas absurde d’opérer un rapprochement entre le caractère du Capricorne et celui de l’animal…

« Capricieuse »… Si le caprice est bien une volonté subite et irréfléchie, une « fantaisie d’imagination », un goût soudain et passager, le Capricorne, en effet, sous ses dehors impassibles, peut avoir de tels comportements. Je dois bien admettre que le Capricorne est têtu et n’en fait qu’à sa tête, qu’il a parfois des idées fantasques. Individualiste ? Impénitent. Doté d’un fort esprit de contradiction ? Assurément. Affectueuses et maternelles, agressives quand elles sont seules, méchantes quand on leur prend leur bien, ce n’est pas exclu. Raciste ? En tant que conservateur né, ayant du mal à accepter la différence de l’autre… peut-être bien. Érotiques, insatiables? Sans commentaire. Intelligentes, gourmandes, oui… Jalouses ? Sans aucun doute. Animal à habitudes ? Hélas! Ayant besoin de présence humaine : qui le nierait ? Elle fait face, la chèvre, comme celle de Monsieur Seguin, mais elle peut aussi fuir, s’écarter, refuser l’affrontement. Le Capricorne aussi. Sensible à la voix, à la main qui la caresse… Je laisse aux Capricorne le soin d’en décider, par pudeur ! Dévastatrice, curieuse, ne pouvant réfréner son appétit. Avide. Comme une vraie Saturnienne !

A vrai dire, le symbole ne me paraît pas mal choisi du tout…

La Mythologie du Signe

Pour comprendre le Capricorne, il est essentiel de comprendre la nature de Saturne. Pour comprendre Saturne, il faut remonter au Déluge. Tout au moins aux Titans.

L’histoire de la mythologie grecque commence avec les divinités les plus anciennes : Uranus et Gaïa, le ciel et la terre. Nous sommes aux origines de la création. Uranus était à la fois le fils et le mari de Gaïa, ce qui fait d’elle une déesse-mère de l’époque matriarcale. Les plus célèbres de leurs enfants furent les Titans, au nombre de douze. Comme les douze signes du Zodiaque, les douze tribus d’Israël, les douze apôtres… On sait que ce nombre, dans la symbolique, est universel.

Parmi ces enfants, citons les trois Cyclopes, les trois Hécatonchires… Trois par trois, là encore, comme les triplicités élémentaires du Zodiaque.

A la tête de la dynastie des Titans, on trouve Cronos et Rhéa, puis Oceanus et Téthys, la nourrice, Coeus et Phoebe, lumières de la fin du jour; Creus, une puissance de la mer, Iapetus, celui qui serait à l’origine de l’humanité et dont, pourtant, on ne fait guère de cas. On parle davantage de Thémys qui apporte la justice et la loi, et, enfin, de Mnémosyne, la mémoire.

Uranus n’aimait ni les Cyclopes ni les Hécatonchires. Dès qu’ils virent le jour, il les renvoya dans les ténèbres! Autrement dit, il les précipita dans le Tartare, lieu de destination des méchants, des pécheurs ou de ceux qui avaient offensé les dieux. A dire vrai, Uranus avait des excuses. Ces monstres dotés d’un œil unique et ces géants aux cent mains ne lui apparaissaient sans doute pas comme des fils dont il eût pu être fier. Pourtant, la mère, elle, dans ces cas-là, n’est jamais du même avis. Et Gaïa devait se révolter contre les mauvais traitements infligés par ce père indigne à ses enfants les plus mal venus. Elle dressa donc ses fils Titans contre Uranus. Tous, à l’exception d’Oceanus, se joignirent à la conspiration.

C’est alors que Cronos, le plus jeune des Titans, guetta son père et le châtra avec une faucille de fer que lui avait fournie Gaïa. Cette castration du père par le fils, cette rivalité et ce meurtre symbolique du père prennent tout leur sens à la lumière de la psychanalyse. Plus tard, c’est Cronos, devenu père à son tour, qui cherchera à se débarrasser de son fils rival. Ce thème de la castration et de la rivalité, on le voit, apparaît avec une force exceptionnelle à travers le mythe saturnien.

Des gouttes de sang qui tombèrent sur terre de la blessure d’Uranus naquirent les Furies, les Erinyes (Alecto, celle qui ne se repose jamais; Mégare, la jalouse; Tisiphone, la vengeresse). Voila les créatures redoutables, avec leurs serpents enroulés autour du corps, engendrées par l’acte criminel du fils! Puis naquirent les géants, qui avaient pour pieds des serpents et n’étaient qu’à demi humains. On dit aussi que de la semence perdue d’Uranus tombée dans la mer naquit Aphrodite, née de l’écume.

Les Titans libérèrent leurs frères emprisonnés dans le Tartare et détrônèrent Uranus. Cronos, l’habile, accéda alors à la position suprême. Il n’en fallut pas plus, une fois en possession du pouvoir, pour que Cronos renvoie aux Enfers ses frères disgracieux, les malchanceux Cyclopes et Hécatonchires.

Gaïa, entre-temps, continuait à faire des enfants avec ses fils innombrables. De Pontus, elle avait eu les dieux marins Nerus, Thaumas et Phorcys, les déesses de la mer Céto et Eurybia. Elle fut aussi la mère de trois géants et, par son fils Tartare, de Typhon, dont on se souviendra qu’il avait, en tant que sbire de Cronos, effrayé la chèvre Amalthée.

Mais Cronos demeurait le roi du monde. On en fait parfois le dieu du temps, par un abus étymologique, mais Chronos n’était pas Cronos, bien que cette confusion se justifie précisément, on le verra plus loin, par l’importance, dans le symbolisme saturnien, de la durée et du temps.

Cronos eut de sa sœur et épouse Rhéa, Zeus et Héra, qui prendront plus tard leur place. Il engendra aussi Poséidon, Hadès, Déméter et Hestia, tous dieux de l’Olympe.

De ce passage des divinités de la Terre aux divinités de l’Olympe, on verra qu’il y a, historiquement, quelques interprétations intéressantes à proposer.

Selon une prophétie faite à ses parents, Cronos devait être détrôné par un fils plus grand que lui. Pour prévenir la chose, Cronos prit l’habitude d’avaler ses enfants dès leur naissance. Rhéa supporta cela aussi longtemps qu’elle le put, mais comme Gaïa, elle perdit patience, surtout après qu’il eut avalé cinq de ses enfants. Avant de donner naissance au sixième, elle se rendit à Lyctos, en Crète, où elle accoucha de Zeus. Pour tromper Cronos, elle lui présenta, en guise de nouveau-né, une pierre enveloppée de langes. Nul ne saurait dire si Cronos engloutit la pierre par excès de confiance et de crédulité, ou par habitude. Mais Zeus était sauvé. Et par son avènement, toute une civilisation allait changer.

Des années plus tard, lorsque Zeus eut atteint l’âge adulte, il donna à Cronos une potion qui lui fit vomir non seulement la pierre mais aussi les frères et sœurs nés avant Zeus.

Zeus et ses frères occupèrent alors le mont Olympe, en Thessalie, tandis que Cronos et les Titans s’installaient de leur côté sur le mont Othrys, jusqu’à ce qu’il fût vaincu par la foudre et les éclairs de Zeus.

Il existe plusieurs versions de la défaite de Cronos et de ce qui s’ensuivit. Pour certains, il fut à son tour précipité dans le Tartare. D’autres auteurs réconcilient le père et le fils, laissant à Cronos le loisir de continuer à régner, avec Rhadamante, fils d’Europe, dans les îles Bienheureuses.

Un autre récit nous conte que Cronos, exilé, atteignit enfin l’Italie et qu’il y fut accueilli amicalement par le roi du pays, Janus. Il y reçut le nom de Saturne.

En tant que Saturne, Cronos fut l’un des grands dieux des Romains. D’ailleurs, pour les Grecs eux-mêmes, Cronos avait bien fui son fils triomphant et s’était installé dans un pays de l’ouest qu’il est aisé de reconnaître comme l’Italie des Romains. Cette version ne manque pas d’évoquer un événement historique, comme nous le verrons.

Saturne enseigna au peuple l’art et l’agriculture. Il fut respecté comme un roi. On associe son règne à l’Age d’or et son pays à une terre d’abondance.

Les saturnales étaient célébrées entre le 17 et le 23 décembre. Autrement dit, à l’apparition du solstice d’hiver, au moment de l’entrée du Soleil dans le signe du Capricorne. Aujourd’hui le Soleil pénètre dans cette portion du Zodiaque entre le 21 et le 23 décembre et ne fête-t-on pas Noël, qui n’est autre chose que la célébration du vieux culte saturnien de l’hiver, le 24 décembre ? Chacun sait d’ailleurs que Jésus n’est pas né en décembre mais sans doute pendant le mois de Tsiri, quelques années avant sa naissance « officielle ».

Le père Noël et Saturne se ressemblent comme des frères. Les saturnales se déroulaient dans un climat de joie, avec de grandes festivités; on échangeait des présents, on illuminait tout avec des chandelles… Il ne manquait que le sapin!

Pendant ces fêtes, les tribunaux cessaient de fonctionner. Ceux qui violaient la loi n’étaient pas punis; les esclaves prenaient la place de leurs maîtres et ceux-ci les servaient.. Aucun acte de guerre ne pouvait être commis pendant sept jours sans passer pour une insulte aux dieux.

CronosSaturne était représenté sous l’apparence d’un vieillard dont la tête était couverte d’une écharpe. Dans sa main, une faucille, traditionnelle représentation du temps mais peut-être aussi rappel de l’outil qui servit à castrer Uranus, ou, simplement, instrument aratoire.

Rhéa, la femme de Cronos, est une déesse de la fertilité et des fruits. Elle était identifiée à Cybèle, la plus grande des Déesses-mères, la principale déesse des Lydiens et des Phrygiens. Nous verrons plus loin que la Lune Noire représente, entre autres symboles, l’une de ces Déesses-Terre. Elle a des affinités profondes avec Saturne – en tant qu’épouse – et avec le Capricorne, puisque Saturne le gouverne.

« Le récit de ces légendes grossières, écrit W.K.C. Guthriel, aura du moins été utile s’il a servi à nous faire comprendre que nous sommes là dans un climat religieux bien différent de celui du panthéon homérique. »

Zeus détrônant Cronos, c’est une religion du ciel détrônant une religion de la terre. Guthrie précise : « La religion de la terre se traduisait par le culte de la fertilité et par des pratiques magiques qui devaient amener cette fertilité; la religion du ciel, c’était le culte d’un dieu suprême, maître des éléments, qui pouvait lancer les éclairs et la foudre sur ceux qui le mécontentaient. » maître des éléments, qui pouvait lancer les éclairs et la foudre sur ceux qui le mécontentaient. »

Historiquement, cela correspondait à une invasion. Les envahisseurs appartenaient à un peuple nomade, maniant l’épée plutôt que la charrue. Guthrie ajoute : « Les Titans étaient dits fils de Gaïa, c’est-à-dire de la Terre, et cela peut expliquer qu’on en fait les premiers dieux du pays, dieux qui furent supplantés par Zeus. Les rares vestiges du vrai culte de Cronos, père de Zeus, confirment cette théorie en laissant supposer que Cronos fut honoré comme dieu des récoltes.« 

  1. Kern, dans Die Religion der Griechen, affirme l’idée d’un conflit historique et non purement mythique.

On sait que des fragments de l’épopée de Koumarbi ont été découverts dans la bibliothèque hittite retrouvée à Bogaz-Kay. D’origine hurrite et babylonienne, cette épopée présente de nombreux points communs avec l’histoire que nous avons héritée d’Hésiode et qui retrace le conflit entre Zeus et Cronos. Entre autres détails intéressants, ces récits relatent la mutilation de Koumarbi et la substitution d’une pierre à l’enfant.

Je crois, pour ma part, que les mythes traduisent toujours une évolution historico-religieuse, le passage d’une religion à une autre sous l’influence d’un nouvel envahisseur, un fait historique ou géologique, l’évolution d’un type de civilisation vers un autre. Nombreux, par exemple, sont les mythes qui illustrent le passage d’une civilisation matriarcale au patriarcat.

L’astrologie va d’ailleurs confirmer cette actualisation du mythe en faisant de Saturne le maître d’un signe appartenant à l’élément Terre, alors que Jupiter est maître d’un signe de Feu.

Mais au-delà du contenu historique, il importe de se pencher sur le contenu symbolique de toutes ces valeurs, de tous ces mythes, féconds eux aussi, comme la terre.

Le signe du Capricorne est un signe de Terre. Saturne, dieu de la terre, en est le maître.

Pour parler de la Terre, il n’est pas possible de résister à la tentation d’évoquer et de citer Gaston Bachelard, qui a su trouver, pour parler de la Terre et des rêveries de la volonté’ les accents les plus justes.

Tout natif d’un signe de Terre ne peut renier en lui cette appartenance. Il sait qu’il lui doit une lenteur, une pesanteur, qui parfois lui donnent le sentiment qu’il ne pourra jamais s’en voler, comme les natifs des signes d’Air (Gémeaux, Balance, Verseau), ni se consumer de passion comme les signes de Feu (Bélier, Lion, Sagittaire), ni entrer dans les subtilités mouvantes de l’Eau (Cancer, Scorpion, Poissons). Ils sont là, ces terriens (Taureau, Vierge, Capricorne), solides et stables comme l’éternité, prisonniers des rites et des jours, toujours frustrés par une attente, toujours soutenus par un espoir, voulant à tout prix construire pour que durent les choses, inscrire leur trace quelque part dans le monde, accomplir une tâche, un devoir, assumer leur rôle nourricier. Qu’il s’agisse du blé que la Vierge engrange pour les autres, de la vigne qu’elle presse, c’est aux autres qu’elle pense, sachant qu’après cette abondance offerte, cette sécurité assurée, elle devra affronter à nouveau la stérilité, le dépouillement, l’attente, la recherche éperdue de Koré, sa fille prisonnière des Enfers… tandis qu’autour d’elle, pauvre Déméter affolée, meurt la végétation.

Le Taureau, lui, plénitude printanière, lyrisme charnel de la terre, sensualité des odeurs, gourmandise d’une matière épanouie, caresse chaude des parfums, éclatement du désir, du fond de son oralité avide, ne peut renoncer à rien. Il veut tout, et que la fête s’éternise. Alors l’angoisse de mort n’est pas loin pour celui qui symbolise la puissance de l’Eros : Thanatos, en face, au Scorpion, rappelle à chaque instant qu’après la grande ivresse bachique, après les folies du dieu Pan, après les débauches et la jouissance, c’est encore Hadès-Pluton qui gagnera.

La terre du Capricorne, elle, est hivernale : celle de Saturne. Ni début d’automne, ni fin du printemps, mais cœur de l’hiver. L’attente de la Vierge n’était pas de même nature. L’espoir du Capricorne, sa foi, du fond de son dépouillement, sont peut-être plus tenaces. Petite graine protégée par la neige, elle a la certitude de son éclosion. La Vierge doit attendre un réensemencement, tout un long cycle de végétation, avant de réaliser ces nouvelles promesses. La terre du Capricorne a froid mais elle ne doute pas du printemps à venir. Demain. Bientôt. Même si l’attente est longue, frustrante, glacée surtout, terriblement glacée et solitaire.

Les trois signes de Terre ont en commun quelque chose qui est de l’ordre d’un rythme, d’une pulsation, d’un accord profond avec des forces telluriques qu’ils portent en eux. En eux, tout se transforme, évolue avec lenteur mais ne cesse de changer, même s’ils offrent toutes les apparences d’une permanence sans rides.

« Volonté. Rêveries de la volonté« , disait Bachelard. Oui, il faut bien distinguer la volonté de la terre, qui est patience, avec la volonté du feu, qui est projection dynamique dans l’action, projet, entreprise, lutte ouverte. La volonté de la terre est une volonté féminine, celle-là même qui assure la continuité de la vie. La volonté du feu, masculine, est colère, violence, agressivité.

La terre est conservatrice et le feu peut être civilisateur, parce qu’il introduit le changement et le risque. La terre ne se révolte pas contre la répétition, contre le recommencement des jours et des nuits. Elle aime le rythme de la vie, de la nature. De tous les éléments, c’est la terre qui est le plus proche de la « mère nature« .

La terre est bien d’essence maternelle, et maternelle encore, et maternante, qui met au monde, nourrit, reprend ses enfants, les digère et les absorbe à nouveau. La terre est toujours, dans son essence, écho en nous de la grande déesse, fertilité et mort, amour et carnage, donneuse de vie et conservatrice de morts, grand serpent digérant passivement ses enfants, bien au chaud dans ses entrailles, toujours à accoucher, à faire naître, à dévorer, toujours, simultanément, déesse de vie et déesse de mort. Kali. J’en reparlerai à propos de la Lune Noire, encore une fois, mais je ne puis dissocier ces visions de la symbolique terrienne de celles de la déesse des montagnes, des fauves, des animaux, Déesse-Mère, Déesse-Terre.

Un Terrien. Qu’est-ce que le mot évoque ? Tout de suite, un habitant de la Terre. Par opposition à la galaxie, aux autres univers qui nous entourent. C’est la première idée qui surgit. Un habitant. Quelqu’un qui est posé là, qui vit là, qui s’est fait là son trou, son monde, ses habitudes. Habitant, habitude : même racine. Racines… Là aussi, on réagit au mot. La terre, c’est toute la force de l’enracinement. L’enracinement, c’est à la fois la sécurité, la stabilité, un bon ancrage dans le réel. Quelque chose qui vous retient. Peut-être aussi qui vous emprisonne, comme les serpents-racines des arbres. Un rêve à rebours se perdant et se dissolvant dans la semence, en attente d’une vie à venir.

Terrien. J’imagine un homme avec des pieds. Bien posés, solidement, sur le sol. Presque planté comme un arbre. Image rassurante. J’allais écrire : racinante. Le mot me plaît. On n’échappe pas à l’emprise des mots Terre, tellurique (le dictionnaire dit : influence du sol d’une contrée sur les habitants). On pense mariage entre le sol et l’habitant. Tellurique. Quelle force dans ces lettres assemblées! Keyserling l’utilisait superbement lorsqu’il déplorait « cette grande carence de femmes telluriques » dans notre monde. D’un seul coup, terre, tellurique, font surgir une image de grande force calme, paisible, mais capable de soulever des montagnes, de faire surgir des océans, de modeler, de sculpter des formes.

Terre, glaise qui colle aux doigts. Matière, d’abord matière. Compacte, prosaïque, concrète. La terre, on peut la toucher; le plancher des vaches. Elle ne se dérobe pas. Enfant, je n’arrivais pas à comprendre ce que signifiait les mots « abstrait« , « abstraction« . Je n’ai toujours pas compris. Je ne m’abstrais pas. Je suis trop « dedans« . L’abstraction m’angoisse, comme le nombre. Comme l’algèbre. Triomphante, j’avais en revanche tout de suite compris le mot « concret« . J’avais dit, toute gonflée de certitude : le concret, c’est une pomme de terre! Ça m’est resté. Longtemps, pour ma famille, je suis restée, à leur grand dam, une « pomme de terre« . Moi, j’aimais bien. J’aime bien les pommes de terre qui ont sauvé les hommes de la famine. Se faire traiter de nourriture universelle, c’est plutôt flatteur. Je veux bien être nourrissante…

Rêvons avec le dictionnaire. Au mot Terre, on lit : planète habitée par l’homme. Ma première intuition était donc bonne.

La rotation de la Terre. J’avais oublié qu’elle tournait. Terre mensongère qui fait semblant d’être immobile, car par les sens on la perçoit comme telle, et qui tourne comme une folle à la fois sur elle-même et autour du Soleil, comme une coquette qui ferait la belle devant son galant.

Biens terrestres. Voilà la possession. Elle apparaît très vite. Terre exclusive, jalouse et possessive. Elle ne peut pas faire autrement. Elle prend en elle, comme la femme. C’est la femme qui prend l’homme, qui l’absorbe et c’est bien cela qui fait peur au mâle. Peur d’être dévoré, de retourner à l’intérieur du giron maternel, de s’y perdre, d’y être englouti.

Se détacher de la terre. On peut couper le cordon ombilical.

Se coucher sur terre. On peut aussi la posséder, vouloir la pénétrer, dormir sur elle, contre elle. Terre-Femme-Mère, indissociables.

Partie solide de la surface terrestre par opposition à la mer. Par opposition à l’eau trouble, fuyante, inquiétante, séduisante, hystérique, qui fascine toujours en se dérobant, en se refusant, en surprenant. La terre, elle, est sans surprise. C’est sa faiblesse si elle veut séduire. Ses surprises sont à attendre ailleurs, ailleurs qu’à la surface, tout au fond de ses entrailles. C’est Moriquand qui disait à propos de la femme du Capricorne : « C’est Héra, la grande prêtresse, dont seul le grand prêtre connaît le feu secret.« 

Toute la Terre a frémi d’horreur. Participation, solidarité, transmission de cellule à cellule, de plante à plante, d’homme à homme, des grandes peurs, des grandes horreurs dont elle a été le théâtre depuis des millénaires et des millénaires. Terre vieille, terre sans âge, porteuse de toutes les expériences du monde, de toutes les mutations secrètes. Sans mystère, la Terre? Allons donc! Mais elle garde jalousement ses secrets. Il faut les lui arracher un à un. Les hommes, comme des termites insatiables, s’y emploient.

Étendue de pays considérable. Espace, terre-espace; accueillante. Jolie Terre bleue vue de la Lune. Nous l’avons tous aimée lorsque nous l’avons regardée avec les yeux des premiers cosmonautes. Pour l’aimer, faut-il toujours la voir de loin, comme une femme que l’homme ne désire que si elle est inaccessible?

Acheter une terre. Le paysan aime sa terre. N’est-elle aimée que de celui qui la possède? Il l’aime parce qu’il la connaît, qu’elle le rassure et le nourrit, qu’elle le fait vivre, qu’il y a ses habitudes. Elle a, à ses yeux, de la beauté, parce qu’elle est à lui. Possédée et familière.

Porter en terre. Au chaud dans ce ventre maternel. Etre enterré. On pourrait presque dire être « enmaterné« .

Mais terre à terre, voilà qui est bien au ras du sol, sans vision grandiose, sans envolée noble, sans hauteur. Il faut, évidemment, tenter de décoller du sol.

La terre ferme, pour le navigateur, est rassurante. Port d’attache, espoir enfin comblé; sécurité.

Être sur terre. Cela suffit à nous faire exister. J’en éprouve, d’un seul coup, de la joie. Et si l’on remue ciel et terre, il se peut qu’il en résulte quelque chose. Tant d’efforts véritablement titanesques! Nous voilà revenus à nos dieux Titans. Ils remuaient peut-être plus la terre que le ciel; ça n’a pas suffi.

Terre cuite. Quand on la fait cuire, elle devient encore nourricière. Elle permet de conserver, de déposer, de présenter la nourriture; de manger; elle devient belle si l’artiste la transforme.

Terre promise, éternelle promesse de paradis impossibles, de havres et de refuges, de lait et de miel. Toujours promise, jamais acquise.

Terre Sainte, sacrée, sainte terre, bénie, bénite, réceptacle de Dieu. Terre qui fait verser le sang quand elle est sainte. Dieu qui fait verser le sang.

En caractères gras, d’un seul coup, le dictionnaire devient moralisateur. Un proverbe. Je ne le connaissais pas : « Qui terre a, guerre a. » J’en viens, de la guerre sainte… Il est vrai que la possession entraîne la convoitise de celui qui n’a rien. Mais chacun veut avoir. Qui veut être? Avec la terre, on est dans l’avoir. Ne pas s’en vanter.

Et puis nous entrons dans « la troisième des planètes dans l’ordre des distances croissantes au Soleil. 6 371 000 mètres de rayon. Petite bille, petite bulle dans la galaxie. Énorme boule pour la fourmi.

J’aime ce qu’on nous dit de sa constitution interne : « noyau central en état de fusion et dont la couche superficielle est seule solidifiée mais encore soumise à des contractions qui produisent le soulèvement des montagnes et même des fractures à travers lesquelles réapparaît la masse en ignition (volcan)« . Image de parturiente en perpétuel travail. Gestation, accouchement, douleur; feu caché, secret, emprisonné et qui parfois soulève des montagnes, comme la foi. Foi aveugle, foi du charbonnier, de celle qui ne peut s’empêcher d’engendrer encore et toujours, que la vie pousse en elle, malgré elle, bouscule, lui arrachant de grands pans de tripes, de grands cris de violence, comme la colère, la protestation d’un volcan. Le volcan prévient. Il gronde s’il est de bonne composition. Ou il surprend comme une grande explosion qu’on n’a pas entendu venir parce que nul n’a été attentif. Ainsi sommes-nous, créatures de terre.

Pourtant, elle est « entourée d’une atmosphère qui rend possible la vie organisée, et de mers d’une superficie trois fois supérieure à celle des terres« … Sans l’air extérieur, sans le feu intérieur, sans l’eau partout répandue, pas de vie organisée possible. Le monde est bien fait. Tous les éléments sont nécessaires à la vie – et l’astrologie, c’est-à-dire l’imagination des hommes – a su très tôt codifier cette harmonie dans sa sagesse intemporelle.

Le Symbolisme saturnien

Cette rêverie sur la terre m’a entraînée loin du Capricorne. Apparemment, du moins, car tous ces mots pétrissent la symbolique du signe. Et Saturne, son maître 1, lui ajoutera une dimension psychologique plus subtile, de complexes nuances.

Saturne. Croix prolongée par la faucille. Croix de rigueur, queue de sirène. Mélange de trait dur et de trait souple. On retrouve dans la représentation de la planète un graphisme de même nature que celui du Capricorne.

Nous avons rencontré SaturneCronos dans sa forme mythologique. Nous allons maintenant tenter de décrypter le mythe, de voir, sans craindre jamais la démarche anthropomorphique et syncrétique propre à l’astrologie, en quoi Saturne fait partie de notre patrimoine inconscient.

Nous avons vu ce personnage, jeune Titan qui deviendra roi puissant, se livrer à bon nombre d’actions que la morale jugerait répréhensibles. Tout d’abord, à l’instigation de sa mère, il castre son père (mais Uranus n’est pas lui-même un père exemplaire) et le détrône. Il prend sa place, parce qu’il est le plus astucieux et qu’il prend le plus de risques. Cela se faisait jadis dans les meilleures familles royales et l’histoire est pleine du sang des rois versés par leurs frères ou leurs fils impatients.

Puis il dévore ses enfants. Sous prétexte de ne pas être détrôné à son tour.

Cronos est le plus jeune des Titans et c’est pourtant à lui qu’on va donner le pouvoir. Sans doute parce qu’il se situe à l’articulation de deux civilisations. C’est lui qui a le courage « d’attendre son père, de le guetter, et de le castrer« , qui obéit le plus aveuglément à sa mère, gardienne de la civilisation ancienne; lui qui entre le plus dans le désir de vengeance de Gaia.

Rien, pourtant, ne nous dit qu’initialement il voulait le pouvoir pour lui. Il obéit à sa mère et l’aide à réaliser son dessein. Il ne tue pas son père, mais se contente de le castrer, afin qu’il n’engendre plus. Pas plus d’ailleurs qu’il ne tuera ses enfants, puisque ceux-ci survivront après l’intervention de JupiterZeus. Il les « immobilise » en lui.

Certes, il ne refuse pas le pouvoir qu’on lui confie. Il se sent capable de l’assumer. Il se sent astucieux, ingénieux, doué. Ce n’est pas de la présomption. Mais il est néanmoins certain qu’il prend goût au pouvoir, au gouvernement du monde, puisqu’il ne supporte pas l’idée d’être détrôné à son tour « par un fils plus grand que lui« . Orgueilleux Saturne, humilié à l’idée d’être dépassé par son fils.

Pourtant, je crois qu’il faut ici mettre en avant que, par cette « dévoration » symbolique, Saturne introjecte, s’approprie la durée d’existence de ses enfants. Il veut abréger le règne de son père, réduire à néant celui de son fils, lui dérober un temps de vie aussi long que possible, n’hésitant pas à vivre à sa place. Le moment venu, il faudra bien qu’il se résigne à l’exil ou à la mort, mais tant qu’il peut dévorer, prendre, absorber, il le fait. Coupable, sans doute, mais incapable de surmonter la hantise qui l’habite. Cronos n’est pas cannibale. Mais il refuse qu’on lui survive. Là se trouve son avidité première.

De quoi Saturne va-t-il devenir porteur dans l’imagerie astrologique?

Tout d’abord, de la frustration. Saturne, c’est d’abord et avant tout la marque de la frustration, du manque, de l’abandon. La solitude aussi. Tout cela étant mal supporté. Si un trait de caractère permet, en apparence, de maîtriser le manque, ce ne peut être que l’orgueil, qui tente de se faire croire à soi-même que la solitude est aimée. Non pas mensonge, mais illusion passagère, car la lucidité n’est pas loin. Il y a presque toujours échec dans cette douloureuse tentative pour transcender la solitude. Le Saturnien n’y parvient qu’en se précipitant dans une activité incessante pour masquer le vide insupportable.

Saturne déteste la sublimation. Il y voit un piège, un leurre, un pis-aller. Pis, un gaspillage. Il ne peut sublimer que sous la contrainte. Il n’a pas le moindre désir de transcendance. La quintessence le mobilise, non la transcendance. Vers cette dernière, Pluton va tout droit, Saturne ne la rejoint qu’à reculons.

Saturne est fier. Il ne veut pas perdre sa belle image de marque. Il ne veut pas être détrôné. C’est, curieusement pourtant, dans l’exil qu’il devient un bon roi. Lorsqu’il est enfin forcé au renoncement. L’astrologie ne connaît pas Cronos, mais Saturne. Les dieux romains, non les grecs. Et Saturne est, au bout du compte, un roi avisé, sage, réfléchi, bon gestionnaire des biens du peuple et de la terre fertile. Pendant la célébration de son culte, pendant les saturnales, les esclaves prennent la place des maîtres; ainsi les exilés deviennent rois.

Ce schéma me paraît très important pour comprendre toute la symbolique de Saturne, du Capricorne, et de la Terre elle-même.

C’est le manque, d’abord refusé, qui devient moteur. Saturne, c’est, j’en suis convaincue, la peur d’avoir peur, bien plus forte que la peur du mal. L’appréhension. Le côté phobique. La peur de n’être pas à la hauteur de l’aventure à vivre, du déchirement à supporter, de l’abandon inévitable, des sevrages successifs, de la douleur et de la frustration.

Saturne est associé au Surmoi, et ainsi il est, dans l’être, sa propre conscience morale forgée par les parents, héritée, renforcée par sa propre exigence. Sa conviction, c’est bien qu’il faut surmonter tout ce qui lui est imposé. Mais il a peur de ce qu’il ressent en lui comme lâcheté, parce qu’il a – et à l’avance —, une conscience aiguë de la souffrance.

Devant la peur, devant la frustration, que fait-il ?

Je lui connais, jusqu’à présent, trois types de comportement possibles. Nous les retrouverons, approfondis, lorsque nous parlerons du Capricorne.

Il peut pratiquer la « politique de Job ». Celle qu’on pourrait sans risque appeler la politique du pire. Job, riche et puissant, s’installe sur son tas de fumier. Nul doute qu’il y pousse un soupir de soulagement. Le voilà enfin délivré de la peur. Installé dans le manque, le dépouillement, le renoncement absolu, il n’a, enfin, plus rien à perdre. On verra plus loin comment le Capricorne peut adapter ce comportement à sa vie affective, matérielle, physique, etc.

C’est celui qui, ne supportant plus l’angoisse de vivre avec une épée de Damoclès se balançant au-dessus de sa tête, préfère couper la corde qui la retient plutôt que d’attendre qu’elle tombe.

Autre comportement possible – plus recherché par les hommes : la conquête du pouvoir. Ce que les manuels d’astrologie traditionnels appellent l’ambition du Capricorne, sans chercher à savoir si l’on prend l’effet pour la cause ou la cause pour l’effet. Etre ambitieux, c’est « rechercher ardemment« . Recherche passionnée, brûlante, pour fuir son propre statisme. S’obstiner à avancer dans une direction dès qu’on est parvenu à en déterminer une, parce que s’arrêter c’est mourir. Car le Saturnien, c’est cela et encore cela : le refus de mourir qui peut, dans le premier comportement, faire préférer la mort à cette peur incessante. Le Capricorne ambitieux, lui, avance. Il marcherait jusqu’à épuisement. La phrase célèbre de Guillaume d’Orange, ce Saturnien pur : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », me paraît être un remarquable concentré d’esprit saturnien. Le pouvoir peut donc devenir un but en soi. Parce que la cible est haute, lointaine et qu’il faudra marcher longtemps pour l’atteindre. Il est curieux de voir que ceux qui deviennent présidents de la République, ou accèdent à un pouvoir temporel, bénéficient très souvent d’un transit (ou passage) de la planète Saturne, au Milieu-du-Ciel (secteur analogique du Capricorne) dans leur thème de naissance. Curieux aussi de voir combien d’hommes d’État, d’hommes politiques, appartiennent au signe du Capricorne ou sont fortement marqués par Saturne : de Staline à Mao Tsé-Tung, de Nixon à Nasser, Sadate, d’Adenauer à Pinay, Mollet, Mendès France, Herzog, Missoffe, et tant d’autres, pour ne parler que de ceux que nous connaissons le mieux.

Le pouvoir – royauté de SaturneCronos —, détenir le pouvoir, c’est aussi avoir les moyens d’empêcher les autres de vous arracher ce à quoi vous tenez le plus, ce à quoi vous ne voulez pas renoncer. Le contraire, exactement, de la « politique de Job« . L’autre face du même manque.

Le pouvoir permet aussi l’exploitation de vertus typiquement saturniennes. Puisqu’il n’y a pas de revers sans avers. Sens de la responsabilité, goût de la puissance, efficacité dans l’action, fantastique capacité de travail, conscience de ses actes, de leurs conséquences, désir d’imposer aux autres son sens de la vertu, son éthique moralisante, tentation de plier les autres à sa volonté avec diplomatie. Derrière tout cela, un fantasme majeur : être indispensable; que les autres, surtout, ne puissent pas se passer de lui. C’est derrière cette peur du rejet, encore une fois, que se cache le besoin de pouvoir chez le Capricornien. Ce qui peut même l’amener à faire de grandes choses.

Ajoutons-y cet orgueil profond – bien caché —, qui lui donne la certitude de sa compétence. Il vérifie tout, ne sait pas déléguer. Au fond de lui-même, il est convaincu qu’il fait les choses mieux que les autres parce qu’il connaît aussi la puissance de sa motivation secrète.

Saturne a le temps puisqu’il a l’éternité devant lui. Les Saturniens commencent souvent leur carrière à un âge avancé. Ils ont raison : s’ils réussissent trop tôt, c’est la chute.

Saturne et le temps. Il ne se hâte pas. Il réfléchit, planifie. Il a l’esprit d’escalier. Réagit à retardement.

On verra chez le Capricorne cette étonnante constante qui marque sa relation au temps, à la lenteur psychique.

Le Saturnien, enfin, s’il ne choisit ni la politique du pire ni la politique tout court, peut enfin opter pour la troisième voie. Celle qui sera la plus efficace, la plus gratifiante, la plus proche de l’aspect « sage » de sa nature. C’est la voie altruiste. Celle du « bon roi Saturne » de l’Age d’or mobilisant son énergie pour les autres et non plus pour lui-même, et qui, seule, va le libérer de son angoisse du manque. S’il donne, il n’a plus à craindre qu’on lui prenne. Comme Job qui abandonne tout, renonce à tout, mais sans la dimension masochiste et négative de ce comportement extrême, suicidaire. Il agit cette fois pour les autres et, dans ce choix, il gagne beaucoup : amour, reconnaissance, gratitude, bonne conscience surtout, acceptation de lui par l’autre, oubli de soi – donc aussi de ses fantômes persécuteurs. Il y retrouve le sentiment d’être utile – toujours ce besoin d’être indispensable —, et une image de soi purifiée, pardonnée, régénérée, délivrée enfin de la culpabilité saturnienne.

La légende ne dit pas si Saturne se sent coupable d’avoir castré son père et d’avoir dévoré ses enfants. Il nous est permis de le supposer quand on sait que les Erinyes – déesses du remords – sont nées de la semence et du sang d’Uranus castré par Saturne. Ces furies ne sont-elles pas persécutrices des âmes en souffrance, persécutrice d’Oreste, le matricide?

La Tradition astrologique accorde très largement à Saturne le droit à la culpabilité, parce qu’il n’échappe pas, en tout cas, à la conscience, à la responsabilité de ses actes, à la réflexion et à la lucidité. Saturne n’est jamais associé à l’impulsivité, ni à l’acte gratuit. Il n’a pas même cette issue. Avant un acte qu’il sait lui-même douteux, il tentera parfois de se donner bonne conscience, de justifier cet acte au nom d’une « raison supérieure » (celle de l’État). Mais les Erynnies ne tardent jamais à venir le tourmenter. C’est Pluton qui expie, permet l’expiation. Non Saturne. A Saturne il reste la mémoire, l’enfermement, l’exil, le silence, la solitude et la tristesse. Il lui reste la « mélancholie« , la bile noire. Et quand il ne supporte plus tout cela, il lui reste l’ascèse, le renoncement. Et, tout au bout, au-delà de l’amer renoncement, l’acceptation, le dépassement, la sagesse enfin. La sérénité.

Le Capricorne dans la Vie

Au Milieu-du-Ciel

De par sa position, le Capricorne offre une analogie avec la Maison X dans le thème de naissance, celle qui est déterminée par ce qu’on appelle le Milieu-du-Ciel, l’un des grands axes du thème avec l’Ascendant. L’Ascendant, analogue du Bélier, représente le point où le Soleil se lève sur l’horizon, le commencement, alors que le Milieu-du-Ciel représente le zénith, le point où le Soleil est au plus haut dans le ciel, le plus « élevé ». L’un se lève, l’autre est élevé; on voit d’emblée se dessiner la symbolique qui fait du BélierAscendant le premier élan, le pro-jet, et du CapricorneMilieu-du-Ciel, la réalisation, la concrétisation, l’ambition atteinte. Au Bélier, il y a un avenir, une attente; au Capricorne, il y a une durée, une inscription dans le temps qui va du passé au présent et de là à l’avenir.

On voit donc la force du Capricorne associée aussitôt au « sommet de la montagne » et au « désir ardent » de l’atteindre, de grimper toujours plus haut, d’assumer sa verticalité. Pas nécessairement ambition du succès mais ambition de l’élévation, de la montée. Je crois qu’il y a plus d’orgueil que d’ambition pure dans le signe, que celle-ci n’est qu’une conséquence et non un moteur.

La Maison X, toutefois, c’est traditionnellement la carrière, les aspirations et les réalisations par le travail. C’est là qu’on trouvera, lorsqu’on interprétera les jeux planétaires et leurs interactions, ce qui permettra de juger de la vie professionnelle du sujet. C’est dire aussi que le premier domaine auquel le Capricorne se trouve lié dans l’horoscope, c’est le travail.

Un autre fait important se trouve attaché à sa position de signe cardinal. Mot noble que ce terme de cardinal. On est presque tenté d’y associer la pourpre et les hautes fonctions religieuses. Cela sied assez bien à notre Saturne, noble vieillard à la tête couverte. Pourtant, le signe cardinal ne doit son nom qu’au point cardinal qu’il représente, honneur qu’il partage avec le Bélier, le Cancer et la Balance. En effet, le Bélier et la Balance coïncident sur l’écliptique avec les équinoxes de printemps et d’automne, tandis que le Cancer et le Capricorne coïncident avec les solstices d’été et d’hiver.

Un signe cardinal

Non pas, donc, l’un des soixante-dix prélats qui composent le Sacré Collège mais le point cardinal, du latin cardo, qui signifie gond. Ainsi le point cardinal est-il avant tout articulation, charnière, qui permettra un passage.

Le solstice, moment où le Soleil s’arrête, où le Soleil est à son plus grand éloignement de l’équateur. Et la Tradition a, bien sûr, différencié les signes cardinaux des autres signes, les a privilégiés, leur a concédé une importance particulière.

Dans son jeu du trois et du quatre (trois triplicités de Feu, de Terre, d’Air et d’Eau, quatre signes cardinaux, fixes et mutables), l’astrologie permet de subtiles combinaisons qui aboutissent à une structure parfaite qui intègre aussi bien le sénaire que le septénaire, la ternarité que la quaternarité, le binaire et tout ce que les esprits épris de quintessence ont pu chercher depuis des millénaires dans les nombres. Les signes cardinaux s’opposent, pour leur part, aux fixes (Taureau, Lion, Scorpion, Verseau), les quatre évangélistes, piliers de l’Église, et aux mutables (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poissons), signes de changement, signes doubles, mobiles, en ce que, précisément, ils marquent des valeurs essentielles. Ils sont dans l’absolu. On pourrait dire que le cardinal est lié à l’Etre, le fixe au Faire et le mutable à l’Avoir. Disons plutôt que les signes cardinaux sont associés aux Grands Principes et Vertus qui sont au nombre de quatre : Justice, Prudence, Tempérance et Force (on serait tenté d’attribuer la justice à la Balance, la force au Bélier, la tempérance au Cancer et la prudence au Capricorne).

Solstice. Le « moment où le Soleil s’arrête« . Halte. Comme si le Soleil, par son éloignement de la Terre à ce moment de sa course, marquait un temps de réflexion. Equinoxe : égalité des nuits et des jours, temps d’équilibre. Dans un cas comme dans l’autre, on a le sentiment de quelque chose de suspendu dans l’horlogerie du monde, d’un rythme qui va changer. Temps fort.

Ce sont les quatre âges de la vie : l’enfance au Cancer, la jeunesse au Bélier, l’âge mûr à la Balance, la vieillesse au Capricorne.

Le chaos et le néant

Dans l’espace métaphysique du Zodiaque on peut parler d’une dialectique CancerCapricorne. Carteret y voyait une dialectique du chaos et du néant. Le Cancer serait cet abîme, cette confusion aquatique de la matière et des éléments, ce bouillonnement d’avant la création, d’avant la gestation, qui permettra l’imagination. Dans la confusion et le désordre, mais dans la projection aussi, de tous les possibles présents. Alors que le Capricorne serait le retour au néant, au rien, à ce qui n’existe pas, au vide silencieux, au froid et à l’immobile.

Au Cancer nous avons en effet traditionnellement la chaleur humide de l’été, au Capricorne le froid de l’hiver, la glace, l’eau emprisonnée, la « neige sexangulaire« , comme dirait Képler. Au Cancer encore, l’imagination créatrice, débordante, au Capricorne la réflexion, l’intériorité. A l’un l’innocence de l’enfant, à l’autre la prudence du vieillard.

Et au-delà, on retrouvera dans le Cancer toutes les images de la gestation et de l’allaitement (ô chèvre Amalthée) et au Capricorne celles du sevrage et de la séparation (ô Saturne), étroitement liées les unes aux autres, inséparables et nécessaires l’une à l’autre.

Car, dans tout signe zodiacal, il faut toujours tenir compte de celui qui constitue sa « nuit« . Tout Capricorne porte en lui un peu du Cancer de son enfance chaude et protégée. Il en a la nostalgie, le regret.

L’enfant et le vieillard

Tout Cancer aspire à naître un jour, à trouver dans la nuit de son Capricorne la force de couper son « câble » ombilical. On assiste parfois avec surprise, à des interférences, des passages soudains, chez le Capricorne, du monde cancérien et de ses infantilismes, de ses immaturités, de ses peurs. Et inversement. Comme l’Eros du Taureau ne peut oublier le Thanatos du Scorpion, ou comme la Vierge sage ne peut cesser de rêver de l’irrationnalité totale des Poissons

Et, parfois, on voit l’austère Capricorne, à l’incompréhension (pour ne pas dire la répréhension) générale, faire le clown… ce petit pitre Cancer qui vient le dérider et le libérer. Comme on voit le tendre Cancer, soudain, céder à la dépression, au découragement, à la tristesse saturnienne ou tenir des discours moralisateurs inspirés par son voisin d’en face.

Mais ils ont besoin l’un de l’autre. Et c’est pourquoi, sans doute, on parle si souvent de ces contraires qui s’attirent. Au fond, je crois que ce ne sont pas des contradictions mais des nostalgies. Le Capricorne, solitaire et fort, rêve parfois de poser le fardeau, de retrouver la chaleur du giron maternel, de glaner un sourire enfantin. Le Cancer, si désireux d’être pris en charge, si doué pour l’émerveillement de l’enfance, rêve parfois d’être un adulte capable d’assumer sa vie.

De la même manière, quand un Capricorne fait le fou, le pitre, cela inquiète ceux qui, autour de lui, ne perçoivent que sa force calme, son air de paysan raisonnable. Parce que c’est cette force tranquille et rassurante qu’on exige de lui. Alors, s’il laisse parler sa violence, ou sa folie, ou son désir de démesure, il sème la panique, il soulève l’angoisse. Cela le condamne trop souvent à être sage. Il le paie cher, ce « passionné à froid », comme le dit justement André Barbault.

Il n’a qu’un droit : être le roc sur lequel les autres peuvent s’appuyer, qui résiste à la tempête, mais se retrouve seul, là-haut sur sa montagne ou perdu dans la mer et battu par les vagues, lentement usé, si lentement érodé que nul ne s’en aperçoit.

Il est perçu ainsi essentiellement parce que c’est ce que les autres projettent sur lui et attendent de lui, mais aussi, bien sûr, parce que c’est l’image de lui-même qu’il propose. Il tient à ce qu’on le croie fort. C’est de cette conviction qu’il tire sa force même. Alors, avec l’habitude, il le devient. Et, après tout, sans doute aussi l’est-il « quelque part« , dans sa brutalité, dans sa lenteur même, dans sa résistance, sa puissance de travail, son flegme, sa stabilité, son immobilité, son « monolithisme ». Sinon, il ne pourrait pas le devenir.

Serait-ce trahir le Capricorne que de reconnaître que sa force tient presque tout entière à son système de défense?

Ne soyons pas trop injuste; elle est ailleurs aussi : dans sa conscience aiguë, son sens de la responsabilité, son honnêteté. Disons sa rigueur. Et tant pis si cela ressemble aussi à un système de défense, tout pétri de Surmoi, de culpabilité, de peur de faillir, de déchoir. Orgueil du Capricorne. Orgueil de l’ascète ou de l’ermite qui cache son avidité dans la feinte acceptation du manque ou qui se protège contre l’agression des autres en jouant les nobles solitaires.

Il se protège, bien sûr, d’abord, contre ses frustrations, et sa lenteur l’y aide.

Un vrai secondaire

La première question que je pose à un Capricorne est toujours la même : avez-vous conscience d’avoir un rapport particulier avec le temps? D’être dominé par votre secondarité?

La réponse est toujours positive. Je crois qu’il s’agit là d’un facteur essentiel parce que tout en lui le renforce; à la fois son appartenance au plus secondaire des éléments : la terre, et à la plus secondaire des planètes : Saturne.

Conrad Moriquand, dans son Miroir d’astrologie, écrit à propos du Capricorne : « Il est né vieux. » Mais il ne dit pas – ce que je crois pourtant – qu’au bout de sa longue route il meurt enfin jeune. Ce qui permet à Simone de Beauvoir, à soixante-dix ans, de dire : « Je ne me ressens pas comme vieille », et de citer le mot de Cocteau : « Le pire quand on vieillit, c’est qu’on reste jeune. »

La secondarité, c’est avant tout un mécanisme à retardement. Le Capricorne donne souvent l’impression qu’il est impassible (insensible ou olympien, selon qu’on lui veut du mal ou du bien), ou que les événements ne le touchent pas. En fait, c’est l’inverse qui se produit. Mais il lui faut plus de temps qu’à quiconque pour prendre conscience, dans sa tête et dans sa chair, de ce qui lui arrive. Sur le coup, il ne bronche pas. Quelle maîtrise! se dit-on devant son sang-froid. Il renverse quelqu’un avec sa voiture? Il en sort, très calme, règle le problème, fait ce qu’il faut. C’est le soir, chez lui, ou le lendemain, qu’il se mettra à trembler en réalisant le drame qu’il aurait pu provoquer. Il reçoit une gifle? Il ne la rend pas. Comme s’il ne l’avait pas reçue. Mais, le lendemain, il se frottera la joue, quinze jours plus tard il sera furieux, dix ans après il en parlera encore et quinze ans plus tard, s’il le peut, il s’en vengera. J’exagère? A peine. Il vit un deuil? Sur l’instant, on pourra presque croire qu’il a le cœur sec et n’éprouve aucun chagrin. Mais cinq ans, dix ans plus tard, la douleur d’un seul coup lui paraîtra intolérable… quand personne n’y pense plus, quand pour les autres la page est tournée. Lente mémoire, très lente mémoire du Capricorne.

Les choses se passent comme lorsqu’on jette une pierre dans l’eau. L’impact premier n’est pas perçu. Le Capricorne ne réagit que lorsque le dernier cercle concentrique touche la berge. Ou bien comme l’eau qui traverse des couches de sable, qu’on ne voit plus « du dehors » et qui finit par rejoindre une rivière souterraine qu’elle va grossir et qui va bouillonner en secret, pour ressortir beaucoup plus loin, sous une autre forme.

Le champion du système de défense

On peut y voir l’un des principaux systèmes de défense du Capricorne. Car, pendant ce long travail obscur, il peut tenter de prendre de la distance, se protéger, se fortifier. Connaissant ce mécanisme – que la vie lui fait découvrir —, il parviendra parfois à se préparer à la douleur, à s’efforcer de l’apprivoiser, à se trouver des arguments pour l’accepter.

Sa force n’est pas ailleurs. Il a le temps de se préparer à la vieillesse, à la mort, à la destruction. Mis au pied du mur, bousculé par l’événement, le voilà tout pétrifié, ou affolé. Avec le temps, il s’en tire toujours.

Et, comme il a peur du vide, de ce retour au néant, son domaine, il entreprend, il grimpe – chèvre têtue qui monte vers les sommets. C’est alors l’ambition qu’on lui prête avec tant d’obstination et qui n’est sans doute que fuite en avant, besoin de faire, de réussir, de laisser sa marque pour ne pas disparaître tout à fait de la mémoire des hommes. Comme Anouar al-Sadate, qui identifie son propre destin à celui de son pays, et se confère ainsi une sorte d’éternité et des racines millénaires.

Ce goût de l’ascension sociale – même si le Capricorne le nie parfois – n’est que ce défi à lui-même lancé pour le contraindre à progresser. C’est aussi grâce à son affinité avec le dixième Secteur du thème que le Capricorne terrien montre son sens du réel et son efficacité. Il entreprend sans hâte, sans impatience, regardant à chaque pas où il pose le pied. Tortue tranquille, il sait qu’il l’emportera sur le lièvre de la fable. Il s’impose le plus souvent sans coup d’éclat, jusqu’à ce que les autres, surpris, constatent qu’il a conquis sa place au soleil, qu’il s’est enraciné là où il le voulait. Là, il « croche et tient » pour longtemps. Il prépare avec soin, longtemps à l’avance, ce qu’il veut entreprendre. On le dit homme des entreprises de longue haleine. Comme Mao Tsé-Tung traitant sa longue marche comme une partie de go sur l’immense échiquier chinois. Il ne part pas à l’aventure, tête baissée, comme le Bélier. Il use l’obstacle ou le contourne, il ne le renverse pas. Il a la prudence du serpent et l’entêtement de la mule, pour peu qu’il soit sûr de ce qu’il désire.

Parfois même, il semble presque inconscient de ce long projet; il fait confiance à son instinct qui oeuvre en secret.

Intelligent? Oui. D’une intelligence constructive. Il ne cherche pas à briller. Stratège, il organise son action. Tacticien, il sait où placer ses pions. Il réfléchit. Le Capricorne, c’est « la spontanéité de la réflexion« . Il met de la force dans sa concentration. La lenteur encore, mais qui évite erreurs et illusions. Il mobilise bien ses troupes. Il sait que rien ne mûrit vite et qu’il ne sert à rien de courir. Il ne bouscule pas la réalité; il en tient compte, avec réalisme. Plus que tout peut-être, il a le sens de l’essentiel. La lucidité est sa première vertu.

Solide? Oui. On peut compter sur lui. Il ne promet pas plus qu’il ne peut tenir, sauf si, là encore, on lui extorque des promesses « à chaud » et qu’il n’a pas le temps de réaliser où on l’entraîne. Mais il se sent engagé par ses promesses. Ce responsable a tôt fait de se sentir coupable. Il déteste les affrontements dès lors qu’il sait n’avoir pas pu s’y préparer. Il manquera d’esprit de répartie, ne saura pas, dans le feu de la bataille, contre-attaquer. Mais il fait face, le plus souvent, dans la nécessité. Comme Joffre à Verdun.

Prudent, par conséquent. Il ne fait pas trop confiance au hasard. Ni aux autres. On le dit méfiant. C’est vrai et c’est faux. Méfiant quand il a été blessé, confiant quand il est sûr de lui.

Patient. Très patient et endurant : toujours ce sentiment que le temps est son allié. On le dit pessimiste. Rien ne me paraît plus faux. Car il faut avoir une bonne dose d’optimisme pour débuter une carrière à soixante ans, pour entreprendre à l’âge où les autres ne songent qu’à la retraite. Lui, il sait que l’oisiveté le tuerait. Tout ce qu’il veut bien s’accorder, l’âge venu, c’est un peu plus de repos. Simone de Beauvoir a dit : « Quand j’avais trente ans, dès que j’ouvrais l’œil, j’étais dehors, à courir, à travailler, à faire des choses, Maintenant, j’aime bien m’attarder un peu, me reposer […]. Maintenant, j’ai l’impression de ne plus avoir tellement de choses à faire. En un sens, cela me plaît. Cela me donne des loisirs, une certaine liberté. Je peux vivre davantage, je ne dirais pas selon mon caprice, mais suivant l’agrément de l’heure. » Mais je pense aussi à cette femme, Capricorne de soixante-seize ans, qui venait de s’inscrire en faculté pour faire une licence d’anglais (l’anecdote avait paru naguère dans Noir et Blanc). Pessimiste, cette vieille dame indigne? Certes pas.

De la vertu à revendre

Honnête aussi, le Capricorne. Par sens moral, sûrement. Par besoin de vertu. Il interdit aux autres les mauvaises actions, mais rendons-lui justice, à quelques exceptions près (Petiot, Mesrine, Violette Nozière, en sont de bien lourdes), il se les interdit le plus souvent à lui-même.

Pourtant, si on lui fait un reproche, si on le critique, son premier réflexe, le plus souvent, sera de « planter les quatre pattes », de résister, de nier, de se défendre ou de protester. Il aime avoir raison. Ça le rassure sur lui-même. Si on le prend en flagrant délit d’erreur, il se cabre (se cabrer à la même racine que chèvre, encore). Mais le lendemain ou le surlendemain, il réfléchit; il accepte de s’interroger, se remet en question. Et il reconnaîtra ses torts. Mais il est bien rare qu’il le fasse du premier coup. Dans la jeunesse, cela lui vaut souvent l’étiquette infamante de « mauvaise foi ». Ou on lui reproche d’être raisonneur. Enfant, j’ai été ravie de me trouver un allié en Napoléon qui disait : « Quand on a tort, il faut aller jusqu’au bout, on finira bien par avoir raison… »

L’âge améliore le Capricorne, comme le bon vin. Il devient moins sévère. Il rajeunit.

Mais ses faiblesses et ses défauts sont grands. L’orgueil est à double tranchant et, souvent, à force de se draper dans sa dignité, il s’y pétrifie comme la statue du Commandeur.

La peur d’avoir peur le paralyse ou le pousse à des actes extrêmes. La prudence le retient d’agir, le castre de son désir d’aventure, l’empêche d’aller vers le risque. C’est peut-être sa plus grande faiblesse.

Refus du jeu ou refus du je

Son refus du jeu le raidit, le rend parfois intolérant, lui retire de la souplesse dans ses rapports avec les autres. A force de refuser l’artifice, de sacraliser l’authenticité, il passe pour ennuyeux comme Caton l’Ancien.

A onze ans, mon livre de chevet n’était autre que les Pensées de Marc-Aurèle, suivies d’Epictète. Les stoïciens. Vieux rêve capricornien de perfection et de maîtrise de soi. Mes goûts littéraires, à l’époque, ne me rendaient pas très fréquentable…

Frustré, frustré et encore frustré. Né frustré et mort frustré. Quel aveu d’avidité que le « J’ai été flouée » de Simone de Beauvoir. Toujours à l’affût d’un geste affectueux, d’une marque d’attention, toujours affolé à l’idée qu’il pourrait être rejeté; qu’on pourrait ne pas l’aimer. Alors, soit il s’enferme dans sa coquille et joue les Alceste, préférant encore qu’on ne l’aime pas, soit il en fait tant pour les autres qu’il se débrouille pour devenir indispensable… ou que ceux qui l’entourent et bénéficient de ses bienfaits finissent par crier grâce!

De là aussi ce que Barbault appelle joliment son « complexe de Cendrillon ». Le Capricorne a tant de mal à se croire aimé, à se croire aimable! Il est prompt à douter au moindre manquement, si disposé à croire qu’on se moque de lui, de ses sentiments, si vite bafoué dans sa sincérité, si prêt à se rejeter lui-même, puisqu’il sait bien qu’il n’atteindra jamais à la perfection de l’image désirée. Ou alors il s’en moque, quand il a de la sagesse. « Je n’ai jamais été très narcissique et je n’ai jamais eu beaucoup de complaisance pour mon corps. Alors évidemment peut-être en ai-je encore moins aujourd’hui« , dit encore Simone de Beauvoir.

Le Capricorne doute de lui, doute surtout d’autrui. D’où cette certitude étrange qu’il a de faire mieux que les autres, d’être mieux que les autres, et son désespoir parce que les autres ne le reconnaisssent pas et qu’il ne peut être accepté. C’est lui qui doute puisqu’il sait bien que nul ne peut être tout pour l’autre.

De la jeunesse à la vieillesse, pourtant, le Capricorne change beaucoup. Grâce à Dieu. Et un peu à lui-même. Là encore, je suis tentée de donner la parole à Simone de Beauvoir qui a écrit sur la vieillesse et qui en parle bien : « L’âge, c’est un passage de l’infini au fini. On n’a plus d’avenir, et c’est le pire. » Mais, en même temps, elle fait toujours des projets, et quand on fait des projets, la vie est encore devant soi, on a encore « un avenir« .

Le Capricorne et l’Amour

Engagements prudents

L’amour. Zone fragile. Là, nous allons rencontrer des comportements différents chez les hommes et les femmes du signe. L’homme va cacher très souvent sa frustration derrière une certaine froideur, une grande prudence. Ou derrière le devoir. Il se marie, d’une certaine façon, pour régler le problème. Et il s’accrochera à sa « construction », à ses responsabilités, pour ne pas avoir à y penser de nouveau. Ou bien il ne parviendra jamais à s’engager. Parfois très tard, quand il ose enfin affronter le risque. Ou bien encore il tentera de se débarrasser de son affectivité en se cachant derrière l’écran du travail, du labeur acharné, de l’ambition.

La femme, elle, va devoir toute sa vie organiser sa défense contre ce qu’elle ressent partout et toujours comme une frustration destructrice. Parfois, elle choisira, elle aussi, le célibat – toujours en fonction d’une politique du pire —, même si une part essentielle d’elle-même assume mal la solitude qu’elle s’impose de vivre.

Parfois elle aimera – ne pas oublier le côté passionné à froid, le feu secret – et consacrera toute sa vie à l’autre pour se fuir elle-même, n’avoir pas à affronter sa propre réalité, engloutir son narcissisme douloureux dans une relation où elle sera forcément celle qui aime le plus, celle qui donne le plus, cherchant avec obstination à se rendre indispensable, dans sa grande peur du rejet et de l’abandon, dans sa certitude que, de toute façon, même si elle a le sentiment de demander peu, elle n’en recevra jamais le millième.

Pourtant, même si elle croit rarement à son charme, à sa séduction, il arrive qu’elle se fasse aimer.

Jamais, ou presque jamais, le Capricorne – qu’il soit homme ou femme – ne provoque de coups de foudre, d’emballements instantanés. C’est sur un long parcours qu’on l’apprécie, qu’on s’y attache, qu’on a, finalement, du mal à le quitter.

Mais souvent, dans sa peur, il met en place le dispositif destructeur. Il prend la fuite. Ou, dans son angoisse de perte, d’abandon, il provoque la rupture horrible et libératrice. Toujours et encore la technique de Job. Avec un soulagement sincère le jour où le ciel lui tombe sur la tête. Toujours cette épée de Damoclès, cette attente intolérable de l’instant où elle va lui traverser le cœur. Alors, autant couper la ficelle, autant décider soi-même de l’intervention chirurgicale, puisqu’il lui faut du temps pour apprivoiser l’événement! Paradoxe affectif que tous les Capricorne connaissent bien et qui est lié à cette intolérable peur d’avoir peur.

L’admiration difficile

Un Capricorne cherche rarement à séduire. Tout d’abord parce qu’il doute profondément des moyens qu’il en aurait. Ensuite, parce qu’il entend plaire sans artifice, par son naturel et sa vérité. Il considérerait comme dégradant de jouer la comédie. Alors, il va droit au but, en posant des questions essentielles, pour tenter de connaître l’autre. Ou bien il écoute et se tait. Il a parfois raison, parce que c’est effectivement par son naturel et sa sincérité qu’il rassure. Par eux aussi qu’il fait peur. Il ne joue pas un jeu, en tout cas, ne se livre pas à de subtiles escarmouches. D’emblée, il a sa dimension. Il dit ce qu’il pense et réfléchit avant de le dire. Pas de frivolité, pas de légèreté. Pas assez, hélas! Du sérieux; ce qui n’empêche pas l’humour, juste pour montrer qu’on ne se prend pas au tragique; mais aussi, parfois, on l’utilise, cette dérision, contre soi. Avec un goût très vif et destructeur de la contre-publicité. L’erreur, c’est aussi de faire croire à l’autre qu’il ne le prend pas au sérieux. Le Capricorne n’a pas l’admiration facile. Trop honnête pour cela. Et les femmes du signe savent ce qu’il leur en coûte – et l’apprennent alors à leurs dépens – de ne vouloir jouer qu’au jeu de la vérité. Pourtant les hommes, pratiquement tous les hommes, ont éperdument besoin qu’on leur balance sous le nez de grands coups d’encensoir… ne serait-ce que pour être rassurés. Pour le Capricorne, ce serait mépriser l’autre. Il s’y refuse.

Parfois, des êtres viennent à lui, dans le désir sincère de trouver quelqu’un qui leur tende un miroir sans complaisance. Là, le Capricorne, trop content de l’aubaine, répondra : présent! C’est presque toujours un piège et le « demandeur de vérité » n’est pas conscient du fait qu’il voulait bien en savoir un peu, mais pas trop. Comme le malade qui prétend vouloir la vérité mais qui s’effondre quand le médecin annonce le verdict. On est rarement au clair – personne – avec ce qu’on veut apprendre de soi. Les psychanalystes le savent bien, cela prend du temps et il vaut mieux découvrir par soi-même, au juste moment.

Le Capricorne, lui, en dit souvent trop d’un seul coup, emporté par son élan, tout content d’avoir compris quelque chose, de mettre à nu un mécanisme gros comme une ficelle. Il apprendra avec le temps à distiller ses propos avec plus de doigté, peut-être lorsqu’il comprendra lui-même qu’il ne supporte pas toutes les vérités, en dépit de ce qu’il s’imaginait.

Parfois, le Capricorne attire par sa force, son calme, le sentiment de sécurité et de stabilité qu’il inspire. C’est aussi à cause de sa force qu’on le quitte. Forcément, lui, il croit qu’il le supportera. Ce sont les autres, les faibles, les fragiles, ceux qui pleurent et qui gémissent qu’on protège, parce que tous les êtres fuient la culpabilité qui les écrase. Mais il y a parfois – souvent même chez le Capricorne trop malmené – une fissure, une faille, une fracture profonde, qui le poussera d’instinct, à l’avenir, à ne plus s’exposer.

Paradoxe encore du Capricorne plus « brut » que les autres et en même temps si facilement culpabilisable. Ni les hommes ni les femmes du signe n’y échappent et cela alourdit leur comportement, entrave leur spontanéité, retient leurs élans et leurs gestes. Il y a tant de force dans ce qu’ils ont envie de donner, de crier, qu’il leur faut bien retenir tout cela, emprisonner leur cœur et le faire taire.

Sur le qui-vive

La femme, sans doute plus que l’homme, passe sa vie amoureuse en état de vigilance; sentinelle toujours sur le qui-vive, à l’affût du moindre regard, du moindre geste, de la moindre intention et toujours prête à interpréter le comportement de l’autre comme révélateur d’une fuite, d’un rejet, d’un refroidissement, d’une lassitude ou d’un ennui, d’une pensée qui vole vers une autre. Impossible Capricorne! Mais il est rare qu’elle parle, contrairement à la femme du Cancer qui, elle, n’hésitera pas à faire des scènes. Le Capricorne rentre dans sa coquille de silence, tentant de panser ses blessures; il boude avec dignité, se replie sur ses positions et se prépare déjà à la catastrophe. Parfois même, l’autre ignore tout du film qui s’est déroulé dans cette tête inquiète. Le mutisme du Capricorne s’accompagne alors de paralysie. Il voudrait bien, mais il ne peut pas aller vers l’autre. Un geste tendre, un sourire affectueux, et tout peut recommencer. Mais si l’autre, ne comprenant rien, boude aussi, se replie aussi, ça peut durer une éternité.

Des femmes Capricorne m’ont dit parfois : si je me découvrais une rivale, je me défendrais bec et ongles, j’irais peut-être jusqu’à tuer. A l’heure de la vérité, je me demande si elles ouvriraient seulement la bouche, ou si elles n’iraient pas silencieusement faire la valise du monsieur, pour simplifier les choses. Ou si elles n’opteraient pas pour une contre-attaque plus subtile. Un mot, juste un mot bien placé, avec toutes les apparences de la remarque objective. Souvent juste, de surcroît. Et la rivale de perdre son auréole. Il n’en faut parfois pas plus, parce que l’on fait confiance à l’honnêteté du Capricorne, à sa sincérité, à son savoir, pour que la contre-offensive réussisse.

Le plus dur reste à faire. Non pas pardonner, mais oublier. Le Capricorne possède une mémoire d’éléphant dès lors qu’il est blessé dans sa sensibilité, dans son orgueil, dans sa confiance.

Et il est vrai aussi qu’il est exclusif, possessif, jaloux; comme la chèvre du troupeau qui veut toutes les caresses pour elle seule. Comportement infantile et irréaliste ? Sûrement. Mais il faut beaucoup de temps, beaucoup de travail sur soi, pour dépasser cela sans pour autant sombrer dans l’auto-rejet et la négation de soi-même.

Jean Carteret me disait parfois : « Tu ne t’en sortiras pas tant que tu n’auras pas apprivoisé le relatif. » Mais comme c’est difficile de renoncer à l’exigence, à l’absolu, à la tentation de l’amour fusionnel, à l’illusion qu’on peut suffire à l’autre – puisque l’autre, lui, nous suffit —, au désir toujours plus fort de faire progresser l’autre vers lui-même et de progresser soi-même par l’autre ou d’accepter son aide, de susciter aussi sa rigueur et son intransigeance!

Nous aimons qu’on ne nous pardonne rien, qu’on ne nous laisse rien passer – même si, sur l’instant, le réflexe est de protestation – parce que nous percevons comme un acte d’amour véritable cette exigence de l’autre envers nous. Illusion, bien souvent, de croire que l’autre nous aime avec rigueur…

L’essentiel, difficile à dire

Il paraît que vivre avec un Capricorne est difficile, à cause même de tout ce qui n’est pas dit et passe par le regard. Il y a une pudeur à dire. Une peur de n’être pas ressenti, sinon compris et surtout que les paroles prononcées pèsent contre soi…

Peut-être plus encore faut-il voir dans les silences du Capricorne la conséquence de son esprit d’escalier, de sa lenteur. Vulnérable à tout ce qui lui est dit – ou décoché —, il lui faut du temps pour assimiler, connaître l’effet réellement produit. Pourquoi dire avant de savoir, d’être sûr? Sans compter le manque de répartie et le temps nécessaire à la restructuration du noyau qui a explosé à son insu, sous l’impact du coup.

Le Capricorne doit lutter, en amour, contre des comportements subtilement défaitistes et contre cette tendance à se dénigrer lui-même, qui est de mauvais aloi. Se critiquer, sous prétexte qu’on n’est jamais bien servi que par soi-même et qu’on est seul à savoir jusqu’où on peut le supporter, n’a jamais été constructif au niveau de la relation. La lucidité, parfois, tue l’amour plus sûrement que l’illusion. Ou l’abandon, avant même qu’on connaisse ses risques d’échec (je parle ici de l’abandon au sens où le sportif abandonne…).

Le Capricorne qui réussit en amour a compris cela assez tôt et a misé sur sa longue patience – corollaire paradoxal de sa certitude ambiguë de l’échec.

Pas assez déconcertant…

S’il est aimé parfois, c’est bien pour sa fidélité et sa profondeur, pour la sécurité affective qu’il offre à celui qui veut bien lui faire confiance. S’il est rejeté souvent, c’est aussi parce qu’il est sans surprise. Ou du moins que l’autre est parvenu à le croire.

Une dimension doit être ici précisée, qui tient à la violence de ce passionné à froid. La tempête se lève rarement mais, lorsqu’elle éclate, il est vrai qu’elle révèle tout un univers de forces tumultueuses trop longtemps réprimées. Lorsqu’elle explose enfin, le Capricorne éprouve quelque chose qui est de l’ordre de la jouissance; le plaisir intense d’avoir brisé ses chaînes, d’avoir rompu le silence castrateur, de revendiquer enfin le droit d’exister et d’être reconnu avec la dimension de force et d’intensité qui est la sienne, de se libérer de la peur d’être rejeté, méprisé; heureux d’avoir pu enfin « dire », quelle que soit la conséquence de son cri. Et il découvre parfois que c’est précisément dans cette vérité-là que l’autre l’accepte, devient enfin capable de le voir et de l’entendre.

L’avidité première du Capricorne resurgit au premier prétexte. Parfois, bien sûr, elle fait peur. Il y a dans le Capricorne une incapacité à accéder à la satiété – sa dimension hystérique sans doute. Cela terrifierait n’importe qui.

…et trop avide

Très tôt, le Capricorne découvre que personne ne peut apaiser sa faim, sa soif d’amour. Alors commence pour lui une longue négociation avec sa frustration. C’est le moment, comme dirait Mélanie Klein, de dépasser sa « position dépressive« . Mais, le plus souvent, cette négociation le condamne à des compromissions, à des concessions (« Les concessions ? Ces points de vue sur un cimetière », disait Sacha Guitry) qu’il ne peut vivre sans révolte et sans cris de rage. Il n’a pas le choix. Sauf à préférer la solitude, sauf à opter pour le froid et la glace. Ou, bien sûr, à grandir.

Mais il sait que le renoncement à l’essentiel est plus près pour lui de la mort que de la sagesse.

Le Capricorne doit aussi apprendre à se lester de ses souvenirs, surtout s’ils sont heureux. Il a tendance à s’y complaire, à les évoquer, les ressasser, à les comparer à l’horreur du présent, à se raccrocher à eux au lieu d’exploiter sa disponibilité à un nouveau bonheur possible. Les présents du moment n’aiment pas les présents du passé. Surtout s’ils ressentent ce qu’il y a de regrets et de nostalgie dans ces souvenirs. Il faut faire place nette.

Les Capricorne, à partir d’un certain âge – disons d’un âge certain – commencent à s’accepter, à être conscients de leur force, jouent volontiers les Pygmalion. Pas tout à fait à la façon du Sagittaire qui cherche à changer l’autre, à le réformer. Plutôt à la façon de l’accoucheur qui veut aider l’autre à s’accomplir, à se révéler. Il peut y trouver sa justification. Même si on peut voir se profiler au loin l’un des pièges de la technique de Job. Vouloir mettre l’autre au monde, c’est être assuré que, lorsque le sevrage deviendra nécessaire, il faudra se faire harakiri (jigaki, pour les dames), faire jouer la Lune Noire et son couteau du sacrifice.

Sans doute m’est-il difficile de dissocier ce qui en moi est de l’ordre de Saturne, du Capricorne et de la Lune Noire, ces aimables personnages s’imbriquant tous dans mon propre thème de façon particulière et privilégiée… O douteux privilège! Mais je crois que d’une manière générale il y a chez le Capricorne une volonté de construire l’autre (arrogante présomption!), avec la conscience de tous les risques inhérents à pareil projet.

Une force vulnérable

Au fond, l’ennemi du Capricorne en amour, c’est sa force.

Et, partant, son immense vulnérabilité. Il a dressé un mur contre cette dernière, il a placé des sentinelles partout. Il apparaît comme une place forte, comme une citadelle capable de résister à tous les sièges, à toutes les attaques. Même si cette force se construit sur un système de protection qui n’est qu’un aveu de faiblesse à peine masqué.

Souvent il intimide; il « en impose« . On le prend pour un monsieur sérieux avec qui on ne batifole pas. On la prend pour une dame respectable qu’on ne carambole pas.

Pourtant, dans ses fantasmes, que de désirs inavouables! Et, quand la « bête » est lâchée, que de surprises! Cela étonne d’autant plus qu’on a cru avoir devant soi un stoïcien, un moraliste, un juge rigoureux. Alors qu’on découvre un être assoiffé de tendresse, de plaisir, de violence, puissamment vital et capable de beaucoup de passion. Ce que j’appelle le côté faux jeton du Capricorne.

Il n’a généralement pas une sexualité très compliquée – sauf s’il a été très réprimé dans sa jeunesse ou très culpabilisé à ce niveau. Mais il a horreur de la pornographie, de ce qu’il appelle le vice. Il aime le plaisir plus que l’érotisme.

Fidèle à lui-même

Ajoutons que le Capricorne est fidèle, tant qu’il aime. Fidèle à lui-même plutôt qu’à l’autre. Il se sent lié par l’investissement affectif auquel il s’est livré. Il n’a pas vraiment le sentiment d’avoir des comptes à rendre à l’autre.

Et puis, animal à habitude, lent à s’adapter, il n’apprécie pas tellement le changement. Il lui est si difficile de s’engager qu’il ne peut se déprendre sans mal. Sauf s’il est déçu, par trop blessé, par trop rejeté. Alors il se révolte et rejette à son tour. Et c’est sans appel. Il ne replâtrera pas. Ou bien alors il n’a pas cessé d’aimer – et dans ce domaine sa patience a de quoi étonner. Il se demande parfois lui-même ce qui lui permet d’ « avaler autant de couleuvres« , de supporter autant de mauvais traitements – qu’il juge tels —, d’avoir, en fait, un comportement assez masochiste.

Je crois que c’est pure patience, pur espoir que « ça change ». Il réussit parfois. Ou bien il renonce, d’un seul coup, à son impossible entreprise. Et tombe la guillotine, libératrice, au bout du compte!

S’il est aimé, il en est heureux. Jamais tout à fait rassuré, sauf au bout d’un très long temps. Jamais tout à fait sûr de l’avenir. Mais il apprend à jouir du moment et sait mieux être heureux à cinquante ans qu’à vingt. Il ne tient pas au mariage dont il se défie et dont il sait qu’il ne constitue pas une assurance sur le bonheur. Mais s’il épouse, et si cela ne se passe pas trop mal, il se conforme, fait des efforts, se bonifie avec le temps, respecte son conjoint, l’aide dans la mesure de ses moyens. On ne s’amuse pas toujours avec lui, parce qu’il manque d’imagination et de goût pour le jeu, mais on sait pouvoir compter sur lui. On ne se défait pas d’un chien fidèle. Cela n’est pas dit dans un sens péjoratif, avec une intention méprisante. Plutôt un constat objectif. Douloureux. Et parfois le chien fidèle mord ou aboie, sans qu’on comprenne pourquoi.

Pourtant le Capricorne n’est pas « difficile à vivre ». Il s’efface souvent devant la volonté de l’autre, le désir de l’autre.

Tout pour ne pas déplaire. Avec, de temps en temps, des reproches silencieux et des regards éloquents. Et en sachant, précisément, que cela déplaît. Il se plaint – parfois en silence, de l’ingratitude, du manque d’attention, de la légèreté de l’autre, de tous ces gestes-rejets si douloureux. Il éclate quand il y a trop de frustrations empilées, compressées, entassées. Mais il « encaisse« , comme les bons boxeurs, de façon exceptionnelle. Trop. Trop souvent. La femme du signe surtout. L’homme, lui, se réfugie plus souvent dans son travail qui dévore ses journées, puis ses soirées, puis ses week-ends… puis ses vacances. Pour ne pas courir le risque de parler, de se plaindre, d’avouer qu’il se sent mal aimé.

Aimable et mal aimé

Le voilà, le mot lâché. C’est vrai, le Capricorne est un mal-aimé. Comment ne pas en éprouver un sentiment d’injustice et de tristesse? Mais comment ne pas être mal aimé quand on a conscience d’en désirer trop et de ne pas même oser le dire ?

Né frustré, il mourra frustré. Mais, en général, en sachant pourquoi. C’est quand même l’essentiel.

Il s’en tire, plutôt mal que bien, en étant spectateur, un peu désabusé, de son propre spectacle. On pourrait croire, à lire cela, qu’il n’y a pas de Capricorne heureux. Je crois pourtant que le Capricorne est capable de se donner au bonheur, dans l’instant, avec une force, une intensité, une joie incomparables, d’autant plus violentes qu’il en connaît la précarité. Et c’est aussi pourquoi il pardonne mal à l’autre d’avoir peur, de se « garder« , de tricher, de ne pas jeter toutes ses forces dans la bataille, de le laisser à la porte… Les femmes surtout jouent le jeu, sans doute parce que leur besoin de tendresse est trop dévorant et qu’elles s’en délivrent en en faisant don à l’autre, sans retenue. Les hommes, eux, comme il est fréquent, se bardent de prudence. Et les Capricorne sans doute plus encore que les autres.

Les autres aspects affectifs de la vie du Capricorne seront colorés par ces mêmes tendances.

Par rapport à sa propre famille, il cherchera assez tôt à prendre de la distance. Il sait que la tentation ne serait que trop forte d’aller puiser auprès des siens un peu de tendresse inconditionnelle et de chaleur. Il sait qu’il doit s’éloigner, sous peine de régresser à la manière du Cancer. Alors il s’écarte, gentiment mais fermement. Quand ce n’est pas le destin qui se charge de lui faire vivre prématurément deuils et sevrages, de lui faire connaître tôt la perte de l’objet aimé. Plus tard, il pourra aider les autres à réussir leur sevrage, car ils sauront eux-mêmes comment s’y prendre et quelles « grandes eaux l’homme noble doit traverser », pour parler comme le I King.

Tout cela, bien sûr, dans les meilleurs des cas. Car on trouvera aussi des Capricorne célibataires, attachés jusqu’à un âge avancé à leurs parents. Ou des parents Capricorne dévorant leurs enfants jusqu’à un âge avancé…

Il est évident que le Capricorne sera plus qu’un autre marqué par l’amour reçu en partage dans son enfance. Rassuré sur lui-même – si c’est possible – par un amour maternel sans faille, ses élans vitaux se manifesteront dans toute leur avidité; il croira presque à son droit au bonheur.

Mal aimé ou rejeté par une mère frustrante, il doutera plus encore de lui-même, de son avenir, de tout, et vivra dans la dépression, le découragement ou le renoncement. Sa force sera décuplée par l’amour reçu, pervertie et anéantie dans le cas inverse, sauf si, par réaction vitale suffisamment puissante, un vrai défi est jeté à l’existence. Comme on voit certains orphelins plus aptes que d’autres à l’amour et à la confiance.

Besoin de tendresse

L’enfant du Capricorne a souvent tout de la « petite brute tendre » qui demande énormément d’affection mais ne manque ni de gaîté ni d’entrain. Parfois, très tôt, l’aspect saturnien peut se manifester et faire un enfant taciturne, secret, renfermé et soupçonneux. C’est heureusement rare. Mais ces traits de caractère surgissent lorsqu’un deuil ou une catastrophe vient fracturer sa jeunesse ou son adolescence.

Devenu parent à son tour, le Capricorne s’efforcera d’élever et d’aimer son enfant avec vigilance. Pour peu qu’il soit conscient de sa tentation captatrice, de ce que l’enfant peut représenter pour lui comme substitut affectif dans une vie sans bonheur, de son désir de faire tout – c’est-à-dire trop —, et d’être surprotecteur – surprotectrice surtout —, il parviendra à maîtriser son propre besoin, à laisser l’enfant s’épanouir, s’éloigner de lui le moment venu, le sevrer, même si ça lui arrache le cœur. Il sait que c’est important. Il sait aussi qu’il doit lutter contre tout ce qui spontanément l’incite à être culpabilisant. Et les mères surtout, en exigeant beaucoup de leur enfant, en incarnant un Surmoi pesant, en imposant une éthique trop rigoriste, donc brimante. Les pères Capricorne, de leur côté, se voient souvent reprocher d’être trop inaccessibles, distants, lointains ou froids. La communication, avec eux, reste souvent difficile et le travail les absorbe trop.

Parents Capricorne : trop ou pas assez

Le père est trop loin, la mère est trop près. Elle voudrait que, même adulte, son enfant ait encore un peu besoin d’elle; elle l’aide parfois malgré lui. Mais elle doit apprendre à accepter de n’être pas indispensable. C’est, le jour où elle l’admet, l’occasion d’une révision déchirante! Mais la mère Capricorne est dans l’ensemble une bonne mère, une bonne éducatrice, le solide pilier de la famille. Le père, lui, constitue un modèle honorable, honnête, respectacle. Un peu trop peut-être, mais ne nous en plaignons pas. La mère constitue un modèle « irréprochable », donc difficile à « tuer ». Mais elle inculque des valeurs solides, le sens de la qualité, l’exigence, qui ne sont pas rigueur étriquée. Elle doit apprendre à mettre ses faiblesses en avant, prouver qu’elle n’est pas parfaitement autonome, être elle-même et non pas une mère idéale.

Le père, lui, devra s’efforcer d’être plus présent, plus attentif, plus disponible et de mettre un peu de souplesse dans ses principes, de chercher à s’adapter aux temps présents, sans toujours déplorer les vertus du passé. Et l’enfant du Capricorne, dans tout cela? Il demande à assouvir sa jeune avidité. Il lui faut beaucoup de tendresse.

Et apprendre, peu à peu, à passer par l’inévitable frustration, à surmonter le manque, à combler le vide laissé par cette séparation d’avec le nirvana de l’amour maternel.

Le Capricorne et l’Amitié

Des amitiés intemporelles

En amitié, le Capricorne a souvent un comportement contradictoire. Il est essentiellement fidèle, mais hors des contraintes du temps. Il n’a pas besoin de voir ses amis tous les jours et peut les retrouver après une séparation de quinze ans comme si un seul jour s’était écoulé. Ses amis doivent aussi « venir le chercher », lui téléphoner. Lui, il a toujours un peu le sentiment d’être « en trop », de déranger. Alors, il faut le rassurer. Et puis il est vrai qu’il travaille beaucoup, souvent plus qu’un autre. Il est présent à sa manière, un peu lointaine, mais en se « retranchant » instantanément sur l’ami qu’il retrouve.

On le dit pourtant difficile dans ses amitiés, en ce sens qu’il exige une grande qualité de rapport avec ceux qu’il estime. Beaucoup plus intransigeant avec ses amis qu’avec les indifférents qui l’entourent, il relèvera la moindre de leurs faiblesses; il dira avec une franchise parfois brutale ce qu’il pense, ce qu’il ressent. Et il demande la même sincérité en retour. Pas de rapports mondains, de surface, truqués, ni de compromissions. Rien que des rapports vrais, même si cela doit faire mal. Cela lui vaut souvent une réputation de « Misanthrope » :

« Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié, Ce commerce honteux de semblants d’amitié. Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre Le fond de notre cœur dans nos discours se montre, Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments. »

Pourtant, ceux qui le connaissent bien l’estiment et le respectent, savent qu’il a toujours une oreille pour entendre celui qui a besoin de parler et qu’il est attentif à la peine d’autrui. Peu importe si lui-même ne se livre que difficilement. S’il est très en confiance, pourtant, il se racontera volontiers. S’il sait pouvoir être entendu et avec l’espoir d’être compris…

Avec les autres signes

Il aime du Bélier la franchise, la spontanéité, le courage. Parfois même il l’admire et envie un peu son impulsivité. Mais le Bélier vit à un autre rythme que lui et, dans le quotidien, il se sent souvent bousculé par cette vitalité bouillonnante.

En revanche, il peut vivre près du Taureau qui, comme lui, est un secondaire, un lent, un « ruminant« . Ils se comprennent ou se devinent. Leurs natures sont proches, mais avec une nature plus artiste, plus sensuelle chez le Taureau, plus égoïste aussi, que le Capricorne lui reprochera parfois. Et le Taureau trouvera près du Capricorne une sécurité affective équilibrante. Mais ils ont tous deux tendance à se replier sur eux-mêmes, à bouder, à s’enfermer, et ni l’un ni l’autre ne peut faire le geste qui mettrait un terme à leur bouderie, pas plus qu’ils ne peuvent oublier l’insulte ou la souffrance imposée par l’autre.

Le Capricorne trouve dans le Gémeaux la jeunesse, la légèreté, la nature ludique et gaie qui, bien souvent, lui fait défaut à lui-même. Il goûte aussi l’intelligence du signe, différente de la sienne, plus vive, plus rapide, plus taquine. Parfois, il est un peu tourneboulé par ces vérités successives et contradictoires qui traversent le Gémeaux à une rapidité inconcevable pour lui. En acceptant leurs différences, ils peuvent s’entendre. Et se compléter, le Capricorne offrant aux Gémeaux les racines qui leur manquent.

Capricorne et Cancer. Deux signes qui s’opposent, mais la nuit de chacun se retrouve chez l’autre. Quelque part, dans une zone secrète de leur être, ils se rejoignent et se devinent, ils se perçoivent et ont besoin l’un de l’autre. L’Eau estivale du Cancer vient nourrir la Terre froide du Capricorne, son sens de l’intimité abolit les distances et fait fondre les barrières imposées par le Capricorne, sa tendresse le réchauffe. Et le Capricorne, lui, apporte au Cancer sa force, sa stabilité, sa fidélité profonde, sa maturité.

Le Capricorne et le Lion s’attirent rarement. Le premier est vite irrité par le narcissisme du second; le second est irrité à son tour par la sévérité et l’exigence du premier. Le Capricorne n’admire pas assez le Lion. Mais un lien d’amitié existe parfois, qui peut naître dans l’estime mutuelle, lorsque le Capricorne possède assez de générosité et le Lion assez d’humilité.

Capricorne et Vierge ont des points communs, des angoisses communes, la même insécurité, la même peur de manquer, le même besoin affectif difficilement formulé. Les démonstrations extérieures, pourtant, se feront rares. Ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre. Dans les coups durs, ils se trouvent toujours. Quand tout va bien, ils s’éloignent un peu l’un de l’autre. Cette « relation en miroir » les irrite ou les déprime parfois. Mais ils apprécient mutuellement leur intelligence et peuvent échanger beaucoup sur le plan des idées.

Le Capricorne et la Balance ont du mal à se comprendre. Le premier reproche à l’autre de faire trop facilement des concessions, de vouloir régler ses problèmes en faisant du charme, peut-être aussi de plaire sans effort… Le Capricorne pourrait bien être un peu jaloux de la grâce, de la « vénusté » de la Balance, de son aisance. Philinte doit bien être un peu Balance. La Balance trouvera au Capricorne trop de raideur; elle ne devinera pas toujours la sensibilité d’écorché vif de ce mauvais coucheur. Bref, ils ont de bonnes chances de passer l’un à côté de l’autre sans se voir.

Capricorne et Scorpion ont entre eux de puissantes affinités, des exigences communes, le sens de l’absolu, de grands desseins, un certain sens du tragique et des angoisses métaphysiques. Le Capricorne étant plutôt masochiste et le Scorpion plutôt sadique (ou auto-sadique, il est vrai), ils ne tardent pas à nouer de secrets et subtils liens de complicité. Dans l’amitié, dans l’amour, le lien n’est jamais banal et le Scorpion parvient mieux qu’un autre à provoquer le Capricorne, à le faire sortir de lui-même, sans pour autant, d’ailleurs, se dévoiler tout à fait à son tour.

Du Sagittaire, le Capricorne aime la noblesse de cœur, la générosité, l’humanité, les élu ns enthousiastes et les émotions profondes. Ils s’aiment bien, s’estiment, se respectent et ont de l’affection l’un pour l’autre. Pourtant, cette union-là est rare, en dépit des intérêts communs, d’une bonne entente intellectuelle. Quelque chose gêne le rapport… Le Jupiter du Sagittaire aurait-il toujours peur de se faire dévorer par le Saturne du Capricorne?

Comment les choses se passent-elles entre deux Capricorne? Bien, en général, dans l’amitié. Il est bien agréable de se sentir compris par quelqu’un qui a les mêmes difficultés à vivre, les mêmes problèmes; de rire des mêmes choses, de se découvrir des goûts communs, des tics communs. D’un seul coup, on se met à avoir un peu d’indulgence pour soi-même, grâce au regard qu’on porte sur l’autre. Mais on peut aussi être irrité de retrouver dans ce miroir tendu des défauts qu’on se connaît et qu’on a déjà du mal à supporter chez soi. Comme si l’autre nous présentait de nous-même une caricature intolérable. Le plus souvent, on se promène ainsi de la complicité souriante à l’agacement agressif. Avec des allers et retours. Il semble bien que cela rende l’amour impossible.

Verseau et Capricorne, en revanche, sont des frères amis, très proches; ils s’intéressent tous deux à mille choses, peuvent échanger toutes sortes de réflexions, d’opinions, se compléter dans le travail, se rejoindre en empruntant des routes différentes. La complicité est certaine; ils ne s’encombrent pas, se comprennent, s’aiment bien. Sans doute à cause de l’échange des maîtrises diurne et nocturne de Saturne et d’Uranus.

Et les Poissons? Rapport étrange, assez mystérieux, fait à la fois d’attirance et de méfiance. Le Poissons insécurise beaucoup trop, affectivement, le Capricorne qui a besoin de se savoir aimé dans la certitude. Le Capricorne ne parvient pas à prendre le Poissons au sérieux. Pourtant, il existe entre eux une communication tacite, un lien qui ne répond généralement même pas à ce qu’ils disent devant témoins l’un de l’autre. C’est leur secret.

Le Capricorne et son Éducation

Une enfance à vide

Dans l’enfance, comment se vit le Capricorne?

Là encore, nous retrouvons nos deux types, chèvre et saturnien, paysan et aristocrate. Je crois néanmoins que l’enfant Capricorne – celui que n’incarne pas le petit taciturne à l’œil sombre, replié sur lui-même et qui, finalement, est rare – est un enfant solide, heureux de vivre mais qui manifeste de bonne heure une sensibilité aiguë, un inextinguible besoin d’affection et de tendresse, et qui réagit par de grands désespoirs dès qu’il se sent frustré. Plus tôt encore, on trouve l’avidité. Les Capricorne de la petite enfance l’expriment alors sans complexe. Quand j’avais faim, avant même de savoir parler, je frappais sur ma table de bébé en criant : « Marmangi, marmangi! » sur l’air des lampions et avec la dernière énergie. On savait que le petit monstre que j’étais allait hurler, jusqu’à ce que « ça vienne », ce mot barbare à relents gargantuesques. Encore le mythe de l’ogre à odeur saturnienne…

Peut-être aussi l’enfant du Capricorne est-il encore très « mêlé » à l’enfant Cancer. Par la gourmandise, le côté pitre. Mais les interférences sont très complexes, difficiles à cerner, très variables aussi. Je connais des petites filles Capricorne rêveuses et délicates comme de jeunes chèvres, j’en connais d’autres, dures et silencieuses, comme de jeunes Saturniennes, et d’autres, enfin, gaies et vivantes, solides et brutales. Celles d’avant la frustration, d’avant le deuil et la souffrance. Mais toutes – et le schéma est le même pour les garçons – ont peur d’être rejetées, d’être mal aimées. Et là, bien sûr, le contexte familial fera toute la différence.

Il est fréquent pourtant (sans doute parce qu’il nous arrive ce qui nous concerne – que les jeunes Capricorne rencontrent précisément de bonne heure des frustrations mal vécues : séparation des parents, manque de tendresse, deuils familiaux, éloignement, pension-prison. Bref, qu’ils rencontrent tôt, d’une manière ou d’une autre, le manque affectif. Cela bouleversera leur vie, unifiera leurs comportements souvent variés et différents au départ. C’est la rencontre du manque qui leur donnera presque toujours leurs traits communs.

Le deuil

J’ai souvent été frappée, par exemple, par le nombre de Capricorne qui ont perdu prématurément un, au moins, de leurs parents. Comme s’ils étaient condamnés à revivre ensuite perpétuellement ce deuil. Pas à la façon du Scorpion, lui aussi concerné par la mort des autres, qui voit mourir autour de lui alors qu’il est adulte (je pense à André Malraux, ce Scorpion Ascendant Capricorne). Le Capricorne, lui, doit surtout vivre cette frustration initiale qui inscrira en lui la culpabilité, puisque tous les psychanalystes savent bien qu’un enfant se sent toujours coupable de la mort de ses parents. Freud prétend que c’est à cause du désir de mort inconscient que l’enfant projette sur ses parents à l’âge oedipien. On peut se demander s’il n’est pas plutôt coupable de leur en vouloir de cet abandon et coupable d’être vivant et d’en jouir alors même que ceux qu’il aime ne le sont plus. Tout cela mêlé, sans doute, dans sa jeune conscience informe. Je n’ai pas échappé à la règle. Bon nombre de mes amis Capricorne non plus.

Je crois, en effet, pour l’avoir vécu et vu vivre, qu’un parent mort constitue un Surmoi écrasant. Il n’est pas possible de trahir ou de décevoir un mort qui nous a aimé. L’exigence peut naître de là. Bien entendu, tous les Capricorne – et c’est heureux – ne sont pas des orphelins en puissance. Mais il est presque sûr qu’ils rencontreront le manque autrement. Et s’ils ne le rencontrent pas, ils l’inventeront!

Une défense de plus : l’humour

A l’adolescence apparaissent presque toujours les problèmes qui font du Capricorne un Saturnien. Il devient exigeant dans la qualité de ses rapports avec les autres. Il se sent plus à l’aise avec les adultes qu’avec ses copains qu’il juge puérils. Il prend conscience de ce qui le différencie des autres et commence à jouer les moralistes, à l’âge où les jeunes Bélier jouent les Zorro. Car l’adolescent Capricorne a, sur le plan psychologique sinon affectif, une maturité précoce qui va activer son sens – et son goût – des responsabilités. Très tôt, il va être porté à prendre en charge son entourage.

Il commence, prématurément, à devenir vieux. Il se choque devant la vulgarité des gestes ou des pensées; il admire la vertu, refuse de participer à des jeux qui lui paraissent stupides. Il devient protestant, janséniste, stoïcien, avec une conscience morale envahissante. Alors, bien sûr, il devient aussi celui vers qui les autres se tournent lorsqu’ils ont besoin d’un conseil. Ils comptent sur son honnêteté et sur ce qu’ils perçoivent comme une forme de sagesse, disons d’une certaine conscience des choses. La mélancolie se fait jour. Il devient lucide et, donc, désespéré. Mais le jeune Capricorne, heureusement, se crée à travers, et grâce, à son sens de l’humour, qui est son premier et plus solide système de défense. Il vaut encore mieux en rire qu’en pleurer… On veut bien prendre la vie au tragique mais surtout pas au sérieux… Les paradoxes fleurissent. L’humour, pour le Capricorne, est vital, avant tout contre-feu, distanciation. Distance encore, qui va peu à peu pousser le Capricorne à s’installer sur Sirius pour tenter de voir les choses de loin, sans passion, sans parti pris. Défense encore.

C’est aussi l’humour qui permet de dire en riant ce qu’on n’oserait pas dire sérieusement. Pour le faire passer, le faire accepter. Non par ironie ou causticité mais par dérision. Non par raillerie ou taquinerie (tout cela est bon pour le Mercurien de la Vierge ou des Gémeaux) mais par quelque chose s’apparentant davantage à l’humour britannique, comme une aristocratie morale, qui passerait par l’absurde. Et plus encore par la distance.

L’adolescent Capricorne ne partage pas la passion du jeune Bélier, par exemple, qu’il juge trop fanatique ou trop sectaire. Trop engagé. Depuis Sirius, on s’engage difficilement. Il y faut au moins la motivation d’une grande vertu, d’un Absolu avec un grand A. Sans perdre la lucidité, qui fait prendre conscience de l’absurde.

Le sentiment, aussi, de n’être pas entendu. Le vox clamavit in deserto très aigu chez tous les adolescents, certes, l’est mais plus encore, me semble-t-il, chez les jeunes Saturniens.

Sentiment précoce de solitude, difficulté de communication, difficulté à dire l’essentiel – cet essentiel pourtant très bien cerné en soi – et qui sera longtemps présente, toute la vie peut-être.

Et puis le « complexe de Cendrillon » déjà évoqué va se consolider. Manque de confiance dans son charme, sentiment d’être mal aimé, qu’on retrouvera tout à l’heure, au moment d’aborder la vie sentimentale du Capricorne.

A l’âge adulte, donc, tous ces traits subsistent. Mais la confiance en soi, née d’une réussite sociale ou d’une certaine reconnaissance par autrui, va décrisper peu à peu le Capricorne. C’est une longue conquête. Les frustrations sont toujours là. Plus aiguës encore. Pas mieux acceptées. La lucidité s’accentue. La complaisance envers soi ne s’accroît guère. On ne s’aime pas et de là naît un certain masochisme, mais avec une conscience de plus en plus claire de ses causes. Le désir s’installe de tenter avant toute chose de « ne pas mourir idiot », comme dirait Wolinski. Enfin, le moins idiot possible…

Le Capricorne et son Travail

« Cent fois sur le métier… »

Le Capricorne ignore la paresse. S’acagnarder, s’attarder au lit le matin, bayer aux corneilles impliquerait sans doute trop de culpabilité, de mauvaise conscience, de peur du vide. Par ailleurs, c’est dans le travail que le Capricorne sait risquer le moins d’échecs. Il se fie certes moins à lui-même lorsqu’il s’agit de sa vie affective. Mais, au labeur, il fait confiance à son jugement, à sa persévérance, à son désir de se prouver à lui-même de quoi il est capable, à sa puissance de travail et de concentration dans l’effort. Ainsi donc, il travaille, trop heureux de remplir son temps, car cet obsessionnel supporte mal l’oisiveté. Le repos, c’est autre chose; c’est la détente nécessaire après l’action, la récupération des énergies. L’oisiveté, c’est la vacuité, l’écoulement stérile des énergies vers l’extérieur… Et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le Capricorne, très souvent, voit arriver les vacances (encore un mot qui contient du vide) avec un peu – ou beaucoup – d’angoisse. Et, s’il est seul, au lieu de s’organiser à l’avance pour combler cette solitude à venir et faire des projets, bien souvent il se refuse à prévoir, pour se retrouver contraint, à la dernière minute, de se réfugier à nouveau dans le travail. Ou bien alors il se programme à l’avance des activités, des travaux qu’il n’a pas eu le temps d’aborder dans la tempête du labeur quotidien. Son rêve? Organiser chez lui, dans sa maison (car ce lieu-refuge lui est important) de vrais « séminaires » où ses amis viendraient travailler ensemble ou à tour de rôle. Car il aime l’ambiance du travail, le sentiment que chacun, à son étage, accomplit une tâche, remplit son temps sans cet horrible sentiment de gaspillage, intolérable à tout bon terrien. « Névrose de travail » ? Sûrement très répandue chez le Capricorne. Mais il sait bien, et lucidement, ce que l’activité lui permet de fuir, quelles angoisses elle lui évitera.

Ce qu’on apprécie en lui quand on l’emploie? Sa conscience professionnelle, son exactitude, son sérieux, son goût pour le travail qui le pousseront éventuellement à faire des heures supplémentaires. Ce côté besogneux que d’aucuns lui reprochent. Il est appliqué à la tâche, c’est vrai, persévérant et, par-dessus tout, il a le sens des responsabilités. Plus on lui en confie, mieux il les assume. Toujours présent à ce qu’il fait. On le dit ambitieux. J’en ai déjà dit un mot. L’ambition c’est ce qui le porte, c’est d’abord un besoin, plus qu’un but; une compensation au manque. Le besoin de « désirer ardemment », d’être porté par quelque chose, une idée ou une évidence. Si cela le fait avancer, pourquoi s’en plaindre? Car comme il est exigeant avec lui-même, cela le porte tout naturellement vers le succès. Arriviste? Parfois. Mais il faut y voir alors une réponse au goût du pouvoir qui, seul, permet de conserver entre ses mains ce que d’autres lui prendraient volontiers. Détenir le pouvoir, pour le Capricorne, c’est bien souvent se protéger contre les agressions d’autrui. Ajoutons-y le désir d’être indispensable, la conscience de savoir mieux que d’autres. Du moins en est-il ainsi dans les cas extrêmes. Mais il faut bien admettre que la terre est encombrée de Capricorne aux ambitions politiques redoutables, que le signe a donné un Staline ou un Mao Tsé-Tung, un Nixon et bien d’autres, et que ce n’est pas un hasard. Tous ne sont pas, comme Anouar al-Sadate, inspirés par Dieu…

Nous rencontrons là l’une des ambivalences du Capricorne qui le mène d’un orgueil démesuré – cet orgueil qui lui fait assumer la solitude et le rejet – à un sincère sentiment d’infériorité qui réintroduit toujours le doute (d’où aussi sa tendance à se cabrer devant la critique). Mais je crois que derrière ce complexe et ce doute il y a toujours l’ambition d’être au-dessus, de valoir mieux, de faire mieux, même si ce n’est ni avoué par lui, ni reconnu par les autres. Car, en même temps, ce doute est profondément vrai, sincère, réel. Par rapport à cette barre placée si haut, bien sûr, le sentiment d’impuissance est toujours aigu. On peut ici, je crois, parler de position aristocratique. Au sens étymologique du terme.

C’est là aussi qu’on trouve le perfectionnisme. Lorsque le Capricorne prend conscience qu’il s’agit d’abord d’orgueil, il finit par accepter le risque de laisser voir, de montrer, de livrer le fruit de son travail. Mais les pièges que lui tend son perfectionnisme sont subtils et il subsiste toujours une zone interdite, fascinante, désirée et toujours reculée, dans laquelle le Capricorne bon teint ne s’autorise pas à entrer.

Le scandale du « gaspillage »…

Une autre force le pousse au travail, nous l’avons vu : l’horreur du gaspillage, vertu terrienne, défaut terrien, comme vous voudrez. Rien n’irrite plus, ne désespère plus un Capricorne que le gaspillage de talents, d’énergies, de temps, d’argent, de tout. On retrouvera cela même en amour. (Et même à des niveaux fantastiquement prosaïques; quel Capricorne est capable de jeter délibérément quoi que ce soit qui puisse encore servir ?). Mais le Capricorne n’aime pas perdre. La perte, c’est pire que le manque. C’est un manque qu’on aurait laissé survenir, dont on serait responsable. Perdre, c’est laisser échapper, voir des forces échapper à son contrôle. Et cela, il le supporte mal. Je crois d’ailleurs qu’il serait plus exact de dire que le Capricorne cherche toujours à contrôler, à maîtriser, à se contrôler, plutôt qu’il ne cherche véritablement le pouvoir. Cela présuppose, chez lui qui doute sans cesse, un fond de certitudes inaliénables. Sans doute un aspect moraliste à partir duquel il se permet parfois de juger tout en prétendant – honnêtement – se l’interdire…

Ainsi donc, l’horreur du gaspillage l’aidera à accoucher le talent des autres, ou à consigner leurs faits et gestes, tel Saint-Simon – car le Capricorne a le goût des mémoires; c’est un témoin passionné et objectif à la fois, qui refuse la destruction de ce qui est, de ce qui a été et qui, de ce fait, en témoigne (c’est aussi Max Gallo 1 écrivant : « Mais que sont les siècles pour la mer? »). Le Capricorne est un conservateur obstiné, un bibliothécaire heureux, régnant sur la masse des souvenirs humains; il fouine dans le passé, avec passion. Et c’est aussi ce qui fait l’historien. Tout cela est sûrement en rapport avec son horreur de la perte et du manque.

De même, le Capricorne jette rarement l’argent par la fenêtre. On le dit avare. Tous ne sont pas « regardants » ou économes, mais s’ils dépensent c’est presque par réaction culpabilisante devant la tentation d’accumuler pour assurer leur sécurité et ces vieux jours auxquels ils sont si fortement tentés de croire. La peur de manquer existe. Et si parfois ils donnent avec générosité et désintéressement, si parfois ils défendent mal leurs droits matériels, c’est presque toujours par peur d’être taxés d’avarice et de cupidité. Ceux qui ont dépassé ce complexe, reconnaissons-le, s’en tirent très bien…

Il y a d’ailleurs dans ce rapport à l’argent bien des choses qui mériteraient analyse. Etre coupable d’en avoir, d’en demander, de réclamer son dû ou de récupérer celui qu’on a prêté, c’est risquer une condamnation ou un rejet. Le comportement reste lié à l’affectivité. Difficulté à demander de l’argent à ceux qu’on aime, facilité à leur en donner. Et derrière cela, peut-être, désir obscur d’acheter l’affection de l’autre ou de l’aliéner… Horreur des dettes, vécues comme humiliantes.

On retrouve ce même comportement devant le temps : horreur de faire attendre; l’exactitude comme point d’honneur et politesse des rois. Respect des autres, certes, mais aussi souci et désir de faire aux autres ce que l’on souhaiterait qu’ils nous fissent. Et, là encore, refus de gâcher et de gaspiller.

Pourtant, les Capricorne se débrouillent dans la vie. Ils travaillent tant qu’ils finissent forcément par thésauriser, puisque, de surcroît, ils ont peu de besoins et que ce ne sont pas des « bêtes de luxe », contrairement aux natifs du Lion, par exemple. Mais l’argent gagné à la force du poignet, à la sueur du front, n’est plus culpabilisé.

Intolérable oisiveté

Leur problème consiste donc à savoir refuser du travail, à apprendre à dire non. Le chômage pour le Capricorne, c’est la pire déchéance, le pire supplice. Ou bien alors il se hâtera de le mettre à profit pour se livrer à une tâche ambitieuse et personnelle. Mais si on veut torturer un Capricorne, qu’on le condamne donc à l’oisiveté!

Sa réussite, il la doit en général à lui-même, à son travail et à ses mérites. Ses échecs, il les doit à son perfectionnisme ou à des moments de découragement, à de brèves pulsions de mort et de destruction qui lui font renoncer parfois à ce qui lui tient le plus à cœur. Toujours la « technique de Job ». Le plus souvent, il est accrocheur, presque malgré lui, collé à son rocher comme l’anatife, persévérant dans une voie presque par inertie, parce que son tropisme personnel l’oriente ainsi. Il avance et, comme dirait Devos : « J’avance le pied gauche, le droit suit, et moi, comme un imbécile, je marche… »

Dans la vie, je ressens souvent, de façon très profonde, cette « inertie dynamique », si j’ose pareille image. Et je pense que mes frères et sœurs du Capricorne me comprendront. C’est de l’ordre de la nature terrienne et minérale du signe, de l’ordre de ces « rêveries de la volonté » chères à Bachelard.

L’impression aussi, parfois, que si rien ne venait de l’extérieur me mettre en mouvement, je prendrais racine là où je suis. Ce que j’appelle le côté indien du Capricorne, ou son côté pierre. Et c’est sans doute à ce trait de caractère qu’on doit d’accueillir avec reconnaissance – voire de susciter – tout ce qui nous pousse en avant, nous contraint à l’action. Voyons maintenant vers quels métiers, vers quelles actions, le Capricorne est naturellement porté, ceux qui sont le plus conformes à sa nature profonde et qui parfois se dessinent déjà dès l’enfance.

Métiers du passé, du pouvoir, de l’altruisme

Citons d’abord les métiers saturniens, c’est-à-dire ceux qui se rattachent au passé, aux origines : l’archéologie, qui a à la fois les attraits d’une recherche sur la trace laissée par l’homme dans la préhistoire et ceux de la découverte, de la fouille : extraire du sol, violer la terre-mère pour qu’elle livre ses trésors qui, à leur tour, interrogeront, questionneront. Un peu aussi, disons-le, le côté éboueur, brocanteur intellectuel… En fait, des métiers faits pour des hommes sans imagination. Même si c’est par elle qu’une compréhension, une appréhension du passé devient possible. Mais le Capricorne se perçoit comme non imaginatif; il a besoin d’un point de départ concret, d’un objet bien réel qui, ensuite, peut-être et avec un peu de chance, mettra en route un processus de recréation.

Même fascination pour la paléontologie, pour l’anthropologie, l’ethnologie, l’histoire, la linguistique, les « langues o ». Tout ce qui exige de comprendre en ajustant patiemment les pièces du puzzle et aboutit parfois à un résultat apparemment infime mais à partir duquel se construiront des théories, se rétabliront des maillons manquants. On y rejoindra également les géologues ainsi que les spéléologues, ceux qui explorent l’intérieur de la terre, ses entrailles secrètes (Michel Siffre est bien Capricorne).

Pour l’esprit, ce sera le goût de la philosophie, de la « quinte essence », de l’essai moraliste ou de la maîtrise stoïcienne. Que l’exploit soit sportif ou qu’il soit intellectuel, la démarche, en fin de compte, est la même.

Parmi les métiers où l’on rencontre de nombreux Capricorne, il faut citer la médecine et les domaines qui en sont proches : psychologie, psychanalyse, biologie, toujours en fonction des techniques de « défrustration-déculpabilisation » déjà évoquées. Être médecin, c’est faire un métier qui paraît reposer sur une « bonne » motivation, une motivation morale : soigner son prochain. Mais on sait aussi ce que l’on y gagne (et je ne pensais pas en terme d’argent) en gratitude, en dépendance de l’autre (eh! oui, qui avouera ce désir secret de voir l’autre dépendre de nous afin qu’il ait besoin de nous, que nous existions dans son regard?) – avec ce que cela a de pesant parfois (et nous permet de nous plaindre, de grogner un peu : « C’est moi ici qui fais tout, personne ne m’aide… « ) —, et en considération, en satisfactions morales et professionnelles, intellectuelles aussi. Un « bon métier », comme on disait autrefois, et qui devient de plus en plus difficile à assumer quand on commence à s’interroger sur tout ce qui constitue les « bons sentiments », les nobles motivations, les intentions généreuses. Mais à tout prendre, qui tiendrait rigueur à Pasteur d’avoir, comme une vraie tête de mule, poursuivi contre vents et marées sa tenace recherche. Il cherchait. Et très probablement il s’abstenait de s’interroger sur ce qui le faisait courir.

Dans les métiers de science, le Capricorne est à l’aise parce qu’il aime la recherche qui se donne un but à long terme et dévore du temps, poursuit sa route sans impatience et surmonte les découragements.

S’il est ingénieur, le Capricorne se préférera agronome ou se lancera dans une recherche dont la technicité ne lui paraîtra pas trop inhumaine, trop « machinique ». Mais, où qu’il soit, on ne tardera pas à lui faire confiance, à lui donner des responsabilités. C’est ainsi, on l’a vu, qu’il gravit les échelons.

Dans le domaine scientifique, le Capricorne a donné de grands noms, tels Benjamin Franklin ou Newton…

Dans les métiers d’argent, il apparaît habituellement comme un bon gestionnaire, honnête et de bon conseil – conseiller juridique, syndic de faillite, expert, banquier ayant bon jugement, saine et réaliste perception des problèmes.

On l’a vu, dans la politique, il fait merveille. Il aime ce jeu, parce que c’est un jeu sérieux, qui engage ; on ne joue pas aux billes ni avec des haricots ! On s’engage dans une lutte, on est tacticien, stratège, général d’armée. Diplomate surtout, économiste, habile négociateur, le Capricorne sait imposer ses vues sans passer pour un dictateur (il y a certes des exceptions, et je pense à Staline). Il met un point d’honneur, dans la politique, à être honnête (il sera souvent un grand fonctionnaire de l’État, à réputation d’intégrité et de rigueur) et construit sa réputation sur une carrière souvent longue. Son image de marque est excellente. Il a à peine besoin de la soigner (Mendès France, Pinay) ; ou bien il passe pour un défenseur de la vertu et de la fidélité (Michel Debré). Si son honneur est attaqué (pauvre Nixon !), le plus souvent il ne sait pas vraiment comment cela est arrivé et il ne s’en remet pas. En général, l’activité politique lui convient à plus d’un titre : on a compris pourquoi.

Dans les arts, et je pense tout d’abord à la peinture, il s’illustrera rarement comme coloriste, mais il s’attachera aux jeux d’ombre et de lumière. Ou alors il s’attachera à la perfection de la reproduction, de l’interprétation du réel, ou encore à la mise en évidence d’un certain tragique de la réalité. (Murillo, Ribera.) Il sera le graveur patient (Gustave Doré) ou le maître du clair-obscur (Fantin-Latour, Eugène Carrière). Ses oeuvres seront rarement des oeuvres d’imagination. Il aimera les effets de forme et de matière. L’architecture surtout correspondra à ses exigences et à son désir d’éternité.

Il se sentira aussi plus à l’aise dans la sculpture, parce qu’elle est de l’ordre du concret, du durable, là encore, de la transformation d’une matière brute (César).

L’art du solitaire

L’écriture, toutefois, constitue le mode d’expression qui lui permet la meilleure exploitation de ses qualités, parce que l’écriture est un travail solitaire, lent, qui va à un rythme qu’il peut imposer lui-même, qu’elle permet la réflexion, l’approfondissement, la sincérité, le jugement ; qu’elle s’appuie sur la distance. Les écrivains du signe ont tous quelque chose en commun – de Montesquieu à Simone de Beauvoir en passant par Léautaud, Saint-Simon, Sainte-Beuve, Strinberg, Tchekov, Henry Miller, Cesbron, Dutourd ou bien d’autres -, c’est que l’imagination n’y est jamais première mais bien plus l’observation, l’analyse, l’introspection et disons aussi, chacun à sa manière, un certain moralisme.

Le Capricorne aimera tenir un journal, noter au fil des jours, observer les « mouvements de son âme » : un des aspects de son narcissisme secret et refoulé…

Parmi les professions capricorniennes, on peut aussi citer l’artisanat. Profession simple, honnête, qui exige une vie paisible, des rapports vrais avec le monde, avec des matériaux nobles, qu’il s’agisse de poterie, de bois travaillé, de tissage ou d’autres activités. Il n’est pas rare que, chez le Capricorne, ce choix s’accompagne d’un « retour à la terre », qu’il ne rate pas toujours… Il aime la vie lente, répétitive, naturelle. Il s’y adapte bien en général; sa décision est mûrie et non le fruit d’un coup de tête romantique.

Le Capricorne n’est pas à l’aise dans l’action pure, même s’il existe dans le signe des hommes d’entreprise (Filippachi). Car il n’a pas, sans correctif important d’autres valeurs planétaires ou zodiacales, le goût du risque. S’il est entreprenant, c’est en créant d’abord une affaire modeste que sa persévérance et sa gestion avisée lui permettra de développer. Il se préférera dans le rôle de conseil. Mais il fait généralement face aux événements et aux circonstances, et, plus encore, aux responsabilités qu’on lui confie.

Il goûtera tous les métiers où on peut faire appel à son jugement et, avec l’âge, il acquiert cette confiance en soi nécessaire à sa réussite. On peut la lui souhaiter tardive car, alors, elle est solide et durable. Ne dit-on pas de celui qui a Saturne au Milieu-du-Ciel ou en Maison X qu’il a intérêt à accéder au succès avec lenteur. Si son succès est trop rapide ou trop précoce, la chute est à craindre. Il a alors intérêt à se reconvertir dans l’un des métiers pour lesquels il est fait, loin des mondanités, de la foule et du bruit.

Les femmes du signe sont sans complexes devant les métiers du Capricorne. Elles estiment avoir des chances égales et sont sûres de pouvoir s’imposer là où elles font leurs preuves, à condition de savoir qu’on leur fait confiance. La carrière est essentielle pour elles, et compense bien souvent leurs échecs affectifs. Elles iront volontiers vers la médecine, la psychologie, l’enseignement, l’artisanat, le droit. A dire vrai, il est peu de métiers où les Capricorne, hommes ou femmes, ne puissent réussir, si l’on excepte ceux qui exigent une grande rapidité de mouvement, de décision et d’exécution, un certain exhibitionnisme ou un narcissisme affiché ou bien encore une agressivité déclarée. Ils n’aiment pas les métiers où l’on vous bouscule, où il faut avoir une idée par jour (laissons cela aux Verseau), beaucoup de mobilité ou être toujours par monts et par vaux. Les Capricorne sont heureux quand ils travaillent dans le silence – ce qui ne signifie pas la solitude —, le calme, la stabilité, la sécurité, avec la possibilité de choisir leur moment pour agir, pour bouger, pour tenter telle ou telle démarche. Heureux après l’effort de confronter leurs idées avec leurs interlocuteurs préférés.

Le travail occupe, dans la vie des Capricorne, hommes et femmes, une place de premier plan. Ce n’est pas par hasard, encore une fois, si le signe est le dixième du Zodiaque, s’il coïncide avec la dixième Maison, celle des réalisations, de la carrière, de la vie professionnelle. Seul terrain à peu près sûr sous leurs pieds. Le travail mobilisera l’essentiel de leur temps et de leur énergie. Car pour ce qui est du reste, de l’amour surtout, le Capricorne doit se préparer à rencontrer des épreuves, à subir des échecs, à assumer des frustrations, dans l’attente parfois d’un bonheur et d’une jeunesse qui « vient si tard ».

Le Capricorne et son Apparence

Comment perçoit-on le Capricorne ?

Physiquement, il existe deux types de Capricorne, deux « races » morphologiquement distinctes et qui tranchent sur d’autres sous-types.

Car tous les astrologues savent que le Zodiaque constitue une typologie avec des tendances morphologiques précises autant qu’une caractérologie d’une richesse exceptionnelle.

Le premier type capricornien évoque la chèvre. Visage long et mince, front « dur », pommettes hautes, grands yeux obliques, nez fin et court. Peut-on rêver chevrette plus représentative que Françoise Hardy? Dans ce type, le visage est sensible, très mobile, parfois le sujet penche la tête sur le côté, ce qui lui donne un air rêveur, mais on le sent en même temps très vigilant, très attentif.

Le second type de Capricorne, c’est celui que domine la coloration saturnienne. Je pense à Pierre Mendès France. L’œil est triste, tombant; tous les traits sont « descendants ». Le nez est long, parfois très long, et contribue à donner de la sévérité au visage. Par-dessus tout peut-être, c’est au « pli d’amertume » creusé de chaque côté du nez et descendant vers les commissures des lèvres qu’on reconnaît le mieux le Capricorne saturnien, ou sourire de « quaker ».

Là aussi le front est haut, la bouche plutôt mince.

Un air de vieillard même dans un visage jeune, qui surprend parfois chez l’enfant du signe, comme s’il traînait déjà un air d’orphelin.

Certains Capricorne sont physiquement forts, charpentés, un peu massifs. Là, c’est l’aspect terrien qui prime, comme chez Charles Péguy, par exemple. Ils avancent comme s’ils avaient du mal à décoller leurs pieds du sol; ils se sentent maladroits dans leurs corps, encombrés de leurs grandes mains, raides. Ils plient difficilement le genou, au physique comme au moral. Manque de souplesse, gaucherie. Mais ils sont costauds et résistants et parfois même fiers de leur force brute à défaut de posséder de l’aisance. Face à ce paysan du Danube, il y a les autres’ : minces, plus mobiles, plus souples ou agiles comme la chèvre grimpeuse. On leur trouve souvent alors de la classe, un air de distinction : le côté aristocrate du signe (Alexandra de Kent, Simone de Beauvoir).

On le lui reproche souvent d’ailleurs, car cette « classe » est ressentie comme une froideur. Ce qui n’est le plus souvent que timidité ou gaucherie est pris pour distance, hauteur, mépris. Le Capricorne, souvent, met mal à l’aise ou intimide. Peut-être parce que d’emblée on a peur d’être jugé par lui. Son regard se fait sévère malgré lui, parce qu’il est naturellement attentif et scrutateur. Pas à la manière fascinante du Scorpion par exemple, mais par une « manière de distance ». Le Capricorne n’aime pas qu’on le bouscule, qu’on l’envahisse. Il n’aime ni la liesse populaire ni les bains de foule, ni la fête. Il aime qu’on « se tienne bien ». La décence.

La réserve. Ni les grands éclats de voix, ni la vulgarité. Il respecte le territoire des autres et entend qu’on respecte le sien. Je pense à ces chevrettes qui deviennent méchantes quand elles manquent d’espace… Pas faites pour le HLM, ni pour les tours, enfin pour les I.G.M… car la tour, celle qui « prend garde de se laisser abattre », « la tour d’ivoire », la tour de guet… celle-là ne lui déplaît pas.

La voix. La voix du Capricorne est particulière. « Vibrante en dessous », dit Conrad Moriquand. Facilement enrouée; un peu cassée, un peu voilée ou sourde (Humphrey Bogart, Louis Jouvet). Elle a son charme. Plutôt une voix blessée, et touchante. Parfois, le Capricorne met en parlant un doigt devant sa bouche, comme s’il avait peur de tout dire, de laisser échapper un secret. Peur et désir de briser sa loi du silence. Peur et désir d’être entendu.

Ainsi le Capricorne est-il souvent perçu par ceux qui le voient pour la première fois comme un personnage un peu en retrait, d’accès difficile, sinon rébarbatif. Pourtant, on le verra plus loin, c’est sans doute l’un de ceux qui a le plus de naturel, le plus de simplicité réelle dans son comportement, une fois dépassées sa timidité et sa réserve premières.

Le refus du maquillage

Le Capricorne en effet n’est pas comédien. Puisqu’il a horreur du jeu, de l’artifice. Il ne demande qu’une chose : pouvoir être lui-même, en toute spontanéité. Il n’apprécie pas les ronds de jambe, les jeux de la séduction, le maquillage. Il a horreur du déguisement – alors que le jeune Cancer, par exemple, placera le déguisement au centre de ses jeux.

Je me souviens à ce propos de mes conflits avec ma sœur, qui est Cancer; enfant, elle passait ses journées à vider les malles et à s’affubler d’oripeaux qui faisaient d’elle une princesse ou une reine… et moi, je râlais tant et plus, suivant le cortège et clamant à voix haute que j’en avais marre d’être toujours « infirmière ou bénévole », alors que je n’avais qu’une envie : jouer tranquillement dans le jardin, toute seule, avec mes escargots bien-aimés.

Le maquillage, pour le Capricorne, est un masque et il déteste qu’on lui oppose un visage à déchiffrer, une vérité qui se dérobe. Dans tous les sens du terme, il a horreur d’être trompé.

Un ami me disait un jour : « la persona, c’est le masque. Si tu refuses le masque, si tu le retires, tu n’es même pas une personne! » Ça dérange, j’en ai bien conscience.

C’est, là aussi, je crois, qu’il faut voir le côté brutal du Capricorne. Brut. Brutal. Dans ses gestes même, parfois, le Capricorne est maladroit. Malgré moi, j’en conviens (et je sais que je partage ce besoin avec bon nombre de mes frères et sœurs du signe), j’ai souvent envie de dépenser mon énergie avec brutalité, de me battre – pour rire – pour défouler ces forces et des agressivités réprimées. Peut-être aussi pour dire à l’autre de cette façon-là qu’on existe et qu’on souhaiterait qu’il s’en souvienne, parce que les mots, c’est bien plus difficile à manier.

Le Capricorne et sa Santé

Le Capricorne n’est habituellement pas très à l’aise dans son corps, comme tous les êtres qui ont du mal à s’accepter, à s’aimer. Mais il y a évidemment des exceptions, en particulier chez tous ceux qui décident d’asservir leur corps à leur volonté. On aura alors, face au sédentaire obstiné et « encrassé », le sportif décidé à relever les défis qu’il se lance à lui-même, à exiger de lui le maximum, à s’imposer les plus durs efforts. Et cela devient aussi une ascèse (on pense à Mimoun, à Anquetil).

D’autres motivations à se soigner et à entretenir son corps naissent de la peur de la maladie et de la mort. Il faut conserver le plus longtemps possible un organisme en bonne santé. Il faut durer dans les meilleures conditions possibles.

L’autruche hypocondriaque

Le Capricorne n’oublie jamais la présence de la mort et il est intéressant de voir en quoi et comment il fait partie, avec le Scorpion et le Cancer, des signes les plus hypocondriaques du Zodiaque. Chez le Scorpion, il s’agit essentiellement d’un rapport direct à la mort, de la fascination qu’elle exerce sur lui et en même temps de la nécessité d’apprivoiser les tendances autodestructrices qui se font jour dans ce signe. Mais, dans la dialectique CancerCapricorne, on rencontre une hypocondrie qui se manifeste sur un tout autre mode. Chez le Cancer, on découvre tout un théâtralisme de la maladie.

Le Cancer a mal partout, s’inquiète, cherche à se rassurer, à être rassuré, en consultant vingt médecins. Il souffre de façon spectaculaire et utilise son art de « somatiser » – c’est-à-dire de traduire ses conflits au niveau du corps – pour exercer sur son entourage un chantage souvent efficace. Car il attendrit. C’est l’enfant qui a besoin d’être pris en charge, rassuré par des images parentales dotées du pouvoir d’exorciser le mal.

Chez le Capricorne, il s’agit d’une hypocondrie inverse. C’est celle du vieillard cette fois. De celui qui préfère ne consulter personne tant il a peur qu’on lui annonce qu’il a bien « quelque chose », ce quelque chose ne pouvant être que tragiquement menaçant. D’une certaine façon, plus défaitiste que le Cancer, il se croit condamné avant même de savoir s’il est vraiment malade. Alors, il opte pour la politique de l’autruche. Ce qui l’aide aussi à nier la maladie et parfois même à dépasser ses troubles pathologiques. De là également, sa propension au stoïcisme, son refus de « s’écouter », de se coucher, de se « voir » malade. Car s’il le sait vraiment, s’il ne peut plus se le cacher, il n’échappe pas à la peur du pire. En refusant le mal, il tire de ses ressources vives le maximum. Alors, il se retranche derrière la certitude apaisante que le Capricorne est fait pour vivre vieux et qu’il enterrera tout le monde.

Cette certitude n’est pas totalement injustifiée puisque nous avons vu qu’il avait tendance à rajeunir en vieillissant et qu’il se porte habituellement mieux adulte que jeune.

Mais il doit tenir compte de certaines faiblesses constitutionnelles, d’un terrain qui n’est pas exempt de défauts.

Le Capricorne, en tant que saturnien essentiellement, est sujet à tous les troubles nés d’un ralentissement des échanges, d’un encrassement général. Cela aboutit assez rapidement au terrain arthritique – dont les médecins vous diront qu’il est le plus favorable à la longévité – et aux rhumatismes. Si on arrive loin, on se demande parfois dans quel état!

En effet, le Capricorne est sujet à la sclérose, voire à l’artériosclérose, aux vieilles douleurs, au durcissement des artères, à la déformation du squelette, à l’arthrose… Le voilà tout perclus, mais il a néanmoins « bon pied bon œil », en général, jusqu’à un âge avancé. Un peu voûté, un peu tassé, mais encore vaillant et l’esprit bien vert.

Avant d’en arriver au rhumatisme, il se contente habituellement d’être raide.

Raide comme un bout de bois

Je me souviens, enfant, de professeurs de danse qui avaient eu la folle prétention de me faire faire le pont. Je devais avoir cinq ou six ans. J’avais été si terrifiée que j’avais hurlé de toutes mes forces : au secours! on me casse les os! J’en ai gardé une durable aversion pour la gymnastique et pour tous ces mouvements qui m’apparaissent toujours comme profondément contre nature!

Parmi les troubles « classiques » du Capricorne, il importe de mentionner les troubles digestifs – le plus souvent psychosomatiques – et habituellement situés au niveau du gros intestin ou du côlon. Ce sont les fameuses colites qui vous plient brusquement en deux de douleur, lorsque, comme par hasard, quelque chose ne va pas sur le plan moral. Mais il est fréquent que ces troubles digestifs s’atténuent avec l’âge.

Le Capricorne – comme le Cancer – se situe sur un axe allergique, avec une prédisposition marquée pour les « humeurs crasses », les eczémas, herpès, démangeaisons de la peau, alors que le Cancer aura plus fréquemment de l’urticaire ou du psoriasis.

Une de mes amies, Capricorne dotée d’un Ascendant Capricorne, a connu, dans sa jeunesse, toutes les formes d’eczéma possibles et imaginables. Dans sa famille, seuls son père et une de ses nièces, également Capricorne, ont eu aussi de l’eczéma. C’est là où on peut assurer que connaître l’hérédité astrale d’un individu aide à mieux définir son terrain biologique et ses prédispositions.

Les allergies à soi-même

Jean Carteret prétend que l’allergie est une « maladie de l’essence » par opposition aux « maladies de l’existence ». Je crois surtout que les allergiques appartiennent à une race d’individus qui refoulent leur agressivité ou la contrôlent de façon excessive. Ce qui ne sort pas en parole, ou en geste, sort en plaie ou en démangeaison. Le docteur Barbara Brown, dans un remarquable ouvrage : New Mind, New Body, évoque ce qu’elle appelle le « langage de la peau ». Celle-ci serait un lieu d’échange privilégié qui traduirait ou reproduirait toutes les émotions, contrariétés, les agacements trop bien maîtrisés. Il faut bien que la colère passe quelque part; alors la peau exprime par une rougeur ou une ulcération tout ce qui ne parvient pas à être dit.

Je me souviens d’une plaque d’eczéma dans ma main droite – exclusivement – qui disparut quand je réalisai que j’avais réprimé un violent désir de gifler quelqu’un de mon proche entourage. Ce que je n’avais évidemment pas fait. La main m’avait « démangé » et la démangeaison, faute d’exutoire, y était restée.

On assiste d’ailleurs souvent à des déplacements de la maladie, bien connus des médecins. Mais l’astrologie permet de savoir en quel lieu du corps peut s’opérer le déplacement. Ainsi, le fait d’éviter ou de guérir l’allergie provoquera souvent des maladies digestives. C’est pourquoi des psychosomaticiens avertis s’efforcent parfois de conserver une petite zone d’eczéma sur le corps, véritable « poubelle » qui permettra de se libérer d’un certain nombre de toxines physiques et psychiques.

On se souvient de l’ouvrage d’Henry Miller – ce Capricorne —, exécutant dans Un diable au paradis son ex-ami Conrad Moriquand, Capricorne lui aussi et astrologue, qui souffrait d’une gale tenace aux jambes qui empoisonna toute la fin de son existence.

Mal à genoux

On se souvient aussi de Kepler et de la cohorte de ses maux.

La tradition astrologique qui attribue à chaque signe du Zodiaque une zone précise du corps réserve au Capricorne le genou. Entre la cuisse-hanche du Sagittaire et la jambe-cheville du Verseau, avant d’atteindre le pied des Poissons. Pourquoi le genou (le je-nous, dirait le psychanalyste Serge Leclaire)? Point d’articulation toujours douloureux chez l’orgueilleux. S’agenouiller, plier le genou, reconnaître l’autorité et la puissance d’un autre, supplier – « Que ne sommes-nous tombés ensemble à genoux? », dira le poète Jules Laforgue, – toutes choses auxquelles le Capricorne a le plus grand mal à consentir. Cette raideur du genou est une raideur de l’âme, un refus de servitude, le choix d’être debout. Jusqu’à l’absurde.

J’ai été par ailleurs – est-ce un hasard? – frappée de constater sur les boucs une zone dénudée, usée, écailleuse, juste localisée au genou. Point faible du bouc? Pourquoi pas? Puisqu’on en fait l’incarnation du Diable, il est assez facile d’imaginer qu’il n’est point fait pour prier à genoux…

Une autre faiblesse classique du Saturnien est traditionnellement attachée à la mâchoire supérieure, celle qui ne bouge pas et qui désignera d’ailleurs Saturne dans le codex astrologique aztèque : une belle mâchoire supérieure blanche, dénudée jusqu’à l’os, symbole de durée, d’immobilité et de réduction à l’essentiel.

Dans les faits, il y aura parfois chez le Capricorne des douleurs dentaires, des caries, des déchaussements…

ou des dents surnuméraires, mais ne poussant que dans la mâchoire supérieure.

Un bon marcheur

Pour mieux se porter, il est évident que le Capricorne a intérêt à éviter par tous les moyens la sclérose et l’intoxication. Il devra donc, même s’il n’aime pas le sport, faire au moins de la marche à pied. Cette activité physique se déroule à un rythme qu’il choisit, qui lui convient et qui lui plaît.

Il aimera aussi le cheval, les sports qui lui permettent de garder un contact avec la nature. Lorsqu’il a beaucoup de courage et qu’il est plus « philobate » qu’ « ocnophile », selon les jolis termes inventés par M. Balint dans les Voies de la régression (éd. Payot), il peut se lancer dans l’escalade, la varape, l’alpinisme. La montagne, en activant ses échanges respiratoires et autres, l’aide à se « décrasser ».

En outre, l’activité physique lui permet de lutter contre sa très grande frilosité (morale aussi bien que physique!). Au lieu de vivre à l’intérieur de sa cheminée, rêvant du poêle de Descartes et jouant les salamandres, il a intérêt à activer sa circulation sanguine, habituellement déficiente.

Il doit aussi éviter, sur le plan alimentaire, les abus auxquels il aurait parfois tendance à. Il doit aussi éviter, sur le plan alimentaire, les abus auxquels il aurait parfois tendance à se livrer pour compenser ses frustrations affectives ou sexuelles… tant qu’il n’a pas atteint les dimensions de l’ascète, bien entendu! Mais il en va ainsi avec lui : ou bien il n’a pas le courage de renoncer à quoi que ce soit, ou bien, frustré pour frustré, il passe à l’extrême et décide de se passer de tout!

Il ne doit pas boire trop d’alcool, ni consommer trop de sucre et d’hydrates de carbone, ni absorber trop de viandes chargées de toxines. De fait, il peut très vite s’habituer à une nourriture spartiate, faite de laitages, de fromages et de crudités. Il aime aussi les céréales, le céleri, les fruits cuits – notamment les pommes – et préfère les plats simples aux mets trop raffinés.

Le lent carbonique

En médecine homéopathique il répond au type carbonique, ainsi décrit par Léon Vannier’ : « Le carbonique se caractérise par sa rigidité, sa raideur. Dans ses mouvements, il est lent; sa démarche est lourde, régulière, toujours égale. » Il pourra prolonger un effort musculaire pendant des heures mais ne supporte pas qu’on l’arrête. « Intelligent ou obtus le carbonique est toujours lent dans la compréhension. » Sa dynamique se caractérise par l’endurance, la résistance et sa capacité de se régler, de se discipliner. Sa raideur indique qu’il a besoin d’exercices physiques quotidiens à condition qu’ils soient réguliers (natation, marche à pied, aviron).

« C’est un opiniâtre. On retrouve la rigidité dans le caractère, avec une grande patience, une obstination, le sens de la discipline et de l’ordre, le besoin de sécurité et le désir de construire, d’organiser. C’est un être qui surprend par la violence de ses réactions à des situations qui ne correspondent pas à ses prévisions et à ses certitudes. Sa froideur, sa franchise brutale, sa dureté l’isolent des autres, même si ces traits extérieurs peuvent s’accompagner d’une grande sensibilité affective. Mais, là encore, la volonté domine : il réprime ses sentiments, ne supporte pas d’être consolé et refoule ses émotions, peines ou joies. »

Certains médicaments homéopathiques répondent plus spécifiquement au tempérament saturnien, notamment lycopodium et calcarea carbonica. En ce qui concerne lycopodium, voici dans ses grandes lignes les traits qu’il recouvre : esprit pénétrant mais indécis et manquant de confiance en soi. Entreprend avec appréhension, fatigable; s’attache à de petits détails. Sommeil agité, troué de sursauts. Idéation vive mais en vieillissant il y a engourdissement cérébral, psychasthénie, perte du goût de l’action. Souvent il sourit sans être gai. N’a aucune confiance en soi et s’exagère les responsabilités. Hypersensible; la femme surtout; pleure à la moindre émotion. Susceptible; irritable; tendance à la colère mais « rentrée », alors que l’éclat le soulage. Assez dépourvu d’autocritique et supporte mal la contradiction. Parfois tyrannique. Bien que taciturne et ayant « horreur des gens », craint la solitude et aime sentir une présence auprès de lui. Timide. Perd ses moyens en public ou a conscience d’une difficulté d’expression mais violence verbale. Peur, anxiété. Hypersensible au bruit, aux odeurs, aux températures extrêmes, au toucher. Mal disposé au réveil : la mise en route améliore son état. Aggravé en fin d’après-midi, à l’ « heure du foie ». Bien que frileux, aggravé par la chaleur. Désir de sucre, de sucreries. Faim vorace mais vite rassasié. Amélioré par les boissons et les aliments chauds, par le mouvement lent et modéré.

Le psychisme est influencé par les colères, les vexations, les déceptions d’ordre affectif, la peur ou la sensation d’insécurité matérielle. Les causes des troubles sont souvent liées au surmenage mental, aux erreurs alimentaires, à la psore et au tuberculinisme.

Cela dit, le Capricorne carbonique et lycopodium a tout de même de la résistance et s’il conserve une activité régulière, nécessaire à son équilibre psychique, il peut très bien faire de vieux os encore assez verts.

Psychologiquement, le Capricorne doit toutefois apprendre à ne pas présumer de ses forces. Il a tendance à en faire trop, à, ne pas « savoir » d’emblée qu’il en fait plus qu’il ne peut, à ne pas vouloir s’arrêter alors qu’un simple état de fatigue, justifié par le surmenage, éveille très vite en lui une angoisse morbide.

Le Capricorne, si on doit lui attribuer comme à tout un chacun une structure névrotique privilégiée, appartiendrait plutôt au type obsessionnel, parfois phobique, plus rarement hystérique, paranoïaque ou schizophrénique.

La peur de l’abandon

Souvent, il souffre d’un syndrome d’abandon ou névrose d’abandon, terme dont diront J. Laplanche et J.-B. Pontalis dans le Vocabulaire de la psychanalyse (PUF) : « introduit par des psychanalystes suisses pour désigner un tableau clinique où prédominent l’angoisse de l’abandon et le besoin de sécurité. Il s’agit d’une névrose dont l’étiologie serait précedipienne. Elle ne correspondrait pas nécessairement à un abandon subi dans l’enfance ». L’insécurité affective serait fondamentale, liée à la recherche d’une sécurité perdue qui renvoie à la fusion primitive avec la mère, à une gloutonnerie affective et une intolérance particulièrement aiguë aux frustrations. Les symptômes d’angoisse, d’agressivité, de masochisme et de sentiment de non-valeur dominent le tableau.

Quant à la névrose obsessionnelle, toujours selon Laplanche et Pontalis : « Le conflit psychique s’exprime par des symptômes dits compulsionnels : idées obsédantes, compulsion à accomplir des actes indésirables, lutte contre ces pensées et ces tendances, rites conjuratoires, etc., et par un mode de pensée que caractérisent notamment la rumination mentale, le doute, les scrupules et qui aboutit à des inhibitions de la pensée et de l’action. » L’obsessionnel souffre d’un Surmoi particulièrement cruel et tyrannique. Pour les lacaniens, on ne peut définir l’obsessionnel sans le rattacher à la mort, à la menace que celle-ci constitue.

Le trou de la mort

Être obsessionnel, c’est vivre avec la hantise du « trou de la mort », de cette béance dans laquelle le sujet s’annihile, retourne au néant. Alors, il lui faut boucher ce trou par tous les moyens. L’hyperactivité en constitue un, et l’un des plus efficaces. C’est le côté besogneux, laborieuse bête de somme, qui ne sait pas déléguer, éprouve le besoin de vérifier le travail accompli par les autres – auxquels il ne fait pas vraiment confiance. Parfois aussi on trouve l’avarice, puisque si le temps c’est de l’argent, on peut plus sûrement encore dire que l’argent, c’est du temps. Celui qui a de la fortune jouit de la possibilité de vivre davantage, de ne pas s’enfermer dans une existence étriquée, amenuisante. Et puis, l’argent n’est-il pas avant tout la sécurité, celle-là même qui assure une survie, une durée, un prolongement d’existence organisé et prévisible, donc rassurant.

Molière – qui était Capricorne – a mieux qu’un autre décrit les affres d’Harpagon. Enfin, on trouve chez l’obsessionnel – un homme le plus souvent – l’immobilisme, la peur de ce qui bouge, car ce qui bouge évolue vers l’entropie et vers la mort, et entraîne une tendance à l’ordre, à l’organisation minutieuse qu’on retrouvera à l’excès chez les Vierge, ces autres obsessionnels. L’ordre, c’est aussi l’immobilité. Léon-Paul Fargue l’avait bien compris, lui qui, dans son Apologie du désordre disait : « L’ordre est une arrivée, le désordre est un départ… »

La manie vérificatrice – les clés dont on s’assure trois fois qu’on les a bien emportées —, fait également partie de ce besoin de sécurité, de cette peur de voir le monde devenir menaçant et hostile, de se perdre, d’être à la rue, de ne pas retrouver sa route.

Mais, chez les femmes du signe, c’est souvent la phobie qui l’emportera, phobie de la maladie ou autres phobies, la peur irraisonnée qui devient obsédante, contre laquelle la raison ne peut lutter et qui est de la nature de l’angoisse. Parfois on trouvera trace chez le Capricorne « malade » d’une tendance à la persécution (on se moque de moi, on dit du mal de moi, etc.).

Le Capricorne n’est à l’abri ni du pessimisme ni du découragement, ni de la dépression, ni de la mélancolie. Il ne s’agit jamais alors de dépression « agitée », maniaque, mais, au contraire de pétrification, d’immobilisation, d’aboulie, d’enfermement. La solitude, alors, est à rejeter, d’autant plus violemment qu’elle est désirée (je préfère m’enfermer, rentrer dans mon trou, m’installer au fond de ma coquille).

Un faux solitaire

Une tenace légende fait des Capricorne des solitaires heureux de l’être. Rien de plus faux. Le Capricorne n’est un solitaire que par orgueil. Ou par défi. Il peut prendre sur lui, par souci de dignité, parce qu’il ne sera pas dit qu’il appellera au secours, pour faire « comme si ». Mais il a trop besoin de se sentir utile, d’avoir quelque chose à faire pour les autres, il est trop frustrable, pour aimer avec honnêteté la solitude. Il a besoin – et c’est différent – de silence et de calme pour recharger ses batteries, parce qu’il est vrai que le bruit l’épuise et que, de temps en temps, il doit être seul pour faire le point. Mais ce n’est pas un ermite à long terme.

Tout au plus peut-il choisir la « technique de Job » déjà mentionnée à propos de Saturne, par désespoir et renoncement, mais jamais sans un arrière-fond d’amertume, quoi qu’il en dise.

Il est vrai que, lorsqu’il va mal, le Capricorne a tendance à se replier sur lui-même, à faire le vide autour de lui, pour ne pas imposer aux autres un spectacle qui l’humilie et lui fait horreur – et qui, à ses yeux, le conduirait rapidement à être rejeté davantage.

Disons que le Capricorne souffre de dépression passive – si passive qu’il n’en a parfois même pas conscience – et qu’il connaît la rigidité et les blocages qui interviennent dans sa communication avec les autres, aussi ardemment désirée soit-elle.

Car, là encore, on ne peut échapper à l’ambivalence d’une attitude devant la mort. Abhorrée, refusée, repoussante à ses yeux, promesse d’anéantissement, de froid, de destruction, la mort peut être si présente dans l’esprit du Capricorne qu’elle mobilisera une grande part de son énergie. Il sait qu’il ne peut y échapper, alors il tentera de toutes ses forces de l’apprivoiser, de l’accepter, de devenir capable de l’accueillir avec dignité. Et parfois encore, toujours en fonction de la technique de Job, d’aller au-devant d’elle, de céder à des pulsions de mort pour cesser d’avoir peur et de rejoindre le seul absolu acceptable.

Mais, dans l’ensemble, les sujets du Capricorne ne sont pas suicidaires. Et la pulsion vitale, l’enfant Espérance, chère à Charles Péguy, cet autre Capricorne, demeure presque toujours la plus forte. Le désir de durer l’emporte.

La vieillesse devient parfois pour le natif un moyen de se réconcilier avec la mort, de dépasser la déchéance, de s’accepter lui-même. Paradoxalement, il y est aidé parce qu’il ne peut plus exiger l’impossible.

Et puis Saturne, maître du signe, n’est-il pas représenté sous les traits d’un vieillard plein de sagesse, n’est-il pas, en astrologie – et lorsqu’il est bien soutenu – la plus belle promesse de longévité? Alors, tant qu’à faire, autant bien occuper sa vieillesse et s’installer avec optimisme dans l’éternité!

Le Capricorne peut devenir philosophe, sage, ermite, mais il recourt rarement au mysticisme ou à la foi du charbonnier. Alors, avec le temps, il apprend à tirer de son grand âge les quelques avantages qu’il peut lui offrir et un peu de ce détachement dont il n’a cessé d’avoir la nostalgie.

Les Astromariages de la Femme Capricorne

Femme Capricorne et homme Bélier

C’est assez difficile de les unir. Mêmes remarques que pour l’homme Capricorne et la femme Bélier. Il y a d’un côté la sagesse, le sens profond et enraciné du devoir, des responsabilités, de l’autre une nature piaffante, instinctive et souvent limitée au présent, à l’instant même. Peu de points communs.

Femme Capricorne et homme Taureau

Là, c’est du solide, du tangible, du palpable. La femme Capricorne organise et contrôle le confort de son homme Taureau. Elle gère et administre la maison qu’il décore et aménage à son goût (Vénus), elle range et classe les disques qu’il écoute avec délices, elle sait lui choisir les livres qu’il use et corne avec jouissance, elle lui prépare les mets dont il se régale et auxquels elle ne touche pas. Il y a de bonnes bases dans ces deux signes de Terre, malgré la restriction générale que s’impose notre dame Capricorne.

Femme Capricorne et homme Gémeaux

Ils s’attirent parfois, s’unissent rarement et ne durent qu’exceptionnellement L’homme Gémeaux a encore moins d’interdits que la femme du signe, ce qui le rend instable affectivement, folâtre, extrêmement peu fiable. Il aime le flirt et a besoin de changement en amour. Elle qui recherche tellement le roc, le seul amour, celui qui dure toute la vie, elle risque d’être fort malheureuse avec lui, sauf si un Ascendant « Terre » ou des aspects forts dans son thème le retiennent au sol.

Femme Capricorne et homme Cancer

Elle est à son opposé : pure et dure, intransigeante, froide, persévérante, alors que lui, sensible, imaginatif et parfois changeant, ne sait jamais très bien ce qu’il veut. Pourtant, ces deux êtres s’attirent, en vertu du principe que les extrêmes se touchent : elle est confondue par sa vulnérabilité juvénile, par ses caprices, par ses humeurs légèrement versatiles, il est fasciné par sa solidité à toute épreuve, son endurance, son ambition froide et sa raison. C’est un astromariage de qualité (voir « Homme Capricorne et femme Cancer« ).

Femme Capricorne et homme Lion

Voilà deux êtres qui ont une certaine ambition sociale et qui peuvent s’unir pour une carrière commune. Leur vie privée est loin d’être intimiste, elle n’aimant que la solitude et lui recherchant le monde, les relations, voire les mondanités. Elle fait un effort pour recevoir chez elle des gens qui serviront la carrière de son mari ou la sienne. Mais il ne faut pas lui en demander plus. Dans la vie à deux, ils ne vivent guère les mêmes sentiments, ni le même amour. Ce sont des parallèles affectifs.

Femme Capricorne et homme Vierge

Deux signes de Terre ensemble, c’est toujours bon. On peut être sûr, déjà, de la similitude de leurs buts et de leurs motivations. Tous deux recherchent des relations qui durent, des situations stables, des sentiments profonds. Elle risque d’avoir plus d’ambition que lui ou plus d’envergure, plus d’assurance dans le choix de sa carrière, ce qui, alors, peut augmenter le sentiment d’infériorité de notre homme Vierge. Mais il n’ y a pas de vrais problèmes entre eux.

Femme Capricorne et homme Balance

Elle peut être fascinée par la grâce, l’habileté tendre et artiste de l’homme Balance. Elle peut être tentée, avec ses gestes et ses mots un peu maladroits, de lui déclarer son amour. Il se laisse choisir et « programmer » par elle avec une certaine reconnaissance. Parfois, il lui échappe pour une petite aventure, sans lendemain, ou pour un caprice, ou parce qu’elle est vraiment trop possessive et qu’il étouffe. Mais il revient toujours : sa constance et sa ténacité le surprennent tellement!

Femme Capricorne et homme Scorpion

Il y a des points communs : un certain goût des belles choses, lui pour en jouir, elle parce que les belles choses durent. La possessivité, aussi; un peu froide et inhibée d’un côté, passionnelle et tyrannique de l’autre. Mais il a une sensualité souvent assez exigeante, alors qu’elle est de nature plutôt austère, quand elle ne se prive pas volontairement de tout ce qui peut lui faire plaisir. D’où certains conflits sourds ou… plus apparents.

Femme Capricorne et homme Sagittaire

La femme Capricorne a tendance à accepter davantage les frasques et les aventures de son Sagittaire que l’homme Capricorne celles de sa femme Sagittaire. Elle est profondément fixe, fixée à son toit, à ses meubles, à ce qui lui appartient, ce qui ne va pas tellement avec le Sagittaire, mais du moment qu’il revient toujours… Cela dit, ce n’est pas le couple idéal : ils n’ont pas les mêmes objectifs, ils ne cherchent pas la même existence, et la complicité se révèle entre eux presque impossible puisqu’ils ne parlent pas le même langage.

Femme Capricorne et homme Capricorne

Comme pour tous les signes qui s’assemblent entre eux, il s’agit d’une union par affinité plus que par complémentarité. Ils ont les mêmes qualités d’ordre, de mesure, de réserve, d’ambition calme, d’exclusivité affective, de stabilité, d’austérité morale. Ils s’apprécient mutuellement pour les mêmes raisons. La route est calme et sans véritables embûches.

Femme Capricorne et homme Verseau

C’est un mariage possible si le métier de l’homme Verseau le fait souvent bouger, vers d’autres horizons, de nouveaux visages et si elle n’est pas obligée de le suivre. Tous deux « fixes », ils peuvent alors se retrouver avec bonheur, car c’est un effort pour elle que de rencontrer des personnes inconnues, de s’exposer à de nouvelles situations ou de nouvelles contrées, tandis que, pour lui, c’est un besoin, plus fort parfois, que le besoin d’amour. L’union est vraiment réussie si les sentiments se transforment en amitié.

Femme Capricorne et homme Poissons

Que d’attirance, toujours, entre les signes de Terre et les signes d’Eau! Surtout ces deux-là. Il faut reconnaître qu’ils se complètent tellement bien : l’une apporte à l’autre sa méthode, son sens de l’ordre en toutes choses, sa volonté, sa persévérance, son obstination ambitieuse; l’autre lui donne en retour son imagination un peu folle, sa sensibilité, ses dons artistiques, sa fécondité et sa richesse spirituelle. Il y aurait beaucoup à dire sur la fascination qu’ils exercent l’un sur l’autre…

Les Astromariages de l’Homme Capricorne

Homme Capricorne et femme Bélier

C’est comme essayer de rassembler la terre et le feu : ils sont fondamentalement de nature différente. Ils ne perçoivent, l’un de l’autre, que les défauts : parcimonie, austérité, réserve, et sens des projets à long terme pour l’un; impulsivité, passkua, rapidité, chaleur humaine et action dans l’instant pour l’autre. 11 vaut mieux tenter, s’il naît une sympathie entre eux, de la transformer en amitié.

Homme Capricorne et femme Taureau

Voilà deux signes de Terre, qui ont en commun le goût des murs solides, d’un territoire bien à eux; ils sont tous deux possessifs et jaloux. La différence réside dans la façon de goûter aux choses : le Capricorne a besoin de posséder pour être rassuré, pour ne pas risquer que tout lui soit enlevé, alors que le Taureau possède les êtres et les choses pour en jouir pleinement. Et peut-on jouir pleinement de quelque chose qui ne vous appartient pas ?

Homme Capricorne et femme Gémeaux

C’est l’alliage de la vieille âme et du jeune farfadet, de la sagesse posée et de l’inconscience légère, de la gravité et d’une certaine indifférence. L’homme Capricorne peut être attiré par cette antithèse de lui-même, par l’humour joueur et facétieux de la dame Gémeaux, par son astuce, son sens de la répartie, sa désinvolture et, disons-le, sa grâce en toutes choses. Mais des difficultés relationnelles risquent d’apparaître à cause de la disparité des caractères.

Homme Capricorne et femme Cancer

Ces deux-là se marient souvent et ils n’ont pas tort : l’eau arrose la terre, la rend féconde, l’enrichit. Tous deux aiment la sécurité, qu’elle soit affective (pour la dame Cancer), matérielle (pour l’homme Capricorne) et professionnelle (pour les deux). Elle lui donne quelque chose qu’il ne sait pas demander : la tendresse. Il lui apporte quelque chose dont elle ne peut se passer : la stabilité. Ils sont fidèles l’un à l’autre, et forment un vrai couple durable.

Homme Capricorne et femme Lion

A nouveau la terre et le feu se rencontrent. Ou ne se rencontrent pas. Car il n’y a guère de points communs entre la réserve raisonnable et raisonneuse du Capricorne et l’expansivité un peu « star » du Lion. Le Capricorne risque de se sentir mal à l’aise et traqué dans la maison de la Lionne, ouverte à tous. En outre, elle a besoin d’être sous les projecteurs, le point de mire d’une assemblée, quitte à former un attroupement dans la rue, ou au cinéma, ou ailleurs. Et lui a plutôt besoin de discrétion; bien qu’il soit fort ambitieux, il agit avec une grande économie de moyens. Alors?…

Homme Capricorne et femme Vierge

Excellente combinaison : deux signes de Terre, deux signes graves, deux signes de devoir. Ils ont la même conception : un seul amour, fidèle, durable, dépourvu des folies intempestives de la passion aveugle. Ils s’aimeront calmement, peut-être sans fantaisie, mais avec le même goût des objets en matières brutes, des maisons aux murs solides, de la terre à cultiver, à jardiner, à potager. L’ambition du Capricorne est, en outre, admirablement servie par le désir inquiet qu’a notre Vierge de se rendre utile, de participer, dans l’ombre, à l’ascension de son mari.

Homme Capricorne et femme Balance

Il est stable dans son affection, absolument pas démonstratif, peu tolérant et extrêmement exigeant. La Balance, elle, a besoin de preuves constantes et manifestes de l’amour, de la tendresse qu’on lui porte; elle est follement tolérante – à la limite, peut-être, de la compromission —, elle respecte l’autre dans son intégrité sans chercher à le changer. Ils apparaissent donc comme étrangers, en quelque sorte, l’un à l’autre. Mais il se voit des couples de ce genre, qui vivent en parallèle, qui cherchent à se rejoindre et qui, un jour, y parviennent.

Homme Capricorne et femme Scorpion

La femme Scorpion est une passionnée, tenace, sensuelle et volontaire. Si elle tombe amoureuse d’un Capricorne, elle sait quoi faire pour que leur couple réussisse, malgré sa froideur à lui, son peu d’expansivité. Ils se ressemblent dans la possessivité; l’une est une possessivité jalouse et amoureuse, l’autre est absolument implacable, sans merci. Lui, ambitieux qui aime le pouvoir, elle qui a besoin d’un homme fort, en lui apportant une note de fantaisie – ou de folie —, ils peuvent faire un bon couple. Mais, alors, que de bagarres en perspective!

Homme Capricorne et femme Sagittaire

La femme Sagittaire est une aventurière de grande envergure : elle aime le nouveau, le singulier, l’étranger, les voyages, elle a besoin de changement et d’inattendu. L’homme Capricorne recherche la stabilité avec ce qu’elle peut avoir de quotidien, de repérable, d’un peu contraignant.

C’est une association qui peut être enrichissante sur le plan social et professionnel, car tous deux ont besoin d’affirmation extérieure, mais ils ont des difficultés à s’entendre dans le train-train domestique. Combinaison meilleure dans le travail.

Homme Capricorne et femme Capricorne

Comme pour tous les signes qui s’assemblent entre eux, il s’agit d’une union par affinité plus que par complémentarité. Ils ont les mêmes qualités d’ordre, de mesure, de réserve, d’ambition calme, d’exclusivité affective, de stabilité, d’austérité morale. Ils s’apprécient mutuellement pour les mêmes raisons. La route est calme et sans véritables embûches.

Homme Capricorne et femme Verseau

La terre et l’air n’ont jamais fait bon ménage. Dans ce cas, il y aurait, de la part de la dame Verseau, des tiraillements : c’est une personne originale dans sa façon d’être et de penser, aux conceptions très libres, à l’existence fort autonome, au mode de vie volontiers bohème. Toutes caractéristiques qui ne plaisent guère à notre Capricorne. Il deviendrait, face à elle, facilement moralisateur et critique, empêcheur d’être heureux et d’y voir clair, contraignant, pesant, en un mot ennuyeux. Hélas, hélas. L’amitié entre eux serait infiniment plus gratifiante.

Homme Capricorne et femme Poissons

Elle est un peu son opposé, mais avec souplesse, tendresse, générosité, ce qui peut faire beaucoup de bien à notre forteresse imprenable de Capricorne. Elle sait l’envelopper d’attentions, de prévenances, de manifestations d’amour, de présence à la fois caressante et oblative. Il se sent bien en sa compagnie, même si, parfois, l’eau des Poissons s’infiltre un peu partout et gêne légèrement ses mouvements.

Combinaison du Signe avec les Ascendants

La grande et la petite aiguille

Selon l’heure à laquelle on naît, on se retrouve doté d’un Ascendant différent. Le Soleil, lui, entre le 22 décembre et le 21 janvier, en moyenne, occupe la portion du Zodiaque qu’on a baptisée du nom du Capricorne.

Le point ascendant représente cette zone de l’écliptique où se lève le Soleil, par rapport au point que celui-ci occupe dans le ciel. Ainsi, celui qui naît, en janvier, à l’heure où le Soleil se lève à l’horizon, sera à la fois Capricorne par son signe solaire et Capricorne par son signe ascendant. S’il naît au moment où le Soleil se couche, l’Ascendant occupera le signe opposé, c’est-à-dire le Cancer, etc.

Grande aiguille de la pendule, l’Ascendant s’oppose au Soleil, petite aiguille qui indique l’heure « en gros », sans la nuance des minutes.

Ainsi l’Ascendant va permettre de jouer avec les combinaisons des douze signes du Zodiaque et du Soleil en Capricorne. Nous aurons donc douze Capricorne différents, douze Capricorne issus d’une race unique mais métissés par les autres signes.

Aussi importants l’un que l’autre, le signe solaire doublé du signe ascendant permettront, ensemble, de définir un peu plus subtilement le caractère du natif. Bien entendu, les planètes qui jouxtent l’Ascendant ou occupent la première Maison de l’horoscope modifieront encore le paysage intérieur. Certains disent qu’on est, en vieillissant, plus proche de son signe ascendant; d’autres soutiennent l’inverse. Pour ma part, je penche davantage pour l’hypothèse du signe solaire qu’on rejoint de plus en plus. Mais il n’y a pas de loi fixe. Comme chez un métis, on verra parfois dominer l’origine maternelle et chez un autre les traits du père. Il semble aussi que certains, d’emblée, vivent intensément leur signe solaire et d’autres leur signe ascendant, que certains évoluent de l’un vers l’autre et d’autres non.

Pour interpréter, c’est affaire de doigté, d’intuition, et d’expérience.

Capricorne Ascendant Bélier

Peut-on imaginer deux natures plus contraires, deux rythmes plus opposés? D’un côté, la secondarité la plus extrême, de l’autre la primarité la plus absolue. On perçoit ici cependant des complicités plus subtiles, au-delà des oppositions, car ces deux signes ont en commun d’appartenir au- règne des « cardinaux », (la force et la prudence), c’est-à-dire des signes marqués par un rapport à l’exigence, à l’essentiel, à la spontanéité, à la franchise. Ici s’allient la spontanéité de la volonté – ou de l’action – à celle de la réflexion, du naturel, de l’authenticité.

Le CapricorneBélier avance sur deux tempos différents. A l’extérieur, le Bélier change vite, évolue, manifeste sa violence et sans doute permet-il au Capricorne d’extérioriser davantage ses passions, de les réchauffer, d’agir plus vite, de bousculer davantage et de se bousculer lui-même. En revanche, le Capricorne met dans la tête du Bélier les grains d’ellébore qui lui sont fort utiles, tout en favorisant une prise de distance, une analyse plus fine des sentiments eux-mêmes, au point parfois de provoquer, de déranger, de bousculer les autres. Car les points de rencontre des deux signes se font sur la franchise, le goût de la vérité, les défis. Plus de brutalité, sans doute, et moins de misanthropie.

Pour l’action, cette combinaison peut être des plus heureuses, le Bélier poussant le Capricorne, le Capricorne canalisant l’énergie du Bélier. L’un décide vite, l’autre mène à bien. L’un commence, l’autre achève. La force, ici, ne manque pas. Ni la force de caractère, ni la force tout court. Moins prudent que le pur Capricorne, le CapricorneBélier sait quand même calculer ses risques. Ici, le Capricorne retient un peu la fougue du Bélier. Le « vieillard » saturnien peut se régénérer auprès du juvénile Bélier. Mais il ne faut pas l’oublier, le maître du Bélier, Mars, est en « exaltation » dans le Capricorne et on peut deviner dans cette association une authentique puissance.

En amour, la passion refoulée et maîtrisée du Capricorne peut se vivre dans un plus facile dévoilement, un plus grand mépris des conventions. La revendication du bonheur sera moins culpabilisée. Disons qu’il y a moins de haine de soi…

La force de s’opposer aux obstacles, aux contraintes, le courage de se battre en brandissant sa grande épée, sont là. En évidence. Mais si le CapricorneBélier cède moins volontiers qu’un autre à la tentation « alcestueuse », il aura parfois des jugements à l’emporte-pièce, des condamnations sans appel, au nom d’une vérité et d’une conviction que l’un et l’autre veulent absolues. Disons aussi que le CapricorneBélier doutera moins qu’un autre. Le Capricorne retiendra-t-il les élans du Bélier? Rien n’est moins sûr, car il sera trop heureux de trouver en lui-même ce moteur dynamique qui accélère son rythme propre et renforce sa confiance. Je dirais que, dans cette association, le Capricorne gagne en courage, en jeunesse, en générosité « active », en dévouement et qu’il perd en diplomatie, en sagesse et en tempérance.

Physiquement, on assistera souvent à de violents et brusques épuisements et à des remontées spectaculaires. Avec une tendance à en faire trop, à dépasser parfois les limites de ses forces.

Capricorne Ascendant Taureau

Deux signes de Terre, deux signes lents, conscients de leur pesanteur mais harmoniques dans leur interrelation, complices dans les zones les plus profondes, entremêlant leurs racines. Le Taureau, ici, par ses valeurs vénusiennes, égaie le Capricorne, accentue son charme, son aspect calme et posé. Sa force aussi. Car cette combinaison terrienne possède en elle-même une grande puissance, une sorte de foi païenne qui donne le pouvoir de soulever des montagnes.

L’intériorité est grande. Aimable, mais ne se livrant pas, il ne va pas au-devant des confidences et pourtant les attire, parce qu’il rassure. On lui fait confiance. On lui fait crédit. S’il prétend savoir, on le croit.

Parfois, l’association jouera dans le sens des valeurs terriennes, jusqu’à l’excès : possessivité, thésaurisation, méfiance, extrême prudence, tout cela pouvant d’ailleurs favoriser la lente élaboration de la fortune. Si certaines valeurs du thème sont mises en relief, on aura affaire à un avare dévoré d’égoïsme, ne croyant qu’aux investissements terriens, gérant son bien, son cœur et son énergie avec le même esprit d’économie, s’enfermant, avec l’âge, dans une retraite campagnarde très confortable mais sans beaucoup de contacts, sans beaucoup de joies, si ce n’est celles, réelles et profondes, d’un authentique accord avec la nature. Si les valeurs altruistes l’emportent, on a affaire à un sage, gérant ses biens de façon avisée, consacrant sa vie au labeur, à la science, confiant en sa stabilité, en son honnêteté, en sa conscience professionnelle qui lui vaut l’estime de tous. On lui demande beaucoup et il donne à bon escient.

En amour, sa vie est rarement très heureuse. Sauf s’il se marie jeune avec quelqu’un qu’il connaît bien et qu’il estime plus encore qu’il ne l’aime, qu’il construise avec lui, mette toute sa patience et sa ténacité dans la construction de cet édifice quotidien qu’il voudra solide et durable, avec une famille, des enfants, de la terre. Ou bien, il se laisse – elle, surtout – épuiser par ceux qui lui prennent plus qu’ils ne donnent. Elle deviendra une image de mère nourricière, mère-infirmière, mère-enseignante. Le jour venu, cela lui vaudra beaucoup de solitude. Lui, peut se laisser dévorer par le travail au détriment du reste et ne pas savoir exprimer sa frustration. A ces CapricorneTaureau, il faut une nourriture sensuelle riche et renouvelée. Ce sont deux signes d’avidité, deux signes d’oralité, à peu près insatiables, ce qui les expose perpétuellement à des frustrations, le Capricorne empêchant le Taureau, de par son exigence, de n’en faire qu’à sa tête… ou qu’à son corps. Le mélange, somme toute, est fidèle, pour peu que le temps lui manque et qu’il tienne à l’autre.

Physiquement, la combinaison est solide, robuste, avec une tendance à ignorer que le surmenage a des limites.

Capricorne Ascendant Gémeaux

L’association tend ici à cérébraliser le Capricorne mais elle est difficile. L’un se refuse à toute attitude ludique, l’autre ne survit que par le jeu. L’un s’accroche à une forte identité qu’il construit patiemment en tendant vers un but unique, l’autre court après une identité morcelée, dispersée, instable et qu’il se refuse précisément à figer ou à enfermer. Bien vécue, toutefois, l’association est très complémentaire. Le vieillard capricornien est ici rajeuni, rafraîchi par l’adolescent Gémeaux. L’un pense de façon forte, construite et structurée, l’autre pense vite et plusieurs choses à la fois. La souplesse du Gémeaux, sa mobilité, vont contraindre le Capricorne à bouger. Le Capricorne donne du sérieux, de la gravité, de la conscience au Gémeaux qui cultiverait volontiers l’irresponsabilité, le cynisme et l’opportunisme. Ils peuvent, certes, se brouiller de temps en temps l’un avec l’autre mais leur alliance va dans le sens de l’intelligence et de la lucidité. Je ne puis m’empêcher ici de penser à Kepler – dont nous reparlerons plus longuement —, et à sa définition de lui-même : « Il y avait dans cet homme deux tendances contraires : toujours regretter le temps perdu et le perdre toujours volontiers. Car Mercure incline aux amusements, jeux et autres menus plaisirs […]. Comme sa prudence en matière d’argent le tenait éloigné du jeu, il jouait souvent tout seul. » Voilà bien la contradiction CapricorneGémeaux, le refus du gaspillage et la tentation de la gratuité, la prudence saturnienne qui ramène le jeu à une équation solitaire.

Il ne faut pas s’attendre à ce que le CapricorneGémeaux fasse beaucoup de « cadeaux » à ceux qui l’entourent. Il y a là une certaine franchise provocatrice, voire un peu sadique, où on ne s’épargne pas soi-même. La lucidité peut même devenir ici coquetterie intellectuelle. Parfois, plus simplement, les deux signes peuvent s’allier pour accroître le sens de l’observation, le talent d’écriture, l’acuité du jugement. Association du brio et de la profondeur, de la logique rigoureuse et de la réflexion intuitive.

En amour, le Capricorne gagnera ici du confort affectif en y perdant un peu de passion. Trop lucide pour se faire l’ombre d’une illusion mais prêt à jouer l’instant… en le faisant durer, finalement, plus qu’il ne s’en serait cru capable. Mais il peut aussi vivre la contradiction réunissant dans le même cœur Alceste et Célimène. Cela peut déboucher sur des compromis, des zones de longue fidélité entrecoupées d’incartades sans lendemain.

Le Capricorne l’emporte quand même ici, car il est simplement plus lucide sur l’aspect absurde de ses besoins et de ses manques, prêt à se fâcher contre lui-même mais aussi plus adaptable, moins « tragique », plus sensible au dérisoire et plus riche en humour. Avec, cependant, plus de fragilité nerveuse, un moins bon contrôle de ses émotions ou de ses réactions.

Physiquement, le CapricorneGémeaux risque de s’épuiser plus vite qu’un autre. Il lui faut plus de changements, de mobilité… et mieux connaître ses propres limites. On trouve souvent ici des rhumatismes au niveau des membres supérieurs, parfois de l’asthme ou des allergies respiratoires.

Avec une bonne hygiène de vie et pas trop d’agitation noctambule, le CapricorneGémeaux doit bien se porter. S’il y a maladie, il faut s’interroger sur son origine psychosomatique.

Capricorne Ascendant Cancer

Deux signes opposés. Mais aussi deux signes complémentaires. Chacun représentant la « nuit » de l’autre. Le Cancer apporte au Capricorne une tendresse plus spontanée, moins 134 Combinaison du Signe avec les Ascendants contrôlée. Si les deux signes se vivent bien ensemble, ils vont produire une harmonie, un équilibre entre ce qu’il y a de responsable et d’adulte chez le Capricorne et ce qu’il y a d’innocent, d’enfantin chez le Cancer, plein de poésie et de fraîcheur d’âme. On y trouve aussi plus d’imagination et de liberté d’expression. Mais s’ils se vivent dans la contradiction, on assistera à des passages de l’un à l’autre, aussi imprévisibles que déconcertants, à des accès de tendresse et de passion suivis de brusques replis sur soi et de mouvements de pudeur. On y verra des gestes maternels mais avec un désir évident de contrôler l’autre. Parfois le CapricorneCancer fera l’aveu d’un besoin de protection, d’un désir de prise en charge puis, soudain, il prendra la situation en main et assumera toutes les responsabilités. Il voudra se rendre indispensable et aura parfois envie de se décharger de tout sur les autres. L’ensemble donnera beaucoup d’attachement à la maison, au cadre de vie, renforcera l’aspect nourricier, le plaisir d’accueillir, de mettre à l’aise (alors même que le côté Capricorne sera parfois ressenti comme distant). Parfois le « don d’intimité » du Cancer l’emportera sur la froideur apparente du Capricorne.

Beaucoup de franchise et peu de diplomatie, dans la mesure où le besoin de vérité se fait intensément sentir. Une tendance à régenter, à organiser la vie des autres. Parfois aussi on rencontrera – mais plus subtilement que chez le pur cancérien – la tendance au chantage affectif.

Les deux signes appartiennent à un axe d’hypocondrie avec ce que cela suppose de dépendance et de masochisme. Bien vécus, on verra le sujet s’intéresser à la santé des autres, à leur équilibre physique et psychique. Mal vécus, ces deux signes réuniront toutes les craintes de la mort, de la maladie et toutes les formes de la régression.

Car c’est là la tentation fondamentale du Cancer : revenir dans le giron maternel, se faire prendre en charge, alors que le Capricorne condamnera cette attitude, marquera sa volonté d’un passage à l’état adulte. Sauf en cas de dépression. Plus qu’ailleurs, on verra ici s’amoindrir l’angoisse en s’occupant des autres pour échapper au désir d’être protégé. Le Cancer accepte sa faiblesse, ses besoins affectifs. Le Capricorne souhaite les dépasser, sinon les éliminer. La passion se vivra alors tour à tour sur le mode masochiste, avec de brusques distances, des éclairs de lucidité qui d’un seul coup cassent le miracle fusionnel tant désiré.

Beaucoup de nostalgie, un fond de tristesse. Toujours le rêve d’un paradis perdu, de cette sécurité maternelle perpétuellement regrettée (on retrouvera cela chez le CapricorneAscendant Capricorne avec plus de lucidité et de plus efficaces systèmes d’auto-sabotage). La répression cancérienne s’ajoutant à la frustration capricornienne peut parfois aboutir ici à la mélancolie.

Capricorne Ascendant Lion

Là encore, étrange et déconcertante alliance. Le narcissisme du Lion aidera sans doute le Capricorne à mieux s’accepter. A tenter, du moins, d’affirmer sa supériorité sur les autres. Alliance de deux orgueils d’essence différente, qui rendent l’échec intolérable. La « barre » est haut placée, presque impossible à franchir, au risque de ne rien tenter du tout ou de se leurrer sur ses vrais désirs : l’orgueil du Capricorne, s’asphyxiant dans l’air raréfié des cimes; l’orgueil du Lion qui a besoin de régner, d’imposer sa volonté et sa loi. Lorsque le tandem accède au sur ses vrais désirs : l’orgueil du Capricorne, s’asphyxiant dans l’air raréfié des cimes; l’orgueil du Lion qui a besoin de régner, d’imposer sa volonté et sa loi. Lorsque le tandem accède au du Lion qui a besoin de régner, d’imposer sa volonté et sa loi. Lorsque le tandem accède au sommet, le Capricorne, pourtant, ne peut s’empêcher de douter qu’il soit bien, lui, l’objet de tant d’honneurs et de tant d’attentions. Il se rassurera en affirmant que tout est bien ainsi et que c’est à son seul mérite qu’il doit l’admiration qu’on lui témoigne : à la fois plus conscient qu’un autre de ses vertus et plus prompt à les nier, ne serait-ce que pour mieux entendre le doux bruit de la louange. L’humour ne perd pas ses droits; on peut quand même rire sous cape.

Comme il est honnête, il « travaille comme un fou » pour être à la hauteur de sa réputation. Il ne cachera pas son ambition dévorante. Il affirmera bien haut qu’il vaut mieux s’attaquer à la Neuvième Symphonie qu’au dernier « tube » de l’été. Il ne redoutera pas la gloire, mais supportera fort mal de tomber de son piédestal et aura alors tendance à ressasser ses souvenirs, à évoquer sans cesse le temps heureux de ses lauriers.

Son éthique est rigoureuse.

On peut compter sur sa parole, sur son engagement. S’il est plus narcissique qu’un autre Capricorne, il l’est néanmoins beaucoup moins qu’un Lion et le besoin qu’il a d’une image de soi supérieure le conduira à tout faire pour mériter l’estime et la confiance des autres. Il travaillera d’arrache-pied, avec une puissance peu commune. Il assumera les des autres. Il travaillera d’arrache-pied, avec une puissance peu commune. Il assumera les responsabilités et la gloire à laquelle il accède parfois, lorsqu’il a atteint le pouvoir recherché, car il en a le goût. Il sait que nul autre que lui ne peut mener à bien la tâche qu’il s’est assignée. car il en a le goût. Il sait que nul autre que lui ne peut mener à bien la tâche qu’il s’est assignée.

S’il rencontre un jour l’échec, le CapricorneLion donnera le navrant spectacle de celui qui continue à nourrir chimères et regrets; il refusera souvent de prendre conscience de ses erreurs et s’abritera derrière un bouc émissaire, qu’il lui donne un nom et un visage ou qu’il s’en prenne à la fatalité. Il refuse aussi, souvent, d’admettre qu’on ne peut à la fois être et avoir été. C’est lui, sans doute, qui a le plus de mal à renoncer. Mais si son courage et son énergie demeurent intacts, il est capable de remonter toutes les pentes.

Il peut aussi conserver et faire partager une image de lui-même que le temps ne flétrit pas – je pense à Marlène Dietrich —, ou poser les fondations de son oeuvre de telle sorte que celle-ci lui survive – ce sera peut-être le cas de Maurice Béjart.

En amour, la lutte est âpre entre la culpabilité qu’il ressent à revendiquer une attention permanente de l’autre et le besoin d’être reconnu là où, profondément, il croit mériter l’estime, l’affection, le dévouement. Ces deux signes ensemble promettent force, énergie, courage, vitalité.

Le système cardio-vasculaire exige cependant une surveillance, à cause de la prédisposition naturelle du Lion aux troubles cardiaques et de la tendance du Capricorne à l’artériosclérose.

Capricorne Ascendant Vierge

Deux signes qui font alliance dans le sens de l’intériorisation, du doute de soi, du besoin de sécurité affective aussi bien que matérielle, et de l’intelligence analytique. Mais aussi deux signes capables de transcender leurs besoins, de se dépouiller des oripeaux de l’artifice. Ils peuvent se vivre sur, deux modes radicalement différents, à partir de la même composante : ou bien l’être s’enferme, se replie sur lui-même, se rétrécit, se cache, ne surmonte pas ses inhibitions, s’englue dans la peur et se surprotège contre le risque. Il s’enlise alors dans l’égoïsme, sans rien pouvoir donner aux autres tant il redoute qu’on lui prenne quoi que ce soit. Ou bien alors il prend de bonne heure conscience de cette menace qui peut l’enfermer à jamais et il tend la main vers les autres, il prend la parole, tente de se faire entendre et reconnaître, passe à l’altruisme et au dévouement le plus remarquable.

Deux signes consciencieux, soucieux de l’opinion des autres mais plus sévères encore envers eux-mêmes qu’avec autrui. Plus misanthropes aussi (les hommes surtout), plus sceptiques et vulnérables à la fois, partagés entre le désir de se constituer un univers immuable et sûr et celui d’échapper à leur prison, éventuellement en se mettant eux-mêmes en péril. Comme si cette alliance des deux signes les plus raisonnables, les plus sages du Zodiaque, incitait – pour pouvoir au moins s’entendre exister – à courir au-devant de quelques folies, à frôler la démesure, à se mettre en danger. Mais, en amour, rares seront ceux qui se sentiront compris, qu’on aidera à sortir de leur coquille, qu’on violera, selon leur désir et leur terreur. Pourtant, quelle reconnaissance à l’égard de ceux qui sauront deviner leur secrète aspiration : qu’on les aide à sortir d’eux-mêmes, qu’on aille au-devant d’eux alors qu’eux-mêmes ne peuvent faire un pas, qu’on les fasse rire, qu’on les délivre!

Parfois, ce misanthrope choisira le couvent ou l’exil. Ou encore le plus réel désintéressement, le plus vigilant altruisme. Excellente structure, par exemple, pour le médecin qui passera ses nuits au chevet de ses malades, tentant de se réconcilier un peu avec cette image de lui-même qui lui déplaît grâce au sentiment d’être utile. Ou bien encore, sa nature Vierge se mettra efficacement au service de l’ambition capricornienne, en lui apportant toutes ses qualités de conscience, voire de perfectionnisme, de rigueur, de précision, d’ordre, d’honnêteté. Il ne sera jamais très indulgent pour les faiblesses humaines. Pas plus pour les siennes que celles des autres. Il ne sera jamais complaisant envers personne. S’il a du génie, si quelque Neptune visionnaire le visite, il dénoncera la « comédie humaine », jouant du scalpel avec la précision du chirurgien qui ne laisse rien au hasard. Plus que d’un autre Capricorne, on peut dire de lui qu’il lutte toute sa vie pour se trouver une foi qui l’aide à survivre, lui qui jamais ne parvient à se faire d’illusions. Mais plus qu’un autre aussi, il devra lutter contre des blocages essentiels. Il ne peut y parvenir que par l’intelligence et la lucidité.

Ses faiblesses physiologiques sont d’ordre digestif mais il a de la discipline et apprend généralement à se bien nourrir et sait éviter les excès.

Capricorne Ascendant Balance

Le voilà bien, le plus écorché vif de tous, le plus vulnérable, le moins cuirassé. Lucide par le Capricorne mais romantique par la Balance, il ne se résignera jamais à être un mal aimé. Ses frustrations resurgissent à chaque instant, devant le moindre rejet, le moindre abandon. Lâche devant les affrontements qu’il supporte mal, il se punira sans cesse de ses hésitations et de ses atermoiements. Il a si peur de déplaire qu’il se surprend sans cesse en flagrant délit de compromissions, lui qui les condamne volontiers. Afin d’être aimé, il se mettra en quatre pour les autres, ne saura jamais dire « non », mais souffrira de ne jamais recevoir ce qu’il attend : c’est-à-dire d’être reconnu là où il sait exister, avec cette sensibilité vibrante qui est la sienne. Il possède plus qu’un autre cette nature hypersensible et passionnée qui tente de se contrôler, qui fait appel à l’orgueil pour le protéger contre ses propres faiblesses.

Les deux signes appartiennent pourtant au règne des cardinaux. Ils se rejoignent dans une intransigeance qui surprend. Un souci de justice, un attachement à l’équité les rendront exigeants pour ceux qu’ils aiment, bien plus que pour le « troupeau » des indifférents. Comme si cela aidait à exiger de soi-même davantage, comme si cela protégeait un peu contre ses propres manques.

Souvent, il a des dons artistiques; la sensibilité alors s’épanouit et le Moi s’affermit, permettant parfois de manifester beaucoup de force dans l’adversité. Mais on peut trouver aussi dans cette structure le courtisan, le diplomate, celui qui met son savoir-faire et son doigté au service de sa vie sociale, parfois même de ses affaires.

S’il a du mal à se faire reconnaître dans ses aspirations sentimentales, au moins il sera soutenu dans ses ambitions et admis dans la société dont il a accepté les règles du jeu. Mais il est rare qu’il se défende bien lorsqu’il est attaqué de front. Il n’y parviendra qu’en louvoyant, en gagnant du temps, en usant de son charme, recherchant des alliances et les exploitant.

Bien des choses vont dépendre des événements qui marqueront sa jeunesse. Protégé, il apprendra facilement à « tirer les ficelles », à manipuler les autres pour satisfaire son confort. Traumatisé, blessé dans ses affections premières, il mobilisera plus souvent son énergie pour colmater les brèches tant bien que mal.

Dans l’ensemble, les CapricorneBalance passent pour avoir beaucoup de charme; l’un cherchera surtout à séduire, l’autre à se faire aimer. Ils touchent par ce mélange de pudeur et de passion, de lucidité et d’aspiration à l’amour absolu. Si on les apprivoise, si on les devine, si on les comprend, on ne tarde pas à les aimer. Mais on ne le leur dira jamais assez, peut-être parce qu’ils interdiront le mot d’un regard, par peur de l’émotion dévastatrice que l’on risque alors de soulever en eux. Ils minimiseront toujours un peu ce qu’ils ressentent, de crainte de se prendre eux-mêmes au sérieux.

Sur le plan pathologique, attention aux calculs rénaux, aux coliques néphrétiques, aux lithiases rénales et aux ennuis de vessie.

Capricorne Ascendant Scorpion

L’une des plus intéressantes structures, comme son inverse (ScorpionCapricorne), parce qu’elle permet au Capricorne d’extérioriser sa violence, d’exprimer son intensité, de laisser parler le feu du volcan, d’aller jusqu’au bout de ce qui le mène : la passion de la vérité et de l’absolu, le besoin de se dépasser soi-même. Le CapricorneScorpion a plus de courage que les autres pour dire, pour faire face, pour endurer. Il est plus intransigeant encore que les autres. Son caractère ne passe jamais pour facile. Il s’acharne parfois contre ses ennemis au-delà de ce qu’ils méritent. Il ne craint pas de les « tuer » par la dérision ou le ridicule (Léautaud). Il a moins que d’autres besoin de séduire et de plaire. Il ira même au-devant de l’inimitié, trouvant dans l’hostilité des autres une secrète nourriture à son orgueil, une jouissance auto-sadique très subtile. Sans complaisance envers lui-même, il se reconnaît néanmoins une vertu : celle qui le pousse à contraindre les hommes à se voir tels qu’ils sont. Il dénonce les illusions et les faiblesses des autres, mais n’a aucune indulgence pour les siennes. Il ne supporte aucun mensonge, sauf si cela sert son besoin de pouvoir et s’il assume un certain machiavélisme. Il ricane parfois, caustique, ironique. S’il y a derrière tout cela la souffrance et l’obsédante présence de la mort et de la destruction, la conscience aiguillonnante du néant à venir (Edgar Poe), jamais il ne geint. C’est la révolte ou le mépris, plus souvent encore la solitude des orgueilleux, le sens du tragique, l’auto-sadisme. Jamais satisfait de lui-même, il est capable, comme Cézanne, de détruire ses propres oeuvres parce qu’il a le sentiment de ne jamais atteindre à ce qu’il veut avec tant de volonté et de patience. C’est un acharné. S’il cesse de se battre, il sait bien que c’est la mort. Il possède une réserve d’énergie extraordinaire. Énergie psychique, énergie physique. Énergie qui s’alimente de sa propre insatisfaction. Ne jamais se contenter de l’acquis, ne jamais rien accepter, se révolter et savoir que cette révolte ne sert à rien, tel est le combat de cet Alceste plus véhément ou plus sauvage que les autres.

Désabusé? Blasé? Je ne le pense pas. Car c’est un lutteur qui n’abandonne jamais le combat même s’il sait que la mort en est l’issue. Et il a de la patience; il se donne du temps. Ce qui lui importe c’est le cri, la protestation qu’il lance contre le ciel parce qu’il se sait condamné – ou damné —, ou floué dès le départ.

On ne l’aime guère. Même si parfois il séduit ou fascine, il inquiète et dérange. On le craint parce qu’il a la dent dure et le regard aigu. On ne peut l’acheter et il se moque de déplaire. Du moins a-t-il un jour décidé de s’offrir ce luxe. Trop verts, les raisins? Peut-être bien; mais certains êtres n’ont pas l’échine souple.

En amour, bien sûr, on voit mal comment le bonheur pourrait aisément pousser sur ce terrain aride, et qui pourrait supporter cette hautaine exigence. Il peut alors choisir d’être seul, d’aimer les chats plus que les humains ou de tromper ses frustrations avec des passions moins humaines : l’art, la religion, la philosophie… Ou choisir le chemin inverse et plonger dans le mal. Derrière tout cela, certes, on retrouve le même aveu de faiblesse, avec la blessure que rien ne peut refermer – jamais. La force, précisément, consiste à la transcender, à l’utiliser à bon escient.

Le CapricorneScorpion est solide comme un roc, malgré toute l’énergie qu’il peut mettre à flirter avec la mort et la destruction. Lorsqu’il s’en approche (car parfois il va très loin dans la somatisation), un puissant instinct de conservation le remet debout. Qu’il le veuille ou non.

Capricorne Ascendant Sagittaire

Peut-être celui de tous qui a la plus puissante revendication vitale (sauf, comme chez Drieu La Rochelle, si d’autres valeurs viennent tout faire exploser). Un côté brut dans la parole comme dans le geste, mais sans agressivité réelle. Un besoin, d’abord, de laisser la force s’exprimer, sortir de soi; la tendresse, on l’exprime souvent comme ça, à travers des élans très physiques, par pudeur et aussi par impudeur parce qu’il y a une force qui sort du plus profond de soi-même.

Gérard Depardieu, CapricorneSagittaire, a confessé dans Match cette violence de « fauve ». Il ne se vante pas des coups qu’il a faits, de sa jeunesse tumultueuse. Il s’exprime avec sincérité, presque avec objectivité : « J’ai été réformé à l’armée pour hyperémotivité pathologique. Parce que je ne parlais pas. Pas du tout. Je beuglais. » La sentimentalité est derrière, à peine cachée, juste un peu, par l’humour et la distance. Il parle d’un copain qui s’est tué en bagnole : « J’ai été secoué mais j’ai pas pleuré. Je pleure rarement. Des fois, j’ai pleuré sur moi, au temps du stop, quand j’étais sur la route tout seul ! La fièvre, la solitude, l’ennui quand arrive le soir, la nuit, entre chien et loup. Là, on se dit : « Tiens, merde, encore une nuit et il commence à pleuvoir. » Alors je pleurais un coup. Ça fait du bien… Se prendre un moment pour Cendrillon. »

Peut-être le CapricorneSagittaire supporte-t-il plus mal que les autres les frustrations auxquelles il se heurte parce qu’il a plus qu’un autre sinon le goût du moins un certain instinct du bonheur, de la vie, du plaisir, de la jouissance, et que son émotivité est très intense, parfois dévastatrice. Il a horreur de la tiédeur des sentiments pasteurisés qu’on lui propose. Alors, il a envie de « cogner ». C’est son réflexe le plus sain. S’il se contrôle trop bien, il ne peut pas « cogner » sur les autres, et alors la tentation de cogner sur lui-même déferle sur lui comme une pluie d’orage. C’est un passionné séduit par l’anarchie, avec la vision romanesque qu’il en a.

Le feu Sagittarien qui réchauffe le Capricorne ne peut être entretenu que par des bûches affectives et c’est là sa faiblesse.

Habituellement plus chaleureux que le Capricorne pur, il inspire confiance et on va vers lui. On s’en remet à lui. Alors, il prend en charge, trop heureux d’exister pour quelqu’un. La dualité est forte entre le Sagittaire mobile, aventureux, voyageur, répétant le « on n’est bien qu’ailleurs » du Sagittaire Paul Éluard, et le Capricorne enraciné, monolithique, prudent et pétrifié. Si on l’entraîne, il suit, trop heureux d’avoir été délogé de sa tanière. Mais si personne ne vient le chercher, il a du mal à bouger. Parfois, si le Sagittaire s’emballe, se sent prêt à faire le grand saut, à commettre enfin la folie libératrice, le Capricorne lui impose de rester tranquillement au chaud et lui déconseille tant d’agitation.

Cette dualité, je la ressens très fort. Je me plains de l’émotivité que m’a donnée le Sagittaire et de la lenteur de mon Capricorne à la maîtriser. Le sentiment, toujours, que les blessures s’accumulent, que les cicatrices se rouvrent toutes ensemble, et même les plus anciennes, chaque fois qu’un nouveau coup nous transperce. Et cette horreur de la vulnérabilité qu’il faut alors admettre. Et la joie de savoir à travers cette souffrance qu’on est un être vivant. C’est la passion, et elle seule, qui maintient en vie. Mais comme le renoncement, alors, est difficile! Il faut donc se résigner à trouver des raisons de vivre dans la création, le coup de poing, l’aventure, hors de soi. Longue conquête pour qui a envie d’exiger le bonheur comme un dû. O nostalgie des Tarzan, des Zorba, des grands pumas sauvages qui accueilleraient tous les élans, qui délivreraient des chaînes de la raison!

Le Capricorne Ascendant Sagittaire a quelque chose d’un Pygmalion (ou d’une Pygmalionne) : aider son prochain, satisfaire son côté missionnaire, être aimé à tout prix, fût-ce à celui que dans son orgueil on trouve bien trop élevé. Ou viser plus haut, au-delà de soi-même, quand le Capricorne ne retient pas trop le bras de l’archer-Centaure prêt à lancer sa flèche. Difficulté à se trouver des motivations pour aller de l’avant si la foi disparaît. Il y faut une force supérieure qui vous tire. Ainsi Jeanne d’Arc, à laquelle on peut imaginer un Ascendant Bélier ou Sagittaire.

Pour certains encore, ce sera l’ambition, ou un but qui fait croire à une contribution quelconque au bien commun.

Le Sagittaire compense-t-il les frustrations du Capricorne? Dans la mesure où il le rend moins misanthrope, plus optimiste, plus confiant, sans doute. Mais l’émotivité est là, toujours, comme un piège tendu. Et si la vie se refuse, si la confiance en l’avenir disparaît, reste-t-il quelque chose?

Capricorne Ascendant Capricorne

Quintessence de Capricorne. Presque une caricature. Des angoisses bien contrôlées, bien dissimulées sous le masque de la dignité. Mais comment se fait-il qu’on y « somatise » plus qu’ailleurs, qu’on s’y maltraite plus qu’ailleurs dans le secret de son corps, qu’on s’y alcoolise parfois, qu’on fuie la solitude dans la solitude et le manque dans le manque, qu’on y soit rarement aimé sans que l’abandon soit au bout, provoqué ou non, qu’on y soit, plus qu’ailleurs, célibataire ou mal accompagné?

Pourtant, vu de l’extérieur, on a le spectacle de la plus parfaite maîtrise de soi. Tout a l’air d’être en ordre. Le regard sur les autres est aigu, peu indulgent. Tout de suite, le défaut de la cuirasse – de l’autre – est perçu. Sans doute parce que le Capricorne Ascendant Capricorne sait bien où se faufilent toutes les failles. Car elles sont déjà en lui, bien sûr.

A lire ce portrait, on aurait vite mauvaise opinion de cet « éclaireur d’abîmes ». Mais s’il a l’esprit critique c’est qu’il l’a exercé contre lui-même depuis belle lurette et qu’il est volontiers sa propre cible. Il donne volontiers dans le stoïcisme, mais sait ce qu’il lui en coûte. Il semble mépriser facilement; on le croit hautain, on le juge distant et froid. Il ne faut pas s’y tromper : la vérité est qu’il ne s’aime pas et qu’il se construit tant bien que mal des systèmes de défense.

Lorsqu’on le connaît bien, qu’on a accès à son être secret, on découvre sa vigilance, son besoin de tendresse, sa passion, son honnêteté, sa rigueur morale et cette autocensure qui si souvent le paralyse. Son courage aussi. Tout ce qu’il voudrait vivre et qui lui est refusé parce qu’on ne l’entend pas. Par sa faute, parce que son cri a été étouffé de sa propre main.

Certes, la structure est « dure à vivre ». Elle enferme dans une tour, d’où l’on voit loin mais où personne ne peut pénétrer. Mais si le Capricorne au carré ne s’enferme pas trop dans son bon droit, sa bonne conscience, s’il accepte de se remettre en question, s’il ne se met pas à l’abri dans son corset janséniste – ou parpaillot —, alors il peut se dépasser lui-même et donner sa mesure. Souvent dans la science où sa persévérance sera sans limite, dans un travail altruiste qui seul le délivrera de ses frustrations, dans un travail d’étude et de réflexion, dans une activité politique où il se révélera parfois remarquable. Ou bien encore dans un travail solitaire, comme Pasteur, conscient d’avoir l’éternité devant lui et la résistance de la pierre; aucune adversité n’a prise sur lui et n’entrave son action.

C’est là, sans doute, à sa formidable puissance de travail, à son incomparable persévérance, que se reconnaît le pur Capricorne. S’il trouve un but à sa mesure, il se découvre des trésors d’énergie; il peut « soulever des montagnes », user tous les obstacles, décourager l’adversité.

Pathologiquement, on trouve en lui toutes les prédispositions du signe : allergies cutanées, « humeurs crasses », troubles digestifs, rhumatismes, auto-intoxications diverses… et, au bout du compte, une belle longévité.

Capricorne Ascendant Verseau

La complicité entre les deux signes est très positive puisque Saturne est le maître nocturne du Verseau et Uranus le maître nocturne du Capricorne (inversant ainsi leurs maîtrises diurnes).

Dans cette structure, ce qui dans le Capricorne est le plus novateur, révolutionnaire, passionné de connaissance (et qu’on retrouve chez des Capricorne tels que Newton, Franklin, Kepler, Pasteur…) se trouve plus facilement mis au jour par la présence du Verseau. L’un puise aux sources de la Tradition, l’autre ne craint ni d’innover, ni d’inventer, de découvrir ou d’expérimenter. La cohabitation peut donc être des plus fructueuses.

Bien sûr, il peut y avoir contradiction intime entre le goût de l’aventure et la prudence, entre, surtout, deux rythmes profondément distincts : l’un s’inscrivant dans une durée saturnienne purement continue, sans rupture, l’autre dans un discontinu, comme le pointillé qui s’opposerait au trait.

Le destin peut en être bousculé, subir des alternances de stabilité et d’errance, de sédentarité et de nomadisme. La pensée elle-même opère des retours en arrière, comme si elle prenait son élan dans les profondeurs saturniennes pour mieux se lancer à l’aventure et assumer le risque.

Les rapports aux autres y semblent plus faciles grâce au don d’amitié du Verseau, que la fidélité capricornienne fait apprécier mieux encore. Il semble aussi que ce signe aérien, indépendant, se libère plus facilement des frustrations du Capricorne, en soit moins atteint ou se montre capable de les sublimer plus aisément, dans la création, la recherche, la connaissance et, parfois, l’action. Il ne s’enferme jamais dans une voie étroite. Prudent dans sa façon de chercher, patient dans la conduite de son travail. Il aime le secret.

Discret, généreux et sympathique, il s’efface volontiers devant les autres mais apprécie qu’on reconnaisse ses mérites, qu’on l’encourage, qu’on le soutienne dans sa quête. Des aspects naïfs. De l’humour et de la gentillesse. Moins grinçant, moins amer que d’autres mais plus intellectuel et moins vital. Il rit volontiers. Très sérieux dans son travail, il supporte mal qu’on doute de lui, qu’on ne lui fasse pas confiance, car il manque d’assurance.

Affectivement, il se tricote parfois une vie compliquée, ayant à la fois besoin de protéger son indépendance et d’être totalement sûr de l’autre. Il peut faire preuve du plus grand altruisme envers ceux qu’il aime. On ne fait pas appel en vain à son sens de l’amitié et des responsabilités. Mais il a besoin de liberté et se plie difficilement aux contraintes (celles du mariage, par exemple). L’engagement pris, cependant, est durable.

Il se porte bien à partir du moment où il fait ce qu’il voulait faire, où il a trouvé sa voie. On peut craindre des ennuis de circulation, de mauvaises vertèbres, parfois des troubles cardio-vasculaires et des problèmes affectant les membres inférieurs.

Capricorne Ascendant Poissons

Contradiction entre une nature « froide », contrôlée, rationnelle, raisonnable, et une nature « folle », irrationnelle, sentimentale. La réflexion philosophique peut s’allier au tempérament mystique, avec les conflits intérieurs que cela suppose.

Le Capricorne réfléchit, le Poissons devine. L’un analyse, l’autre se laisse guider par une intuition innée. L’association peut être productive, avec une bonne utilisation de ces deux outils, somme toute complémentaires.

Plus affectif qu’il ne veut l’avouer, plus sensible qu’il ne veut le laisser paraître, il se défend parfois avec brusquerie des élans de tendresse qui le poussent vers les autres. Il est déçu, – trop souvent; parce qu’il fait parfois crédit sans discernement, par besoin de faire confiance, de croire en l’être humain. Il défend ce qu’il appelle le droit ou la justice, avec naïveté. Il y laisse des plumes.

Il est à la fois très conscient de ce qu’il fait et soudain indifférent, de façon déroutante, à ce qui peut blesser l’autre. La douche écossaise. Plus à l’aise dans l’amitié que dans l’amour, à cause des blessures tôt reçues, il cache souvent ses vrais sentiments. On le croit plus froid et moins sensuel qu’il n’est.

Moraliste, mais avec ses propres critères de jugement, s’opposant volontiers aux idées à la mode, aux systèmes de pensée en vogue, il défend les idées simples, un certain humanisme. Au fond, c’est un idéaliste qui n’accepte pas toujours de le reconnaître. Il ennuie parfois son entourage par sa façon de lui faire la morale ; un rien prêcheur, et pas mécontent de culpabiliser un peu son monde. Il rit doucement, si on se moque de lui sans méchanceté.

Le Capricorne ne tient jamais rigueur de la franchise. Cela fait partie de son système moral. Au fond, il voudrait bien que tout le monde soit « beau et gentil » et souffre qu’il n’en soit rien Il ne s’y résigne jamais tout à fait. Parfois pourtant, il commet des actions qu’il se reproche… parce qu’il s’est arrangé, sur le mode Poissons, avec sa conscience, et que le Capricorne le contraindra à s’avouer sa faute et à battre sa coulpe. Un peu masochiste, il en arrive même à se punir lui-même.

Côté cœur, il arrive qu’il fasse le choix d’une vie simple, avec un être judicieusement élu. S’il rencontre des tentations, il y résistera; non sans mérite. Là encore le Capricorne empêchera le Poissons de « pêcher en rond ». S’il est célibataire ou libre, il n’aura de cesse que quelqu’un l’aime mais ne croira jamais que cela soit vraiment possible. Il en a pourtant un besoin dévastateur. Il est prêt à donner beaucoup; trop parfois. Il pressent qu’il sera mal aimé et déçu, car il sait aussi qu’il fait souvent le mauvais choix et qu’il donne à qui ne le mérite pas. Parfois maladroit dans son rapport avec les autres, et le sachant. Furieux contre lui-même de son besoin d’amour qu’il sent démesuré, régressif, parce qu’il ne l’envisage que fusionnel. Il aspire au bonheur tout en sachant qu’il le vit comme un désir infantile. Alors, parfois, il renonce à tout. Et c’est la tentation mystique ou spirituelle, moins décevante, en tant qu’aventure, que toute union humaine.

Pourtant, il ne se débarrasse jamais d’un fond de scepticisme, non pour jouer les esprits forts, mais parce que le doute est en lui. Il connaît des états dépressifs mais les surmonte presque toujours.

Il réunit en lui les secrets de la chèvre Amalthée et de sa métamorphose en moitié de sirène. Alchimie mystérieuse qui donne ici, au Capricorne, l’accès aux voies de l’inconscient.

Comment interpréter Saturne dans les Signes

Saturne, dernière des planètes visibles à l’œil nu, était connu des Anciens. L’observation qui en a été faite remonte donc très loin dans le temps.

Maître diurne du Capricorne, il se colorera de nuances diverses selon le signe qu’il occupera dans un thème de naissance, c’est-à-dire un horoscope établi à partir de la date, de l’heure et du lieu de naissance d’un individu donné.

Saturne possède un cycle de vingt-neuf ans. Tous les vingt-neuf ans il reviendra sur le point de l’écliptique qu’il occupait au moment de la naissance.

Saturne en Capricorne

Voici le vrai misanthrope, lucide sur le monde et sur lui-même (Léautaud), qui s’interdit tout mensonge et sanctionne tout manquement à la vérité. Refus de l’artifice, du jeu, du maquillage. Une sorte de Capricorne au carré. Il peut dissimuler ses frustrations infinies derrière un ricanement sceptique ou l’attitude souveraine de l’ermite replié dans sa tour d’ivoire; cet orgueilleux est d’abord un grand blessé de l’âme qui ne s’est jamais remis des rejets dont il a été l’objet. Il n’a jamais fait sa cour à personne, il n’a jamais cherché à plaire, il a dit et exprimé sa vérité du moment – qu’il a eu le temps de penser et de formuler avec soin. Il a découvert avec dépit que les hommes ne supportaient pas sa franchise et que sa sincérité passait pour du sadisme. Parce qu’on ne voit de lui que sa force et non sa vulnérabilité, on ne comprend pas l’effort qu’il accomplit pour rester au plus près de la vérité. Avec l’âge, il prend conscience de son erreur. Il devient plus diplomate… ou, au contraire, plus solitaire.

Saturne en Verseau

Position intéressante car extrêmement complémentaire, un peu à la façon d’une structure Capricorne Ascendant Verseau ou inversement. Autrement dit, il y a là alliance du passé et de l’avenir, de la tradition et de l’innovation, de la réflexion et de l’invention. Au fond, peut-être une des meilleures positions de Saturne, surtout pour celui qui, par exemple, consacrera son effort à la recherche (A. Schweitzer), à la science. Saturne en Verseau peut allier la tête politique et le sens de la responsabilité à l’esprit de réforme. Peut-être ceux qui sont nés avec Saturne en Verseau, 1988-1989, comme ce fut le cas de la génération de 1959-1960, dont on verra dans peu de temps ce qu’ils deviendront, nous aideront-ils à résoudre le problème de la responsabilité du savant, et cela à une période où le monde risque de connaître de grands bouleversements.

Saturne en Poissons

Saturne et sa rigueur morale, Saturne, le Surmoi exigeant, vient fort à propos responsabiliser un peu les Poissons. Grâce à lui, les Poissons ne peuvent plus tout à fait se réfugier derrière leur innocence qui, bien souvent, ressemble surtout à de l’inconscience. Si le natif des Poissons agit mal, avec Saturne il ne peut plus ignorer qu’il le fait. Saturne joue aussi le rôle d’un régulateur utile aux Poissons dans la mesure où il permet d’analyser de façon structurée et rigoureuse ce qui émerge d’un inconscient tout nourri d’irrationalité. Ce serait en quelque sorte le télépathe qui chercherait à analyser son propre mécanisme, à l’étudier, à tenter de le comprendre. Peut-être aussi peut-on craindre le phénomène inverse : que Saturne ne fasse intervenir une résistance, ou un contrôle, qui bloque l’épanouissement de dons exceptionnels. Cette position semble renforcer l’aptitude à se dévouer aux autres pour échapper à ses propres manques.

La sensibilité est grande, à fleur de peau, à fleur d’âme, facile à blesser. Le côté Poissons qui ne serait plus protégé par ses écailles. Peut-être aussi la possibilité de passer du laxisme « poissonneux » à la rigueur saturnienne. Contradiction ou complémentarité? Tout dépend de la façon dont le sujet choisit de vivre son thème astral (Simone de Beauvoir)!

Saturne en Bélier

Apparaît comme une contradiction fondamentale. Saturne, image du vieillard, de la lenteur, dans ce signe vif et printanier, est d’ailleurs « en chute », selon la terminologie traditionnelle. Il n’y est pas à sa place. Il freine les élans du Bélier, brime sa spontanéité, le fait avancer par à-coups, accélération et freinage se succédant parfois de façon imprévisible. Mais, en revanche, Saturne donne au Bélier du sérieux, ajoute de la continuité à son action, le rend capable de mener à bien une tâche entreprise. Il apporte un élément de secondarité à ce signe primaire et, à cet égard, il joue un rôle correctif ou compensateur.

Saturne en Taureau

Les affinités sont ici plus évidentes. Saturne, maître d’un signe de Terre se retrouve ici dans un autre signe de Terre. Il y a communauté de rythme et donc harmonie. Saturne va ici renforcer la capacité de travail du Taureau, accentuer sa patience, sa ténacité. Mais aussi, sans doute, sa lenteur, sa densité et le rendre très conscient de sa propre pesanteur. On imagine là assez bien l’homme des entreprises de longue haleine, l’homme des vastes constructions. Car ce Saturne en Taureau m’apparaît plus qu’un autre susceptible de bâtir sa vie avec la perspective de l’architecte qui veut que sa maison tienne debout, qui examinera avec soin chacune des pierres qu’il posera, qui pensera sa construction en termes de durée et de solidité. Il n’a pas la sévérité d’un Saturne en Vierge ou en Capricorne ni la dureté envers soi d’un Saturne en Scorpion. La nature vénusienne du Taureau le rend capable d’une détente, d’un sourire. Et sans doute aussi de fidélité (Saturne est en Taureau dans le thème de Benjamin Franklin).

Saturne en Gémeaux

Si une alliance est possible entre ces deux valeurs, c’est au niveau de l’activité intellectuelle, car le Gémeaux accélère le processus mental du Saturnien et ce dernier apportera une plus grande capacité de concentration, plus de profondeur d’esprit. Ce sera le jeu avec les idées sérieuses… S’il s’agit d’un sujet Gémeaux, on verra à quel point la présence de Saturne dans ce signe corrige son instabilité, le rend plus apte à travailler de façon suivie, continue, lui interdit de se transformer en girouette ou, s’il possède quelque talent, lui permet d’apporter patience et minutie, qualité d’attention à son oeuvre. Ce sera, par exemple, le cas de Dürer. Mais, en même temps, cette position de Saturne en Gémeaux peut être difficile à vivre (Maurice Utrillo). Elle accentue la lucidité; de cynique, le Gémeaux devient désabusé; il veut bien jouer mais c’est sans illusion. Le sens critique y prend plus de poids, les dons d’observation y deviennent féroces. Tout dépend, bien sûr, de la globalité de la structure du thème : ce Saturne en Gémeaux peut faire un caricaturiste impitoyable ou un mathématicien brillant, un philosophe ou… un beatnik.

Saturne en Cancer

Saturne est ici en « exil ».

Il pose problème.

La contradiction est profonde et douloureuse.

Saturne en Cancer met l’accent sur la tentation régressive, la sensibilité à l’abandon, à toutes les épreuves qui ont pu marquer l’enfance, à tous les manques et à des vagues de dépression et de découragement très intenses.

C’est l’enfant qui se sent démuni et auquel on demande tout le temps de se conduire en adulte; il n’a qu’un désir, c’est d’être cajolé, dorloté, et il lui faut sans cesse prouver qu’il est autonome.

Hypersensibilité de cette position, parce que Saturne en Cancer ne cuirasse personne, bien au contraire.

Le manque devient seulement plus conscient ou plus perceptible.

Si l’intelligence s’oppose au mécanisme régressif ou d peu favoriser des paliers vers un stade adulte, un mûrissement, mais toujours à travers une souffrance Tendance à l’hypocondrie, à la dépression, à la culbabilisation.

Saturne en Lion

Il a deux aspects bien distincts. Positif dans la mesure où il peut accroître la puissance de travail (côté bourreau de travail) et mobiliser des énergies considérables; douloureux dans la mesure où Saturne gêne ici le glorieux confort narcissique du Lion. Saturne rend plus lucide sur soi, empêche de se « gonfler la tête », interdit une trop grande complaisance envers soi-même. En fait, on ne saurait le déplorer, mais certains Lion « visités » inopinément par Saturne peuvent se demander pourquoi d’un seul coup le bel édifice, la belle image de soi qu’ils ont construits, se trouvent d’un seul coup remis en question, pourquoi le doute les traverse. Doute générateur de progrès, certes, mais tous les Lion ne le vivent pas bien dans l’instant, surtout s’ils refusent de s’en prendre à eux-mêmes et préfèrent se trouver un bouc émissaire. Bien vécu, Saturne en Lion est la compensation idéale au narcissisme léonin; il met en face de soi, pousse à assumer ses responsabilités. Il donne souvent une tête politique, de l’ambition, de grands projets, l’art d’assumer le pouvoir.

Saturne en Vierge

Il va renforcer l’angoisse du lendemain, la peur de manquer, le sentiment d’être perpétuellement en état d’insécurité. Il va aussi accroître l’esprit d’analyse, le souci du détail, entraîner à ne rien laisser au hasard. Il favorisera le travail minutieux, la prudence, la prévoyance. Rencontre d’un signe de Terre avec une planète de Terre : Saturne n’est pas ici facteur de contradiction, mais plutôt facteur de renforcement entre un signe et une planète qui ont sans aucun doute des affinités sur le plan de l’insécurité intérieure, du doute de soi, de la crainte d’être mal aimé, du repli sur soi, de l’inhibition et de l’autocritique; mais aussi des affinités dans le domaine de la conscience morale, du scrupule, de l’honnêteté, de l’intelligence pratique, du réalisme. Le risque, à l’intérieur de cette association, c’est le rétrécissement, l’enfermement, l’avarice; l’aspect positif, c’est l’efficacité, l’intelligence tactique, la vigilance.

Saturne en Balance

Saturne est en exaltation dans le signe de la Balance. Il y est donc moins mal loti qu’on serait tenté de le croire. Que renforce-t-il donc ici? Sûrement l’aspect rigoureux, le « fléau » qui se cache entre les deux plateaux de la Balance, l’aspect « cardinal » du signe, qui fait partie de ses dualités. C’est la rigueur du juge, du magistrat, son intégrité. Saturne en Balance ne cédera pas au favoritisme; il cherchera en toutes circonstances à se montrer équitable. Il tiendra compte de l’autre. Mais, en même temps, cette position renforce l’exigence qualitative de la relation à l’autre. Elle peut aussi favoriser un déplacement altruiste, faire en sorte que les problèmes des autres mobilisent l’énergie et atténuent les siens propres. Il semble aussi que Saturne en Balance accentue le caractère esthétique de la philosophie propre au sujet. Le besoin d’harmonie est là, l’emportant sur d’autres traits de caractère. En même temps, on peut se demander si Saturne en Balance n’aggrave pas les frustrations affectives, notamment au niveau du couple (Jean Malaurie).

Saturne en Scorpion

Il nous conduit, comme chez Johannes Kepler, à une autocritique sauvage; pas question de s’épargner soi-même; l’intransigeance ici est surtout dirigée vers soi, ce qui n’exclut pas le coup de patte à son prochain, avec plus ou moins de causticité. L’honnêteté devient férocité; au fond, tout le monde peut en faire les frais, même et surtout le sujet lui-même. Comme si le besoin perpétuel de se dépasser, de relever les défis qu’on se jette, de ne jamais relâcher sa vigilance, entraînait vers une certaine autodestruction. Il faut toujours se méfier, avec pareille structure, des mécanismes autopunitifs : c’est bien la confluence de la culpabilité et de l’expiation. Certains la vivront au niveau de somatisations diverses; d’autres plongeront sur le « tas de fumier de Job » avec plus d’allégresse que d’autres.

Pourtant, c’est aussi une remarquable structure d’énergie psychique, si l’occasion de transcender ses manques est saisie. Orgueil de l’aigle solitaire planant dans un ciel vide; les médiocres sont écartés, tous les efforts sont accomplis pour atteindre le but qu’on s’est fixé. Il n’y a pas d’indulgence, pas de complaisance. Si, quelque part, le regard sur le monde est critique, c’est bien là (Montesquieu).

Saturne en Sagittaire

C’est le cas d’Edgar Allan Poe, de Paul Cézanne et de Robert Hossein. Il me semble que le jeu est ici très ambigu. Le Sagittaire permet un accès à un certain optimisme, en tout cas au goût de la vie, au besoin de chaleur humaine, à l’amitié et, en même temps, Saturne empoisonne toujours un peu cette joie; l’instant le plus heureux est gâché par Saturne, soit qu’il conduise à comparer avec un moment du passé retenu comme heureux, soit qu’il projette sur l’avenir la frustration qui ne manquera pas de surgir. Un peu comme si être heureux faisait peur, parce qu’on a tellement envie que ça dure qu’il serait intolérable de se laisser piéger par l’espoir. Cette attitude, parallèlement, permet de faire la plus totale confiance à l’avenir quand tout va mal. On peut aussi voir dans la position de Saturne en Sagittaire un désir de s’intéresser aux autres, de donner quelque chose aux autres. Peut-être une position de don pédagogique, de « pygmalionisme ». Et aussi le côté Voyage autour de ma chambre qui privilégie le voyage intérieur.

Comment interpréter les aspects de Saturne avec les autres Planètes

Il est difficile de juger d’un aspect « dans l’absolu ». Selon qu’il reçoit d’autres soutiens ou d’autres attaques, il faudra bien entendu nuancer le jugement. Par ailleurs, il n’existe pas de bons et de mauvais aspects mais des aspects de détente ou de tension. Un aspect dit bénéfique engendre parfois la passivité et le laisser-aller alors qu’un aspect dit maléfique aura parfois l’effet salutaire d’une prise de conscience – fût-elle douloureuse – ou d’un énergique coup de pied dans le derrière, susceptible de nous faire avancer.

Les aspects de Saturne sont néanmoins des aspects forts et souvent difficiles, qu’il s’agisse de transits (ou passages sur une planète du thème de naissance) ou d’un aspect fixé à la naissance. Comme toutes les planètes lentes (Saturne revient tous les vingt-neuf ans sur sa position de naissance), il a le temps de fixer des événements, de leur donner une durée. Il ne faut pas oublier qu’il est traditionnellement associé au destin, au fatum. On l’appelait jadis le « Grand Maléfique » mais c’était ne pas tenir compte de sa fonction constructive, de sa nature de grand architecte. Sans lui, rien ne durerait, rien ne prendrait racine dans le temps.

La conjonction est faste mais ambivalente. Le carré dur mais dynamique. Le sextile dynamisant et heureux, le trigone protecteur mais passif, le quinconce évolutif et éprouvant. L’opposition impose un choix, c’est un aspect de corrélation.

Saturne-Soleil

Conjonction : Si le Soleil est pris dans sa symbolique paternelle, on voit qu’ici l’image, la fonction paternelle sera marquée par un vide, un manque, une frustration. Le père peut avoir disparu prématurément; il peut avoir refusé toute communication, il peut avoir été simplement silencieux et distant; de toute façon, il manque. Et, par conséquent, la quête de l’identité, pour celui qui est porteur de cet aspect, sera lente, difficile et problématique. Si on prend le Soleil dans sa relation au noyau d’énergie, cette conjonction de Saturne se traduira souvent par des coups de fatigue violents, profonds; mais, en général, la résistance s’améliore avec l’âge et elle peut être excellente dans la vieillesse.

Dans un signe « léger », la conjonction SoleilSaturne jouera l’effet d’un heureux contrepoids. En Gémeaux, par exemple : c’est le cas de Dürer, chez qui on peut voir le rôle de ce Saturne en Gémeaux, mettant une vision exigeante et tragique du monde au service d’un graphisme précis et efficace. Il donnera aussi la patience dans le travail, la rigueur, là où elle ne se trouve pas nécessairement par le signe occupé par le Soleil.

Dans un signe « lourd », en Scorpion ou en Capricorne par exemple, l’aspect misanthropique et solitaire se trouvera inexorablement renforcé.

En sextile et trigone, SaturneSoleil marque l’attachement au père, les vertus solides.

En carré et en opposition, l’épreuve subsiste, le destin est « marqué ».

Saturne-Lune

Conjonction : On voit là l’enfance triste, le manque affectif lié à la mère – parfois la substitution de l’image grand-maternelle à celle de la mère manquante —, le tempérament mélancolique ou dépressif; la psyché « Lune » est ici douloureusement marquée par Saturne et souvent de façon très inconsciente; c’est pourquoi il est plus difficile de lutter contre ce courant neurasthénique qu’elle implique. C’est parfois le deuil dans l’enfance, la perte de la mère, la mère non affectueuse ou si malheureuse et si triste qu’elle installera à jamais le doute devant le bonheur. Mère seule, abandonnée ou refusant sa tendresse; de toute façon, la trace laissée par cette conjonction sera toujours profonde, sans doute même indélébile. Celui qui la porte échappera difficilement au complexe d’abandon. Il aura lui-même du mal à se donner, la peur étant là, inscrite au plus profond de son âme.

En sextile et trigone : Attachement à la mère, richesse psychique, profondeur.

En carré et opposition : Le manque, les tendances dépressives subsistent.

Saturne-Mercure

Conjonction ambivalente qui peut favoriser la concentration d’esprit, la réflexion, la pensée abstraite, la profondeur du jugement. Mercure est avant tout l’outil de communication, l’instrument de l’intelligence. L’association de Mercure à Saturne peut ici approfondir et donner du poids à la réflexion. Mais, parfois, Mercure étant aussi l’outil de la parole, la conjonction de Mercure à Saturne pourra entraver l’aisance verbale, intérioriser le discours. Ce seront les sujets « bons à l’écrit, mauvais à l’oral ». Parce qu’il leur faut du temps pour réfléchir et qu’ils refusent toute superficialité à leur propos. L’association sera plus favorable à l’étude des sciences exactes qu’à la poésie, à l’ « esprit de géométrie » plutôt qu’à « esprit de finesse ». La rigueur est reine. Le brio n’est pas recherché mais l’efficacité.

En sextile et trigone : Belles qualités d’intelligence, profondeur d’esprit.

En carré et opposition : Risque de blocage dans un secteur intellectuel.

Saturne-Vénus

Ce n’est pas un aspect heureux. Il y a pourtant un moyen de l’utiliser d’une façon positive.

La conjonction SaturneVénus ne peut que servir des rapports affectifs fondés sur une importante différence d’âge. C’est l’expérience du jeune homme avec une maîtresse plus âgée qui lui révélera l’essentiel sur lui-même. Ou les amours de la jeune femme avec un homme-père qui lui assurera une longue sécurité affective. Mais ce n’est jamais un rapport « fou », un rapport d’éclatement et d’explosion passionnée. Le plus souvent, la conjonction de Saturne à Vénus marquera la prédisposition à la frustration affective, une certaine solitude morale, la difficulté à nouer des contacts. Parfois aussi une difficulté à extérioriser ses sentiments, à s’abandonner, à se laisser aller à ses élans. La sexualité est ici refroidie par Saturne. Mais là encore, il importe que d’autres éléments viennent confirmer un tel diagnostic! Chez l’artiste, ce sera la marque d’une rigueur et une impossibilité à donner dans le goût du jour et la mode qui règne. Il suivra sa voie aride, solitaire et refusera toute concession. Matériellement, rien ne sera jamais facile à celui qui possède cette conjonction mais il sait se contenter de peu.

En sextile et trigone : Fidélité, stabilité affective.

En carré et opposition : Épreuves dans la vie sentimentale, crises dans la vie affective ou mauvais choix.

Saturne-Mars

Aspect essentiellement contradictoire. Mars, primaire, rapide, impulsif, est ici acoquiné à Saturne, lent, réfléchi, secondaire. Parfois la conjonction permettra une régulation du rythme, freinera les impulsions martiennes, activera les lenteurs saturniennes. Mais il y a tout de même dissociation du rythme profond. Dans des secteurs pathologiques du thème (Maison VI, VIII, XII), cette conjonction fait souvent apparaître des ennuis de santé. Mars fera naître l’inflammation, la fièvre, l’irritation, la blessure, et Saturne en « chronicisera » les effets. En Cancer, on voit ainsi se former des ulcères de l’estomac à répétition.

Bien soutenue, cette conjonction peut offrir une grande résistance morale, beaucoup de courage, la force d’affronter les épreuves. Mal soutenue, bousculée par Uranus, aggravée par Pluton ou dissoute par Neptune, elle peut exposer à de pénibles expériences.

En harmonie, SaturneMars soutiennent la volonté, la force de caractère.

En opposition, choix difficile entre la diplomatie et l’action directe.

Saturne-Jupiter

Il me semble là qu’un équilibre est possible. Le pessimisme saturnien est ici corrigé par l’optimisme jupitérien. L’introversion saturnienne est ici compensée par l’extraversion jupitérienne. J’ai souvent trouvé cette conjonction chez des êtres qui réussissaient bien, sur le plan social et professionnel, lorsqu’ils atteignent la maturité, car cette conjonction prend toute sa force vers la cinquantaine. Il y a certes quelques contradictions à résoudre mais le temps permet cette évolution positive. On pourra d’ailleurs donner ce même sens au sextile ou au trigone entre Saturne et Jupiter.

Il semble que ces deux planètes ensemble favorisent tout travail d’organisation, d’administration, de gestion. Elles permettent solidité et progression, structuration et expansion. En dissonance, ces deux planètes accentuent les contradictions.

Saturne-Uranus

La contradiction ici est bien plus forte encore. Au mieux, la conjonction des deux planètes favorisera la synthèse entre des valeurs traditionnelles, passées, stables et constructives et des valeurs révolutionnaires, novatrices, tournées vers l’avenir et le risque. Le résultat peut être génial. En première Maison, il donnera une ouverture exceptionnelle et un désir irrépressible d’aller vers toutes les expériences, vers tous les types de connaissance. Mais l’aspect marque aussi un risque et dans des secteurs plus dangereux, attaqué par d’autres planètes, il peut exposer à des épreuves très douloureuses et très bouleversantes. Certains destins sont ainsi chahutés de façon irrésistible, explosés, bousculés, sans qu’on puisse rien y faire, si ce n’est tenter de s’adapter au changement, aussi violemment imposé soit-il. On retrouvera cette marque du destin dans le carré SaturneUranus ou dans l’opposition. L’hiver et le printemps de 1977 qui ont vu le carré de Saturne en Lion à Uranus en Scorpion, pendant près de cinq mois, ont marqué de façon indélébile bien des gens dont le thème était déjà porteur d’une dissonance entre le Lion et le Scorpion.

Saturne-Neptune

Il y a là encore contradiction entre une planète hyperstructurante et une planète dissolvante. Saturne peut se mettre au service de Neptune, peut exploiter l’intuition de façon constructive, corriger les aspects trop irrationnels de la pensée. Mais il peut aussi bloquer le flot intuitif, interdire l’utilisation de cette « science inconsciente », de cette ignorance inspirée. Si Saturne corrige le laxisme neptunien, l’association est bonne; s’il entrave une dimension psychique de l’être, elle devient négative. Dans la conjonction, le jeu est ambivalent; dans le carré, le conflit est clair; dans le sextile et le trigone, l’exploitation des deux dimensions de pensée devient efficace.

Saturne-Pluton

Deux planètes chargées de fatalité, d’épreuves. Deux planètes lourdes qui, si elles pèsent ensemble, deviennent menaçantes, surtout si elles se retrouvent dans un secteur d’épreuve, de maladie. Mais de quelle force ne disposent-elles pas si elles jouent par le biais du sextile ou du trigone! Quelle énergie, quelle force de caractère, quelle puissance! A celui qui le possède, rien ne résistera; aucune ambition ne pourra être entravée; il n’y aura jamais d’abdication. L’angoisse, la peur, le manque, deviendront autant de moteurs pour progresser, pour dépasser l’obstacle; aspect dur, certes, et sans tendresse aucune. Mais il signe les forts et les puissants. En quadrature, la dureté s’aggrave, le caractère est autoritaire, le besoin de puissance est pathologique. Parfois, simplement, les épreuves ne manquent pas.

Saturne-Lune Noire

Ensemble, ces valeurs accentuent le sentiment du sacrifice, de la solitude, du silence, de l’isolement artistocratique. En opposition, il y a toujours dans la destinée un moment où intervient une coupure profonde. L’absolu désiré ne peut jamais être atteint; la frustration est permanente. En trigone ou en sextile, le caractère est tout entier assoiffé d’absolu et de vérité. Il rencontre, à cet égard, des fortunes diverses… En quadrature, il y a toujours une épreuve, un manque à surmonter. En transit, j’ai vu Saturne passant sur la Lune Noire, ou la Lune Noire passant sur Saturne, entraîner de soudaines dépressions, des tentatives de suicide parfois, toujours une crise morale très dure mais aussi porteuse des plus remarquables prises de conscience. C’est le sacrifice qui, accepté, permet l’évolution.

 

 

Comment interpréter les Planètes dans les Signes

Les Planètes dans le Capricorne

Soleil en Capricorne

Il renforce toutes les caractéristiques du Capricorne. Le noyau profond de l’être est donc marqué avant tout par ce signe dont on a déjà pu apprécier les défauts et les qualités.

Lune en Capricorne

Marque souvent une enfance un peu triste ou une mère sévère, rigide, « moralisante », une mère qui en a fait trop pour son enfant, au risque d’installer en lui une culpabilité permanente. Bien soutenue, la Lune en Capricorne donne des qualités de sérieux; elle fait les enfants réfléchis, qui observent les adultes avec un regard sans complaisance et semblent comprendre plus de choses qu’il ne conviendrait. Parfois aussi cela tient à un certain isolement dans le jeune âge ou à des expériences précocement maturantes. Un fond mélancolique est toujours à craindre.

Mercure en Capricorne

L’intelligence est profonde, le désir de comprendre et de savoir insondable; avec beaucoup d’orgueil dans ce désir d’éloigner les frontières de sa propre ignorance. L’esprit est lent, structuré, apte aux analyses comme aux synthèses. C’est l’intelligence du philosophe plutôt que du poète. Mercure en Capricorne rend studieux, amateur de lectures difficiles; l’esprit n’est pas rebuté par l’effort. Ce peut être la passion des idées, la passion de la réflexion. Mal soutenu, il peut y avoir blocage devant certaines matières d’étude, à cause d’événements ayant marqué la jeunesse, ou complexe d’infériorité, peur de l’échec. L’élocution, parfois, est lente ou embarrassée. L’expression manque de brio.

Vénus en Capricorne

Cette Vénus est possessive, obstinée, très rigoriste. Elle retire de la passion à la relation amoureuse – la raison, le scepticisme du signe interdisant les grands élans —, et lui attribue en compensation de la solidité, de l’endurance, de la ténacité : cette Vénus se contente de peu (à la limite, elle vit d’amour platonique) ou alors, mais c’est plus rare, elle multiplie les expériences « utilitaires ».

Mars en Capricorne

En Capricorne, Mars est en exaltation. Position privilégiée de la planète qui dynamise ainsi le signe. Ce Mars appartient aux bâtisseurs, à ceux que nul obstacle ne rebute, aux bourreaux de travail, aux tenaces, aux énergiques. Bien soutenu, il permet d’espérer de belles réussites fondées sur le travail et la persévérance. Mal soutenu, les efforts peuvent s’appliquer de façon inadéquate, portés vers des entreprises négatives.

Jupiter en Capricorne

Jupiter introduit ici un sourire dans ce signe un peu sombre… il permet d’espérer en dépit des obstacles; il rend plus sociable, moins misanthrope, plus indulgent aux erreurs humaines, plus compréhensif aussi. Selon le secteur occupé, il peut prendre des significations diverses : ouvrir la personnalité, en Maison I, favoriser la réussite matérielle, accroître les dons de gestion, en Maison II, marquer la chance dans les études, en Maison III, assurer une sécurité dans la vie familiale, en Maison IV, etc. Même mal soutenu, il ne peut ici entraîner de vraies épreuves.

Uranus en Capricorne

Permet de faire bouger ce signe trop statique, favorise une pensée réformatrice et novatrice. Uranus est le maître nocturne du Capricorne et permet ainsi de dégager toutes les forces de changement qui s’y trouvent; l’ouverture d’esprit y est accrue. Mais Uranus met quatre-vingtquatre ans pour faire le tour du Zodiaque. Il est actuellement en Scorpion… Il faudra donc attendre plus de quinze ans avant qu’il revienne en Capricorne.

Neptune en Capricorne

Plus lent encore, Neptune nous renvoie à un passé déjà lointain. Personne de vivant aujourd’hui n’a Neptune en Capricorne. Il apporte au signe une dimension intuitive, peut donner un caractère visionnaire à l’homme politique qui l’a eu dans le passé et l’aura dans un lointain avenir. Les forces de l’inconscient peuvent enrichir cet être trop contrôlé. Ou le rendre fou.

Pluton en Capricorne

Cette fois, Pluton en Capricorne se perd dans la nuit des temps. Il n’apparaîtra pas en Capricorne… avant cinquante ans. Il était dans le signe opposé il y a cinquante ans. Soit plus de deux cents ans pour faire le tour du Zodiaque. Il fera des caractères durs et forts. Peut-être des tyrans. Le pouvoir exercera sur eux une fascination terrifiante. Ou bien on y verra les plus grandes énergies mises au service du travail, des constructions les plus ambitieuses. Nous avons encore le temps de méditer sur cette association qui peut faire supposer les plus grandes épreuves et les plus grands courages.

Lune Noire en Capricorne

Elle est ici plus licorne que partout ailleurs. Une place de choix lui sera faite un peu plus loin car la Lune Noire est un peu ma valeur symbolique d’élection. Maîtresse du Lion et du Capricorne, elle évoque d’un côté la Force du Tarot, représentant une femme ouvrant la gueule d’un lion de ses mains nues et portant sur sa tête le chapeau en forme d’infini; de l’autre, elle évoque la licorne, « l’unicorne » blanche, celle qui, captive, « meurt de soif au bord de la fontaine », porteuse de tous les désirs d’absolu et de tous les renoncements.

 

Comment interpréter les Signes dans les Maisons

Le Capricorne dans les Maisons

Capricorne en Maison I

Durcit la personnalité dans ses rapports avec les autres, donne une ambition forte, des possibilités de travail et de concentration exceptionnelles, de l’entêtement et une force de caractère qui confine à l’ascétisme.

Capricorne en Maison II

L’attitude du sujet envers les biens matériels, l’argent et son « territoire » est à la fois accapareuse et culpabilisée. Il ferme ses clôtures. Ce qui est à lui ne peut, en aucun cas, être prêté. C’est un épargnant-né. Souvent, des difficultés se présentent à lui dès qu’il cherche à faire fructifier ses acquis.

Capricorne en Maison III

Les contacts faciles et superficiels sont totalement rejetés. Grande exigence sur la qualité des relations. Rigueur morale, sévérité de jugement, réserve et laconisme dans tout ce qui concerne les rapports avec l’entourage proche, les frères, les sœurs, les cousins.

Capricorne en Maison IV

Les rapports du sujet avec sa famille sont froids, distants, réservés. Le détachement d’avec le foyer se fait très jeune, parfois dans l’enfance. Le caractère économe, austère et répressif du Capricorne donne à sa Maison les mêmes caractéristiques : un peu monacales.

Capricorne en Maison V

Les plaisirs sont dirigés vers une recherche méticuleuse dans un domaine choisi : la concentration de l’énergie vers un but austère pousse le sujet à l’érudition, aux durs travaux intellectuels réalisés dans les temps de loisir; peu de complaisance à l’égard des « distractions » : le sujet fait du labeur son vrai plaisir.

Capricorne en Maison VI

Rapports durs, utilitaristes avec les subordonnés, les collaborateurs, les employés. Pas la moindre tendresse pour les animaux, les plantes, tout ce qui dépend du sujet. Comportement très égal, discipliné, dans le travail quotidien. La répression saturnienne apparaît dès que s’immisce à l’intérieur de tâches régulières la moindre fantaisie.

Capricorne en Maison VII

Les associations, les contrats, le mariage sont suspects : traités avec froideur, appréhension, distance, méfiance. De ce fait, grande est la difficulté du natif à s’engager. S’il s’y décide, c’est tard dans la vie. A ce moment-là il reste fidèle à la parole donnée (et dûment signée) quoi qu’il lui en coûte.

Capricorne en Maison VIII

La mort et la sexualité qui s’y rattachent sont traitées sur un mode cynique et glacé, dans une observation méticuleuse, précise, des phénomènes physiques, chimiques et biologiques. Angoisse métaphysique du néant.

Capricorne en Maison IX

Les voyages ont toujours un but pratique et servent généralement l’ambition sociale et professionnelle du sujet. Lorsqu’ils revêtent un caractère gratuit, par exemple de vacances, ils sont malgré tout accomplis sous le signe d a devoir : il faut voir tel musée ou tel vestige, etc. Avant tout le « voyage intérieur », philosophique.

Capricorne en Maison X

Très bonne combinaison : ambition tenace et réussite obtenue par persévérance, concentration, travail personnel de longue haleine. Le Capricorne donne une très belle carrière dans ce secteur, quoique tardive. Mais elle n’en a que plus de poids, de valeur et de pérennité.

Capricorne en Maison XI

La Maison de l’amitié est certes très gelée par le Capricorne qui n’a rien d’expansif ni de démonstratif dans ses attachements. Sait-on même s’ils existent? En réalité, l’amitié est rare dans ce signe (rarement donnée, rarement reçue), mais lorsqu’elle a pris racine dans l’individu, elle a les qualités capricorniennes de stabilité profonde, de présence durable même si elle semble froide et plus que discrète. C’est quelqu’un sur qui l’on peut toujours compter.

Capricorne en Maison XII

Dans la Maison des épreuves et des grands obstacles, le Capricorne se trouve en pays connu : il les a, de toute éternité, prévus et « assumés ». Son détachement naturel, le frein systématique qu’il a mis à ses impulsions, lui donnent, face à l’adversité de l’existence, beaucoup de philosophie, de sang-froid et de maîtrise.